La foudre des démons

Jeudi 29 mars 2012

 

Lettre ouverte aux connus et aux inconnus.

 

Chers tous

Il est difficile d’admettre que la mort est ici à votre porte d’entrée. Vous savez
bien que tout homme est mortel, mais vous ne voulez pas imaginer votre propre mort. En ce jour du 2 décembre 2004 j’étais pourtant bel et bien au pied du mur.
En apprenant d’une manière abrupte que le cancer m’avait rattrapé, le monde s’était
d’un seul coup écroulé, la pendule s’était arrêtée, j’étais au milieu de nulle part, je
ne savais plus qui j’étais, ni même ou j’allais. Un torrent de larmes s’était mis à
couler autour de moi, ma famille avait réalisé avant moi.
Lorsqu’un séisme a détruit votre maison, il faut la reconstruire. L’annonce de ma
maladie m’avait mis plus bas que terre, il fallait me relever de mes cendres.
L’urologue m’avait donné un espoir, deux opérations des reins plus tard, le pneumologue m’avait encouragé à continuer la lutte. L’ablation d’une partie de mon poumon gauche devait me permettre de gagner la course contre une faucheuse malheureusement très mauvaise perdante. Cholet ne pouvait plus rien faire pour moi, il fallait me rendre à Nantes.
Etre admis à suivre un protocole d’essai thérapeutique m’avait donné une énorme bouffée d’oxygène. J’allais peut-être mourir, mais pas bêtement, ma petite et très modeste personne allait servir à faire avancer la science. L’enjeu était de taille, et j’étais
très motivé, honoré même.
Depuis lors, le miracle a eu lieu, le Néxavar est une bonne découverte. Il ne guéri pas,
il prolonge. Un second protocole depuis juin 2010 m’a permis de poursuivre la route
jusqu’à ce jour, et de vous écrire ce petit mot.
Dès le début de la maladie j’avais opté pour communiquer. Je ne voulais pas me
renfermer sur mon malheur, je ne voulais pas mourir loin des amis et de la famille.
L’idée de m’exprimer sur un blog via internet, fut la suite logique de ma démarche. Témoigner de ma souffrance physique et morale, apporter aux autres ma propre expérience, pour qu’ils en tirent peut-être quelque chose de positif.

Dans la nuit du 28 au 29 mars  (Mon cancer du rein), a franchi la barre des 40.000
visites. Merci à ceux qui ont eu la curiosité de cliquer sur le lien pour découvrir mon petit coin d’écriture, merci à ceux qui m’ont fait l’honneur de lire au moins un de mes messages, merci à ceux qui me lisent régulièrement et qui trouvent éventuellement dans mon témoignage, matière à encouragements.
Dans la lutte incessante qu’il faut mener pour se lever le matin, pour apercevoir une
nouvelle journée, les médicaments et un mental forgé à toutes épreuves ne sont pas
suffisant, sans le réconfort et la présence constante de la famille et des amis.
Très amicalement

 

Finalement nous avions cédé au poids de la tradition, mais le réveillon n’avait pas été une source d’ennuis supplémentaires pour ma santé, car la soirée c’était déroulée sans excès. A la dernière minute nous avions organisé un repas tout simple auquel nous avions convié mon cousin Patrick et sa femme Élisabeth. Patrick était un peu comme un frère, nous avions passé toute notre enfance ensemble. Durant notre adolescence, nos personnalités différentes nous avaient éloignés l’un de l’autre, avant que l’âge de raison nous réunisse de nouveau. C’était aussi grâce à  lui si depuis deux ans nous pouvions prendre avec ma famille, quelques jours de vacances dans son appartement du bord de mer.

Le 2 janvier au matin,  j’entamais mon 14ème cycle de 4 semaines de traitement. Comme toujours j’avais trouvé la période de repos un peu trop courte, mais je n’avais pas d’autres alternatives que celle là pour sauver ma peau.

Que dire de la tenue de mon tableau de bord, sinon que la rigueur des premières années battait de l’aile. L’oncologue me faisait confiance, je travaillais pour moi, je n’étais pas non plus totalement inconscient, pour ne pas mentionner des évènements d’importance.

Il m’arrivait donc parfois d’oublier de prendre ma tension, et de ne pas consigner noir sur blanc, le rythme régulier de mes différents malaises, qui ponctuaient la période de mes prises de médicaments. Je finissais tellement bien par connaître des  effets secondaires qui ne variaient guère d’un mois à l’autre, que l’intérêt d’en faire la description écrite, finissait par me lasser et me paraître inutile.

Mon sommeil souvent perturbé m’obligeait à passer deux ou trois heures de la nuit à remplir une planche de mots fléchés, ou bien à lire quelconque article d’une revue. Lorsque l’idée me prenait de me faire une boisson chaude, j’accomplissais parfois le geste machinal d’absorber 2 ou 3 heures trop tôt, mes gélules de Sutent posées sur la table pour le petit déjeuner du matin.

La lutte contre la maladie passait avant tout par une très bonne hygiène de vie, par une gymnastique quotidienne de l’esprit, et par  un respect mesuré des recommandations médicales, mais il ne fallait pas non plus en faire une obsession, au point de me pourrir la vie.  

J’avais donc pris pas mal de recul par rapport aux premières années de soins, où je m’imposais une discipline de fer, mais je ne m’écartais pas trop non plus du droit chemin, aussi ces oublis ou ces étourderies passagères ne me paraissaient en aucune façon,  compromettre l’efficacité de ma thérapie.

Janvier s’écoula ainsi, marqué par les anniversaires successifs de ma belle-fille Sophie, de mon fils  Julien, de mon petit fils Matéo, mais également marqué dans sa dernière semaine  par une nette aggravation des différents symptômes associés à une fin de période de traitement.  

J’étais malheureusement souvent assailli par ces méchants mouvements d’humeur de mon organisme, qui savait se faire entendre quand il considérait que trop c’était trop. Cette fois la révolte se prolongeait au-delà de la prise de mes dernières gélules de Sutent.

La famille était habituée. Lorsqu’un matin mon levé du lit durait plus qu’à l’habitude, lorsque le petit déjeuner passait à l’as, lorsque je trainais la savate pour me rendre à la salle de bain, lorsque  ma balade quotidienne à la boulangerie était interrompue, c’était qu’un vent mauvais se déchaînait contre moi. Même avec la meilleure volonté du monde, il m’arrivait parfois de ne pas pouvoir braver la tempête, il fallait donc dans ces cas là que je m’arme de patience, en espérant ne pas devoir subir trop longtemps la foudre des démons.

 

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