Fin des réjouissances

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L’obscurité est généreuse, son premier cadeau est qu’elle masque tout, votre vrai visage est dans le noir, sous votre peau, votre vrai cœur reste dans l’ombre, tout au fond. Mais ce que l’obscurité masque le plus, ce n’est pas votre vérité secrète…c’est celle des autres. L’obscurité vous protège de ce que vous ne voulez surtout pas connaître. Son deuxième cadeau consiste à vous maintenir dans une illusion rassurante, c’est la douce étreinte du rêve dans l’abandon de la nuit, la beauté que l’imagination donne à ce qui serait repoussant dans la lumière crue du plein jour…mais le plus grand réconfort de l’obscurité est de vous faire croire qu’elle passera…que toute nuit amène un nouveau jour…car en réalité c’est le jour qui est éphémère…

 

L’important retard accumulé durant cette scintigraphie cardiaque affectait sérieusement mon emploi du temps. Cet incident avait suscité chez moi un certain embarras que le manipulateur médical de par son attitude n’avait pas levé. Heureusement Chantal qui partageait le même état d’esprit que le mien, avait pris la précaution d’avertir, et de présenter nos excuses auprès du service concerné par cet imprévu. L’information n’avait pas été accueillie avec frénésie, j’étais bel et bien le grain de sable qui  enrayait la prise en charge et la gestion des malades, mais devant le fait accompli il n’y avait rien d’autre à faire que de subir ce contretemps.

A ce stade de la journée j’étais toujours à jeun, j’espérais ne pas être victime d’un malaise, car j’avais malheureusement l’habitude de ce genre d’incidents.  

La salle d’attente du scanner était quasiment vide, j’avais hâte de soulager un besoin naturel, mais la précipitation des évènements ne m’en donna pas le temps.

Comme si elle était postée derrière la porte, un œil fixé au trou de la serrure, une infirmière était sortie brutalement de la zone protégée, à l’instant même où nous arrivions.

 « Monsieur Gautier ? »

En posant mon cathéter mon interlocutrice m’informa de la procédure que je connaissais par cœur, et me posa des questions, notamment à propos d’éventuelles allergies, mais ne fit aucun autres commentaires. Je n’avais pas envie de lui donner d’explications, car j’étais persuadé qu’elle connaissait en détail les raisons de mon retard. Je sentais cependant une certaine forme de nervosité contenue, sans doute que le temps perdu se répercutait sur la fin de journée et que la perspective de débaucher bien au-delà de ses heures obligatoires de présence, ne l’enchantait guère.

« Avez-vous les résultats de votre prise de sang ? »

Je lui avais tendu la feuille, qu’elle avait consultée avant de me la rendre. 

« Pouvez-vous me communiquer votre poids ? »  

« 82 kg »

« Je vais vous demander de patienter quelques instants, je viendrai vous chercher dès que possible. »

Deux flacons de sulfate de Baryum, une injection de solution radioactive, une injection de  solution de produit de contraste, une scintigraphie cardiaque, et un scanner, en une seule journée, il fallait que mon organisme soit blindé pour encaisser autant de choses aussi néfastes que nécessaires dans une même journée. L’obligation de ces examens me faisait flirter dangereusement  au-delà des doses raisonnables pour ma santé. Paradoxalement donc je risquais ma santé, pour au bout du compte, la préserver. L’idée était certes peu réjouissante, mais je n’avais guère le choix. 

« Tout est ok, vous pouvez me suivre à présent. »

J’étais pour la troisième fois depuis le début de la matinée, allongée sur une table d’examen incommode, et j’attendais patiemment que la machine se mette en route.

« Vous gonflez bien vos poumons, vous stoppez votre respiration. »

Lentement mon corps presque tout entier, pénétrait au centre de l’anneau à l’intérieur duquel le tube à rayons X tournait à l’entour de moi, réalisant des images en coupes fines de mon anatomie.

L’opératrice protégée derrière sa vitre, à l’arrière de moi, s’était de nouveau rapprochée.

« Je ne vais pas vous injecter la totalité du produit de contraste, car votre taux de créatinine n’est pas très bon. Vous allez sentir de la chaleur à l’intérieur de vous, mais c’est normal. »

Rien de tout ceci ne me surprenait, je connaissais mon rôle de malade à fond.

L’injection du produit de contraste, puis un nouveau passage à l’intérieur du cercle de la machine, marquait la fin des réjouissances.

« Vous pouvez vous relever, l’examen est terminé.

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