L’esprit en stand-by

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La mort parle.

 

A Bagdad un jour un marchand envoya son serviteur au marché. Le serviteur revint blême et tremblant et lui dit :

 

« Maître, alors que j’étais au marché, une femme m’a bousculé dans la foule. En me retournant, j’ai vu que c’était la mort. Elle a fait vers moi un geste de menace. Prêtez-moi votre cheval pour échapper à mon destin. J’irai à Samarra et la mort ne m’y trouvera pas. »

 

Le marchand accepta, et le serviteur monta en selle, il éperonna le cheval, et s’éloigna au grand galop.

 

Le marchand se rendit au marché, il me vit debout dans la foule et il me dit :

 

« Pourquoi as-tu fait à mon serviteur un geste de menace ? »

 

« Ce n’était pas un geste de menace, mais un sursaut de surprise. J’étais très étonné de le voir à Bagdad, car j’ai rendez-vous avec lui ce soir, à Samarra. »

 

 

 

Au bout de deux heures, j’avais cessé de tremper mes mouchoirs. Je ressentais quelques picotements, mais au risque de provoquer de nouveaux saignements, le praticien m’avait interdit de me moucher, je faisais donc en sorte de résister à la tentation.

 

Les jours suivants, mon nez était resté hypersensible, mais la période postopératoire me semblait supportable. J’usais et j’abusais de pommade, car j’appréhendais fortement l’apparition de ces croûtes qui m’avaient largement importuné une partie de l’hiver.

 

Le 11 mars 2011 était une journée plus que chargée, et compte-tenu du programme peu réjouissant qui m’attendait, mes pensées s’étaient détournées vers d’autres préoccupations que celles qui avaient été les miennes depuis que cette épistaxis tenace m’avait conduit à consulter.

 

Il avait fallu se lever très tôt, se doucher et ensuite s’habiller, sans passer par la case petit-déjeuner, car scanner oblige, je devais être à jeun. Le flacon de sulfate de Baryum que je devais ingurgiter n’était pas, loin s’en faut, un lot de consolation, car il me donnait plutôt l’envie de vomir.

 

Ce réveil brutal qui m’écartait de mes repères habituels, me déstabilisait quelque peu, avec pour conséquences le dérèglement de mes intestins, déjà largement fragilisés par mon traitement.

 

Je n’avais qu’un souhait, celui de traverser cette zone de turbulence le plus rapidement possible, car malgré mon expérience, on ne se débarrasse jamais de la peur que suscite l’incertitude des résultats d’un examen. Comme à chaque fois que l’échéance fatidique du scanner était atteinte, je mettais ma vie entre parenthèses, créant un arrêt sur image,  le retour au déroulement du film étant suspendu à un  verdict médical que j’espérais positif. Dans le cas contraire j’ignorais encore ce que serait ma réaction, et je préférais ne pas l’imaginer.

 

Les 75 kms qui nous séparaient de lieu de mon rendez-vous s’étaient effectués quasiment en silence, l’ambiance n’étant pas à la fête. Je retrouvais le CAC de l’espoir fidèle à lui-même, une structure hospitalière immense, cernée par des parkings débordant de voitures en tous genres. Le personnel administratif et médical, les patients et leurs visiteurs, tout ce petit monde qui rentrait ou sortait sans cesse des bâtiments, formait une colonie d’abeille virevoltant autour de la ruche.

 

Je ne me sentais guère à l’aise en ce lieu, mais il n’était plus temps de tergiverser, la porte automatique du hall d’accueil s’était ouverte, il fallait se comporter en adulte responsable, l’heure d’entendre la vérité avait sonné.

 

Au second étage de la structure nouvelle qui s’était rajoutée à l’ancienne, se situait le service qui me concernait. Une immense salle d’attente regroupait les patients qui attendaient qu’on les appelle, pour subir l’injection d’un produit radioactif. Je connaissais la procédure, elle ne différait guère de celle utilisée pour la scintigraphie osseuse.

 

Mon emploi du temps était chargé, et mes heures de rendez-vous tellement proches les uns des autres, qu’un simple retard risquait de dérégler la machine administrative. Je ne m’en préoccupais guère, car une femme s’était présentée dans le sas de l’entrée de la zone surveillée.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

La porte automatique s’était refermée derrière nous. La praticienne me dirigeait vers la salle d’injection, dans peu de temps la machine débuterait son travail de prospection. Mon stress avait baissé d’un cran, mon esprit s’était mis en stand-by.

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