Le facteur chance

papillon afrique du sud 1

En fait ce n’était pas encore mon tour,  la secrétaire était venue nous chercher, car les sièges situés dans le couloir à proximité du cabinet de l’oncologue étaient libres, il fallait que je patiente encore un peu. Du coup mes espoirs étaient vains car j’étais le prochain patient du docteur R et je savais à présent que je ne serais pas plus épargné que les autres fois,  du stress engendré par l’interminable attente, correspondant au temps qu’il serait nécessaire au praticien pour consulter le compte-rendu de mon scanner.

L’exercice on ne peut plus difficile du contrôle de soi et de son équilibre émotionnel est un dur apprentissage, et malgré ma longue expérience dans le domaine de la maladie, ma bouche sèche, mes mains moites, et mon cœur qui battait à se rompre, prouvaient bien que j’en étais encore qu’aux balbutiements.

En face de moi la porte de bureau de l’assistante du praticien était ouverte, j’étais debout car je ne tenais pas en place. Elle ne chômait guère du fait des nombreux appels téléphoniques auxquels elle devait répondre. Sa voix et la sonnerie du téléphone étaient  les seuls éléments qui troublaient le silence de cette aile de bâtiment située très à l’écart de l’effervescence des différents autres services. C’était d’ailleurs un inconvénient car j’avais guère la possibilité de me distraire l’esprit par le va et vient des ambulanciers et du personnel médical, comme il était possible de le faire avant.

Cette fois c’était la bonne, le docteur R était entré par la porte intérieure dans le bureau de sa secrétaire, accompagné de son patient. Il avait donné ses dernières instructions et avait pris congé ensuite de ce même patient. Il s’était maintenant isolé dans son cabinet, probablement en train d’étudier mon cas.

Je m’étais rassis, et j’avais du mal à déglutir, Chantal lisait à côté de moi mais je n’étais pas sûr qu’elle soit bien concentrée sur son livre.

« Monsieur Gautier ? »

Ce monsieur Gautier je l’avais entendu des dizaines et des dizaines de fois depuis l’année de tous les dangers, et cette fois encore il sonnait comme un couperet sur ma vie que je sentais de nouveau très concrètement menacée, et entièrement dépendante de l’efficacité ou non d’un médicament.

Le dernier cycle de chimiothérapie avait été particulièrement difficile, et j’avais cru à un moment donné, qu’une nouvelle maladie infectieuse allait me diriger tout droit vers l’hôpital. J’étais bien décidé à en parler au médecin car il était nécessaire de l’informer des évènements qui étaient survenus entre deux visites.

Nous étions à présent  face au docteur R qui me fixait droit dans les yeux le regard interrogateur, et comme je n’avais pas prononcé encore un mot, il prit la parole.

« Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

« Ma foi je ne vais pas trop mal. »

« Avez-vous eu des problèmes particuliers durant ce cycle de traitement ? »

Brutalement je n’eus plus envie de lui parler de ces soucis un peu particuliers rencontrés quelques semaines auparavant. Je voulais au contraire lui dire que tout allait bien, et j’espérais de son côté qu’il m’annonçât une bonne nouvelle. J’en avais marre de cette emprise du cancer et de ses traitements sur moi, je voulais passer à des choses plus heureuses, je voulais rejoindre la majorité des gens bien portants, et me réveiller de ce cauchemar qui n’avait que trop duré.

« Toujours les mêmes effets secondaires ni plus, ni moins virulents. »

Chantal ne m’avait pas trahi, elle avait gardé le silence, sans doute avait-elle compris mon ras le bol du moment. Le ras le bol faisant partie de mes sautes d’humeur, elle savait que la tempête s’apaiserait, et que je reviendrais très vite à la raison. 

« Votre scanner est stable. »

La réponse me soulageait et me décevait à la fois, avec le Néxavar j’avais connu un peu plus de 2 ans de rémission et là j’avais l’impression de patiner dans la choucroute. Beaucoup de sacrifices pour peu de résultats. Je résonnais ainsi sans doute à cause de beaucoup de fatigue physique, et sans doute parce que j’avais compris que l’oncologue adaptait ses phrases en fonction des résultats. Ses explications tendaient à me rassurer, alors que lui-même ne connaissait pas les raisons exactes qui menaient le médicament à agir d’une façon, plutôt que d’une autre.  Nous naviguions dans un épais brouillard et il fallait faire confiance au capitaine du bateau, le capitaine du bateau étant le facteur chance.



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