Intermède philosophique

Quoi que vous fassiez en dehors de chez vous, quoi que vous lisiez comme quotidien, quoi que vous écoutiez  à la radio, quoi que vous regardiez à la télévision, les différents médias répondaient présents pour vous rappeler, au cas où vous l’auriez oublié, que nous étions à une journée du réveillon de la saint Sylvestre. A en croire les journalistes, du plus bas, au plus haut de l’échelle sociale, toute la population de l’hexagone ne manquerait pas de fêter dignement et dans l’opulence le passage en l’an 2012. Le pire c’était la manière dont les professionnels de la communication abordaient  l’évènement. Les articles des journaux, les photos de magazines, les émissions radiophoniques, les reportages à la télévision, toutes les sources d’informations rivalisaient d’idées pour balancer à la face des gens une montagne de niaiseries, de futilités et de conneries plus grosses les unes que les autres, faisant en prime l’apologie des nantis, comme condition d’une vie normale sur cette terre. Bref le corporatisme journalistique, manipulait comme toujours les esprits, en parlant d’un monde qui ne concernait qu’une infime catégorie de français, plaçant les autres catégories au rang de la médiocrité.

Apprendre que j’avais une maladie qui risquait fortement de m’êtres fatale, avait provoqué un tsunami dévastateur semant le chaos dans mon esprit. Le réveil avait été long et progressif, mais il m’avait révélé qu’une  mutation profonde c’était opérée dans ma personnalité.

Cette période de paillettes et de strass, provoquait en moi une certaine réflexion. Certes mon raisonnement était peut-être simpliste et réducteur, mais je vous livre ici mes sentiments tels que je les ressentais dans l’instant.

Avais-je un peu raison, avais-je complètement tort ? Dieu seul le sait. Ma perception des choses n’engageait que moi, elle était susceptible d’évoluer, seule les imbéciles ne changent pas d’avis, mais de toute façon elle ne serait plus jamais pareille à celle de ma vie d’avant. Irrémédiablement le cancer m’avait projeté de l’autre côté de la barrière. Je n’étais plus une fourmi au milieu de la colonie, mais un spectateur attentif des faits et gestes de la colonie toute entière.

Je ne voulais pas être nostalgique du passé, mais il était indéniable que notre monde avait changé. L’évolution du niveau vie qui avait d’abord été une nécessité, avait ensuite engendré des générations du toujours plus, et de l’insatisfaction permanente. Les individus courraient de plus en plus vite après le bien-être matériel qu’ils croyaient être le bonheur,  alors qu’ils en étaient les esclaves. Le matraquage publicitaire via les différents supports médiatiques n’était pas là pour leur ouvrir les yeux, bien au contraire. 

A présent donc la loi de l’argent, du matérialisme et de l’individualisme régnait en maître. Lors du premier choc pétrolier de 1973, les répercussions économiques d’abord infimes, étaient devenues au fil du temps de plus en plus graves, et semblaient vouloir durer dans le temps. En conséquence, les générations gâtées d’après guerre, ainsi que les suivantes qui avaient été élevé généreusement et que l’on avait conditionné à se créer de nombreux besoins, se sentaient de plus en plus frustrés de ne plus pouvoir satisfaire jusqu’au moindre de leurs désirs, mais surtout détestaient l’idée de se laisser distancer par un certains nombres de privilégiés qui semblaient ne pas connaître, les effets des difficultés économiques que nous vivions.

Sonnant donc comme une insulte au regard des classes les plus représentative de notre société, ce déballage outrancier de luxe inutile, largement nourri par les médias, attisait les rancœurs.

 

Les familles modestes qui tiraient pourtant leur épingle du jeu, s’apitoyaient sur leur sort, et se persuadaient que la vie les avait injustement traités, en  regardant avec avidité les plus riches. Mais ces mêmes familles fermaient les yeux lorsqu’elles côtoyaient les plus pauvres, qu’elles jugeaient responsables de leurs conditions précaires, plutôt que de les considérer  comme les victimes d’un système impitoyable pour les plus faibles.


Les familles psychologiquement les plus fragiles, finissaient par se sentir complexées et honteuses de ne pas pouvoir être financièrement à la hauteur. Alors elles achetaient, en dépit du bon sens et finissaient le mois aux ‘Restos du Cœur’

Les trente glorieuses étaient derrière nous, il fallait revoir sa copie, le temps de la restriction et des choix étaient venus, le temps de la déception aussi. Il devenait nécessaire de réapprendre à se contenter du nécessaire, en laissant de côté le superflu. Réapprendre à partager les fruits du travail pour que chacun puisse vivre dignement.

Pourtant personne ne semblait vouloir montrer l’exemple, surtout pas les gouvernements successifs qui juraient à chaque fois que la crise serait bientôt dernière qu’il fallait faire des économies, qu’il fallait faire preuve de solidarité. Mais ces mêmes gouvernements dépensaient sans compter, ne donnant donc pas au peuple l’exemple d’un train de vie un peu plus raisonné, ne donnant pas le sentiment non plus d’agir pour que le fruit du travail soit correctement réparti.

Pour se sentir comme les autres, les gens continuaient donc à acheter ce qu’ils n’avaient pas, même si l’achat n’était pas indispensable, l’important étant de se sentir sur le même pied d’égalité que le voisin. Il n’y avait aucune raison que ça s’arrête car les crédits à la consommation étaient là pour palier à un déficit financier, que l’on espérait provisoire.

