Le chemin de ma vie

Il y a des jours avec et des jours sans. Les jours sans sont choses courantes, donc sans valeur,  il faut les accepter, et ne pas céder au découragement. Les jours avec sont choses rares, mais rareté ne rime t’elle pas avec qualité ?

Parfois je me sens tellement bien que tout ce que j’ai vécu de cauchemar depuis la déclaration de guerre, s’efface d’un seul coup du tableau. Je me prends à rêver d’une nouvelle vie sans maladie, je me prends à croire au père-noël, le père-noël existe peut-être qui sait.

 

« Vous êtes tout rouge, vous ne vous sentez pas bien ?

Le docteur T s’était rendu compte du feu qui me montait aux joues. Cette manifestation relativement brève mais soudaine de mon organisme, était chose courante. La prise régulière de médicaments pour le moins agressifs, malmenait les fonctions naturelles de mon corps, qui réagissait donc en conséquence.

Dans le contexte du moment,  peut-être que cette réaction reflétait-elle plutôt un état de nervosité extrême, je n’en savais rien, et d’ailleurs je ne m’en préoccupais guère.

Mon interlocuteur n’attendit pas que je réponde à sa question.

« C’est sans doute à cause du Sutent ? » ajouta-il.

Je n’avais pas la certitude que mon traitement suspendu depuis plusieurs jours, soit   responsable de ce brusque afflux de sang au visage, mais par contre je n’avais aucun doute sur le fait que je n’étais pas en train de faire un malaise.

Pour rassurer le praticien, je lui fis oui de la tête, en signe d’approbation, et celui-ci me libéra sur le champ.

De retour dans la salle d’attente, même cause même effet, Chantal ayant constaté la couleur de ma figure, m’en fit aussi discrètement que possible la remarque.

Dans une ambiance plombée par le silence, la plupart des gens qui attendaient leur tour d’examen  avaient entendu prononcer la phrase.

« C’est sans doute le petit verre de muscadet de la région que je viens de boire qui me fait cet effet. »

La plaisanterie semblait porter ses fruits, car malgré une atmosphère toujours aussi tendue, plusieurs personnes sourirent.

Nous avions encore un peu de temps à patienter, car la secrétaire devait nous remettre le fruit de ma présence en ces lieux.

« Monsieur Gautier ? »

La première étape de cette journée de toutes les peurs s’achevait avec dans mon esprit une bonne appréciation du service rendu,  par une équipe médicale jusqu’alors inconnue.

Quelques minutes plus tard nous quittions le CA,  avec sous mon bras le compte-rendu du radiologiste,  les clichés du scanner, ainsi que le disque correspondant.

Le chemin que nous avions  emprunté le matin, différait de celui que nous prenions d’habitude. En fait nous avions suivi le périphérique de manière à utiliser l’impressionnant pont de Cheviré  qui nous avait permis  de  franchir la Loire à cet endroit. Nous n’avions aucun regret d’avoir choisi de nous faire rouler, car l’ambulancière nous avait épargné le souci du trafic routier, et du stress engendré par une méconnaissance de notre itinéraire.

Nous arrivions à présent au CAC de l’espoir, mais en sens inverse des autres fois.  Il était aux alentours de midi quand notre véhicule franchit les portes d’enceinte de l’établissement. J’étais à jeun et je commençais sérieusement à sentir le besoin de manger. Notre coéquipière nous quittait, son supérieur hiérarchique lui ayant donné l’ordre d’effectuer une autre mission. A présent que nous étions seul, nous pouvions prendre le temps de nous restaurer et de monter ensuite à la cafétéria pour boire un café. Je n’avais pas rendez-vous avec le docteur R avant 15 heures, nous avions donc pas mal de temps à tuer avant l’instant suprême.

La sieste aurait été la bienvenue, car il faut bien le dire j’avais besoin d’une vie très équilibrée, avec des règles de fonctionnement très précises. A jeun depuis le matin, un sandwich à midi en compensation, et une tension nerveuse maximum prolongée, épuisaient mes forces. Je savais qu’il me faudrait plusieurs jours pour me remettre d’un tel supplice. Pourtant je n’étais pas à plaindre au regard de ces malades qui se déplaçaient sous assistance respiratoire, ou complètement avachis dans un fauteuil roulant, écrasé par le poids de leur cancer. J’avais en effet la chance de ne pas encore éprouvé un sentiment d’impuissance, mais au contraire celui de posséder en moins encore suffisamment de ressources pour poursuivre le combat. Je n’étais pas encore de ceux que la bête féroce avait privés de leur liberté de mouvement et d’action. Je n’étais pas de ceux que le rappel quasi permanent de déficience et de déchéance physique conduisaient au désespoir voir même au désir d’en finir. J’étais de ceux qui attendaient un signe encourageant de leur cancérologue, pour poursuivre le plus longtemps possible le chemin de leur vie.

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