La grisaille de l’incertitude

Le handicap ou la maladie peuvent ils être une ouverture vers le monde et les autres ? Un élan plutôt qu’un repli sur soi ? Un avantage plutôt qu’un inconvénient ?

La réponse est oui, et elle ne fait pas l’ombre d’un doute.

Regretter le passé c’est refuser le présent.

Si je doute ou si je regrette le passé, je suis mort.

 

Je ne me berçais d’aucune illusion, je savais que  le cancer restait le maître du jeu, j’étais bel et bien un pantin entre les mains de son marionnettiste. La médecine, la recherche, la chirurgie, la pharmacie, beaucoup de corporations étaient rentrées en résistance contre le dictateur. Bien sûr au-delà de la guérison du malade, des enjeux financiers importants motivaient les troupes bien décidées à remporter une double guerre, celle contre la maladie et celle pour la conquête du marché de l’argent roi, mais la victoire du pot de terre contre le pot de fer n’était pas encore à l’ordre du jour.

Pour le travail accompli et pour la somme d’énergie dépensée à éradiquer ce fléau, j’avais le devoir moral de lutter aux côtés des hommes de sciences, d’autant plus que certaines avancées thérapeutiques avaient quand même fait vaciller la suprématie du cancer.

Se battre à armes inégales demandait des prouesses mentales mais parfois, des forces plus puissantes que ma propre détermination agissant de manière négative sur mon organisme, ne me donnaient aucune autre possibilité que celles de déposer les armes et de me soumettre temporairement à la ténacité de mon maître.

C’est ainsi qu’en cette période d’avril au moment où la nature se réveillait, le traitement qui me sauvait la vie en soufflant le chaud, substance corrosive oblige, me la détruisait également, en soufflant le froid.

Sans trop savoir ce que j’avais bien pu faire d’extras pour mériter un tel châtiment je profitais plutôt mal de ce début de printemps limitant mon activité entre le lit et mon fauteuil.

Pourtant ce n’était pas la diarrhée qui me mettait dans un tel état, ce n’était pas non plus les reflux gastriques et les brûlures d’estomac, ce n’était pas mon cœur qui limitait sa révolte à quelques petites manifestations de temps à autre, c’était plutôt une envie incessante de vomir, des maux de tête, des étourdissements et des vacillements à chaque fois que je voulais faire un pas pour me rendre d’une pièce à l’autre de la maison.

Le traitement avait bon dos, et je n’étais pas sûr que mon état ne soit pas lié à une autre affection que celle provoquée par les effets secondaires du Sutent, il fallait que je sois prudent car je n’avais pas l’intention de me retrouver une fois de plus à l’hôpital. Il y avait bientôt un an que j’avais fait les frais de ma négligence et de mon entêtement, en refusant d’admettre la réalité concernant cette forte température qui avait failli m’emporter.

Mes défenses immunitaires étant fortement affaiblies par la chimiothérapie, mon extrême faiblesse du moment était peut-être comme au mois d’aout de l’année 2010, la manifestation d’une pathologie naissante, totalement étrangère à celle qui faisait l’objet de tous mes tracas depuis 2004.

Je ne laissais rien apparaître de mes peurs autour de mois et pourtant mon angoisse était bien présente, il fallait simplement l’apprivoiser. J’étais comme la sœur Anne au sommet du donjon, je scrutais l’horizon en espérant à l’inverse de la belle, ne voir rien venir. Je craignais en effet une poussée de fièvre comme les gens du moyen âge craignaient la peste. Je savais qu’une température élevée serait synonyme d’infection, aussi je priais le ciel pour que ce dangereux passage à vide, ne soit qu’une mauvaise plaisanterie du destin.

Ce genre de situation  où j’avais l’impression de marcher sur un fil au dessus du précipice, je la connaissais  que trop bien. Ses apparitions récurrentes me donnaient l’avantage d’apprécier d’autant plus ma chance d’être encore de ce monde lorsque le danger était écarté. Et cette fois ci encore j’étais passé à côté de la catastrophe car au bout de plusieurs jours, la fièvre n’étant toujours pas apparue et me forces étant revenues, je savais que mon inquiétude n’avait plus lieu d’être.

La fin de ce cycle de traitement se profilait à l’horizon, un autre cycle m’attendait à l’entrée d’un autre chemin. La date de mon 29ème examen au scanner était fixée au 30 mai, il me restait que très peu de temps pour profiter de l’embellie avant d’affronter de nouveau la grisaille de l’incertitude.

 

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