Un peu plus d’éclaircissements

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Le cancérologue venait d’aborder le moment le plus crucial de notre conversation. Je regardais à mon tour fixement mon interlocuteur dans les yeux, tout en déglutissant difficilement ma salive, habité par un état d’attente anxieuse insupportable. 

 

« Nous restons dans de bons pronostics, la maladie semble se stabiliser. »

 

La chape de plomb qui s’était abattue sur moi le matin même à mon réveil, venait brutalement de s’évaporer. Je pouvais déverrouiller le bouton pause afin de poursuivre le déroulement normal du film de ma vie.

 

Certes comme dans la plupart de nos conversations, le docteur R ne s’embarrassait pas de phrases trop longues pour me commenter mes résultats, il négligeait également presque toujours les détails techniques, pour aller à l’essentiel, et son attitude me convenait tout à fait, car je ne trouvais jamais aucune question à lui poser. Sans doute préférais-je ne pas entendre de la bouche du praticien des mots qui freinerait mon optimisme, mon subconscient voulant obstinément ignorer les mots qui tuent, du style :

 

« Tout va bien, oui mais il faudra surveiller telle ou telle chose, car. ….. »

 

Chantal était certainement autant réconfortée que moi par ces bonnes nouvelles, mais n’intervenait pas dans la conversation. Nous n’ignorions ni l’un ni l’autre que cet état de grâce n’était que temporaire, et que nous étions condamnés à vivre indéfiniment entre la peur et le soulagement.

 

A la question rituelle que me posait le docteur R, j’avais répondu que je n’avais besoin rien d’autre que du Sutent, pour lequel il venait justement de m’établir  ma prescription.

 

Il était sur le point de nous raccompagner jusqu’au bureau de sa secrétaire, lorsqu’il me revint à l’esprit le souvenir de cet examen scintigraphique qui avait pourtant largement perturbé le début de la journée.

 

« Et de mon cœur qu’en est-il ? »

 

L’oncologue sembla hésiter avant de me répondre, puis il consultât mon dossier sur son écran informatique.

 

« Tout va bien de ce côté-là aussi. »

 

Une fois de plus je me contentais de cette brève réponse qui gardait son mystère quant aux explications fournies  par le médecin du service concerné.  

 

En fait je n’avais dans ma tête qu’une seule et unique préoccupation, sortir au plus vite du CAC de l’espoir pour reprendre mon histoire là où je l’avais laissée, quelques heures plus tôt,  en quittant mon domicile.  

 

La secrétaire nous avait établi les différents documents nécessaires à notre retour, ordonnance, prise en charge transport, et invitation à nous rendre à nos prochains rendez-vous, puis nous avions quitté son bureau avant de rejoindre notre voiture.

 

« Ça  te conviens toi un commentaire aussi peu précis ? »

 

Chantal avait l’impression que l’oncologue ne faisait pas totalement son boulot en m’informant d’une manière aussi imprécise des résultats de ces deux examens qui avaient été largement aussi contraignants pour moi, qu’ils seraient coûteux à financer  pour la sécurité sociale.

 

« Ça te convient,  ce tout va bien, il ne parle pas de tes tumeurs, il ne dit pas si elles sont restés stables, si elles ont diminué. Il  est souvent question de la surrénale mais jamais de la métastase située à proximité de l’aorte. Si tu ne lui parles pas de ton bras, il reste silencieux à ce sujet. »

 

Elle n’avait pas tout à fait tort, je m’étais contenté de son bilan positif sans plus demandé de précisions uniquement pour me protéger d’un éventuel contretemps que je n’étais pas en mesure d’entendre, et le praticien de son côté ne disait que ce que je voulais bien entendre, en ne  s’étalant pas au delà de questions que j’étais successible de lui poser, mais que justement je ne lui posais pas.

 

Et puis cette scintigraphie du cœur, qui  ne signalait aucune anomalie, le résultat aussi rassurant soit-il, ne résolvait en rien mes problèmes d’arythmie, problèmes qui avaient été justement à l’origine de cet examen ordonné par le docteur R en personne. J’avais la nette impression qu’il s’était débarrassé d’un doute, et qu’à présent il laissait le soin à mon cardiologue de résoudre le problème.

 

Chantal avait raison, il fallait se comporter en adulte, la prochaine fois il faudrait nécessairement amplifier le dialogue et ressortir de son cabinet avec un peu plus d’éclaircissements.

