Un homme de combat

Réduire à l’impuissance le malheur et tout ce qui fait peur aux mortels n’appartient qu’au grand homme. Jouir d’un bonheur constant et traverser la vie sans que rien n’ait froissé notre âme, c’est ne pas connaître la seconde face des choses humaines. Tu es homme de courage : mais d’où puis-je le savoir, si le sort ne te donne les moyens de montrer ton grand cœur ? Tu es descendu dans l’arène, mais si nul rival n’était là, la couronne est à toi, mais non la victoire.

 

J’en puis dire autant à l’homme vertueux, si quelque passe difficile ne lui a donné, ne fût-ce qu’une fois, l’occasion de signaler sa vertu : je t’estime malheureux, pour ne l’avoir jamais été  Tu as traversé la vie sans combat. Personne ne saura ta force, tu ne la sauras pas toi-même. Pour se connaître il faut s’être essayé.

 

 

 

Nous étions partis très tôt en début de matinée, et la fatigue commençait à se faire sentir. Je souhaitais ardemment que mon entretien avec le cancérologue, ne soit qu’une simple formalité, et donc que les résultats de ma scintigraphie et de mon scanner,  correspondent à mes espérances, car je m’éloignais de plus en plus du spectre de la mort, et je doutais fortement de mes capacités psychologiques à supporter un nouveau dérapage de mon état de santé.

 

En faisant le bilan de mon 6ème cycle de chimio, hormis la sécheresse extrême de mes fausses nasales, et mon saignement de nez permanent, qu’il avait fallu impérativement soigner, je m’apercevais que les autres effets secondaires n’avaient pas été aussi pénibles que ça, ou du moins, je commençais largement à m’y habituer.

 

De plus les résultats de ma prise de sang n’étaient ni pires, ni meilleurs que ceux de la dernière fois, je tentais donc de rester zen. Pourtant se rassurer était un exercice toujours aussi difficile à pratiquer, car  malgré mon expérience des examens, je n’arrivais toujours  pas à me débarrasser de ces multiples appréhensions qui précédaient l’écoute d’un verdict médical.  

 

Un patient allongé sur un brancard à roulettes était entré dans la zone, accompagné de ses deux ambulanciers. L’espace réservé à l’accueil était assez large pour que l’encombrant malade attende patiemment son tour de visite. Ses accompagnants l’avaient provisoirement abandonné, et l’homme fixait à présent le plafond, la tête probablement remplie de vilaines pensées. Sa condition peu enviable soulevait en moi des mauvais souvenirs, je préférais donc détourner mon regard du personnage et diriger mes yeux vers le couloir d’entrée, où le va et vient des gens canalisait mon esprit d’une manière plus apaisante.

 

On aimerait que les périodes les plus heureuses de notre existence passent aussi lentement que ces moments de profonde solitude dont j’étais en train de vivre l’un de ses nombreux épisodes, malheureusement ce n’est pas le cas. Le temps s’enfuit trop vite quand on voudrait qu’il dure très longtemps, et il dure trop longtemps quand on voudrait qu’il s’enfuie très vite.

 

V le bras gauche encombré d’un épais dossier, et s’approchant de moi, m’arracha à mes pensées philosophiques.

 

« Comment allez-vous monsieur Gautier ? » 

 

V m’avait accompagné entre 2005 et 2007 durant toute la durée du protocole d’essai financé par les laboratoires B, et n’avait rien oublié du combat que j’avais mené à cette époque de ma collaboration au sein de son service. Elle n’avait pas oublié non plus un certain jour du mois d’aout 2010, où elle m’avait croisé dans le couloir allongé sur mon brancard, victime de cette septicémie qui m’avait laissé entrevoir l’espace d’un moment, la porte de l’au-delà.

 

« Je pense ne pas aller trop mal, le docteur R me le confirmera, je l’espère. »

 

« Oui j’en suis sûr, vous êtes un homme de combat. »

 

Avec V la conversation ne pouvait pas durer trop longtemps, car son portable était là pour lui rappeler sa surcharge de travail, et le trop peu de minutes qu’elle avait à me consacrer. Rapidement elle s’était éloignée en me saluant de la main, le sourire au visage, elle avait réussi à me faire oublier durant ce laps de temps mon angoisse.

 

« Monsieur Gautier ? »

 

Cette fois c’était la bonne, l’oncologue était sorti de son cabinet, il n’attendait plus que moi.

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