Une proie facile

720.jpg

De nombreuses choses sont accordées ou infligées dans cette vie, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ce que nous faisons de ces bénédictions et de ces malédictions, voilà à quoi on mesure un homme.

 

 

 

L’annonce du cancer m’avait fait douloureusement sentir la profonde injustice pour laquelle j’étais à présent la victime, et faute de pouvoir faire autrement,  j’avais fini par accepter l’évidence.des faits.  Au fil du temps j’avais apprivoisé ma révolte et adapté mon style de vie à ma nouvelle condition, et  pour que l’exercice me soit plus facile, j’avais tissé un emploi du temps en fonction de mes capacités physiques, libérés de toutes les servitudes possibles, et faisant la part belle à mes menus plaisirs, car il est évident que les complications de toutes sortes  ne seraient pas sujettes à m’aider à cultiver un état de sérénité optimale.

 

Cette stratégie visait donc à renforcer mon mental pour être plus résistant face à la série de combats que je menais, tel un gladiateur qui défendait sa vie dans l’arène, volant de petites  en grandes victoires, et priant pour que le prochain adversaire ne le conduise pas à sa propre perte.  

 

La période de froid s’achevait et disparaissaient avec elle,  ses longues nuits déprimantes, et ses trop courtes journées de grisaille et de mauvais temps.  En matière de contraintes, cette partie de l’année était propice aux forces négatives, qui faisaient leur retour en puissance, affaiblissant ainsi un peu plus mon esprit à chaque fois que les conditions climatiques me retenaient prisonnier au-delà de plusieurs jours à l’intérieur des murs de ma maison.

 

Par une gymnastique subtile de ce même esprit, j’arrivais cependant à ne pas sombrer dans le précipice de la déprime, mais privé de ma liberté de mouvements, j’étais un peu comme un moteur à court d’essence, ma possibilité d’avancer risquait fortement d’être stoppée, en l’absence d’un environnement favorable.

 

Cette fois enfin l’infortune marquait des signes de faiblesse, car je revenais de Nantes avec de bonnes nouvelles avec en prime une météo qui m’annonçait la fin de mes indociles et détestables humeurs de l’hiver. Le terrain m’était donc favorable, et je n’avais pour l’heure aucun obstacle afin de poursuivre à plein régime l’application de cette politique qui m’avait jusqu’ici, pas trop mal réussie.

 

Mon 7ème cycle de Sutent débutait le 14 mars soit trois jours après mon passage au CAC de l’espoir. Outre les effets secondaires récurrents, d’autres ennuis apparaissaient ou disparaissaient suivant les périodes de traitements. Mon problème de rhinites crouteuses,  s’était quelque peu estompé, la cautérisation m’avait apporté un réel soulagement, les saignements ayant quasiment disparus, je comptais sur le retour des beaux jours pour être définitivement débarrassé de mes invalidantes sécheresses nasales. Par contre le goût dénaturé des aliments, et le manque d’intérêt que j’éprouvais à me retrouver devant une assiette, refaisaient la une de l’actualité. Il me suffisait simplement de respirer des odeurs de plats cuisinés pour avoir la nausée, et cet état de fait m’ôtait  l’appétit  plus sûrement que le meilleur des coupes faim. En 28 jours de chimiothérapie, j’avais perdu un peu plus de 5 kg, et l’état de fatigue additionné aux diarrhées incessantes, faisaient que l’ennemi de mes balades quotidiennes n’était plus à regarder du côté des mauvais jours de l’hiver, mais bien du côté de cette sous alimentation qui desservait ma cause, en minimisant mes forces et qui faisait aussi de moi une proie facile pour mes prédateurs.

 

Mes prédateurs je les connaissais que trop bien, le cancer en était le chef, et il n’attendait qu’une mollesse de ma part pour commander à ses troupes mon anéantissement.

 



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie