Poison mortel

Je commençais à avoir malheureusement une solide expérience du problème, et de ces fâcheuses conséquences. Cependant je ne voyageais pas en terre inconnue, car le cardiologue corroboré par le généraliste ensuite,  m’avait expliqué en détail le principe de dysfonctionnent de mon muscle cardiaque, et quelles en étaient probablement les raisons.

« Un cœur en bon état bat normalement au rythme de 60 à 100 pulsations à la minute, de manière régulière. Il est aussi normal que le rythme cardiaque s’accélère en réponse à un effort physique ou en cas de dérèglement de la glande thyroïde, par exemple. »

Déjà mon hypothyroïdie que les médecins avaient du mal à contrôler de manière stable, à cause principalement de ma prise de Sutent était un bon indicateur pour moi. Certainement que cette maladie influait de manière significative sur le cœur.

« Une arythmie cardiaque se produit lorsque le cœur bat irrégulièrement, ou s’il bat à moins de 60 pulsations, ou plus de 100 pulsations à la minute, sans que cela soit justifié.

Là il avait visé en plein dans le mille.

« L’arythmie est le trouble cardiaque le plus fréquent. Dans un cœur arythmique, les impulsions électriques qui contrôlent les battements du cœur se produisent de façon désordonnée ou ne passent pas par les circuits électriques habituels. »

Je ne savais pas que les battements du cœur étaient stimulés par un signale électrique, j’étais curieux de l’apprendre.

« La durée d’une arythmie varie beaucoup d’un individu à l’autre et dépend aussi du type d’arythmie. En ce qui vous concerne et d’après vos dires, vous êtes victime de crises à répétition, mais elles sont généralement courtes. Plus rarement des crises plus aigües vous clouent dans un fauteuil pour le reste de la journée. Statistiquement vous ne faîtes pas partie des plus épargnés. »  

Le praticien était ensuite rentré dans des détails techniques auxquels je ne saisissais pas grand-chose. Simplement j’avais compris que mes ennuis étaient parfaitement identifiés. L’attaque dont j’avais été la victime, quelques heures avant de me trouver dans le bureau du cardiologue, était certes impressionnante au ressenti, mais je n’avais pas à craindre l’infarctus.

« Je vais vous prescrire du Rythmol m’avait-il dit, vous passerez d’ici quelques temps une échographie cardiaque. Votre généraliste décidera ensuite d’un moment approprié, pour vous mettre sous contrôle holter pendant vingt quatre heures. 

Je ne connaissais personne jusqu’à ce jour qui souffrait des mêmes troubles que moi, mais une chose était certaine, c’était une belle saloperie ce qui m’arrivait là. Une saloperie vicieuse qui ne me prévenait pas quand elle m’attaquait, une saloperie invalidante qui avait tous les pouvoirs lorsqu’elle me tenait entre ses griffes.

Ma septicémie de 2010 qui m’avait conduit directement à l’hôpital pour une quinzaine de jours, avait été à l’origine du changement de mon traitement. J’étais passé du Rythmol à la Digoxine sur l’ordre d’un cardiologue des lieux.

De Digoxine en Digoxine, ma situation ne s’était pas franchement améliorée, elle avait cependant permis d’espacer les crises, sans les supprimer toutefois totalement.

Le médicament pouvait être un poison mortel, il y avait donc une règle impérative à respecter. Il ne fallait pas dépasser un certain seuil de tolérance, et faire effectuer régulièrement par un laboratoire le dosage du produit dans le sang. Mon généraliste suivait le protocole à la lettre, sauf pour les prises de sang dont il avait en fonction de bons résultats diminué la fréquence depuis quelques temps.

Je faisais confiance au praticien, et je n’avais absolument pas l’impression de courir de risques. C’est donc dans ce contexte que mon 15ème cycle de Sutent,  se poursuivait au rythme de quatre semaines de traitement et deux semaines de repos. 

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Le cheval sauvage

Dans le secteur de la commercialisation d’automobiles, il y a la voiture qu’on appelle le modèle de base, celui qui peut être éventuellement accessible financièrement aux  acheteurs les plus modestes. Pour les clients les plus fortunés et donc pour les plus chanceux  se rajoute ensuite lors de l’achat du véhicule, le choix des options supplémentaires. Dans tous les cas chacun est en mesure de signer ou non la transaction financière.

En ce qui me concerne je ne suis pas fortuné, je ne suis pas chanceux, je n’ai surtout jamais rien demandé, et pourtant le destin m’a collé un cadeau  bien encombrant, impossible à refuser. Il m’a offert un sarcome rénal comme modèle de base, et en options supplémentaires,  une hypothyroïdie, une hypertension artérielle et une arythmie cardiaque, sans doute dans le but d’agrémenter ma vie.

Il y a belle lurette que le petit papillon situé à l’avant de ma gorge a décidé de glander. Ma thyroïde ne produisait pas assez d’hormones bien avant que l’on me découvre le cancer. Paradoxalement cette maladie chronique qui me conduisait régulièrement chez le médecin m’avait sauvé la vie, car ce fût au cours de l’une de ces visites de contrôle et de renouvellement de médicaments que le praticien découvrit le jackpot.   

L’hypertension artérielle est quant à elle une tare familiale. Mon père, un oncle et bien d’autres de ma famille en furent les victimes. Il était logique qu’un jour ou l’autre le médecin m’annonce que j’étais l’heureux héritier de cette imperfection de la nature. J’avais reçu la bonne nouvelle vers la fin des années 90. Le traitement du problème est devenu désormais une affaire de routine.

L’arythmie cardiaque fût la petite dernière apparue dans ma collection de désagréments en tous genres. Les premiers symptômes avaient été décelés à l’époque de ma participation au protocole d’essai thérapeutique du Néxavar, par l’équipe médicale du CAC de l’espoir.  La lettre envoyé à mon cardiologue était tombée dans les oubliettes, jusqu’à ce jour du 31 octobre 2008 où une crise un peu plus coriace que les autres, m’avait conduit directement de chez mon généraliste, à la polyclinique sans passer par la case départ. Depuis lors j’ai beaucoup de mal à dompter le cheval sauvage. Je suis souvent désarçonné et les médecins au bien du mal à me remettre en selle.