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Un bon réalisateur

Jeudi 24 novembre 2011, internet est un moyen de communication et d’information qui n’a pas d’égal, pourtant surfer sur la toile n’a pas que des avantages, car toutes les vérités ne sont pas bonnes à lire, surtout lorsque la maladie nous a fragilisés.

J’ai pu consulter dernièrement un article du professeur Er qui disait ceci :

« Le cancer du rein métastatique est une maladie de mauvais pronostic qui se traduit par un taux de survie à cinq ans faible. En effet, seuls 0 à 10% des patients atteints de cancer du rein métastatique seront en vie 5 ans après le diagnostic de leur cancer. »

Ce type de phrase fait froid dans le dos, et supprime toute illusion, en inhibant le cancéreux dans sa volonté et sa motivation de vouloir s’en sortir. J’aimerais moi-même ne point pouvoir dépendre de l’opinion des spécialistes, mais ma curiosité l’emporte souvent sur la raison, car au bout de presque 7 ans de lutte, je me crois capable d’affronter l’évidence. J’ai pourtant moi aussi quelques points de faiblesses, que je ferais bien de ne pas négliger.

J’ai débuté lundi dernier mon 13ème cycle d’anti-angiogénique, mais malgré les 15 jours de repos qui ont précédé ma reprise de Sutent, malgré des tentatives de régimes alimentaires, malgré l’Imodium, le Smecta, et tout le toutim, je ne suis pas parvenu à me débarrasser d’une diarrhée on ne peut plus invalidante. Il faut espérer qu’en cette période proche de Noël, où la coutume est d’arpenter les magasins à la recherche de cadeaux, la nature décidément bien capricieuse ne me jouera pas un vilain tour au bon milieu de mes achats.

C’est donc ce problème majeur et mon désir de trouver une solution qui m’ont conduit à cliquer sur ce site consacré au cancer du rein, sur lequel le professeur E explique aussi les progrès accomplis par la recherche, et les espoirs des milieux médicaux, grâce à l’arrivée massive de nouveaux médicaments prometteurs sur le marché, et ce malgré le manque de recul concernant l’efficacité à long terme de ces fameux médicaments.

Je me sens évidement concerné par le sujet,  car après 2ans ½ de prise de Néxavar entre 2005 et 2007 suivie depuis juin 2011 par la prise régulière de Sutent, deux  molécules citées par l’oncologue, je brûle de savoir à quelle sauce je vais être mangé.

 « La plupart du temps, ces traitements (il parle évidement du Néxavar, du Sutent, et de plusieurs autres thérapies)  ont un profil de tolérance acceptable et les patients peuvent continuer à avoir une activité quasi-normale. »

Quasi normale à moins d’avoir un tempérament de fer, car le côté invalidant des effets secondaires est bel et bien réel, et entrave plus que fortement la qualité de vie du malade.

« Ces traitements sont à prendre à vie et se pose le problème au long cours de la toxicité chronique »

Avec cette diarrhée persistante, cette athymie cardiaque récurrente, cette fatigue physique qui répond présente à chaque nouveau cycle de chimiothérapie, je me dis que le professeur à tapé dans le mille, et que s’il n’hésite pas à s’inquiéter pour ses malades, c’est que mes raisons de craindre l’avenir ne sont donc sûrement pas infondées.

Voilà un sujet qui non seulement ne me donne pas de solution pour ma diarrhée, mais qui en plus enfonce un peu plus le clou dans ma chair, augmentant d’un cran le supplice psychique que suscite en moi les perspectives peu réjouissantes du malade atteint d’un cancer. Moralité évitons de trop se goinfrer d’avis médicaux, et vivons au jour le jour la maladie en réagissant en fonction de notre personnalité.        

 

Vendredi 11 mars 2011, le docteur R nous avait invités à nous asseoir, et à présent il me fixait droit dans les yeux, le regard interrogateur. Il attendait que je lui fasse le récit des incidents et autres évènements qui avaient émaillés ces six semaines qui nous  séparaient de notre dernière entrevue.

Cette confrontation me rappelait le confessionnal de mon enfance, lorsqu’il fallait rabâcher aux prêtres des péchés que je n’avais pas forcément la conviction d’avoir faits, et dont j’avais établi la liste auparavant pour ne pas me trouver pris au dépourvu devant mon inquisiteur. En effet aucune difficulté nouvelle étant venue se rajouter à la liste des effets secondaires qui me polluaient la vie, j’avais donc l’impression de manquer d’originalité envers le médecin lorsque je lui racontais la routine de mon quotidien, alors que lui au contraire se réjouissait de me retrouver en assez bonne forme, ce qui ne devait pas être le cas de tous ses nombreux malades.

