Des vents mauvais

La vie n’est pas juste, c’est triste, mais c’est la vérité.

La vie est très  compliquée, parfois même très sombre.

La vie peut être riche, vous procurer un plaisir total, mais elle a été toujours et restera toujours profondément injuste.

 

Dimanche 5 février 2012, il a neigé dans la nuit. Deux fois en une semaine que notre région est recouverte d’un manteau blanc, le fait est suffisamment rare pour le noter. Hier soir juste un peu avant minuit les flocons n’avaient pas encore commencé à tomber. Nous étions de fête, ma première grande sortie depuis plus d’une quinzaine de jours que j’étais resté cloîtré. Ce matin je me suis réveillé en bonne forme, j’ai donc l’espoir de pouvoir reprendre un peu de mes activités, car j’ai déposé les armes depuis déjà bien trop longtemps. Je ne veux pas que mon corps se rouille, et je refuse aussi de me laisser embrumer l’esprit par de trop sombres pensées.

Mes petites enfants devaient venir nous rendre visite mais cette météo hivernale nous prive de leur présence. Il faut revoir un emploi du temps fortement limité.

Entre me vautrer dans un fauteuil à regarder la télévision, ou m’asseoir  à travailler devant mon ordinateur, j’ai choisi d’adopter la seconde solution. Ma machine à souvenirs c’est remise en marche, mes doigts commencent à tapoter sur les touches de mon clavier, mon passé renaît petit à petit par l’écriture des mots.

 

Le 29 août 2011 alors que j’abordais mon 11ème cycle de Sutent, les magasins regorgeaient d’articles d’écoliers, marquant indubitablement le signe d’une rentrée imminente, et sonnant par voie de conséquence, le glas de cette période si particulière que représentait l’été dans l’esprit des gens.

J’appréhendais les deux vilaines saisons qui s’annonçaient, à cause du ciel gris et de la pluie, à cause du froid, mais surtout à cause de ces nuits sans fin qui agissaient sur moi comme des geôlières, en me retenant trop longtemps prisonnier dans ma maison.  

Ma mise en invalidité au bout de presque trois ans de lutte contre le cancer m’avait profondément déstructuré, je ne fonctionnais plus comme la plupart des gens, calqués sur la carte scolaire et sur le calendrier des fêtes, religieuses ou laïques. J’étais en vacances permanentes, écarté du stress de la vie active, mais aussi écarté assez largement de la société. Je vivais une autre étape de ma vie.  De la plus ancienne à la plus récente j’avais sans les renier,  tiré un trait sur toutes celles qui l’avait précédée.

Pour ne pas me laisser emprisonner par ma maladie, je continuais toujours à m’informer sur la marche de l’entreprise à laquelle j’avais consacré 31 ans 5 mois et 2 jours de mon existence. Débarrassé des conflits qui pouvaient subvenir au sein d’une équipe de travail, je continuais à rendre très régulièrement visite à mes collègues, qui n’ignoraient rien de l’évolution de mon état santé, et qui m’accueillaient  à chaque fois bien plus que par politesse, ou par gentillesse. La plupart d’entre eux, même parmi ceux que je connaissais les moins, faisaient preuves d’une certaine forme d’admiration, et  éprouvaient également envers moi une considération débarrassée de toute hypocrisie. La convivialité de ces moments de rencontres me faisait énormément de bien. Entre le malade et les biens portants, la barrière n’existait plus. Cet état de fait était la récompense d’un effort de communication que j’avais voulu. Dès l’annonce de la terrible nouvelle, retenir le monde autour de moi, avait été ma priorité, et j’obtenais le résultat escompté, car même loin de la vie active, je continuais à exister auprès des autres. Sombrer dans l’oubli aurait été pour moi la condamnation à une double peine, celle de ma complète mort sociale, et  celle de ma futur mort physiologique.

Je continuais au jour le jour à tenir mon petit journal de bord pour informé le milieu médical dans ma progression face à la maladie. Modifications corporelles, troubles digestifs, signes d’une infection, autres signes, tout devait être noté avec le degré d’intensité des gênes ressenties.

En ce mois de septembre j’avais déjà inscrit neuf petites croix sur la page prévue à cet effet. D’intensité faible à intensité moyenne, je n’avais pas connu d’effets secondaires au-delà de ce qui pouvait être supportable, mon corps était peut-être en train de s’habituer au dur supplice que les traitements lui faisaient subir. Je voulais fermement y croire.

Fort de ce constat, je révisais ma position concernant les mornes saisons, j’abordais donc ce nouvel automne avec un peu plus de philosophie en me disant que le pire comme le meilleur des choses, rien en dehors de la mort ne dure éternellement, il faut simplement faire preuve de patience quand des vents mauvais soufflent vers vous.

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