 

Lundi 13 février 2012, cette fois bonhomme hiver avait bouclé ses dernières valises, quelques traces de son passage restaient encore visibles, mais pas pour longtemps. Cela faisait bien longtemps que nous avions eu une saison aussi marquée, j’avais aimé retrouver l’atmosphère de certains moments heureux de mon enfance, mais j’avais eu ma dose de grand froid et de ciel gris, et maintenant j’espérais avec impatience, le renouveau du printemps.

Au petit déjeuner m’attendait mes trois premières gélules de mon nouveau cycle de traitement. Globalement les effets secondaires de mon précédent cycle de Sutent, m’avaient retenu prisonnier un peu plus longtemps que la moyenne habituelle. A l’actif de mon bilan, je pouvais me réjouir de ne pas avoir trop perdu l’appétit, et d’avoir surtout su restaurer rapidement un moral malmené par les révoltes constantes de mon corps.

Je m’attendais comme à l’habitude à disposer de quelques jours encore de tranquillité avant l’apparition des premiers effets secondaires du Sutent.

Je connaissais bien le caractère souvent asymptomatique de l’hypertension, mais les médicaments et une prise journalière de ma tension me permettait une maîtrise et une surveillance constante de la maladie.   

Les prises de sang régulières, et l’adaptation permanente de mon traitement hormonal en fonction des résultats m’avaient débarrassé de la majorité des symptômes liés à mon hypothyroïdie.   

Le mauvais élève de la promotion restait encore et toujours mon arythmie cardiaque. Les crises répétées me causaient davantage de gênes que les conséquences liées au cancer, à ma forte tension et à mon dysfonctionnement thyroïdien réunis.

Le cheval sauvage  dans Cancer du rein cheval-sauvage



Un grain de sable

Je ne sais pas si Dieu existe mais, depuis toujours, je l’espère avec force. Parce qu’il faudrait qu’existe tout de même ailleurs quelque chose qui ressemble d’un peu plus près que chez nous à une justice et à une vérité que nous ne cessons de rechercher, que nous devons poursuivre et que nous n’atteindrons jamais.
De temps en temps, je l’avoue, le doute l’emporte sur l’espérance. Et, de temps en temps, l’espérance l’emporte sur le doute. Ce cruel état d’incertitude ne durera pas toujours. Grâce à Dieu, je mourrai
.

 

Bonhomme hiver prolongeait son séjour parmi nous, mais les météorologistes avaient prévu son repli progressif sur ses terres de Sibérie, en début de semaine suivante. Avant qu’il nous quitte définitivement j’avais envie de lui dire au revoir. En ce samedi 11 février, l’astre solaire réchauffait tant bien que mal nos campagnes et nos villes, mais un vent venu d’est avait décidé de lui mener la vie dure, et au fil des heures le froid reprenait petit à petit l’avantage.

Pourtant à la faveur d’une température très légèrement positive, la neige tendait à fondre lorsqu’elle n’était pas protégée par des endroits ombragés. Les étangs étant nombreux dans notre région, j’avais prévu d’en arpenter les abords, pour trois d’entre eux. Bien que très proche de la ville, La Godinière était une étendue d’eau dont les rives étaient restés relativement sauvages. Le chemin que j’empruntais n’avait été tracé que par les pas répétés des hommes à travers les siècles. A l’origine le site avait été creusé pour les besoins en eau des cultures et du bétail, et beaucoup d’années plus tard, une blanchisserie s’était établie à proximité, pour les mêmes raisons que celles des fermes environnantes. La blanchisserie jouxtait toujours l’étang mais les bâtiments étaient désormais en ruine et l’extension du tissu urbain avait rendu l’endroit inutilisable pour l’alimentation en eau des exploitations agricoles. Désormais donc le site servait essentiellement aux pêcheurs et aux promeneurs.

Pour l’heure la froidure de l’hiver en avait découragé plus d’un,  je disposais donc de ce théâtre d’eau gelée et de son décor végétal endormi, pour moi tout seul. Je ne me privais point d’un tel privilège.

Les bons résultats du scanner de la veille m’avaient regonflé les batteries, je me sentais de nouveau comme un être  pleinement vivant, et dans mon esprit c’était comme si je découvrais pour la première fois le monde. De plus ces bons résultats ne faisaient que réconforter mon plaisir de goûter d’aussi près les bienfaits et la beauté  des paysages. J’ignore s’il existe un Dieu mais dans l’affirmative c’est dans ces moments là, en contact direct avec dame nature que je me sens  le plus proche de lui.

Que dire des photos que la technique moderne du numérique me donnait l’occasion de prendre en abondance. Le spectacle qui s’offrait devant mes yeux était d’un tel émerveillement que je n’avais de cesse d’imprimer sur ma carte mémoire le souvenir de ces tableaux d’art vivants qui sauf coïncidence, ne se réinviteraient pas de sitôt, dans nos régions des mauges.

Jean d’Ormesson a écrit dans un livre que parfois le doute l’emporte sur l’espérance. Etait-il possible devant ce décor quasi parfait de n’avoir aucune conviction ? Etait-ce le hasard qui faisait que de si belles choses existent ? En tous cas le mystère reste entier et bien malin qui peut prétendre détenir la vérité.

A l’inverse de La Godinière, l’étang municipal de mon village natal ne ressemblait plus à rien de ce que j’avais connu à l’heure des culottes courtes. Son environnement sauvage avait laissé la place à un paysage dompté par l’homme, arbres alignés, pelouse régulièrement tondue, aires de jeux pour les enfants, tables de pique-nique et chemin bien tracé pour les promeneurs du dimanche, et tous les prés des alentours anéantis par l’urbanisme galopant.

Je n’aimais plus guère cet endroit qui ressemblait à une fille de magazine trop bien maquillée, trop bien coiffée, trop bien habillée, trop bien bâtie, une perfection qui n’avait absolument plus rien de naturel. Bonhomme hiver avait ici comme ailleurs la vraie beauté d’une star, mais je ne pouvais pas m’empêcher de  poser un regard nostalgique sur un lieu qui m’était devenu totalement étranger. Des canards qui disposaient d’un assez large trou percé dans la glace par l’heureuse initiative de la main de l’homme, marchaient en se dandinant, à la queue leu-leu sur la surface gelée de l’étang, pour patauger à tour de rôle, dans cette eau brassée par de petites vaguelettes, formées par le vent. Au terme de leurs ablutions, ils partaient ensuite à l’opposé de moi, chercher une improbable nourriture dans cet univers qui leur était décidément trop hostile. La scène m’avait détourné de mes pensées, et le plaisir de faire des photos prit le pas sur les regrets.  

