Un peu plus d’éclaircissements

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Le cancérologue venait d’aborder le moment le plus crucial de notre conversation. Je regardais à mon tour fixement mon interlocuteur dans les yeux, tout en déglutissant difficilement ma salive, habité par un état d’attente anxieuse insupportable. 

 

« Nous restons dans de bons pronostics, la maladie semble se stabiliser. »

 

La chape de plomb qui s’était abattue sur moi le matin même à mon réveil, venait brutalement de s’évaporer. Je pouvais déverrouiller le bouton pause afin de poursuivre le déroulement normal du film de ma vie.

 

Certes comme dans la plupart de nos conversations, le docteur R ne s’embarrassait pas de phrases trop longues pour me commenter mes résultats, il négligeait également presque toujours les détails techniques, pour aller à l’essentiel, et son attitude me convenait tout à fait, car je ne trouvais jamais aucune question à lui poser. Sans doute préférais-je ne pas entendre de la bouche du praticien des mots qui freinerait mon optimisme, mon subconscient voulant obstinément ignorer les mots qui tuent, du style :

 

« Tout va bien, oui mais il faudra surveiller telle ou telle chose, car. ….. »

 

Chantal était certainement autant réconfortée que moi par ces bonnes nouvelles, mais n’intervenait pas dans la conversation. Nous n’ignorions ni l’un ni l’autre que cet état de grâce n’était que temporaire, et que nous étions condamnés à vivre indéfiniment entre la peur et le soulagement.

 

A la question rituelle que me posait le docteur R, j’avais répondu que je n’avais besoin rien d’autre que du Sutent, pour lequel il venait justement de m’établir  ma prescription.

 

Il était sur le point de nous raccompagner jusqu’au bureau de sa secrétaire, lorsqu’il me revint à l’esprit le souvenir de cet examen scintigraphique qui avait pourtant largement perturbé le début de la journée.

 

« Et de mon cœur qu’en est-il ? »

 

L’oncologue sembla hésiter avant de me répondre, puis il consultât mon dossier sur son écran informatique.

 

« Tout va bien de ce côté-là aussi. »

 

Une fois de plus je me contentais de cette brève réponse qui gardait son mystère quant aux explications fournies  par le médecin du service concerné.  

 

En fait je n’avais dans ma tête qu’une seule et unique préoccupation, sortir au plus vite du CAC de l’espoir pour reprendre mon histoire là où je l’avais laissée, quelques heures plus tôt,  en quittant mon domicile.  

 

La secrétaire nous avait établi les différents documents nécessaires à notre retour, ordonnance, prise en charge transport, et invitation à nous rendre à nos prochains rendez-vous, puis nous avions quitté son bureau avant de rejoindre notre voiture.

 

« Ça  te conviens toi un commentaire aussi peu précis ? »

 

Chantal avait l’impression que l’oncologue ne faisait pas totalement son boulot en m’informant d’une manière aussi imprécise des résultats de ces deux examens qui avaient été largement aussi contraignants pour moi, qu’ils seraient coûteux à financer  pour la sécurité sociale.

 

« Ça te convient,  ce tout va bien, il ne parle pas de tes tumeurs, il ne dit pas si elles sont restés stables, si elles ont diminué. Il  est souvent question de la surrénale mais jamais de la métastase située à proximité de l’aorte. Si tu ne lui parles pas de ton bras, il reste silencieux à ce sujet. »

 

Elle n’avait pas tout à fait tort, je m’étais contenté de son bilan positif sans plus demandé de précisions uniquement pour me protéger d’un éventuel contretemps que je n’étais pas en mesure d’entendre, et le praticien de son côté ne disait que ce que je voulais bien entendre, en ne  s’étalant pas au delà de questions que j’étais successible de lui poser, mais que justement je ne lui posais pas.

 

Et puis cette scintigraphie du cœur, qui  ne signalait aucune anomalie, le résultat aussi rassurant soit-il, ne résolvait en rien mes problèmes d’arythmie, problèmes qui avaient été justement à l’origine de cet examen ordonné par le docteur R en personne. J’avais la nette impression qu’il s’était débarrassé d’un doute, et qu’à présent il laissait le soin à mon cardiologue de résoudre le problème.

 

Chantal avait raison, il fallait se comporter en adulte, la prochaine fois il faudrait nécessairement amplifier le dialogue et ressortir de son cabinet avec un peu plus d’éclaircissements.

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