Mon oncologue aurait fait un bon réalisateur, car il ménageait le suspens. A ce stade de la conversation je ne savais toujours pas le résultat de mes deux examens de la matinée et j’avais hâte d’entendre des nouvelles qui je l’espérais, feraient baisser la tension de mes nerfs.  

« Et si on parlait un peu de votre scanner ! »

 

 

 

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Un homme de combat

Réduire à l’impuissance le malheur et tout ce qui fait peur aux mortels n’appartient qu’au grand homme. Jouir d’un bonheur constant et traverser la vie sans que rien n’ait froissé notre âme, c’est ne pas connaître la seconde face des choses humaines. Tu es homme de courage : mais d’où puis-je le savoir, si le sort ne te donne les moyens de montrer ton grand cœur ? Tu es descendu dans l’arène, mais si nul rival n’était là, la couronne est à toi, mais non la victoire.

 

J’en puis dire autant à l’homme vertueux, si quelque passe difficile ne lui a donné, ne fût-ce qu’une fois, l’occasion de signaler sa vertu : je t’estime malheureux, pour ne l’avoir jamais été  Tu as traversé la vie sans combat. Personne ne saura ta force, tu ne la sauras pas toi-même. Pour se connaître il faut s’être essayé.

 

 

 

Nous étions partis très tôt en début de matinée, et la fatigue commençait à se faire sentir. Je souhaitais ardemment que mon entretien avec le cancérologue, ne soit qu’une simple formalité, et donc que les résultats de ma scintigraphie et de mon scanner,  correspondent à mes espérances, car je m’éloignais de plus en plus du spectre de la mort, et je doutais fortement de mes capacités psychologiques à supporter un nouveau dérapage de mon état de santé.

 

En faisant le bilan de mon 6ème cycle de chimio, hormis la sécheresse extrême de mes fausses nasales, et mon saignement de nez permanent, qu’il avait fallu impérativement soigner, je m’apercevais que les autres effets secondaires n’avaient pas été aussi pénibles que ça, ou du moins, je commençais largement à m’y habituer.

 

De plus les résultats de ma prise de sang n’étaient ni pires, ni meilleurs que ceux de la dernière fois, je tentais donc de rester zen. Pourtant se rassurer était un exercice toujours aussi difficile à pratiquer, car  malgré mon expérience des examens, je n’arrivais toujours  pas à me débarrasser de ces multiples appréhensions qui précédaient l’écoute d’un verdict médical.  

 

Un patient allongé sur un brancard à roulettes était entré dans la zone, accompagné de ses deux ambulanciers. L’espace réservé à l’accueil était assez large pour que l’encombrant malade attende patiemment son tour de visite. Ses accompagnants l’avaient provisoirement abandonné, et l’homme fixait à présent le plafond, la tête probablement remplie de vilaines pensées. Sa condition peu enviable soulevait en moi des mauvais souvenirs, je préférais donc détourner mon regard du personnage et diriger mes yeux vers le couloir d’entrée, où le va et vient des gens canalisait mon esprit d’une manière plus apaisante.

 

On aimerait que les périodes les plus heureuses de notre existence passent aussi lentement que ces moments de profonde solitude dont j’étais en train de vivre l’un de ses nombreux épisodes, malheureusement ce n’est pas le cas. Le temps s’enfuit trop vite quand on voudrait qu’il dure très longtemps, et il dure trop longtemps quand on voudrait qu’il s’enfuie très vite.

 

V le bras gauche encombré d’un épais dossier, et s’approchant de moi, m’arracha à mes pensées philosophiques.

 

« Comment allez-vous monsieur Gautier ? » 

 

V m’avait accompagné entre 2005 et 2007 durant toute la durée du protocole d’essai financé par les laboratoires B, et n’avait rien oublié du combat que j’avais mené à cette époque de ma collaboration au sein de son service. Elle n’avait pas oublié non plus un certain jour du mois d’aout 2010, où elle m’avait croisé dans le couloir allongé sur mon brancard, victime de cette septicémie qui m’avait laissé entrevoir l’espace d’un moment, la porte de l’au-delà.