Mon troisième et dernier périple me conduisait au sud est de la ville au bord de l’étang des Noues, situé au cœur d’un immense massif forestier. L’endroit conjuguait espaces sauvages de loin les plus représentatifs, et espaces aménagés (cercle hippique, et centre de loisir).

La journée s’avançait, pourtant je croisais sur les sentiers quelques joggeurs et quelques marcheurs. La seconde précipitation neigeuse était tombée après que le gel eût solidifié l’eau. Des traces de pas sur la surface blanche me donnaient la preuve que des personnes trop peu prudentes  s’étaient aventurées sur une glace qui recouvrait une bonne partie de l’étang certes, mais pas jusqu’en son milieu. 

Des oies sorties de nulle part cherchaient leur pitance sur la rive gelée. Visiblement je n’étais pas le bienvenu  car elles me semblaient bien trop agressives pour que je m’approche avec mon appareil photos.

Il n’y avait aucun doute possible, le soleil était en train de se coucher, et il commençait à faire bien froid. Mes doigts rougissaient et j’étais  moins habile de mes mains. J’avais photographié plus que raisonnablement la star de février, il fallait songer à rentrer. Des gouttes commençaient à perler au bout de nez, ce n’était pas le moment de choper un rhum. Je me sentais infiniment petit, un grain de sable sur cette terre, une poussière microscopique dans l’univers. Comment pouvait-on avoir l’audace de dire que l’homme est un être supérieur, alors que la nature était là pour nous prouver le contraire, et qu’elle était capable de tout anéantir en une fraction de seconde.

Ma voiture m’attendait sur un parking bien moins boueux qu’à mon arrivée. Le passage répété des véhicules, et le soleil, avaient eu raison de la neige tombée à cet endroit, mais la chute des températures commençait à faire durcir la terre.

Cette sortie loin de m’engourdir, m’avait au contraire tonifié et le corps et l’esprit, et j’avais eu raison d’en profiter car au-delà du fait que je débutais mon 15ème cycle de chimio, le lundi suivant, une épreuve pas piquée des vers m’attendaient dans les semaines suivantes.

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La sacro-sainte liberté

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Les secondes me paraissaient des minutes, et les minutes des heures. La maladie avait fait de moi un captif. Les grilles de ma prison s’étaient refermées sur une autre vie, celle qui demeurera définitivement dans le rayon des souvenirs. Après bien des épreuves et des combats, je bénéficiais pourtant à présent d’une liberté surveillée, mais il fallait me rendre régulièrement devant mon juge pour connaître son verdict. Le verdict d’aujourd’hui se faisait particulièrement attendre, allais-je me retrouver une fois de plus avec un boulet au pied, ou allais-je bénéficier d’un nouvel aménagement de ma peine !

Le docteur R le menton appuyé sur la main gauche, faisait défiler la chronologie de ma maladie   sur son écran d’ordinateur, à l’aide de la mollette de sa souris.

« Votre dossier commence à faire quelques pages me dit-il d’un sourire. »

Sa phrase avait brisé furtivement un silence qui devenait de plus en plus pesant. Je scrutais la moindre expression de ses yeux, et décryptais la moindre de ses mimiques. Je me gardais bien par contre de tourner la tête du côté de Chantal, car son angoisse était palpable.

« Bon et bien je ne vois rien qui puisse nous inquiéter. Le Sutent continue à remplir honnêtement son rôle .Vous pouvez être rassuré. »

Rassuré je l’étais effectivement, et pas qu’un peu. Brusquement l’ambiance s’était réchauffée, et tout le monde avait envie de parler, voir même en ce qui me concerne de me défouler. 

« Quand est-ce que vous reprenez votre cycle ? »

« Lundi 13 février. »

L’oncologue comptait sur son calendrier les semaines de traitement et rajouta une semaine de repos avant de fixer une nouvelle date de rendez-vous.  

« Je vous révérai le vendredi 16 mars, est-ce que cela vous convient ? »

J’avais répondu par l’affirmative, car je calquais toujours mon emploi du temps personnel en fonction du rythme de mes visites à Nantes.

« Pour ce qui est de votre ordonnance, à part votre Sutent avez-vous besoin d’autres choses ? »

Je n’avais besoin de rien, j’évitais en effet dans la mesure du possible d’entrer dans un cercle vicieux, en ingérant une trop grande quantité de gélules ou de cachets pour contrer les effets secondaires de ma chimio, ces autres médicaments étant susceptibles eux mêmes d’entrainer leurs propres effets secondaires.

« Bon et bien il ne me reste plus qu’à prendre congé de vous. »

L’oncologue nous avait introduit dans le bureau de la secrétaire, puis nous avait serrés la main avant de s’en aller.

Ce que j’avais tellement espéré depuis que nous avions pénétré le matin même  à l’intérieur de ces murs était enfin arrivé, je repartais avec un renouvellement de contrat, ma vie pouvait continuer son petit bonhomme de chemin, doucement et sûrement. Il fallait éviter à tous prix de penser aux futures et probables nouvelles entraves, qui gâcheraient inévitablement le voyage.

Le cancérologue n’avait pas eu vent (sans jeux de mots) des problèmes techniques rencontrés par le personnel d’entretien dans certaines parties du bâtiment. Il avait passé sa matinée bien au chaud auprès de ses malades, et nous avions été les premiers à l’en informer.

Deux étages plus bas nous avions traversé le hall d’accueil en toute hâte, pressés de retrouver notre voiture pour rentrer chez nous. Avec du recul, je songe que mon individualisme du moment m’interdisant d’éprouver la moindre compassion pour les gens qui restaient présents sur les lieux, je n’avais pas eu la curiosité de vérifier  si le chauffage avait été rétabli ou non, pendant que nous étions occupés au service des consultations.