L’éloge du luxe et du toujours plus, continuaient à exciter sans arrêt leur convoitise et à leur pourrir la vie. Même devant le fait accompli, les mentalités n’évoluaient guère, les gens dans la grande majorité avaient tranché. Ceux qui avaient choisi ‘d’élever des chèvres’  étaient regardés comme des marginaux, dans le vilain sens du terme.

La société moderne désirait plus que toutes autres choses, gagner davantage d’argent, et même si possible en gagner encore plus que beaucoup, souvent au détriment de l’essentiel, qu’elle ne savait plus reconnaître.

Indiscutablement les rapports humains devenaient de plus en plus difficiles, et la course au compte bancaire bien garni laissait du monde sur la touche, même parmi les tempéraments les plus solides. 

En cette période de surabondance de marchandises et de propositions commerciales sur les marchés, faire la propagande indécente  de menus à 95 euros vins non compris, ou celle des vêtements de fêtes dont je suis incapable de dire le prix tellement il est loin de mes possibilités financières, allait encore et toujours dans le mauvais sens, celui de la démesure. Maintenant que les français avaient véritablement compris que sans la solidarité des parents ou des grands-parents, la vie allait devenir de plus en plus difficile, enfoncer le clou aggravait donc le sentiment d’injustice, en poussant surtout les jeunes générations, à la révolte.

Pas étonnant dans ces conditions que l’idée de partage équitable des richesses ne soit plus ancrée dans la tête, charité bien ordonnée commençait par soit même. Imiter les riches et si possible devenir comme eux, devenait l’objectif essentiel à atteindre, et tant pis pour les plus faibles, la solidarité qui caractérisait le mode de vie de nos ancêtres avait laissé la place à l’esprit de compétition. 

Donner cette image illusoire du paraître comme symbole de la réussite et du bonheur, était en train de faire de nous les Icare du futur

Avant qu’il ne soit trop tard, il fallait espérer une prise de conscience collective, qui remettrait au jour la véritable valeur de l’individu.

Vaste question à laquelle je n’ai pas à ce jour la réponse.

Intermède philosophique dans Cancer du rein papillon-color%C3%A9-3-300x248



L’essentiel est ailleurs

« J’entame ma huitième année de lutte contre le cancer, et je vis plutôt bien au regard de bien des malades atteints de ce même fléau, ou de ceux souffrant de toutes autres maladies largement plus invalidantes.

Je ne veux pas penser à la mort tous les jours que Dieu fait, et pour cette raison, j’effectue mentalement un travail de correction à chaque fois que le besoin s’en fait sentir. Pourtant je me sens assez souvent mal à l’aise, à l’affut du moindre signe qui me ferait de nouveau basculer dans le désespoir absolu. »

J’avais marqué un temps d’arrêt, j’avais besoin de réfléchir pour exprimer au mieux ma pensée.

« Je ne sais pas si j’ai de la chance, je ne sais pas si le destin joue au chat et à la souris avec moi, en me permettant de croire en des perspectives d’avenir, avant de me donner le coup de griffe décisif, mais en tous les cas, je suis toujours là, et je n’ai de cesse de me demander si beaucoup d’autres malades atteints d’un carcinome rénal, ont suivi un parcours identique au mien, ou si mon cas reste parmi des exceptions.»

« Ne penser pas que vous êtes encore en vie par hasard. Les progrès de la recherche et votre motivation à vous battre non rien de magique, se sont des faits bien réels qui ne sont pas étrangers à votre bonne résistance physique. De plus s’il arrivait que les choses viennent à   mal tourner, nous disposerions de beaucoup d’autres molécules pour vous aider en vous en sortir. Pour répondre directement à votre question, oui il y a d’autres malades qui résistent, il y en à même de plus en plus. »  

Sa réponse était en parfaite contradiction avec ce que j’avais pu entendre de la bouche de V. Que l’une me tienne plutôt un discours pessimiste, et que l’autre s’acharne à vouloir me rassurer, ne changeaient rien à l’affaire. Je continuais d’ignorer le sort réservé à tous ces gens qui avaient fait partie de mon univers médical, durant de longues années, mais que je ne croisais plus du tout dans les salles d’attente. J’aurais voulu que monsieur R me cite des exemples concrets de personnes qui s’en tiraient plutôt bien. Au lieu de ça, il s’était contenté de m’apporter une réponse évasive, en se gardant bien de déflorer le secret médical. J’aurais bien aimé croire de toutes mes forces, aux dires de l’oncologue, mais je sortais de son cabinet loin d’être convaincu. Savoir la vérité m’aurait pourtant bien épaulé dans mon analyse de ma propre situation.

Nous approchions de l’heure de midi, la salle d’attente était toujours aussi vide. Les senteurs de cuisine qui flottaient dans l’atmosphère environnante, étaient toutes aussi présentes, et toutes aussi agréables, qu’à l’heure de notre arrivée.

Par contre, l’odeur bizarre qui polluait l’air à l’intérieur de l’ascenseur, nous fit regretter de ne pas avoir pris l’escalier, et lorsque nos regards se croisèrent,  nous ne pûmes pas nous empêcher de sourire. L’ouverture des portes  dans le hall d’entrée nous permit de nous éloigner rapidement de la zone de désagrément, nous constatâmes lorsque nous pûmes aérer nos poumons, que l’incident ne nous avait pas coupé l’appétit.  Chantal avait d’ailleurs prévu le pique-nique, car nous avions bien l’intention de nous restaurer un peu, avant de prendre la route du retour.

