La main experte

Quelque effort qu’ici-bas l’homme fasse à bien vivre, il est souvent trahi par sa fragilité.

 

Ce n’est que l’oubli de la fragilité de la vie, et une confiance sans raison d’échapper à tous les dangers, qui font que les hommes se détournent de l’essentiel, pour ne voir que le futile.

 

 

Lundi 14 novembre 2011, la journée avait été longue et harassante, la luminosité du ciel me fit cligner des yeux, comme si j’avais été enfermé durant un siècle. J’étais complètement déphasé du reste du monde. Un petit laps de temps me fut nécessaire pour reprendre le train en marche.

Comme je me sentais léger de pouvoir enfin m’extirper de cet univers cauchemardesque ! J’étais  d’autant plus léger, que  je sortais du centre anti cancéreux, avec l’assurance de pouvoir passer les fêtes de fin d’année en toute sérénité.

L’annonce de la nouvelle à mes enfants, fut également pour eux une source de joie et de soulagement. Nous vivions tous au rythme de ces contrôles continus, et à chaque échéance tout le monde retenait son souffle, en priant pour que le pire n’arrive pas.

La vie avait pris pour nous une dimension toute autre, et chacun d’entre nous en connaissait à présent sa fragilité. Aussi des moments comme ceux que nous nous apprêtions à passer autour d’un bon repas, étaient devenus aussi précieux qu’une pépite d’or.

La fragilité de la vie j’en avais pris conscience dès l’enfance. A l’âge de 7 ans j’avais été témoin de l’œuvre cruelle de la faucheuse, ma mère s’en était allée, emportant avec elle l’amour qu’elle me portait. A l’âge 16 ans la faucheuse était revenue nous rendre visite. Plus déterminée que jamais elle m’avait privé définitivement de la présence et du soutien sécurisant de mon père. Infatigable, elle avait ensuite arraché la dernière racine qui me reliait à mes ancêtres, ma grand-mère paternelle était morte en juillet 1992. Les années avaient passé, mes plaies s’étaient refermées les unes après les autres, et j’avais concentré toute mon affection sur ma femme et mes enfants, pour en définitive oublié que rien n’est jamais définitivement acquis. L’annonce de mon cancer me rouvrit brutalement les yeux

Pendant de nombreuses années, j’avais également exécré cet anniversaire de la nativité qui symbolisait dans les esprits la joie d’être en famille, alors que la mienne avait été anéantie. Fonder mon propre foyer me réconcilia enfin avec la vie. Les guirlandes électriques dans les rues, le grand sapin décoré sur la place centrale, la ruée des gens dans les magasins, les chants profanes et religieux, les églises pleines à craquer, l’ambiance euphorique de l’évènement, tout ce que qui m’avait tellement fait souffrir autrefois, désormais je le vénérais.

Ce n’était pas durant ce Noël 2004 que la tendance risquait de s’inverser, bien au contraire, je pensais qu’il serait pour moi le dernier, aussi je buvais comme un élixir, tous les instants de cette soirée de réveillon passée parmi les miens.  

Que de chemin parcouru depuis. Une fois de plus une main experte avait écrit mon histoire sans que je puisse en contrôler une seule phrase. Heureusement pour moi le maître de mon destin n’avait pas encore prévu d’inscrire sur sa page, le mot fin. Depuis lors, j’avais donc été le témoin d’un second, d’un troisième, d’un quatrième Noël et ainsi de suite jusqu’à celui de cette fin d’année 2011 que nous allions pouvoir prendre plaisir à préparer, délestés pour un temps, du poids de l’incertitude.

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