Par contre en sortant du CAC de l’espoir, le triste spectacle des ambulanciers, infirmiers ou autres qui fumaient devant la porte d’entrée, ne m’avait pas échappé. L’agressivité particulièrement virulente de bonhomme hiver ne les arrêtaient pas le moins du monde. Je trouvais qu’il y avait une forme d’indécence  de s’exhiber la cigarette à la main surtout lorsque l’on faisait partie d’un personnel médical en contact permanent avec la déchéance physique et morale des individus, et que l’on était  censé, de par la profession que l’on représentait,  montrer l’exemple. Comment ces accros au tabac ne pouvaient-ils pas éprouver de la gêne, à s’évertuer à gaspiller leur capital le plus précieux,  devant leurs patients qui l’avaient justement perdu eux, ce fameux capital, et qui luttaient désormais durement pour leur simple survie. Malgré le coût financier, malgré les très nombreuses mises en garde des médecins, au nom de la sacro-sainte liberté, tout ce petit monde continuait donc à en griller une, sans le moindre état d’âme. Êtres le témoin n’était pas être la victime, pourtant si ces fumeurs invétérés avaient eu juste une petite idée de ce que les malades vivaient au quotidien, croyez-moi que leur paquet de tabac serait sûrement resté,  chez le buraliste.

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Une balle tirée à bout portant

C’était le moment pour nous d’imiter la femme en fauteuil roulant, à savoir pendre l’ascenseur pour rejoindre les consultations. Le couloir que nous empruntions n’était pas le même que celui du département scanner. Dans cette aile de l’établissement le vent ne soufflait pas, et dans le service,  le public présent ne semblait pas être incommodé par le manque de chauffage. En fait de panne générale, j’avais l’impression que l’incident n’avait pas affecté le secteur des consultations, et c’était plutôt réjouissant pour nous, car nous avions bien besoin de nous désengourdir de ce froid, que notre corps supportait de plus en plus difficilement.

La secrétaire du docteur R était encore absente, et j’étais un peu déçu, car j’aimais bien retrouver à chaque fois des têtes connues, ce qui me mettait dans un climat de confiance et de convivialité, utile dans ma quête vers une sérénité qui me faisait bien défaut, lorsque je me retrouvais face à mon destin.

Sa remplaçante nous avait prévenus que les visites avaient pris un peu de retard. J’étais probablement dans les derniers patients que l’oncologue devait rencontrer dans la matinée, mais le service était encore peuplé de plusieurs personnes et notamment les chaises à proximité du cabinet du praticien étaient toujours occupées.

Par contre, la salle d’attente n’espérait quasiment plus que nous. Malgré qu’il soit l’heure de midi, je ne percevais pas comme à ma dernière visite, les bonnes odeurs de cuisine qui m’avaient permis de me détourner l’esprit de mes obsessions du moment. Pas plus à cet étage, qu’au rez-de-chaussée j’avais envie de sortir ma planche de mots fléchés. Mon seul désir c’était de pouvoir me libérer le plus rapidement possible de cet endroit.

Un homme en fauteuil roulant accompagnée de son épouse, vinrent partager notre solitude. Le couple était parfaitement silencieux. Nous avions simplement eu droit à un petit signe de tête de l’accompagnatrice. Le visage blême et décharné, le malade quant à lui, avait l’air complètement hébété. Etait-il sous l’emprise de médicaments qui le mettaient dans cet état ? Etait-il tellement fatigué et tellement perclus de douleurs que ses réactions étaient réduites à néant ? A chaque fois que j’observais la souffrance, je me posais bien inutilement les mêmes questions, car à chaque fois, elles demeuraient sans réponse.  

« Monsieur Gautier ? »

Nous avions été invités à passer dans le couloir, car les deux chaises nous attendaient tout de go. J’avais cru comprendre que le couple que nous venions de quitter accusait beaucoup d’avance, et que la femme avait espéré pouvoir intercaler la consultation de son mari entre celles de deux autres malades. Sa demande avait abouti à une fin de non recevoir, condamnant le malade à poiroter inutilement jusqu’en début d’après-midi, ce qui correspondait réellement à son heure de convocation. C’était sans doute pour cette raison que la femme quelque peu contrariée, ne m’avait pas paru bien sympathique, lorsqu’elle s’était assise dans la salle d’attente, à nos côtés.   

Le secrétariat était occupé par les personnes qui venaient de quitter le bureau du docteur R. Il fallait rester zen et se préparer à entendre le verdict de ce 32ème scanner. Nous n’avions d’ailleurs pas eu besoin d’attendre davantage, la porte du cabinet venait brusquement de s’ouvrir.

« Monsieur Gautier si vous voulez bien rentrer ! »   

Mon interlocuteur avait manifestement pris un peu de repos, son visage hâlé le confirmait. Il me regardait l’air souriant et avec insistance. Comme je n’avais pas commencé à prononcer un seul mot, il déclencha la conversation. 

« Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

Une baisse de la posologie de mon traitement ou un changement radical de protocole, étaient des options qui me faisaient tressaillir d’effroi, aussi ma réponse était comme à chaque fois mesurée. J’évoquais l’épisode difficile de fin de chimio, et les journées passées entre mon fauteuil et mon lit. Je lui parlais de mes diarrhées de mes vertiges, mais je n’attendis pas qu’il approfondisse en détail le sujet, de peur qu’il prenne des dispositions qui ne me conviennent pas.

« C’est sans doute à cause de la météo. Et puis il y a beaucoup de cas de gastro en ce moment, il ne faut pas toujours mettre mes problèmes sur le compte des effets secondaires. »

« Vous n’êtes pas clair dans vos explications. Que dois-je comprendre, vous supportez bien ou mal le Sutent ? »

« A part quelques moments difficiles, globalement je vis bien. »

Il m’avait écouté sans broncher, il avait regardé furtivement Chantal, peut-être dans l’attente d’une version qui confirmerait ou infirmerait mes dires, mais sans réaction particulière de la concernée, il passa à autres choses.

« Je n’ai pas eu le temps de consulter votre scanner, je vais découvrir les résultats avec vous. »

La phrase venait de me transpercer le ventre comme une balle tirée à bout portant. D’un coup mon stress venait d’atteindre son paroxysme, il fallait impérativement me contenir et ne pas céder à la panique.

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Le jardin d’Eden

L’eau qu’il fallait ingurgiter pour éliminer le liquide de contraste injecté dans mon sang, se rajoutait au  sulfate de Baryum  avalé le matin même, et finissait par me gonfler incommodément l’estomac. J’étais à jeun depuis la veille au soir, ce qui me m’était d’autant plus mal à l’aise. Je sentais une pesanteur intestinale désagréable, et beaucoup de faiblesse dans mon corps, mais également une sensation de tête vide, comme si je me réveillais après une longue période d’hibernation. Il fallait manger quelque chose, et pourtant l’idée même de la nourriture me donnait l’envie de vomir. Je savais que cette indisposition ne serait que passagère, mais en attendant il fallait pouvoir  supporter cette situation d’autant plus pénible, que je la vivais loin de tous mes repères, c’est-à-dire loin de chez moi.