 

« Je pense ne pas aller trop mal, le docteur R me le confirmera, je l’espère. »

 

« Oui j’en suis sûr, vous êtes un homme de combat. »

 

Avec V la conversation ne pouvait pas durer trop longtemps, car son portable était là pour lui rappeler sa surcharge de travail, et le trop peu de minutes qu’elle avait à me consacrer. Rapidement elle s’était éloignée en me saluant de la main, le sourire au visage, elle avait réussi à me faire oublier durant ce laps de temps mon angoisse.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

Cette fois c’était la bonne, l’oncologue était sorti de son cabinet, il n’attendait plus que moi.

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xième épisode de mes aventures de malade

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Avec une maladie comme le cancer, qui fait planer un sentiment de menace, la capacité à rester dans l’instant présent devient donc une réelle stratégie de défense et de protection. On n’a guère trouvé mieux pour opposer l’espérance à la peur, la vie à la mort. Car quel que soit notre destin, comme le disait le chanteur John Lennon, «la vie, c’est ce qui est en train de passer quand vous êtes occupé à autre chose».

 

 

 

Vendredi 11 novembre 2011, 11 heures du matin, il fait beau très beau, 18 degrés au soleil, lundi prochain je passe mon 31ème scanner, mais je me promène à travers les rues de ma ville, et je me dis qu’il sera toujours assez tôt pour s’inquiéter.

 

Vivre le moment présent est une capacité essentielle qu’il faut savoir acquérir pour franchir au mieux l’épreuve de la maladie.

 

Lorsque vous voyez votre vie basculer dans l’horreur avec l’annonce du cancer, votre rapport avec le reste du monde se dissout petit à petit, comme un morceau de sucre dans un verre d’eau.

 

L’horizon s’obscurcit de gros nuages noirs, les pensées négatives envahissent votre cerveau.

 

Votre tête semble vouloir éclater sous la pression de mille questions.

 

« Combien de temps me reste t-il à vivre ? Vais-je beaucoup souffrir ? Comment va réagir ma famille ? »

 

Vos larmes illustrent vos préoccupations du moment, votre esprit se tourne maintenant vers le passé, car le futur pour vous n’existera pas. Instinctivement vous éprouvez le besoin de faire le bilan de votre vie, puis vous commencez à culpabiliser de ne pas avoir été assez à l’écoute de votre corps. « Qu’ai-je laissé passer sans m’en rendre compte ? Depuis combien de temps suis-je porteur de ça ? Quand a vraiment commencé la douleur,  la fatigue ? Ai-je bien eu de la douleur ou de la fatigue ? »

 

La dramatique nouvelle vous a plaqué au sol, votre machine mentale est affolée, tous les clignotants sont au rouge, vous n’êtes plus capables de faire preuve de bon sens, et de raisonnement.

 

La tempête se renforce en ouragan, le sentiment d’épouvante, la difficulté de pouvoir respirer, les jambes, les mains, tout votre être se met à trembler de peur, car la mort rôde, et vous vous sentez menacé.  

 

Vous êtes sûr qu’il n’y a rien à faire, sinon qu’à attendre dans la douleur et le désespoir que le bâtisseur de votre destin inscrive le point final, sur la dernière page du livre de votre vie.

 

Puis vous regardez les yeux désespérés et hagards des membres de votre famille, qui n’arrivent pas à taire leur impuissance, et leur chagrin. Vous vous dîtes alors que vous n’avez pas le droit de les abandonner, car si vous ne combattez pas, ils ne pourront le faire à votre place.  

 

A partir de cet instant vous passez au stade de l’acceptation tout en refusant la résignation. Commence alors le long défilé des blouses blanches, et la dure épreuve des opérations et des traitements qui vous donnent au bout d’un certain temps, l’espoir de lendemains meilleurs.

 

L’ouragan redevient tempête, et la tempête un simple vent, car vous ramené votre attention au seul moment présent, ce moment que les progrès de la médecine vous permettent de vivre.

 

Cette force intérieure que vous récupérez, elle s’impose naturellement à vous parce que vous avez appris la valeur des choses. Certes l’exercice requiert de l’expérience, de la persévérance,  mais également beaucoup d’efforts, celui de revenir sans cesse et sans se fatiguer, à la situation réelle et de pouvoir se dire : « Pour l’instant je suis là, devant ma famille, devant mes amis, dans ce merveilleux paysage, je suis le même que ce matin, je ne souffre d’aucune douleur, cela seul existe, exit les mauvaises pensées, je verrai bien demain, chaque chose en son temps. »

 

Les gens pourront rétorquer que l’instant n’est pas toujours tolérable pour le cancéreux,  à cause par exemple d’une douleur bien réelle. Pourquoi y rester collé » ? Là encore,  ramener l’expérience aux limites du présent est bénéfique. Se dire que c’est juste un mauvais moment à passer, les nausées, il faut les accepter, il faut les mépriser, et peu à peu leur interdire de prendre trop d’importance dans votre esprit, vivre avec son cancer devient alors quelque chose de possible.

