Les deux suppôts de Satan fidèles au poste

La salle d’attente qui n’était en fait que la partie droite de l’immense hall d’entrée, était baignée d’une lumière éclatante grâce à de larges baies vitrées qui laissaient généreusement pénétrer le soleil.

« Monsieur Gautier ? »

L’appel de mon nom venait de mettre brutalement un terme à ma rêverie, car je n’écoutais plus l’ambulancière qui continuait à converser avec Chantal.

Contrairement à l’habitude, où l’équipe médicale m’autorisait à rester en t-shirt, et à baisser mon pantalon à mi-cuisses au moment de passer à l’intérieur de la machine, il fallait se mettre en slip, avant même que l’infirmière me pose un cathéter.

La journée ne serait sûrement pas une partie de plaisir, et j’entrais de plain pied dans le vif du sujet. Je frissonnais car je ne bénéficiais plus des bienfaits du Dieu Râ, au contraire, sans la lumière artificielle du néon, j’aurais été dans la pénombre.

« Avez-vous déjà passé un scanner ? »

« J’en suis à mon 31ème. »

Au delà des mots, la jeune femme avait souri, tout en faisant un signe de tête marquant ainsi sa compassion envers moi.

« Vous n’avez aucun problème d’allergie ? »

« Non »

« Vous avez les résultats de votre prise de sang ? »

« Oui »

« Votre poids ? »

« 83 kg. »

Je ne pense pas que nous allons pouvoir injecter la totalité du produit de contraste à cause de votre taux de créatinine élevé. »

L’aiguille profondément enfoncée dans ma veine, je n’attendais plus que le manipulateur vienne me chercher pour commencer l’examen.

La salle du scanner ressemblait à celle que je fréquentais le plus souvent, sauf que la pièce annexe où travaillait l’équipe médicale était du côté gauche et non à l’arrière comme au CAC de l’espoir. Allongé sur la table d’examen, je pouvais donc voir les blouses blanches opérer devant leurs écrans d’ordinateurs.

Le manipulateur m’avait donné les dernières instructions, et j’attendais patiemment que le processus habituel s’enclenche. Bercé par le bruit familier de la machine, je n’avais pas entendu un homme s’avancer à ma hauteur. Le radiologiste s’était penché vers moi, et m’avait salué lui aussi d’un large sourire.

« Bonjour monsieur Gautier, monsieur T responsable du service. Dîtes-moi c’est la première fois que vous venez chez nous, et j’aimerais bien savoir ce que je vais découvrir. »

Il avait donc fallu que je lui raconte mes trois opérations, l’absence du rein gauche, l’ablation partielle du rein droit, et l’ablation partielle de mon poumon gauche.

« Normalement vous devriez constater la présence d’une métastase à la surrénale droite, une autre au niveau de l’aorte. »

J’avais passé sous silence l’existence également d’une tumeur à mon épaule gauche, car elle ne faisait pas l’objet de cet examen. D’ailleurs je n’avais jamais passé d’échographies depuis celle qui avait précédé le prélèvement pour biopsie, l’oncologue se contentant simplement  et de temps en temps, de palper mon épaule,  pour constater ou non l’évolution de la grosseur.

« Bien vous connaissez le déroulement de l’examen, je vous laisse pour l’instant. Je viendrais vous voir plus tard pour vous communiquer les résultats. »

Deux passages dans le tunnel de la machine, une injection du produit de contraste, un léger temps de patience,  et un troisième passage dans le tunnel plus tard, j’attendais fébrilement dans ma cabine, que le boss vienne me donner les résultats tant redoutés.

J’avais en tête le souvenir de mon stage au centre C Si  où dans des conditions similaires, il avait fallu attendre beaucoup trop longtemps l’entretien post examen. Tout seul et confiné dans ma petite pièce sombre, silencieuse, et sans ouvertures vers l’extérieur, j’avais fini par péter les plombs. Je ne voulais pas que l’incident se reproduise, en attendant je priais pour que le verdict médical me donne encore une chance de poursuivre ma route. Je préférais imaginer une issue heureuse, car dans le cas contraire je me sentais incapable de maîtriser mes réactions.

Je n’avais pas attendu le radiologiste aussi longtemps que j’aurais pu le craindre. En fait il me confirmait l’existence des deux métastases, mais n’ayant pas de possibilités de comparaison, il ignorait si les deux suppôts  de Satan avaient progressé, ou diminué. Malgré cette incertitude, je sortais de ma cabine avec quand même une nouvelle rassurante, le spécialiste n’avait pas observé de nouvelles métastases.

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