Nous n’en croyions  pas nos yeux. Dans le long couloir qui nous conduisait du service imageries médicales jusqu’aux ascenseurs, les bouches de sorties de chauffage pulsaient un courant d’air frisquet que nous n’avions pas ressenti, lors de notre arrivée, mais qui pour l’heure, cinglait nos visages, en nous donnant l’impression de marcher  au-dehors des bâtiments.  

Deux étages plus bas, les techniciens continuaient à rentrer et à sortir de tous les côtés, tantôt munis d’une échelle, tantôt équipés d’une caisse à outils. La solution au problème n’avait pas encore été trouvée, leur nervosité perceptible en attestait.   

Nous n’avions pas d’autres endroits plus confortables que le hall d’accueil pour attendre l’heure de ma visite chez l’oncologue, il fallait donc nous asseoir dans un coin, si possible à l’abri du vent, et tenter de se réconforter du mieux possible. Nous ne pouvions même pas espérer les bienfaits d’une boisson chaude, car nous avions omis d’emporter de l’argent.

Emmitouflés dans nos encombrants vêtements de saison, assis serrés l’un contre l’autre, les mains coincés entre les jambes pour les réchauffer, il ne fallait pas nous en demander davantage. Livre et mots fléchés restaient soigneusement rangés dans notre sac, en attendant des jours meilleurs.

Ma nausée s’était calmée, mais il n’était plus l’heure de grignoter un encas. Par contre, avec un rendez-vous à 11h 45, et le risque de passer devant l’oncologue avec beaucoup de retard, il n’était pas déraisonnable de penser à déjeuner un peu plut tôt. Certes nous n’avions pas la possibilité de boire chaud, mais il nous restait quand même un peu d’eau et surtout nous avions des sandwichs et des desserts pour satisfaire les exigences de notre organisme. Je pouvais d’ailleurs enfiler la nourriture avec un relatif appétit, signe que mes troubles du matin n’étaient plus qu’un mauvais souvenir.

Hiver, froid, et neige, ne changeaient rien à l’affaire, car les taxis, les ambulances et les voitures particulières continuaient d’acheminer au CAC de l’espoir un flux ininterrompu de malades en plus ou moins bon état. L’hôtesse d’accueil s’efforçait d’offrir un sourire à ceux qui venaient lui demander un renseignement, mais je sentais bien que le cœur n’y était pas.

Le soleil qui perçait les larges baies vitrées de tous ses éclats, contribuait à améliorer la situation, mais à chaque fois que les deux portes automatiques s’ouvraient simultanément, un courant d’air désagréable faisait balancer les lustres situés aux dessus des secrétaires, aux guichets.

Nous étions assis à proximité des ascenseurs et à chaque ouverture des portes, mon attention se fixait instinctivement sur les personnes qui y rentraient, ou qui en sortaient. Justement un couple de quinquagénaires quittait l’établissement. Ils accompagnaient probablement leur fils. Le jeune homme marchait difficilement, appuyé sur des béquilles, et grimaçait de douleur à chaque fois qu’il faisait un pas. La traversée du grand hall d’accueil se faisait lentement, précautionneusement, il s’arrêtait régulièrement pour reprendre son souffle, manifestement l’épreuve était pour lui difficile. Je ne comprenais pas bien pourquoi ses parents n’avait pas fait le nécessaire pour le faire transporter. Sans doute y avait-il une explication qui ne me concernait en aucune manière.  

A l’inverse une femme dont la tête était couverte par un turban-foulard, rejoignait les ascenseurs assise sur un fauteuil roulant que poussait un ambulancier. La malade était perfusée, et son visage au teint blafard et dépourvu d’expression dénonçait la cruauté du bourreau envers ses victimes. Toutes les misères, toutes les souffrances et toutes les injustices dont le cancer à lui seul était responsable, défilaient devant mes yeux. Je constatais une fois de plus que le jardin d’Eden ne se trouvait décidément pas sur cette terre. 

 

 

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Contrôle technique de mes entrailles

Mon tour de passage au guichet venait d’être affiché, j’avais hâte de quitter les lieux. J’étais persuadé que les conséquences de l’incident survenu au système de chauffage, ne pouvaient pas être plus mauvaises ailleurs, qu’ici. L’assistante qui nous avait invités à nous asseoir était chaudement emmaillotée, à l’image de sa collègue de l’accueil. Elle avait chaussé des gants sans doigts, et tentait de tapoter sur les touches de son clavier d’ordinateur avec des mains pour le moins engourdies. Un chauffage électrique d’appoint installé à hauteur de ses jambes, l’aidait à ne pas se transformer en glaçon. Elle nous expliqua que ce radiateur n’était pas là simplement à cause de la panne, mais depuis le début de la vague de froid, car cet immense hall de réception était certes esthétique et moderne, mais n’avait surtout pas été conçu pour faire des économies d’énergie. 

Deux étages plus hauts, avec l’effet de courant d’air en moins, j’avais la sensation de me réchauffer un peu. En réalité le problème était bien général et l’hôtesse qui cocha mon nom sur la liste des admissions au service scanner, nous le confirma.

« Nous ça va encore, le soleil donne en plein sur nos baies vitrés, mais dans la salle de traitement des radiologistes, la température n’est que de 13° » Nous confia t’elle. 

Dans ce contexte nous avions rejoint la salle d’attente, et j’étais très peu enthousiaste à l’idée de me mettre en t-shirt. Pelotonné dans mon blouson j’attendais que l’opératrice hèle mon nom, afin de rejoindre une cabine, mise en place de mon cathéter oblige.

Deux personnes patientaient en même temps que moi. Visiblement la femme avait déjà passé l’examen, mais attendait ses résultats pour les transmettre à un médecin qui n’exerçait pas au CAC de l’espoir. Quant à l’homme, il était convoqué pour un IRM dont le service était situé également dans cette aile du bâtiment.   

« Monsieur Gautier ? »

Une jeune infirmière une fiche à la main m’attendait à l’autre bout de l’endroit où j’étais situé. Elle m’adressa un large sourire.