L’architecte des lieux avait prévu d’aménager autour des bâtiments, de grandes étendues boisées, avec des bancs pour se reposer, et certains sous bois existants à l’origine, avaient également été préservés pour le bien être des malades et des visiteurs. Cette nature perdue dans cette structure d’asphalte et de béton, permettait à ceux qui voulaient bien en profiter, d’oublier l’espace d’un instant, qu’ils étaient au bon milieu d’une gigantesque structure hospitalière.

Malgré l’immensité des parkings souvent saturés de véhicules automobiles, malgré la surface considérable de bâtiments, malgré le va et vient d’une population en tous genres, il régnait au milieu de la verdure une atmosphère agréable, empreinte d’une rare sérénité.

En cette période de fin d’année, l’agitation habituelle avait baissé de plusieurs crans, et très rare étaient les courageux, qui bravaient la relative fraîcheur de l’air. Nous prîmes nous aussi la décision de manger nos sandwichs à l’abri du vent.  

Bientôt nous allions temporairement tourner le dos au CAC de l’espoir, aussi nous observions les mouvements extérieurs à travers le pare-brise de notre véhicule, l’air détaché, comme si le ballet des ambulances et de leurs patients ne nous concernait plus, comme si nous ne  faisions plus partie de la grande famille. Notre réaction était instinctive et toujours la même, dès que nous avions passé la barrière des contraintes, nous nous dépêchions de l’oublier pour nous fixer que sur le moment présent, en évitant de penser à la prochaine échéance.  

Mon 32ème scanner était fixé au 10 février et mon 14ème cycle de Sutent ne débuterait que le 2 janvier, d’ici là il était impératif de vivre autrement.

Vivre autrement ce n’était pas forcément se réjouir pour le réveillon du nouvel an. Je n’avais jamais trop aimé fêter la Saint Sylvestre, mes malheurs passés y étaient pour quelques choses, mais pas seulement. Je ne souhaitais que du bonheur à mes proches et amis, et je n’avais pas besoin d’attendre le 1er janvier pour le penser, ou pour leur dire.  Je n’avais pas l’intention non plus d’espérer le malheur à mes ennemis, ni celle de leur nuire de quelque manière que se soit. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fit, étant l’une de mes devises préférés,  je n’avais donc aucune raison de trahir mes principes.

Cet entretien avec mon oncologue clôturait l’année 2011, bientôt un nouveau défi m’attendait, celui de pouvoir traverser la prochaine année sans trop d’encombres.

A présent notre voiture s’éloignait de l’agglomération nantaise, et nous avions hâte de pouvoir profiter de la quiétude de notre maison. Nous n’avions aucun projet pour la soirée du 31 décembre, mais l’essentiel n’était pas là.

L'essentiel est ailleurs dans Cancer du rein papillon-color%C3%A9-2

 

 

 

 



Sujet relevant du secret médical

Les chaises qui jouxtaient la porte d’entrée du cabinet de l’oncologue étaient inoccupées, comme celles d’ailleurs situées à l’autre bout du couloir. Il n’y avait pas de doute possible madame B ne devait sûrement pas être de service, la praticienne et ses malades faisaient une trêve. Le silence toujours aussi présent  n’était même pas perturbé par la sonnerie du téléphone, ce qui permettait sans doute à l’assistante du médecin, de mettre à jour toute la partie administrative du service. Bien étrange journée en réalité, je n’avais encore jamais connu d’une manière aussi marquée, ce genre de situation.

La porte s’était ouverte, le docteur R avait serré la main de mon prédécesseur et comme il n’y avait pas 36 malades dans le couloir, il n’avait pas eu besoin de prononcer mon nom pour m’inviter à le rejoindre.  Un simple  geste de la tête avait suffi pour que je comprenne que mon tour de pénétrer dans son bureau était venu.

Débarrassé de toutes craintes liées à l’attente d’un résultat, je me sentais légèrement euphorique, et pourvu d’un optimisme légèrement outrancier.

L’homme me regardait droit dans les yeux, je ne lui donnai pas le temps de prononcer la question rituelle.

« Je vais bien, même très bien.»

Les mots même très bien étaient un rajout largement excessif, car depuis 2004 je ressentais chaque jour à une plus au moins grande intensité,  les entraves que la maladie et ses traitements faisaient subir à mon corps. Je voulais dire plus exactement à mon interlocuteur, que la période m’était plutôt favorable, la fatigue et les ennuis de tous genres étant temporairement moins présents.

Ma très bonne humeur, à la limite de l’exubérance avait fait sourire le praticien qui était lui-même beaucoup moins dans la retenue que d’habitude.

« Racontez-moi tout. »

Il fallait que je me souvienne des problèmes que j’avais rencontrés durant ce dernier cycle, et j’avoue qu’en cette période particulière de fête, j’avais un peu dédaigné de remplir mon tableau de bord. De toute façon si j’avais connu des épisodes particulièrement difficiles, ma mémoire ne m’aurait certainement pas fait défaut, je pouvais donc sans problème confirmer que ma prise de Sutent avait été bien encaissée par mon organisme.

Cependant j’avais quelque chose en tête et je ne voulais pas laisser l’occasion de lui en parler. C’était toujours cette insuffisance rénale qui empêchait le manipulateur d’injecter la totalité du produit de contraste, lors d’un examen au scanner. Il était même arrivé une fois que le radiologiste ait donné l’ordre de ne pas l’injecter du tout.  