 

 

 

Vendredi 11 mars 2011, le contrôle au scanner avait été tellement rapide que le petit incident du début de matinée n’était plus qu’un mauvais souvenir. Non seulement ce deuxième examen n’avait pas débordé sur l’heure de mon rendez-vous chez le docteur R, mais en plus j’avais du temps pour soulager enfin ma vessie, et pour avaler les deux croissants qui seraient très vite,  les bienvenus, à l’intérieur de mon estomac.

 

La salle d’attente du service consultation regorgeait de monde, j’espérais que je ne serais pas à mon tour victime du retard de mon oncologue, car j’avais hâte de pouvoir conclure cet ixième épisode de mes aventures de malade.

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Fin des réjouissances

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L’obscurité est généreuse, son premier cadeau est qu’elle masque tout, votre vrai visage est dans le noir, sous votre peau, votre vrai cœur reste dans l’ombre, tout au fond. Mais ce que l’obscurité masque le plus, ce n’est pas votre vérité secrète…c’est celle des autres. L’obscurité vous protège de ce que vous ne voulez surtout pas connaître. Son deuxième cadeau consiste à vous maintenir dans une illusion rassurante, c’est la douce étreinte du rêve dans l’abandon de la nuit, la beauté que l’imagination donne à ce qui serait repoussant dans la lumière crue du plein jour…mais le plus grand réconfort de l’obscurité est de vous faire croire qu’elle passera…que toute nuit amène un nouveau jour…car en réalité c’est le jour qui est éphémère…

 

L’important retard accumulé durant cette scintigraphie cardiaque affectait sérieusement mon emploi du temps. Cet incident avait suscité chez moi un certain embarras que le manipulateur médical de par son attitude n’avait pas levé. Heureusement Chantal qui partageait le même état d’esprit que le mien, avait pris la précaution d’avertir, et de présenter nos excuses auprès du service concerné par cet imprévu. L’information n’avait pas été accueillie avec frénésie, j’étais bel et bien le grain de sable qui  enrayait la prise en charge et la gestion des malades, mais devant le fait accompli il n’y avait rien d’autre à faire que de subir ce contretemps.

A ce stade de la journée j’étais toujours à jeun, j’espérais ne pas être victime d’un malaise, car j’avais malheureusement l’habitude de ce genre d’incidents.  

La salle d’attente du scanner était quasiment vide, j’avais hâte de soulager un besoin naturel, mais la précipitation des évènements ne m’en donna pas le temps.

Comme si elle était postée derrière la porte, un œil fixé au trou de la serrure, une infirmière était sortie brutalement de la zone protégée, à l’instant même où nous arrivions.

 « Monsieur Gautier ? »

En posant mon cathéter mon interlocutrice m’informa de la procédure que je connaissais par cœur, et me posa des questions, notamment à propos d’éventuelles allergies, mais ne fit aucun autres commentaires. Je n’avais pas envie de lui donner d’explications, car j’étais persuadé qu’elle connaissait en détail les raisons de mon retard. Je sentais cependant une certaine forme de nervosité contenue, sans doute que le temps perdu se répercutait sur la fin de journée et que la perspective de débaucher bien au-delà de ses heures obligatoires de présence, ne l’enchantait guère.

« Avez-vous les résultats de votre prise de sang ? »

Je lui avais tendu la feuille, qu’elle avait consultée avant de me la rendre. 

« Pouvez-vous me communiquer votre poids ? »  

« 82 kg »

« Je vais vous demander de patienter quelques instants, je viendrai vous chercher dès que possible. »

Deux flacons de sulfate de Baryum, une injection de solution radioactive, une injection de  solution de produit de contraste, une scintigraphie cardiaque, et un scanner, en une seule journée, il fallait que mon organisme soit blindé pour encaisser autant de choses aussi néfastes que nécessaires dans une même journée. L’obligation de ces examens me faisait flirter dangereusement  au-delà des doses raisonnables pour ma santé. Paradoxalement donc je risquais ma santé, pour au bout du compte, la préserver. L’idée était certes peu réjouissante, mais je n’avais guère le choix. 

« Tout est ok, vous pouvez me suivre à présent. »

J’étais pour la troisième fois depuis le début de la matinée, allongée sur une table d’examen incommode, et j’attendais patiemment que la machine se mette en route.