« Nous allons essayer de faire vite pour ne pas attraper du mal. »

En fait je n’étais pas aussi transi que j’aurais pu l’imaginer. Le petit coin intime qui m’était réservé le temps de l’examen, avait l’inconvénient de n’être éclairé que par des lumières artificielles, car il ne possédait pas d’ouvertures vers l’extérieur. Par contre cet inconvénient se transformait en ce jour particulier, en avantage. En effet  les différents espaces qui l’entouraient, préservaient les lieux de la froidure du dehors.

La jeune femme qui m’avait laissé un temps tout seul, était réapparue par la porte d’accès à la zone nucléaire protégée. En deux temps trois mouvements, elle m’avait installé la perfusion, et avant de me conduire dans l’antre de la bête, m’avait posé les questions rituelles concernant mon poids et mes éventuelles allergies.

Mon taux de créatinine s’était légèrement amélioré par rapport à le dernière fois, mais pas suffisamment pour envisager l’injection de la totalité du produit de contraste.

La bête qui fonctionnait depuis très tôt le matin, dégageait un peu de chaleur. Cette chaleur se répandait assez dans la pièce pour relever légèrement les degrés de la température. Aussi malgré ma petite tenue, je ne frissonnais quasiment pas. J’étais familiarisé aux ronrons du moteur, et encore plus aux instructions données par une voix dont j’ignorais pourtant toujours, si elle était synthétique, ou si elle émanait d’une personne située dans la salle protégée des manipulateurs.

Ce contrôle technique de la santé de mes entrailles, était une simple formalité, ce qui l’était moins, et je ne le répèterai jamais assez, c’était d’attendre et de connaître les résultats. Il était aux alentours de 10h 40 et nous avions rendez-vous chez l’oncologue une heure plus tard. Il nous fallait tuer le temps, et l’idée n’était pas réjouissante compte-tenu de ce que nous avions pu constater lors de notre arrivée une demi-heure plus tôt, dans le hall d’accueil.

La femme était partie, les résultats de son scanner sous le bras. L’homme était toujours assis, et tenait compagnie à Chantal. Ses deux interlocuteurs lui avaient confié que j’avais de la chance de pouvoir être accompagné, leurs familles respectives considérant que la maladie est l’affaire du malade, mais pas celle des biens portants. Il s’agissait là de cas assez rares, car la majorité des patients arrivaient au CAC de l’espoir, épaulés par un membre de leur famille, ou dirigés par un ambulancier rassurant. Les personnes seules, ou les couples débarquant pour la première fois, Chantal savait en général les repérer, et ne manquait pas de les aider, lorsque le contexte du moment lui en donnait la possibilité.

 

Contrôle technique de mes entrailles dans Cancer du rein Vignoble-nantes 



Un froid sibérien

Loin de s’adoucir, les températures de la nuit avaient fléchi davantage, et les informations météorologiques n’annonçaient pas une amélioration immédiate. C’est dans ce contexte de condition polaire que Chantal effectua la marche arrière, qui dégagea notre véhicule de l’entrée du sous sol.

Nous étions vendredi 10 février 2012, mon 32ème scanner avait été programmé ce jour là, et heureusement pour nous, l’examen qui s’effectuait cette fois au CAC de l’espoir,  était suivi le même jour, par ma visite chez l’oncologue.

Au fur et à mesure que nous nous rapprochions de l’agglomération, il me semblait que la couche de neige s’amenuisait dans les paysages que traversait la nationale. Sans conteste le vignoble nantais avait été un peu plus épargné par les intempéries que notre région des Mauges.   

Malgré le soleil qui commençait à percer une légère brume givrante, le tableau de bord de la voiture indiquait encore -4°, nous ne pouvions guère espérer mieux pour le reste de la journée.

Mon état de santé précaire m’avait rendu terriblement réceptif au froid. Souvent mon corps était traversé de haut en bas par des frissons. Lorsque je n’y prenais pas garde un sang glacé parcourait toutes mes veines, en inhibant l’ensemble de mes mouvements. Mon corps se recroquevillait alors sur lui-même, à la manière d’un escargot auquel on venait de toucher les antennes. Je passais ensuite par une phase de tremblements qui durait jus-qu’attend qu’un rajout suffisant de vêtements sur moi, ou qu’une boisson bien chaude, parviennent à ramener  mon organisme à bonne température.

Si j’étais la banquise, Chantal c’était plutôt la savane africaine. Difficile de régler le chauffage à l’intérieur de notre habitacle sans favoriser l’un plutôt que l’autre. Avoir toujours trop chaud ou avoir toujours trop froid étaient deux situations qui n’étaient par forcément agréables à vivre. En écoutant les informations j’avais pu entendre que la Loire charriait des glaçons du côté de Tours. En franchissant un premier pont,  je n’eus pas le temps de voir si c’était également le cas à cet endroit, alors que le fleuve terminait sa course 65 kilomètres plus loin à son embouchure sur l’océan Atlantique.

Ces particularités météorologiques avaient eu pour avantage de me distraire de ma peur, c’est donc en franchissant le grand portail d’entrée de l’imposant centre médical que mes premières crispations abdominales, mentales, et émotionnelles firent leur apparition. 

Les parkings étaient une fois de plus très encombrés. Beaucoup d’ambulanciers étaient contraints et forcés de garer leur véhicule dans une zone interdite. Pour ma part je n’avais pas un autre choix que d’utiliser ma carte de stationnement handicapé. Je n’abusais pas de ce privilège, laissant bien volontiers la place aux personnes à mobilités réduites, mais il m’arrivait parfois de laisser de côté  mes scrupules, en utilisant un droit qui m’avait été règlementairement accordé, par des autorités compétentes.

Le courant d’air qui circulait autour du bâtiment me tétanisa sur place, les yeux remplis de larmes, et la goutte au nez, je fus soulagé de rentrer en courant, à l’abri du vent.

Il ne fallait pourtant point compter beaucoup se réchauffer. Très vite nous comprîmes que dans le hall d’accueil, il se passait quelque chose d’anormale. Des techniciens en cottes grises qui courraient d’un côté sur l’autre, une hôtesse qui conservait sur elle son manteau et ses gants, une sensation de fraîcheur soudaine, et d’autres indices explicites, qui nous firent comprendre qu’un incident gravissime s’était produit du côté du système de chauffage. 