« Sur ma prise de sang j’ai toujours un taux de créatinine en dehors de la norme, est-ce que je peux faire quelques choses pour améliorer la situation ? »

Je connaissais déjà la réponse, mais comme je l’ai déjà mentionné précédemment, j’avais horreur que certains problèmes échappent à mon contrôle.

« Vous savez cette insuffisance ne provient pas d’une anomalie de fonctionnement. Si vous arrêtez un ou plusieurs réacteurs, dans une centrale nucléaire, évidement que cette dernière produira moins d’électricité. Un rein amputé d’un quart, ne peut pas faire le travail de deux reins en bonne santé. »

« Donc aucune solution ? »

« Non sinon de boire beaucoup pour aider l’organe dans son travail. »

Le médecin avait constaté que sa réponse n’était pas à la hauteur des explications que j’aurais aimé entendre.

« Voyons les résultats de votre prise de sang. »

L’oncologue tapota  sur son ordinateur pour retrouver les résultats de mon dernier prélèvement, qui datait du 23 décembre dernier.

« Numération globulaires et formule sanguine révèlent de petite anomalies qui s’expliquent parfaitement du fait de votre traitement, ionogramme également. Votre créatinine est à 14,9 mg/l soit 2,9 mg/l au dessus de la norme. Quel est votre poids actuel ? »

« Je dois peser environ 84 kg. »

Mon interlocuteur avait saisi sa machine et s’affairait à présent à faire un petit calcul.

« Votre clairance est à 64,7 ce qui représente le diagnostic d’une insuffisance rénale légère. Et ce résultat est plutôt réjouissant compte-tenu des circonstances. »

J’étais partiellement soulagé de ce que je venais d’entendre, je savais au moins que ce sujet d’inquiétude ne reviendrait pas de sitôt dans la liste de mes questions à poser. 

Il y avait un autre sujet qui me brûlait l’esprit, mais je n’avais jamais osé l’aborder avec le docteur R, alors que V m’avait donné quelques bribes de réponses.

J’étais d’humeur à me lâcher, je me permis donc de dévoiler au grand jour ce qui me turlupinait dans la tête depuis déjà bien longtemps.

Sujet relevant du secret médical dans Cancer du rein papillon-color%C3%A9-1

 

 



Consultation d’entre deux fêtes

Deux enfants marchaient main dans la main, dans le froid glacial de la nuit de Noël. Arrivés à la sortie du village, près de l’orée de la forêt, ils levèrent les yeux vers le ciel, pour chercher l’étoile qui brillait. Ils dirent :
« Mon Dieu nous sommes si seuls, peux-tu nous prendre près de toi ? »

Le lendemain on les vit au cimetière, agenouillés devant la tombe de leurs parents, ils firent la même prière.
« Mon Dieu nous sommes si seuls, peux-tu nous prendre près de toi ? »
Ils voulaient fêter tout simplement comme avant, Noël en famille.

La veillée de Noël s’était passée sans la présence de mon fils aîné, pompier de profession, qui devait assurer sa garde au centre d’incendie et de secours de la ville. Mes deux petits enfants étaient à réveillonner avec leur maman, au sein de leur seconde famille. Malgré cela, nous n’avions pas négligé notre soirée, l’important pour nous étant de ne pas laisser passer ces moments exceptionnels, qui étaient autant de pièces indispensables, à la construction du bonheur. En présence cette fois de tous les membres du clan, nous n’avions pas non plus dérogé à la tradition du 25 décembre, en ouvrant tous les paquets déposés au pied du sapin la veille, cadeaux que nous avions eu le plaisir d’acheter en nous mêlant à l’euphorie des magasins,  les semaines qui avaient précédée la fête.

On aimerait bien, comme ces appareils modernes, pouvoir faire un arrêt ou un retour sur image, conserver les périodes heureuses de son histoire, et effacer celles qui le sont moins. Malheureusement le 8ème Noël de ma nouvelle vie était passé comme un éclair, l’effervescence s’était éteinte d’un coup,  et je n’avais pas le pouvoir d’arrêter les aiguilles du temps. Il fallait à présent songer à des choses beaucoup moins réjouissantes, mon rendez-vous inter-traitement était fixé la semaine suivante. Dès le début de la nouvelle année, j’entamerais mon 14ème cycle d’une thérapie dont j’étais incapable de savoir si un jour  mon oncologue me donnerait pour de bonnes raisons, la possibilité de m’en dispenser.

Vendredi 30 décembre 2011, le temps gris et la température clémente nous rappelaient que nous n’avions pas encore eu jusqu’à ce jour un véritable hiver. Je ne savais pas s’il fallait s’en réjouir ou bien s’en alarmer, car en prime depuis quelques temps, nous n’avions même pas besoin de chauffage. Est-ce que le réchauffement climatique dont nous parlaient sans cesse les scientifiques devenait perceptible ? S’agissait-il d’un incident de parcours ? Je l’ignorais, mais ce dont j’étais sûr c’est qu’à  bientôt 58 ans d’âge, je n’avais encore pas connu ce genre de situation.

En l’absence de scanner, je n’avais aucune raison de m’inquiéter de cet entretien avec mon oncologue. De plus je n’avais pas très bien dormi la nuit précédente, aussi le ronron du moteur me berçait au point que j’étais au bord de l’endormissement. Un petit coup de frein brutal m’avait ramené à la réalité, nous roulions sur la nationale, et le trafic routier ne faiblissait guère.

