L’essentiel est ailleurs

« J’entame ma huitième année de lutte contre le cancer, et je vis plutôt bien au regard de bien des malades atteints de ce même fléau, ou de ceux souffrant de toutes autres maladies largement plus invalidantes.

Je ne veux pas penser à la mort tous les jours que Dieu fait, et pour cette raison, j’effectue mentalement un travail de correction à chaque fois que le besoin s’en fait sentir. Pourtant je me sens assez souvent mal à l’aise, à l’affut du moindre signe qui me ferait de nouveau basculer dans le désespoir absolu. »

J’avais marqué un temps d’arrêt, j’avais besoin de réfléchir pour exprimer au mieux ma pensée.

« Je ne sais pas si j’ai de la chance, je ne sais pas si le destin joue au chat et à la souris avec moi, en me permettant de croire en des perspectives d’avenir, avant de me donner le coup de griffe décisif, mais en tous les cas, je suis toujours là, et je n’ai de cesse de me demander si beaucoup d’autres malades atteints d’un carcinome rénal, ont suivi un parcours identique au mien, ou si mon cas reste parmi des exceptions.»

« Ne penser pas que vous êtes encore en vie par hasard. Les progrès de la recherche et votre motivation à vous battre non rien de magique, se sont des faits bien réels qui ne sont pas étrangers à votre bonne résistance physique. De plus s’il arrivait que les choses viennent à   mal tourner, nous disposerions de beaucoup d’autres molécules pour vous aider en vous en sortir. Pour répondre directement à votre question, oui il y a d’autres malades qui résistent, il y en à même de plus en plus. »  

Sa réponse était en parfaite contradiction avec ce que j’avais pu entendre de la bouche de V. Que l’une me tienne plutôt un discours pessimiste, et que l’autre s’acharne à vouloir me rassurer, ne changeaient rien à l’affaire. Je continuais d’ignorer le sort réservé à tous ces gens qui avaient fait partie de mon univers médical, durant de longues années, mais que je ne croisais plus du tout dans les salles d’attente. J’aurais voulu que monsieur R me cite des exemples concrets de personnes qui s’en tiraient plutôt bien. Au lieu de ça, il s’était contenté de m’apporter une réponse évasive, en se gardant bien de déflorer le secret médical. J’aurais bien aimé croire de toutes mes forces, aux dires de l’oncologue, mais je sortais de son cabinet loin d’être convaincu. Savoir la vérité m’aurait pourtant bien épaulé dans mon analyse de ma propre situation.

Nous approchions de l’heure de midi, la salle d’attente était toujours aussi vide. Les senteurs de cuisine qui flottaient dans l’atmosphère environnante, étaient toutes aussi présentes, et toutes aussi agréables, qu’à l’heure de notre arrivée.

Par contre, l’odeur bizarre qui polluait l’air à l’intérieur de l’ascenseur, nous fit regretter de ne pas avoir pris l’escalier, et lorsque nos regards se croisèrent,  nous ne pûmes pas nous empêcher de sourire. L’ouverture des portes  dans le hall d’entrée nous permit de nous éloigner rapidement de la zone de désagrément, nous constatâmes lorsque nous pûmes aérer nos poumons, que l’incident ne nous avait pas coupé l’appétit.  Chantal avait d’ailleurs prévu le pique-nique, car nous avions bien l’intention de nous restaurer un peu, avant de prendre la route du retour.

L’architecte des lieux avait prévu d’aménager autour des bâtiments, de grandes étendues boisées, avec des bancs pour se reposer, et certains sous bois existants à l’origine, avaient également été préservés pour le bien être des malades et des visiteurs. Cette nature perdue dans cette structure d’asphalte et de béton, permettait à ceux qui voulaient bien en profiter, d’oublier l’espace d’un instant, qu’ils étaient au bon milieu d’une gigantesque structure hospitalière.

Malgré l’immensité des parkings souvent saturés de véhicules automobiles, malgré la surface considérable de bâtiments, malgré le va et vient d’une population en tous genres, il régnait au milieu de la verdure une atmosphère agréable, empreinte d’une rare sérénité.

En cette période de fin d’année, l’agitation habituelle avait baissé de plusieurs crans, et très rare étaient les courageux, qui bravaient la relative fraîcheur de l’air. Nous prîmes nous aussi la décision de manger nos sandwichs à l’abri du vent.  

Bientôt nous allions temporairement tourner le dos au CAC de l’espoir, aussi nous observions les mouvements extérieurs à travers le pare-brise de notre véhicule, l’air détaché, comme si le ballet des ambulances et de leurs patients ne nous concernait plus, comme si nous ne  faisions plus partie de la grande famille. Notre réaction était instinctive et toujours la même, dès que nous avions passé la barrière des contraintes, nous nous dépêchions de l’oublier pour nous fixer que sur le moment présent, en évitant de penser à la prochaine échéance.  

Mon 32ème scanner était fixé au 10 février et mon 14ème cycle de Sutent ne débuterait que le 2 janvier, d’ici là il était impératif de vivre autrement.

Vivre autrement ce n’était pas forcément se réjouir pour le réveillon du nouvel an. Je n’avais jamais trop aimé fêter la Saint Sylvestre, mes malheurs passés y étaient pour quelques choses, mais pas seulement. Je ne souhaitais que du bonheur à mes proches et amis, et je n’avais pas besoin d’attendre le 1er janvier pour le penser, ou pour leur dire.  Je n’avais pas l’intention non plus d’espérer le malheur à mes ennemis, ni celle de leur nuire de quelque manière que se soit. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fit, étant l’une de mes devises préférés,  je n’avais donc aucune raison de trahir mes principes.

Cet entretien avec mon oncologue clôturait l’année 2011, bientôt un nouveau défi m’attendait, celui de pouvoir traverser la prochaine année sans trop d’encombres.

A présent notre voiture s’éloignait de l’agglomération nantaise, et nous avions hâte de pouvoir profiter de la quiétude de notre maison. Nous n’avions aucun projet pour la soirée du 31 décembre, mais l’essentiel n’était pas là.

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