J’avais rendez-vous à 10h 30 au service de radiodiagnostic scanner. Muni de mon ticket, il fallait que j’attende mon ordre de passage, avant de pouvoir faire enregistrer à un guichet mon arrivée. J’hésitai à m’asseoir sur un canapé en skaï qui devait glacer instantanément les fesses, pourtant je n’avais pas l’intention de piétiner. Finalement l’assise n’était pas aussi réfrigérante que j’aurais pu l’imaginer. Par contre la porte automatique qui s’ouvrait régulièrement faisait rentrer en même temps que les patients, un vent sibérien qui finissait de nous congeler jusqu’aux os.

Cette accumulation de faits nous mettaient tous au diapason, les malades, les accompagnants, le personnel médical, tout le monde grelottaient en se demandant bien comment pouvoir tenir assez longtemps, dans ces conditions.

Un froid sibérien dans Cancer du rein avoir-froid

 

 

 

 

 

 

 



Echappée belle

J’avais pourtant mis toutes les chances de mon côté pour vaincre la fatigue et les complications médicales de tous genres, mais ni les médicaments, ni une alimentation soigneusement choisie, ni les longues périodes journalières de repos, n’avaient pu venir à bout de l’insurrection de mon corps. L’endurance dont j’avais dû faire preuve pour supporter cet épisode troublé de mon parcours de malade avait pompé pas mal de mon énergie mentale. Il avait fallu une quinzaine de jours pour que ma situation physique s’améliore. Au fil du temps mon organisme s’était apaisé, et retrouvait peu à peu le chemin de la sagesse. Il me fallait reprendre des forces, mais je savais que désormais les conditions étaient réunies pour que je puisse atteindre mon but. 

Après une période remarquablement douce l’hiver s’était brusquement réveillé. La nature avait revêtu ses plus beaux habits de saison. Depuis quelques temps les températures étant restées négatives de jour comme de nuit, la neige qui était tombée deux fois en abondance, et à plusieurs jours d’intervalle, tenait durablement au sol. L’évènement était d’importance car assez rare dans notre région, et bouleversait quelque peu notre quotidien, mais nous donnait aussi l’occasion de retrouver une once de notre âme d’enfant.

A part deux visites chez mon fils aîné, et trois petites escapades sans intérêt, cette fin de chimiothérapie calamiteuse m’avait donc coincé le reste du temps entre mon fauteuil et mon lit, et cela faisait déjà bien trop longtemps que je regardais bonhomme hiver à travers les fenêtres de ma maison sans pouvoir lui parler. Je n’avais qu’une seule envie, celle d’aller à sa rencontre.

Ce jeudi 9 février 2012 le ciel bleu et le soleil radieux du début d’après midi, m’encourageaient donc fermement à mener à bien mon projet. Habillé chaudement, mon appareil photos en poche, il ne me restait plus qu’à rejoindre la campagne pour me sentir l’espace d’un moment, débarrassé du joug de la maladie et de ses conséquences dévastatrices.

Depuis quelques temps, me faire violence devenait de plus en plus difficile, j’avais donc adopté un bâton de marche pour m’aider à supporter une trop grande pesanteur de mon corps, et pour soulager aussi mon cœur fragile, de l’effort que je lui demandais d’accomplir, particulièrement quand il s’agissait de grimper une côte. Muni de mon précieux sésame, je pouvais désormais compter sur son appui, pour contrer d’éventuelles faiblesses, et pour arpenter sans crainte les abords parfois escarpés du grand lac artificiel que je venais de rejoindre à quelques encablures de mon domicile. A cet endroit la municipalité avait crée un immense parc de verdure où se situait également un centre de vacances et pas mal d’infrastructures sportives liées essentiellement aux pratiques nautiques, mais pas seulement. Tennis, tir à l’arc, tir aux armes à feu, randonnées, jogging, attiraient à l’extérieur de la ville une population en quête de nature, de plein air, et de détente.

Pour l’heure le thermomètre qui affichait -6° et l’immense retenue d’eau partiellement gelée interdisaient pas mal des activités habituelles, hormis la randonnée qui me permettait de croiser de temps en temps un groupe de marcheurs aussi motivé que moi, pour braver le froid intense de ce milieu d’après-midi.

Les paysages parés de leur blanc manteau, m’offraient une sensation de douceur et de pureté.  Je prenais le temps de m’arrêter longuement pour observer dame nature comme on admire un tableau d’art. Je n’hésitais pas à prendre des clichés pour graver à tout jamais le souvenir de ce magnifique reflet du soleil sur la glace, ou de ce bout de chemin vierge de toutes traces humaines, et éclairé d’une lumière à nulle autre pareille. L’ambiance si particulière du moment me donnait l’impression que le temps s’était arrêté. Un oiseau qui venait de s’enfuir en faisant voler en poussière la neige couvrant la branche, sur laquelle il était posé, me fit émerger de mes rêveries.

Ce n’était qu’une illusion, le temps ne s’était pas arrêté. Il fallait rebrousser chemin pour regagner le parking sur lequel mon véhicule était stationné. Je ne voulais pas être surpris par la nuit. Un groupe de canard s’essayait au patinage artistique, la scène était surréaliste. J’aurais aimé prolongé l’instant, mais il ne fallait plus différer mon retour, car le soleil était en train de se coucher derrière une rangée de chênes. Je commençais à avoir froid, le vent s’était levé, et l’habitacle de mon véhicule me procura uns sensation de chaleur. Mon après-midi au grand air s’achevait, je démarrais le moteur, le corps vivifié et l’esprit parfaitement détendu.

Ma famille m’attendait derrière les volets clos de la maison, le bonheur était là tout simplement à portée de main.

Vendredi serait un autre jour. Mon échappée belle m’avait fait oublier que le CAC de l’espoir espérait ma visite le lendemain matin, pour une nouvelle journée de fatigue, d’incertitude, de peur, et de stress. 

Echappée belle dans Cancer du rein branche-enneig%C3%A9e

 

 

 

 

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La foudre des démons

Jeudi 29 mars 2012

 

Lettre ouverte aux connus et aux inconnus.