« Vous gonflez bien vos poumons, vous stoppez votre respiration. »

Lentement mon corps presque tout entier, pénétrait au centre de l’anneau à l’intérieur duquel le tube à rayons X tournait à l’entour de moi, réalisant des images en coupes fines de mon anatomie.

L’opératrice protégée derrière sa vitre, à l’arrière de moi, s’était de nouveau rapprochée.

« Je ne vais pas vous injecter la totalité du produit de contraste, car votre taux de créatinine n’est pas très bon. Vous allez sentir de la chaleur à l’intérieur de vous, mais c’est normal. »

Rien de tout ceci ne me surprenait, je connaissais mon rôle de malade à fond.

L’injection du produit de contraste, puis un nouveau passage à l’intérieur du cercle de la machine, marquait la fin des réjouissances.

« Vous pouvez vous relever, l’examen est terminé.

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Une très longue absence

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Il m’avait semblé entendre des pas derrière moi, je n’avais pas rêvé, c’était le manipulateur qui venait me délivrer.

 

« Vous pouvez vous mettre debout et rejoindre votre cabine. Attendez un peu cependant avant de vous rhabiller, je viendrais vous donner le feu vert. »

 

Le miroir fixé en face de moi reflétait mon image, et je me sentais un peu ridicule en me voyant en petite tenue, légèrement recroquevillé sur moi-même, à attendre que l’on vienne me délivrer de cette situation grotesque et fortement incommode. Le temps me paraissait long, et j’avais mal aux fesses car la planchette sur laquelle j’étais assis n’avait pas été conçue pour le confort des malades.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

Je m’étais brutalement redressé, pressé dans découdre avec cette journée qui ne me réjouissait guère.

 

« Le bandage était censé vous maintenir immobile, et j’ai dû mal le serrer, les clichés sont inexploitables. Il faut recommencer l’examen, je suis désolé »

 

Je n’étais pas franchement enthousiaste d’entendre cette ennuyeuse nouvelle, mais ce qui me préoccupait davantage, c’était le retard que nous allions prendre par rapport à l’heure de mon rendez-vous de scanner. 

 

« Je vais être en retard pour passer mon scanner. »

 

« Pfutt pas grave, ils décaleront votre nom dans la liste des malades, voilà tout. »

 

« Peut-être faudrait-il les prévenir ? »

 

« Vous êtes passé par l’accueil pour signaler cotre arrivée ? »

 

« Oui  comme à chaque fois. »

 

« Ils savent donc que vous êtes là, il est inutile de les avertir, ils vous verront, quand ils vous verront, un point c’est tout. »

 

Je trouvais la réponse désinvolte et  l’attitude un peu irrespectueuse vis-à-vis de ses collègues, mais je n’avais rien à dire, j’étais entre ses mains, et j’obéissais aux directives qui m’étaient données.

 

J’étais donc de nouveau allongé sur la table d’examen, et cette fois je me sentais parfaitement maintenu dans la position qu’il m’avait ordonné de prendre. Il n’avait pas réitéré ses explications et j’étais maintenant tout seul, entièrement à la disposition de la machine qui avait débuté lentement et silencieusement, son travail.

 

Je n’avais pas la notion du temps, mais je pensais qu’il y avait au moins ¾ d’heure que j’étais entre les mains du personnel de ce service. Je pensais à Chantal qui ne devait certainement pas manquer de s’inquiéter, et qui devait aussi penser la même chose que moi, à propos du retard que j’étais en train d’accumuler.

 

Jusqu’à présent je n’avais pas songé à de possibles mauvais résultats, pourtant mon cœur m’en faisait voir de toutes les couleurs, et l’arythmie cardiaque n’était peut-être pas la seule explication à cette rébellion que j’avais bien du mal à mater. De plus si le docteur R avait prescrit cette scintigraphie, c’était peut-être parce qu’il avait des incertitudes à élucider.

 

Il fallait chasser ces pensées négatives de ma tête, car un examen n’est pas systématiquement synonyme de mauvaises nouvelles, et dans le cas échéant être informé du dysfonctionnement d’un organe, permet de mieux le soigner.

 

« Voilà monsieur, vous pouvez rejoindre votre cabine, je viens vous libérer dès que possible. »

 

Cette fois c’était la bonne, je pouvais enfiler mes vêtements et sortir pour rejoindre au plus vite mon autre rendez-vous.