Le panneau de signalisation indiquant que nous étions à quelques kms  du périphérique Nantais, me fit frissonner. J’étais toujours angoissé à l’approche des grandes villes. Même si nous connaissions notre destination par cœur, je n’arrivais pas à me débarrasser de cette appréhension. De plus ce panneau était là pour me rappeler que je n’étais pas sur le point d’en finir avec ces voyages à répétition, que mon ennemi intime me restait fidèle,  qu’il n’avait rien perdu de sa hargne, et qu’il attendait de ma part un moment de faiblesse, pour reprendre l’offensive. Ces pensées négatives me remuant les tripes, les crampes abdominales me pressèrent d’arriver au plus vite à destination.

Dans cette période particulière, le CAC de l’espoir était endormi. Nous n’avions pas attendu pour faire enregistrer notre arrivée, au contraire même c’était l’hôtesse qui attendait ses clients. Des guirlandes disposées de ci de là, et sans grande originalité, dans les plantes décoratives du hall d’entrée, tentaient sans succès, de donner au lieu un air de fête.

Deux étages plus haut, la salle d’attente était déserte. La secrétaire à laquelle nous devions signaler notre présence était une remplaçante, l’accueil avait donc était très conventionnel.

L’oncologue n’avait placé ce jour là que les personnes volontaires pour un rendez-vous entre les deux réveillons. L’effectif des malades avait donc était volontairement adapté pour que l’équipe médicale restreinte en cette période de congés, puisse répondre à ses obligations.

L’oncologue était malgré tout occupé, et un autre patient attendait avant moi. Nous avions donc gagné la salle d’attente, qui demeurait tout aussi vide qu’à notre arrivée. Le service des consultations n’était pas très bruyant, mais cette fois c’était carrément le silence qui prédominait. Une vague odeur de cuisine assaillait mes narines, en titillant mes papilles. Nous ne devions sans doute pas être très loin des hospitalisations, mais j’aurais été incapable de me rendre dans leurs couloirs.

Ma planche de mots fléchés m’aidait à patienter, une vieille dame qui me paraissait totalement perdue me détourna de ma concentration. Personne ne l’accompagnait, aucun médecin ni infirmière s’occupaient d’elle, elle s’arrêta à mon niveau, elle semblait se parler à elle-même, elle avança dans un sens, revint sur ses pas, puis disparut, comme elle était venue. J’avais eu à peine le temps de replonger dans mes réflexions, que  la secrétaire nous appela pour rejoindre le couloir.

Consultation d'entre deux fêtes dans Cancer du rein arbre-de-no%C3%ABl



La main experte

Quelque effort qu’ici-bas l’homme fasse à bien vivre, il est souvent trahi par sa fragilité.

 

Ce n’est que l’oubli de la fragilité de la vie, et une confiance sans raison d’échapper à tous les dangers, qui font que les hommes se détournent de l’essentiel, pour ne voir que le futile.

 

 

Lundi 14 novembre 2011, la journée avait été longue et harassante, la luminosité du ciel me fit cligner des yeux, comme si j’avais été enfermé durant un siècle. J’étais complètement déphasé du reste du monde. Un petit laps de temps me fut nécessaire pour reprendre le train en marche.

Comme je me sentais léger de pouvoir enfin m’extirper de cet univers cauchemardesque ! J’étais  d’autant plus léger, que  je sortais du centre anti cancéreux, avec l’assurance de pouvoir passer les fêtes de fin d’année en toute sérénité.

L’annonce de la nouvelle à mes enfants, fut également pour eux une source de joie et de soulagement. Nous vivions tous au rythme de ces contrôles continus, et à chaque échéance tout le monde retenait son souffle, en priant pour que le pire n’arrive pas.

La vie avait pris pour nous une dimension toute autre, et chacun d’entre nous en connaissait à présent sa fragilité. Aussi des moments comme ceux que nous nous apprêtions à passer autour d’un bon repas, étaient devenus aussi précieux qu’une pépite d’or.

La fragilité de la vie j’en avais pris conscience dès l’enfance. A l’âge de 7 ans j’avais été témoin de l’œuvre cruelle de la faucheuse, ma mère s’en était allée, emportant avec elle l’amour qu’elle me portait. A l’âge 16 ans la faucheuse était revenue nous rendre visite. Plus déterminée que jamais elle m’avait privé définitivement de la présence et du soutien sécurisant de mon père. Infatigable, elle avait ensuite arraché la dernière racine qui me reliait à mes ancêtres, ma grand-mère paternelle était morte en juillet 1992. Les années avaient passé, mes plaies s’étaient refermées les unes après les autres, et j’avais concentré toute mon affection sur ma femme et mes enfants, pour en définitive oublié que rien n’est jamais définitivement acquis. L’annonce de mon cancer me rouvrit brutalement les yeux

Pendant de nombreuses années, j’avais également exécré cet anniversaire de la nativité qui symbolisait dans les esprits la joie d’être en famille, alors que la mienne avait été anéantie. Fonder mon propre foyer me réconcilia enfin avec la vie. Les guirlandes électriques dans les rues, le grand sapin décoré sur la place centrale, la ruée des gens dans les magasins, les chants profanes et religieux, les églises pleines à craquer, l’ambiance euphorique de l’évènement, tout ce que qui m’avait tellement fait souffrir autrefois, désormais je le vénérais.

Ce n’était pas durant ce Noël 2004 que la tendance risquait de s’inverser, bien au contraire, je pensais qu’il serait pour moi le dernier, aussi je buvais comme un élixir, tous les instants de cette soirée de réveillon passée parmi les miens.  

