Précieux mais difficile privilège

Emporté par une rafale de vent bousculant notre vie jusqu’ici tranquille, il est bien souvent difficile de récupérer le cap. Comment ne pas craindre le récif, comment ne pas se sentir au bord de la noyade, lorsque surgissent les  graves soucis  de santé. Chacun réagit à sa manière en fonction de son émotivité. Les comportements vont de la colère à la révolte pour certains, de l’abattement à la paralysie totale pour d’autres.

Pourtant la tempête finit toujours par se calmer, et si ce n’est pas le cas il faut faire en sorte qu’elle s’apaise au risque de sombrer au plus profond de l’océan.

Prendre le temps de la réflexion est une évidence, pourtant… cela nous paraît souvent inaccessible, la gravité des évènements nous ont fait perdre pied, et nos mouvements anarchiques nous conduisent plus surement et plus rapidement qu’un fer à repasser jeté dans l’eau, vers les abysses.

Cette aptitude à prendre du recul, nous l’avons tous en nous. L’essentiel est de pouvoir la déclencher au bon moment

Suspendre la course, ne plus agir de manière épidermique, apprendre à analyser sa situation avec calme et sérénité, sont les ingrédients indispensables pour mieux aller à l’essentiel.

J’avais fait mienne cette devise qui était certes faite de belles phrases, mais qui sur le terrain n’était pas tous les jours facile à appliquer. Il arrivait parfois que la fatigue endurée par de trop longues épreuves d’effets secondaires à répétitions,  brouillait sensiblement mon esprit en m’éloignant quelque peu de ma ligne de conduite. Naviguer dans le doute, c’est naviguer dans le brouillard et naviguer dans le brouillard c’est ne plus être en mesure d’apprécier les obstacles qui se présentent à vous. Il me fallait bien du courage pour rectifier le tir, mais je savais que mon salut ne pouvait passer que par la discipline d’une armée en guerre, et j’étais bel et bien en guerre contre le cancer, le motif était suffisamment convainquant pour me donner la force de puiser au plus profond de moi le courage qui arrivait parfois à me manquer.

Du courage il m’en fallait en ce 25 avril qui marquait la reprise de mon traitement. J’étais dans l’état physique et psychologique d’un randonneur auquel après une courte pause  on venait de donner l’ordre de reprendre la route, malgré un corps meurtri par de nombreuses courbatures, causées par une d’ores et déjà trop longue marche.

Je ne pouvais pas m’appuyer sur l’espoir d’interrompre pour de bonnes causes le traitement, car Sutent n’avait pas la capacité de guérir, mais simplement de stabiliser la maladie. Les malades qui avaient la bonne fortune d’obtenir ce résultat, et j’en faisais partie, étaient des miraculés. Je n’avais donc pas le droit de bouder ce privilège, même si ce privilège était parfois difficile à assumer.

Le pire dans tout ça, c’est que je ne pouvais m’appuyer justement que sur l’espoir inverse, c’est à dire de ne pas devoir interrompre pour de mauvaises raisons, le traitement. Bon nombre de malades avaient en effet relativement vite atteint la limite du supportable lorsque qu’ils n’avaient pas tout simplement été contraints de changer de chimiothérapie, le Sutent étant devenu trop corrosif, ou sans effet sur le cancer. 

Prendre le temps de la réflexion comme j’avais appris à le faire, m’avait permis encore une fois de plus de relativiser ma situation. Il fallait donc remercier le ciel et non le blâmer d’être en ce début de printemps 2011 encore de ce monde pour pouvoir en apprécier ses beautés.

Beaucoup de gens étaient plus à plaindre que moi, j’étais certes souvent indisposé par une trop forte dose de produits chimiques dans le corps, mais je n’étais pas dans la situation d’un tétraplégique, ma vie malgré tout n’était pas totalement chamboulé, je pouvais sans trop de handicap me permette d’en profiter dans bien des domaines. Que dire aussi des gens dialysés ou en condition d’insuffisance respiratoire sévère. Ils n’avaient pas de cancer ceux là, et leur condition n’était pourtant guère plus enviable que la mienne. Comment ne pouvais-je pas me rassurer en me disant que mon après-midi serait consacré à un grande balade en campagne, et que si le mauvais temps apportait une ombre au tableau mes capacités intellectuelles et physiques me permettraient de changer mon emploi du temps sans avoir à subir trop de contraintes.   

 

 

 

cidc8b5b471460c4d6ea3677f3fdad0b3acpclangonne.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie