Une balle tirée à bout portant

C’était le moment pour nous d’imiter la femme en fauteuil roulant, à savoir pendre l’ascenseur pour rejoindre les consultations. Le couloir que nous empruntions n’était pas le même que celui du département scanner. Dans cette aile de l’établissement le vent ne soufflait pas, et dans le service,  le public présent ne semblait pas être incommodé par le manque de chauffage. En fait de panne générale, j’avais l’impression que l’incident n’avait pas affecté le secteur des consultations, et c’était plutôt réjouissant pour nous, car nous avions bien besoin de nous désengourdir de ce froid, que notre corps supportait de plus en plus difficilement.

La secrétaire du docteur R était encore absente, et j’étais un peu déçu, car j’aimais bien retrouver à chaque fois des têtes connues, ce qui me mettait dans un climat de confiance et de convivialité, utile dans ma quête vers une sérénité qui me faisait bien défaut, lorsque je me retrouvais face à mon destin.

Sa remplaçante nous avait prévenus que les visites avaient pris un peu de retard. J’étais probablement dans les derniers patients que l’oncologue devait rencontrer dans la matinée, mais le service était encore peuplé de plusieurs personnes et notamment les chaises à proximité du cabinet du praticien étaient toujours occupées.

Par contre, la salle d’attente n’espérait quasiment plus que nous. Malgré qu’il soit l’heure de midi, je ne percevais pas comme à ma dernière visite, les bonnes odeurs de cuisine qui m’avaient permis de me détourner l’esprit de mes obsessions du moment. Pas plus à cet étage, qu’au rez-de-chaussée j’avais envie de sortir ma planche de mots fléchés. Mon seul désir c’était de pouvoir me libérer le plus rapidement possible de cet endroit.

Un homme en fauteuil roulant accompagnée de son épouse, vinrent partager notre solitude. Le couple était parfaitement silencieux. Nous avions simplement eu droit à un petit signe de tête de l’accompagnatrice. Le visage blême et décharné, le malade quant à lui, avait l’air complètement hébété. Etait-il sous l’emprise de médicaments qui le mettaient dans cet état ? Etait-il tellement fatigué et tellement perclus de douleurs que ses réactions étaient réduites à néant ? A chaque fois que j’observais la souffrance, je me posais bien inutilement les mêmes questions, car à chaque fois, elles demeuraient sans réponse.  

« Monsieur Gautier ? »

Nous avions été invités à passer dans le couloir, car les deux chaises nous attendaient tout de go. J’avais cru comprendre que le couple que nous venions de quitter accusait beaucoup d’avance, et que la femme avait espéré pouvoir intercaler la consultation de son mari entre celles de deux autres malades. Sa demande avait abouti à une fin de non recevoir, condamnant le malade à poiroter inutilement jusqu’en début d’après-midi, ce qui correspondait réellement à son heure de convocation. C’était sans doute pour cette raison que la femme quelque peu contrariée, ne m’avait pas paru bien sympathique, lorsqu’elle s’était assise dans la salle d’attente, à nos côtés.   

Le secrétariat était occupé par les personnes qui venaient de quitter le bureau du docteur R. Il fallait rester zen et se préparer à entendre le verdict de ce 32ème scanner. Nous n’avions d’ailleurs pas eu besoin d’attendre davantage, la porte du cabinet venait brusquement de s’ouvrir.

« Monsieur Gautier si vous voulez bien rentrer ! »   

Mon interlocuteur avait manifestement pris un peu de repos, son visage hâlé le confirmait. Il me regardait l’air souriant et avec insistance. Comme je n’avais pas commencé à prononcer un seul mot, il déclencha la conversation. 

« Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

Une baisse de la posologie de mon traitement ou un changement radical de protocole, étaient des options qui me faisaient tressaillir d’effroi, aussi ma réponse était comme à chaque fois mesurée. J’évoquais l’épisode difficile de fin de chimio, et les journées passées entre mon fauteuil et mon lit. Je lui parlais de mes diarrhées de mes vertiges, mais je n’attendis pas qu’il approfondisse en détail le sujet, de peur qu’il prenne des dispositions qui ne me conviennent pas.

« C’est sans doute à cause de la météo. Et puis il y a beaucoup de cas de gastro en ce moment, il ne faut pas toujours mettre mes problèmes sur le compte des effets secondaires. »

« Vous n’êtes pas clair dans vos explications. Que dois-je comprendre, vous supportez bien ou mal le Sutent ? »

« A part quelques moments difficiles, globalement je vis bien. »

Il m’avait écouté sans broncher, il avait regardé furtivement Chantal, peut-être dans l’attente d’une version qui confirmerait ou infirmerait mes dires, mais sans réaction particulière de la concernée, il passa à autres choses.

« Je n’ai pas eu le temps de consulter votre scanner, je vais découvrir les résultats avec vous. »

La phrase venait de me transpercer le ventre comme une balle tirée à bout portant. D’un coup mon stress venait d’atteindre son paroxysme, il fallait impérativement me contenir et ne pas céder à la panique.

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