Que de chemin parcouru depuis. Une fois de plus une main experte avait écrit mon histoire sans que je puisse en contrôler une seule phrase. Heureusement pour moi le maître de mon destin n’avait pas encore prévu d’inscrire sur sa page, le mot fin. Depuis lors, j’avais donc été le témoin d’un second, d’un troisième, d’un quatrième Noël et ainsi de suite jusqu’à celui de cette fin d’année 2011 que nous allions pouvoir prendre plaisir à préparer, délestés pour un temps, du poids de l’incertitude.

La main experte  dans Cancer du rein La-main-experte



La ligne d’arrivée

Rien n’est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer.

La fin de l’espoir est le commencement de la mort, aussi c’est lorsque on a perdu tout espoir, qu’il faut désespérer de rien.

 

Pourquoi voir une ligne d’arrivée ? Pourquoi ne pas essayer de vivre en marchant et en essayant de goûter à ce que la vie peut offrir. Quand on va vers une destination, le voyage est beaucoup plus long, parce que l’on guette sans cesse la ligne d’arrivée. Pourquoi ne pas tout simplement lâcher ça, sans plus rien attendre d’autre que de pouvoir goûter aux quelques étincelles qui passent devant nous ? Vivre dans la peur est normale, mais trop craindre les choses, elles finissent par arriver. Je reste persuadé que ce sont les mouvements de l’état d’esprit qui aident dans le bon et le mauvais sens. Il y a inconsciemment quelque part au fond de nous, une volonté ou non de guérir.

L’apparition d’un cancer ou d’une maladie grave implique forcément un changement de vie  qu’il faut savoir accepter. Celui qui ne le comprend pas ou qui refuse tout simplement de le comprendre rentre indubitablement en confit avec lui-même. La colère et le révolte ne sont pas de bonnes conseillères et ne faciliterons pas une bonne acceptation des traitements parfois lourds, et dont l’efficacité sera d’autant plus incertaine que le malade aura refusé de diagnostic du médecin.   

De même façon que l’on se soumet à la thérapie, obligeons-nous à travailler sur ce qui doit changer en nous. Nos craintes sont fondées, il est normal que l’on désire autre chose que la mort, alors désirons autres choses.

Ce petit texte je l’ai écrit en m’inspirant largement du message que m’a adressé une amie d’infortune, sur un forum de santé via internet. Si j’ai choisi de le faire c’est que la plupart de ses visions de la maladie sont les mêmes que les miennes. On retrouve le thème récurrent du mental qu’il faut se forger et qu’il faut sans cesse renforcer, car un traitement n’est efficace que si l’état d’esprit est bon. On retrouve aussi le thème de vivre l’instant, et de goûter à tous ces petits plaisirs de la vie, qui s’offrent à nous.

Je comprends lorsque ma correspondante me conseille de ne pas penser à la ligne d’arrivée, et la plupart du temps l’idée ne m’effleure pas l’esprit. Pourtant mon esprit est fragile, il est comme un bateau sur la mer, parfois la tempête secoue tellement fort l’embarcation que ma capacité à raisonner se dérègle. La guérison où j’aimerais enfin amarrer mon bateau est un port qui dans ces  moments là, me paraît de plus en plus imaginaire

Le découragement prend alors une dimension dangereuse, car il chasse de mon cerveau toutes les pensées positives qui me servaient jusqu’à présent de bouclier de protection.

L’idée alors que la vie à un début et une fin résonne dans ma tête comme une défaite, je ne trouve dans ces conditions plus aucune énergie, ni aucune raison de poursuivre le combat.

Lutter contre sa propre fragilité devient l’enjeu majeur. Au milieu de cette mer qui se déchaîne, il faut retrouver la bouée qui vous sauvera de la noyade, remonter sur le bateau et poursuivre sa route sans vouloir à tout prix atteindre une destination finale. Sûr qu’au bout d’un moment le soleil reviendra illuminer mon âme, et j’invite aujourd’hui mon amie d’infortune, à m’accompagner dans ce voyage.

 

La ligne d'arrivée dans Cancer du rein Voilier



Des regards souriants et empreints de gentillesse

Vendredi 9 mars 2012, la nuit n’a pas été brillante, je me réveille avec une envie de vomir qui a été largement responsable de la mauvaise qualité de mon sommeil. Mes intestins ne faiblissent pas d’un pouce, leur révolte quasi permanente prend depuis quelques temps une dimension supérieure. Deux jours que je ne mange pratiquement pas, et pourtant je passe de plus en plus de temps aux toilettes. Mon calvaire devrait s’améliorer à partir de dimanche car ce jour là prendra fin, ma 15ème période de traitement.

En attendant je me risque à prendre quand même un petit déjeuner. Le liquide chaud qui me coule dans la gorge me fait du bien, j’ai en effet la bouche et la langue complètement asséchées. D’ailleurs il faut que je boive régulièrement, car la diarrhée aigue entraîne souvent  la déshydratation, et je n’ai vraiment pas besoin de cela.

Pour avoir osé manger un petit morceau de cake, je m’attends au pire, mais le pire n’arrive pas, mieux la nausée semble vouloir s’estomper.

Il faut faire preuve de courage pour passer dans la salle de bain, je suis épuisé et je n’ai qu’un seul désir m’affaler dans mon fauteuil.

Mon défi du jour est de faire en sorte que ma volonté prenne le pas sur ma souffrance physique, je décide donc de sortir faire les courses. Peut-être que l’activité humaine du supermarché me distraira, et me détournera l’esprit, en me permettant d’oublier pour un petit moment l’anarchie qui opère en moi. Mon espoir est exaucé, le psychisme prend le pas sur les manifestations physiques du traitement.  