 

Chers tous

Il est difficile d’admettre que la mort est ici à votre porte d’entrée. Vous savez
bien que tout homme est mortel, mais vous ne voulez pas imaginer votre propre mort. En ce jour du 2 décembre 2004 j’étais pourtant bel et bien au pied du mur.
En apprenant d’une manière abrupte que le cancer m’avait rattrapé, le monde s’était
d’un seul coup écroulé, la pendule s’était arrêtée, j’étais au milieu de nulle part, je
ne savais plus qui j’étais, ni même ou j’allais. Un torrent de larmes s’était mis à
couler autour de moi, ma famille avait réalisé avant moi.
Lorsqu’un séisme a détruit votre maison, il faut la reconstruire. L’annonce de ma
maladie m’avait mis plus bas que terre, il fallait me relever de mes cendres.
L’urologue m’avait donné un espoir, deux opérations des reins plus tard, le pneumologue m’avait encouragé à continuer la lutte. L’ablation d’une partie de mon poumon gauche devait me permettre de gagner la course contre une faucheuse malheureusement très mauvaise perdante. Cholet ne pouvait plus rien faire pour moi, il fallait me rendre à Nantes.
Etre admis à suivre un protocole d’essai thérapeutique m’avait donné une énorme bouffée d’oxygène. J’allais peut-être mourir, mais pas bêtement, ma petite et très modeste personne allait servir à faire avancer la science. L’enjeu était de taille, et j’étais
très motivé, honoré même.
Depuis lors, le miracle a eu lieu, le Néxavar est une bonne découverte. Il ne guéri pas,
il prolonge. Un second protocole depuis juin 2010 m’a permis de poursuivre la route
jusqu’à ce jour, et de vous écrire ce petit mot.
Dès le début de la maladie j’avais opté pour communiquer. Je ne voulais pas me
renfermer sur mon malheur, je ne voulais pas mourir loin des amis et de la famille.
L’idée de m’exprimer sur un blog via internet, fut la suite logique de ma démarche. Témoigner de ma souffrance physique et morale, apporter aux autres ma propre expérience, pour qu’ils en tirent peut-être quelque chose de positif.

Dans la nuit du 28 au 29 mars  (Mon cancer du rein), a franchi la barre des 40.000
visites. Merci à ceux qui ont eu la curiosité de cliquer sur le lien pour découvrir mon petit coin d’écriture, merci à ceux qui m’ont fait l’honneur de lire au moins un de mes messages, merci à ceux qui me lisent régulièrement et qui trouvent éventuellement dans mon témoignage, matière à encouragements.
Dans la lutte incessante qu’il faut mener pour se lever le matin, pour apercevoir une
nouvelle journée, les médicaments et un mental forgé à toutes épreuves ne sont pas
suffisant, sans le réconfort et la présence constante de la famille et des amis.
Très amicalement

 

Finalement nous avions cédé au poids de la tradition, mais le réveillon n’avait pas été une source d’ennuis supplémentaires pour ma santé, car la soirée c’était déroulée sans excès. A la dernière minute nous avions organisé un repas tout simple auquel nous avions convié mon cousin Patrick et sa femme Élisabeth. Patrick était un peu comme un frère, nous avions passé toute notre enfance ensemble. Durant notre adolescence, nos personnalités différentes nous avaient éloignés l’un de l’autre, avant que l’âge de raison nous réunisse de nouveau. C’était aussi grâce à  lui si depuis deux ans nous pouvions prendre avec ma famille, quelques jours de vacances dans son appartement du bord de mer.

Le 2 janvier au matin,  j’entamais mon 14ème cycle de 4 semaines de traitement. Comme toujours j’avais trouvé la période de repos un peu trop courte, mais je n’avais pas d’autres alternatives que celle là pour sauver ma peau.

Que dire de la tenue de mon tableau de bord, sinon que la rigueur des premières années battait de l’aile. L’oncologue me faisait confiance, je travaillais pour moi, je n’étais pas non plus totalement inconscient, pour ne pas mentionner des évènements d’importance.

Il m’arrivait donc parfois d’oublier de prendre ma tension, et de ne pas consigner noir sur blanc, le rythme régulier de mes différents malaises, qui ponctuaient la période de mes prises de médicaments. Je finissais tellement bien par connaître des  effets secondaires qui ne variaient guère d’un mois à l’autre, que l’intérêt d’en faire la description écrite, finissait par me lasser et me paraître inutile.

Mon sommeil souvent perturbé m’obligeait à passer deux ou trois heures de la nuit à remplir une planche de mots fléchés, ou bien à lire quelconque article d’une revue. Lorsque l’idée me prenait de me faire une boisson chaude, j’accomplissais parfois le geste machinal d’absorber 2 ou 3 heures trop tôt, mes gélules de Sutent posées sur la table pour le petit déjeuner du matin.

La lutte contre la maladie passait avant tout par une très bonne hygiène de vie, par une gymnastique quotidienne de l’esprit, et par  un respect mesuré des recommandations médicales, mais il ne fallait pas non plus en faire une obsession, au point de me pourrir la vie.  

J’avais donc pris pas mal de recul par rapport aux premières années de soins, où je m’imposais une discipline de fer, mais je ne m’écartais pas trop non plus du droit chemin, aussi ces oublis ou ces étourderies passagères ne me paraissaient en aucune façon,  compromettre l’efficacité de ma thérapie.

Janvier s’écoula ainsi, marqué par les anniversaires successifs de ma belle-fille Sophie, de mon fils  Julien, de mon petit fils Matéo, mais également marqué dans sa dernière semaine  par une nette aggravation des différents symptômes associés à une fin de période de traitement.  

J’étais malheureusement souvent assailli par ces méchants mouvements d’humeur de mon organisme, qui savait se faire entendre quand il considérait que trop c’était trop. Cette fois la révolte se prolongeait au-delà de la prise de mes dernières gélules de Sutent.

La famille était habituée. Lorsqu’un matin mon levé du lit durait plus qu’à l’habitude, lorsque le petit déjeuner passait à l’as, lorsque je trainais la savate pour me rendre à la salle de bain, lorsque  ma balade quotidienne à la boulangerie était interrompue, c’était qu’un vent mauvais se déchaînait contre moi. Même avec la meilleure volonté du monde, il m’arrivait parfois de ne pas pouvoir braver la tempête, il fallait donc dans ces cas là que je m’arme de patience, en espérant ne pas devoir subir trop longtemps la foudre des démons.

 

La foudre des démons dans Cancer du rein La-foudre1-279x300



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