Une vie qui baigne dans l’huile

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Depuis presque 7 ans que j’étais involontairement inscrit sur la liste  non exhaustive des malchanceux invités à mener une course effrénée contre la mort, beaucoup de ces mêmes malchanceux avaient été contraints d’abandonner la partie. Parmi cela il y avait eu par exemple des malades qui comme moi avaient été sélectionnés par les laboratoires B afin de participer à un protocole d’essais thérapeutiques. L’étude s’était achevée en cours de l’année 2007 et de source non officielle, secret médical oblige, j’avais compris depuis lors  que mes compagnons de galère encore vivants se comptaient plus que largement sur les doigts d’une main, il n’était même pas improbable que je sois le seul à rester en lice.

 

La démocratisation d’internet et l’invention des forums de discussions, m’ayant permis de sortir de mon isolement, j’avais tissé un lien affectif avec bon nombre d’internautes qui témoignaient en tant qu’individu directement concerné par le sujet, et avec lesquels nous partagions nos expériences respectives. Au fil du temps des messages laconiques m’avertissaient de la disparation prématurée de l’un ou de l’autre des participants, me donnant l’impression d’appartenir à la catégorie des membres les plus anciens de ces forums de discussions.

 

Et puis il y avait eu ce jour de juillet 2010 où j’avais appris avec effroi le décès du plus illustre des malades atteints d’un cancer du rein du moment, Bernard Giraudeau.

 

La faucheuse gagnait du terrain autour de moi, il ne fallait pas céder à la panique et pourtant les faits étaient là et bien là. 

 

J’avais choisi délibérément de communiquer autour de ma maladie, désirant à tout prix ne pas me renfermer sur moi-même. Parents et amis avaient agi favorablement à cette politique d’ouverture et les gens ne considérant pas ma maladie comme un sujet tabou, se sentaient donc très à l’aise en face de moi. De ce fait, j’étais depuis l’annonce du cancer largement soutenu dans mes rapports avec les autres. Mes relations qui ne se limitaient plus à des discussions de comptoir, s’étaient même enrichies d’une amitié de dimension  nouvelle. Là encore le sablier du temps, accomplissant son œuvre, j’étais à même de constater  que nos perceptions de l’avenir ne sont jamais les bonnes. Alors que je me considérais condamner à mourir dans les plus brefs délais, des gens autour de moi quittaient ce monde, et particulièrement  quatre de ces personnes qui m’avaient fortement soutenu dans les moments périlleux des débuts de ma maladie.

 

Le vendredi 22 avril correspondait à la date d’un rendez-vous intermédiaire entre deux scanners. Je ne voyais pas grand-chose à dire à mon oncologue si ce n’était que ma perte totale d’appétit  avait été exceptionnellement longue et qu’en conséquences ma perte de poids avait été importante. Je n’étais pas inquiet car la période de repos avait été propice à une inversion de tendance, lentement mais surement mon corps reprenait des forces.

 

Ma prise de sang n’était pas irréprochable, presque tous les résultats de ma numération globulaire était en caractères gras, et pour le reste des recherches, de ci de là apparaissaient également des chiffres en caractères gras. Il y avait longtemps que j’avais cessé de paniquer en lisant les feuilles du laboratoire me concernant, sans remarque particulière de l’un ou de l’autre des médecins qui s’activaient à mon chevet, je continuais de vivre comme si ma vie baignait dans l’huile.

 

« Êtes-vous prêt pour affronter votre 8ème cycle de Sutent ? »

 

« Prêt ou pas prêt, ai-je bien le choix ? »

 

J’avais répondu à la question du cancérologue par une autre question, qui avait lui-même répondu à cette autre question par un sourire.

 



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