 

« Surtout n’oubliez pas de boire abondamment pour éliminer le produit radioactif, et n’approcher pas les femmes enceintes, et les jeunes enfants pendant 24 heures. »

 

La porte automatique s’était ouverte, je retrouvais la vaste salle d’attente de mon arrivée, et Chantal dans un coin qui ne semblait pas trop affecté par ma très longue absence. 



Difficile obéissance

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La petite boîte en métal que tenait dans ses mains l’infirmière de service m’était familière, car elle contenait la seringue de produit radioactif qu’elle était sur le point de m’injecter.

 

« Dans quel bras préférez vous que je vous pique ? »

 

« Le droit »

 

« Vous allez sentir un léger picotement lorsque je vais vous enfoncer l’aiguille, mais rien de bien méchant. »

 

Je n’avais aucune appréhension, car en 6 ans 3 moi et 9 jours de maladie, j’avais subi au total pas moins d’une centaine de piqures, dans les membres supérieurs, dans les fesses, dans le ventre, et même dans les gros orteils, l’intervention était donc devenue plus que routinière.

 

« Vous pouvez desserrer votre poing, j’ai presque terminé. »

 

La femme m’avait ensuite invité à me rendre dans la salle d’attente réservée aux injectés, elle viendrait me chercher dans un petit moment.

 

Je n’avais pas eu le temps de terminer l’article que je lisais dans un magazine, car un homme d’une stature imposante était venu interrompre ma lecture.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

« Oui »

 

Il avait accueilli mon oui d’un sourire, la sympathie du personnage contrastait fortement avec la froideur de la femme qui m’avait pis en charge lors de ma scintigraphie osseuse. 

 

« Avez-vous déjà passé une scintigraphie du cœur ? »

 

J’avais répondu par la négative.

 

« Le produit qui vient de vous êtes injecté par voie intraveineuse,  va émettre des rayons gamma, mais n’aura aucun effet sur votre organisme, car vous l’avez reçu à faible dose.
Cette substance radioactive va se fixer sur votre cœur et va permettre d’établir une image qui sera ensuite diagnostiquée. »

 

Il m’avait invité à rentrer dans une cabine de déshabillage, et cette fois je n’avais pas besoin d’être complètement nu pour satisfaire à la procédure.

 

« Pour être simple dans mes explications, la scintigraphie fonctionne grâce à une caméra à scintillation appelée gamma caméra. Cette caméra est composée d’un dispositif otique permettant d’obtenir un faisceau de lumière émit par le rayonnement du produit injecté. Suite à cette scintillation, on obtient une succession d’images dans le temps établissant l’anomalie de l’organe ou du tissu. »

 

Le soin avec lequel il m’expliquait la procédure m’éclairait sur un examen dont j’ignorais les tenants et les aboutissants, mais surtout il me donnait l’impression d’être considéré comme un être à part entière, plutôt que comme le patient numéro tant.

 

De même que dans le cadre d’un scanner ou d’une scintigraphie osseuse, la machine était tellement imposante qu’elle remplissait la majorité de l’espace de la pièce, dans laquelle elle était installée. Le praticien m’avait invité à m’allonger sur la table d’examen qui était si étroite que je ne pouvais pas poser mes bras, il fallait donc que je les croise sur mon ventre.

 

«Allonger vos bras le long de votre corps, je vais vous emmailloter. »

 

Pareil à une momie, le praticien m’entourait en effet le torse d’un très large bandage pour maintenir mes bras le long de mon corps, mais surtout pour m’empêcher de bouger.

 

« L examen est un peu long, n’ayez surtout pas l’impression d’être abandonné, toute l’équipe sera dans la salle d’à côté. A tout à l’heure monsieur Gautier. »

 

Plongé dans un silence propice à la méditation, j’attendais patiemment l’aboutissement de l’examen, le temps me paraissait effectivement interminable.

 

Cette fois la caméra n’enregistrait pas les images de mon corps  de haut en bas comme dans le cadre d’une scintigraphie osseuse, mais me donnait l’impression de tourner autour de mon torse. J’étais extrêmement mal à l’aise, et comme mes membres supérieurs ne semblaient pas bénéficier d’un solide appui, je me contractais les muscles pour les tenir en place. Je commençais donc petit à petit à tétaniser. Mon interlocuteur m’avait expressément demandé de rester immobile, je tentais de lui obéir, mais l’opération devenait de plus en plus impossible.

 

Je me mis à trembler de tous mes membres, j’avais hâte de me libérer de mes chaînes.

