Une prescription à ma convenance

Ma prise de sang du 28 septembre indiquait une nouvelle aggravation de mon taux de créatinine, je ne pouvais malheureusement que constater les faits. En hématologie le bilan était passable mais explicable dans la mesure où le Sutent peut provoquer les dérèglements constatés. Les désordres thyroïdiens semblaient marquer le pas, il y avait en effet un moment que mon généraliste ne m’avait pas changé le traitement.

Sur mon petit carnet de bord, et à la page correspondant à ce 11ème cycle achevé, aucune nouvelle croix ne s’était rajoutée aux neuf déjà présentes. Globalement j’étais en mesure de confirmer au médecin que cette nouvelle chimiothérapie s’était plutôt bien passée.

Le lundi 3 octobre Chantal me conduisait donc à Nantes pour une consultation intermédiaire entre deux scanners, le bilan de ces quatre semaines de traitement, bien ancré dans ma tête.

Je n’étais certes pas ravi de me rendre à cette 51ème consultation chez mon cancérologue, mais je n’étais pas préoccupé non plus. Ces voyages réguliers et malheureusement incontournables faisaient partie de ma nouvelle vie, celle que le destin avait choisie pour moi, je ne pouvais donc que m’incliner, ou mourir.

En cette matinée d’automne un peu plus fraiche que les autres, l’imposant CAC de l’espoir m’accueillait parmi tant d’autres de ses abonnés, dans une ambiance qui m’était plus que familière. La salle d’attente était bondée, le praticien accusait un certain retard. Comme à l’habitude nous avions prévu livre et mots fléchés. J’appréciais de me trouver dans ces lieux sans cette menace qui me tétanisait lors de l’attente des résultats d’un examen. J’éprouvais de la compassion pour l’homme qui était assis en face de moi, car manifestement le poids de l’incertitude agissait sur son comportement. Je sentais en effet que son angoisse devenait quasiment insupportable, et j’en connaissais que trop bien la raison. Je n’avais guère de conseils à lui donner, car moi-même dans des circonstances similaires je n’avais jusqu’à ce jour jamais réussi à me débarrasser de ma peur. J’avais bien essayé d’animer la conversation pour  qu’il puisse penser à autres choses, mais ma tentative avait échoué, l’homme restait dans son mutisme. Petit à petit la banquette s’était vidée de ses occupants et d’autres les avaient remplacés.

« Monsieur Gautier ? »

La secrétaire nous invitait à nous rapprocher du cabinet de l’oncologue.

Je n’étais pas sûr de faire partie de ces plus anciens malades, mais six ans de présence régulière au centre anticancéreux, et comme je l’ai dit précédemment, cette 51ème consultation comptaient pas mal dans l’évolution de la relation entre médecin patient.

Je ne dirais pas que ces contacts réguliers avaient changé nos rapports en amitié, mais la rigidité des relations qui peut parfois exister entre le praticien et son malade n’était pas du tout d’actualité entre nous.

« Quoi de neuf depuis la dernière fois ? »

Le docteur R me regardait droit dans les yeux, un petit sourire au coin des lèvres, il avait très vite constaté que je me portais plutôt bien.

Parmi les croix, palpitations et essoufflements étaient des nouveautés compte-tenu que ces troubles s’étaient manifestés lors de mes marches quotidiennes sans efforts particuliers, et également sur terrain plat. Ces symptômes ne correspondant en rien à ceux que je pouvais ressentir lors d’une crise d’arythmie, il m’avait semblé bon de lui signaler.

« Ces gênes sont elles devenues récurrentes ou ont-elles été que passagères ? »

Je savais à quoi le médecin voulait en venir. Une aggravation des effets secondaires, et l’apparition de nouveaux, étaient pour lui synonyme de changement de posologie. Lorsque j’avais déclaré ma septicémie ma dose de Sutent avait été considérablement diminuée, je me refusais de me voir encore diminuer cette posologie. Je n’avais nul envie de constater un changement négatif dans l’efficacité du médicament, d’autant plus que j’avais déjà l’impression de piétiner dans la choucroute.  Au contraire le désir de demander au cancérologue de revenir à la quantité de Sutent administré lors de mon tout premier cycle me brulait les lèvres, mais je n’osai pas franchir le pas.

Il fallait donc que j’adapte raisonnablement ma réponse, de manière à rassurer mon interlocuteur, afin qu’il me prescrive ce que j’attendais de lui.

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