Un défi de chaque instant

Renoncer à vivre c’est ne plus s’ennuyer, ne plus pleurer, se contenter d’attendre que le temps passe. Il faut accepter les défis de la vie, avant que la vie ne vous défie plus.

 

Naître ne veut pas dire signer un contrat à durée indéterminée, notre temps sur terre est compté, cependant les êtres humains ne sont pas tous égaux face à cette implacable  loi de la nature. Mourir à 80 ans ce n’est pas pareil que de mourir à 20 ans, mourir vieux dans son sommeil, ce n’est pas pareil que de mourir jeune anéanti par une vilaine maladie. Quels sont les critères qui déterminent le droit pour certains à une vie longue et heureuse et pour d’autres à une vie courte sans joie ni bonheur. Mais une vie trop longue peut aussi bien devenir un calvaire lorsque les êtres chers ont disparu, et que la souffrance et la solitude sont les seules compagnes de vos journées, alors qu’une vie courte et bien remplie peut ne pas donner le temps de connaître la déchéance du corps et de l’esprit.  

J’étais de ceux qui galéraient sérieusement pour prolonger leur contrat, et chaque fois que je passais par le CAC de l’espoir et que le résultat du scanner était bon, j’avais l’impression que le destin m’accordait  une nouvelle faveur, en renouvelant pour un laps de temps ce fameux contrat.

Malgré ma déception, le docteur R m’avait rassuré sur mon état de santé actuel, et il ne fallait pas cracher sur la soupe. Ma petite révolte intérieure s’estompait au fil de la conversation, et débarrassé de l’angoisse qui avait précédé l’annonce des résultats,  je retrouvais l’envie de parler plus aisément avec l’oncologue.

Lors du précédent examen, nous nous étions Chantal et moi fait le reproche de ne pas  poser assez de questions, de ne pas chercher avec l’aide du praticien, à  approfondir certains sujets qui nous inquiétaient, et de laisser volontairement planer une zone d’ombre sur notre esprit probablement pour nous protéger d’une éventuelle réalité que nous préférions ne pas connaître. Cette fois notre décision de nous conduire comme des adultes avait nourri la conversation et nous repartions de Nantes un peu plus confient envers les explications qui nous avaient été données.

Malgré l’excellent dialogue qui s’était instauré entre le docteur R et nous, j’en étais resté à mon attitude première, en passant définitivement à la trappe l’épisode des nausées, des maux de tête, des étourdissements et des vacillements. La bonne résolution que nous avions décidé de prendre n’avait été que partiellement respectée, et je savais bien qu’il serait difficile de maintenir définitivement, la ligne de conduite que nous nous étions fixés.

J’avais beau faire et beau dire, malgré le travail psychologique que j’effectuais sans cesse sur mon égo pour ne pas me laisser envahir par cette peur obsessionnelle  de découvrir une réalité qui ne serait pas la mienne, cette peur conservait une emprise considérable sur mon comportement, et de ce fait lorsque je me sentais menacé, pour ne pas être déstabilisé, je réagissais par un réflexe de déni, de la même manière qu’un guerrier opposerait son bouclier contre l’ennemi pour se soustraire  d’un péril qui sans cette protection, le précipiterait probablement instantanément ou à plus ou moins long terme, vers la mort.   

Mon 9ème cycle de chimiothérapie débuterait le 6 juin, mon ordonnance ne mentionnait pas un changement de posologie, car suivant les explications que j’avais bien voulu lui fournir,  le praticien n’avait pas jugé bon de le faire. Sans doute qu’en lui donnant tous les détails des problèmes survenus lors du dernier traitement, il m’aurait prescrit de nouveaux examens, mais je n’en voulais pas, je n’en voulais plus ou du moins le moins possible et le plus tard possible. Se complaire dans l’idée qu’il n’y avait aucun problème, me convenait tout à fait, et probablement que cet état d’esprit m’aidait à conserver une énergie mentale qui m’était précieuse, car vivre les difficultés de la maladie représentait un défi de chaque instant, et pour garder l’esprit combatif,  il ne fallait pas affaiblir cette énergie mentale par des pensées négatives.