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L’esprit en stand-by

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La mort parle.

 

A Bagdad un jour un marchand envoya son serviteur au marché. Le serviteur revint blême et tremblant et lui dit :

 

« Maître, alors que j’étais au marché, une femme m’a bousculé dans la foule. En me retournant, j’ai vu que c’était la mort. Elle a fait vers moi un geste de menace. Prêtez-moi votre cheval pour échapper à mon destin. J’irai à Samarra et la mort ne m’y trouvera pas. »

 

Le marchand accepta, et le serviteur monta en selle, il éperonna le cheval, et s’éloigna au grand galop.

 

Le marchand se rendit au marché, il me vit debout dans la foule et il me dit :

 

« Pourquoi as-tu fait à mon serviteur un geste de menace ? »

 

« Ce n’était pas un geste de menace, mais un sursaut de surprise. J’étais très étonné de le voir à Bagdad, car j’ai rendez-vous avec lui ce soir, à Samarra. »

 

 

 

Au bout de deux heures, j’avais cessé de tremper mes mouchoirs. Je ressentais quelques picotements, mais au risque de provoquer de nouveaux saignements, le praticien m’avait interdit de me moucher, je faisais donc en sorte de résister à la tentation.

 

Les jours suivants, mon nez était resté hypersensible, mais la période postopératoire me semblait supportable. J’usais et j’abusais de pommade, car j’appréhendais fortement l’apparition de ces croûtes qui m’avaient largement importuné une partie de l’hiver.

 

Le 11 mars 2011 était une journée plus que chargée, et compte-tenu du programme peu réjouissant qui m’attendait, mes pensées s’étaient détournées vers d’autres préoccupations que celles qui avaient été les miennes depuis que cette épistaxis tenace m’avait conduit à consulter.

 

Il avait fallu se lever très tôt, se doucher et ensuite s’habiller, sans passer par la case petit-déjeuner, car scanner oblige, je devais être à jeun. Le flacon de sulfate de Baryum que je devais ingurgiter n’était pas, loin s’en faut, un lot de consolation, car il me donnait plutôt l’envie de vomir.

 

Ce réveil brutal qui m’écartait de mes repères habituels, me déstabilisait quelque peu, avec pour conséquences le dérèglement de mes intestins, déjà largement fragilisés par mon traitement.

 

Je n’avais qu’un souhait, celui de traverser cette zone de turbulence le plus rapidement possible, car malgré mon expérience, on ne se débarrasse jamais de la peur que suscite l’incertitude des résultats d’un examen. Comme à chaque fois que l’échéance fatidique du scanner était atteinte, je mettais ma vie entre parenthèses, créant un arrêt sur image,  le retour au déroulement du film étant suspendu à un  verdict médical que j’espérais positif. Dans le cas contraire j’ignorais encore ce que serait ma réaction, et je préférais ne pas l’imaginer.

 

Les 75 kms qui nous séparaient de lieu de mon rendez-vous s’étaient effectués quasiment en silence, l’ambiance n’étant pas à la fête. Je retrouvais le CAC de l’espoir fidèle à lui-même, une structure hospitalière immense, cernée par des parkings débordant de voitures en tous genres. Le personnel administratif et médical, les patients et leurs visiteurs, tout ce petit monde qui rentrait ou sortait sans cesse des bâtiments, formait une colonie d’abeille virevoltant autour de la ruche.

 

Je ne me sentais guère à l’aise en ce lieu, mais il n’était plus temps de tergiverser, la porte automatique du hall d’accueil s’était ouverte, il fallait se comporter en adulte responsable, l’heure d’entendre la vérité avait sonné.

 

Au second étage de la structure nouvelle qui s’était rajoutée à l’ancienne, se situait le service qui me concernait. Une immense salle d’attente regroupait les patients qui attendaient qu’on les appelle, pour subir l’injection d’un produit radioactif. Je connaissais la procédure, elle ne différait guère de celle utilisée pour la scintigraphie osseuse.

 

Mon emploi du temps était chargé, et mes heures de rendez-vous tellement proches les uns des autres, qu’un simple retard risquait de dérégler la machine administrative. Je ne m’en préoccupais guère, car une femme s’était présentée dans le sas de l’entrée de la zone surveillée.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

La porte automatique s’était refermée derrière nous. La praticienne me dirigeait vers la salle d’injection, dans peu de temps la machine débuterait son travail de prospection. Mon stress avait baissé d’un cran, mon esprit s’était mis en stand-by.

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