Mon parcours est bien rodé, je connais le magasin par cœur, je suis arrêté dans mon élan par la présence d’un couple d’amis, nous discutons un laps de temps. Le pouvoir de l’esprit sur le corps a malheureusement ses limites. Je n’aime pas piétiner, à chaque fois j’ai l’impression que ma carcasse va s’effondrer comme un château de sable, de plus j’ai tendance à avoir le tournis.

Mes intestins m’alertent que la trêve est terminée, j’espère qu’ils vont  me donner la possibilité de passer en caisse, et de rentrer chez moi avant de se fâcher pour de bon.

Mes trois sacs sont déchargés du coffre de la voiture, il me reste un effort à accomplir, monter les escaliers du sous-sol, Chantal s’occupera du reste.

Je suis assis dans ma chaise, mon cœur bas la chamade, je suis dans l’état d’un marathonien qui vient de franchir la ligne d’arrivée. Ma main gauche tremble encore un peu plus que d’habitude. Peu importe, l’essentiel est ailleurs, je suis trop content d’avoir remporté mon challenge.

Je regarde ma famille prendre son repas du midi, je n’ai absolument pas faim. Depuis 7 ans je ne manque pratiquement jamais l’heure de la sieste, alors je vois arriver cet instant précieux comme une récréation. Sophie Le Saint me vois dormir, le journal télévisé de 13 heures ne trouve pas d’écho chez moi.

Ma fille Eliane est arrivée d’Angers, elle emmène avec elle un peu d’animation, et me sort définitivement de mon engourdissement.

Le mal de ventre est toujours là, lancinant, agaçant, éprouvant, mais je ne peux rien faire pour l’éviter. Je songe à ma famille, non pas à celle d’aujourd’hui, mais à celle d’hier. A ma mère, à mon père et à tous ceux que j’ai aimés. S’ils m’observent de l’autre monde, comment peuvent-ils supporter tout ça ? Quelle facture dois-je payer encore et encore pour être dédouané de toute souffrance. La rage me prend au ventre, l’adversité ne triomphera pas, je ne me laisserai pas envahir l’esprit par des pensées négatives. Il fait beau dehors, je m’évade, j’irai marcher, même si je dois ramper. Ma promenade à ses limites, je suis obligé de rentrer beaucoup plus tôt que d’habitude. Une fois de plus je suis content de moi, je suis malade, je suis à jeun, mais je suis quand même sorti battre campagne. Personne ne peut imaginer l’effort que cela représente, mon exploit est personnel, complètement anonyme, je ne monterai pas sur une marche du podium, mais je m’en fou, j’ai vaincu le malin.

Et comme dans mon histoire il est toujours question de factures à payer, je dois payer celle-ci. Je suis éreinté, totalement vidé de mon sang, je ne sens plus mes membres, j’ai des douleurs dans les pieds. Au moins j’espère pouvoir dormir un peu mieux la nuit à venir.

 

Samedi 10 mars 2012, j’ai fait un peu plus d’un tour d’horloge dans le lit. La nausée ne m’a pas réveillé, mes intestins une fois seulement, à 4 heures du matin. Cette fois je serai raisonnable, je passerai la journée entière à me reposer. Ce n’est pas de l’abandon, car c’est moi qui l’ai décidé. 

La raclette de ce midi n’a pas été pour moi, j’ai quand même fait l’effort de manger un tout petit peu. Je n’ai pas dormi à l’heure de la sieste, signe que la nuit dernière n’a pas été si mauvaise que ça. Je me sens assez en forme pour m’installer devant mon ordinateur, j’aime ce rendez-vous avec mes lecteurs, comme j’aimais autrefois entretenir une correspondance avec ma défunte famille.

 

Lundi 14 novembre 2011, l’oncologue avait posé sa question rituelle et comme à l’habitude j’avais répondu à mon interlocuteur dans les règles de l’art.

« Bon et bien je peux vous dire que nous maitrisons parfaitement la maladie, le scanner n’a pas bougé depuis la dernière fois. »

J’avais enfin compris que le médicament n’était pas la panacée, qu’il ne ferait jamais de miracles et que l’essentiel était qu’il me maintienne en vie. Je n’étais donc pas déçu d’entendre que les suppots de Satan n’avaient pas cédé un pouce de terrain. Il fallait se familiariser avec leur présence.

« J’ai vu l’autre jour aux informations de midi qu’un scanner équivalait à un an de présence avec des conditions de sécurités optimums, dans une centrale nucléaire. Avec 31 scanners à mon actif, je dois être complètement irradié ! »

« Encore quelques scanners et vous pourrez demander votre retraite. »

De bonnes nouvelles facilitaient une ambiance bon enfant, et comme je l’ai écris précédemment après toutes ces années de présences régulières en ces lieux, mes rapports avec le personnel médical devenaient de plus en plus amical.  Après ce petit aparté, l’esprit et le corps détendu, je m’étais surpris à philosopher sur la vie en général, et sur ma maladie en particuliers. L’oncologue et la stagiaire m’avaient écouté patiemment sans interrompre mon discours. J’ignorais si mes propos les ennuyaient, ou si leur silence signifiait qu’ils étaient en train d’apprendre avec intérêts des choses importantes sur l’état d’esprit d’un patient, et qu’ils en tireraient des conséquences, mais ce que je n’ignorais pas en revanche, c’était leur regard souriant et empreint de gentillesse, qu’ils voulaient bien m’accorder.