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Le facteur chance

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En fait ce n’était pas encore mon tour,  la secrétaire était venue nous chercher, car les sièges situés dans le couloir à proximité du cabinet de l’oncologue étaient libres, il fallait que je patiente encore un peu. Du coup mes espoirs étaient vains car j’étais le prochain patient du docteur R et je savais à présent que je ne serais pas plus épargné que les autres fois,  du stress engendré par l’interminable attente, correspondant au temps qu’il serait nécessaire au praticien pour consulter le compte-rendu de mon scanner.

L’exercice on ne peut plus difficile du contrôle de soi et de son équilibre émotionnel est un dur apprentissage, et malgré ma longue expérience dans le domaine de la maladie, ma bouche sèche, mes mains moites, et mon cœur qui battait à se rompre, prouvaient bien que j’en étais encore qu’aux balbutiements.

En face de moi la porte de bureau de l’assistante du praticien était ouverte, j’étais debout car je ne tenais pas en place. Elle ne chômait guère du fait des nombreux appels téléphoniques auxquels elle devait répondre. Sa voix et la sonnerie du téléphone étaient  les seuls éléments qui troublaient le silence de cette aile de bâtiment située très à l’écart de l’effervescence des différents autres services. C’était d’ailleurs un inconvénient car j’avais guère la possibilité de me distraire l’esprit par le va et vient des ambulanciers et du personnel médical, comme il était possible de le faire avant.

Cette fois c’était la bonne, le docteur R était entré par la porte intérieure dans le bureau de sa secrétaire, accompagné de son patient. Il avait donné ses dernières instructions et avait pris congé ensuite de ce même patient. Il s’était maintenant isolé dans son cabinet, probablement en train d’étudier mon cas.

Je m’étais rassis, et j’avais du mal à déglutir, Chantal lisait à côté de moi mais je n’étais pas sûr qu’elle soit bien concentrée sur son livre.

« Monsieur Gautier ? »

Ce monsieur Gautier je l’avais entendu des dizaines et des dizaines de fois depuis l’année de tous les dangers, et cette fois encore il sonnait comme un couperet sur ma vie que je sentais de nouveau très concrètement menacée, et entièrement dépendante de l’efficacité ou non d’un médicament.

Le dernier cycle de chimiothérapie avait été particulièrement difficile, et j’avais cru à un moment donné, qu’une nouvelle maladie infectieuse allait me diriger tout droit vers l’hôpital. J’étais bien décidé à en parler au médecin car il était nécessaire de l’informer des évènements qui étaient survenus entre deux visites.

Nous étions à présent  face au docteur R qui me fixait droit dans les yeux le regard interrogateur, et comme je n’avais pas prononcé encore un mot, il prit la parole.

« Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

« Ma foi je ne vais pas trop mal. »

« Avez-vous eu des problèmes particuliers durant ce cycle de traitement ? »

Brutalement je n’eus plus envie de lui parler de ces soucis un peu particuliers rencontrés quelques semaines auparavant. Je voulais au contraire lui dire que tout allait bien, et j’espérais de son côté qu’il m’annonçât une bonne nouvelle. J’en avais marre de cette emprise du cancer et de ses traitements sur moi, je voulais passer à des choses plus heureuses, je voulais rejoindre la majorité des gens bien portants, et me réveiller de ce cauchemar qui n’avait que trop duré.

« Toujours les mêmes effets secondaires ni plus, ni moins virulents. »

Chantal ne m’avait pas trahi, elle avait gardé le silence, sans doute avait-elle compris mon ras le bol du moment. Le ras le bol faisant partie de mes sautes d’humeur, elle savait que la tempête s’apaiserait, et que je reviendrais très vite à la raison. 

« Votre scanner est stable. »

La réponse me soulageait et me décevait à la fois, avec le Néxavar j’avais connu un peu plus de 2 ans de rémission et là j’avais l’impression de patiner dans la choucroute. Beaucoup de sacrifices pour peu de résultats. Je résonnais ainsi sans doute à cause de beaucoup de fatigue physique, et sans doute parce que j’avais compris que l’oncologue adaptait ses phrases en fonction des résultats. Ses explications tendaient à me rassurer, alors que lui-même ne connaissait pas les raisons exactes qui menaient le médicament à agir d’une façon, plutôt que d’une autre.  Nous naviguions dans un épais brouillard et il fallait faire confiance au capitaine du bateau, le capitaine du bateau étant le facteur chance.



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