« Bon on se revoit le 30 décembre pour faire un nouveau bilan. La date vous pose t’elle un problème ? »

Nous avions répondu par la négative.

Cet entretien qui s’était soldé par une nouvelle positive me permettait d’envisager sereinement les préparatifs du 8ème Noël de ma nouvelle vie.

Des regards souriants et empreints de gentillesse dans Cancer du rein cid_C8B5B471460C4D6EA3677F3FDAD0B3AC@pclangonne



31ème verdict

Je peux m’exprimer avec ma famille, mais quand la charge émotionnelle est trop forte, je risque de communiquer aux membres de cette même famille mes angoisses. Je préfère donc lorsque nous sommes réunis, discuter des choses de la vie, de faire avec eux des projets aussi petits soient-ils.

Dans ces conditions, pour apaiser mes peurs, il m’est nécessaire de chercher un appui par d’autres moyens.

Me parler à moi-même en espérant qu’une identité inconnue veuille bien entendre mes propos. Les pratiquants nomment cela la prière.

De part la gravité de ma situation, de part ma détresse morale, ce monologue trouve t-il un écho ? Je ne serais le dire et pourtant comment pourrais-je trouver la force qui est en moi, celle qui précisément m’aide à me tenir debout, si mes appels au secours n’étaient pas entendus, depuis tout ce temps de la maladie.

Quelle est la source du mystère ?

Est-ce que c’est dans mes gênes ? Est-ce que c’est parce que je l’ai tellement sollicité que mon mental c’est forgé à toutes épreuves ?

Est-ce que cette force existe donc de ma propre volonté ? Je ne peux pas le dire. Ce dont je suis sûr c’est qu’il y a quelque chose, peut-être des énergies positives qui gravitent autour de moi, peut-être une puissance quelque part dans une autre dimension, je ne le définie absolument pas.

 

Nous avions pris sur les sièges, la place du couple précédent, qui se trouvait à présent confronté aux résultats du scanner de l’un d’entre eux. Il fallait de nouveau contenir ma nervosité. La bouteille avait cessé de se remplir durant notre petite conversation entre amis, mais l’eau reprenait de plus bel sa course folle, vers l’extrémité du goulot. Il fallait impérativement ne pas se laisser déborder par l’émotion, respirer à fond, et comme les autres patients, faire semblant d’être calme. Penser à quelque chose de réjouissant m’aiderait sûrement à parvenir à mes fins, je fouillais donc dans ma mémoire pour y trouver une source d’apaisement.

Un homme accompagné probablement de son épouse, était entré dans le couloir. Terriblement amaigri, la face émaciée, et le teint blafard, il avançait lentement en direction du secrétariat. Son accompagnatrice était arrivée bien avant lui, et l’attendait patiemment avant de pénétrer dans le bureau. L’homme n’avait pas besoin de me dire qu’il souffrait, ni que sa fatigue était extrême. L’expression de son visage et ses yeux hagards, à eux seuls suffisaient pour m’en convaincre. Sa canne ne l’aidait plus guère à se maintenir debout, quelqu’un du côté du cabinet du docteur B, lui avait cédé sa place assise. J’aurai aimé pouvoir exprimer ma compassion, mais l’heure n’était pas à la fraternisation, l’endroit d’ailleurs ne s’y prêtait pas du tout.

Je venais d’entendre la porte qui séparait le cabinet du docteur R du bureau de sa secrétaire s’ouvrir, mon corps se pétrifia davantage. Quelques minutes plus tard le couple que nous avions remplacé sur les chaises quittait le secrétariat.

Depuis le matin que nous avions quitté notre domicile, j’étais fatigué de naviguer de droite à gauche, j’étais fatigué de passer mon temps à attendre, j’étais fatiguer de gérer mon stress et de ne penser à rien d’autre qu’à une éventuelle aggravation du cancer, et au danger de mort qui allait avec. J’avais une overdose des milieux hospitaliers en général, et de ma condition de malade en particulier.

Le docteur R mettait un temps infini à venir me chercher. Le radiologiste n’avait pas constaté d’autres tumeurs que celles existantes. De ce côté-là je tentais de me rassurer, mais n’ayant aucun élément de comparaison, il n’avait pas pu me dire si ces intruses s’étaient ou non développées à l’intérieur de moi. Mes mains tremblaient, je déglutissais difficilement, je ne voyais plus rien autour de moi, j’étais sur le point de connaître, en espérant qu’il me soit favorable, le 31ème  verdict de ma déjà longue carrière de cancéreux.

Cette fois c’était la porte du cabinet du praticien qui donnait sur le couloir qui venait de s’ouvrir. Le docteur R apparu dans l’encadrement, le visage particulièrement détendu et souriant.

« Pouvez-vous entrer dans mon bureau ? »

Il referma la porte derrière nous, et nous invita à prendre nos sièges. Une femme blonde et fortement charpentée était présente dans le cabinet. Je ne pouvais pas savoir si elle était grande car elle était assise face à nous, à côté du maître des lieux.

L’oncologue nous la présenta comme une stagiaire, et nous demanda si nous acceptions sa présence pendant notre entretien. Je n’y voyais aucun inconvénient.

« Bon et bien dîtes moi tout, comment c’est passé cette nouvelle période de traitement ? »

 

31ème verdict dans Cancer du rein papillon-europe

 

papillon-color%C3%A9-4-300x245 dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie