La sacro-sainte liberté

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Les secondes me paraissaient des minutes, et les minutes des heures. La maladie avait fait de moi un captif. Les grilles de ma prison s’étaient refermées sur une autre vie, celle qui demeurera définitivement dans le rayon des souvenirs. Après bien des épreuves et des combats, je bénéficiais pourtant à présent d’une liberté surveillée, mais il fallait me rendre régulièrement devant mon juge pour connaître son verdict. Le verdict d’aujourd’hui se faisait particulièrement attendre, allais-je me retrouver une fois de plus avec un boulet au pied, ou allais-je bénéficier d’un nouvel aménagement de ma peine !

Le docteur R le menton appuyé sur la main gauche, faisait défiler la chronologie de ma maladie   sur son écran d’ordinateur, à l’aide de la mollette de sa souris.

« Votre dossier commence à faire quelques pages me dit-il d’un sourire. »

Sa phrase avait brisé furtivement un silence qui devenait de plus en plus pesant. Je scrutais la moindre expression de ses yeux, et décryptais la moindre de ses mimiques. Je me gardais bien par contre de tourner la tête du côté de Chantal, car son angoisse était palpable.

« Bon et bien je ne vois rien qui puisse nous inquiéter. Le Sutent continue à remplir honnêtement son rôle .Vous pouvez être rassuré. »

Rassuré je l’étais effectivement, et pas qu’un peu. Brusquement l’ambiance s’était réchauffée, et tout le monde avait envie de parler, voir même en ce qui me concerne de me défouler. 

« Quand est-ce que vous reprenez votre cycle ? »

« Lundi 13 février. »

L’oncologue comptait sur son calendrier les semaines de traitement et rajouta une semaine de repos avant de fixer une nouvelle date de rendez-vous.  

« Je vous révérai le vendredi 16 mars, est-ce que cela vous convient ? »

J’avais répondu par l’affirmative, car je calquais toujours mon emploi du temps personnel en fonction du rythme de mes visites à Nantes.

« Pour ce qui est de votre ordonnance, à part votre Sutent avez-vous besoin d’autres choses ? »

Je n’avais besoin de rien, j’évitais en effet dans la mesure du possible d’entrer dans un cercle vicieux, en ingérant une trop grande quantité de gélules ou de cachets pour contrer les effets secondaires de ma chimio, ces autres médicaments étant susceptibles eux mêmes d’entrainer leurs propres effets secondaires.

« Bon et bien il ne me reste plus qu’à prendre congé de vous. »

L’oncologue nous avait introduit dans le bureau de la secrétaire, puis nous avait serrés la main avant de s’en aller.

Ce que j’avais tellement espéré depuis que nous avions pénétré le matin même  à l’intérieur de ces murs était enfin arrivé, je repartais avec un renouvellement de contrat, ma vie pouvait continuer son petit bonhomme de chemin, doucement et sûrement. Il fallait éviter à tous prix de penser aux futures et probables nouvelles entraves, qui gâcheraient inévitablement le voyage.

Le cancérologue n’avait pas eu vent (sans jeux de mots) des problèmes techniques rencontrés par le personnel d’entretien dans certaines parties du bâtiment. Il avait passé sa matinée bien au chaud auprès de ses malades, et nous avions été les premiers à l’en informer.

Deux étages plus bas nous avions traversé le hall d’accueil en toute hâte, pressés de retrouver notre voiture pour rentrer chez nous. Avec du recul, je songe que mon individualisme du moment m’interdisant d’éprouver la moindre compassion pour les gens qui restaient présents sur les lieux, je n’avais pas eu la curiosité de vérifier  si le chauffage avait été rétabli ou non, pendant que nous étions occupés au service des consultations.

Par contre en sortant du CAC de l’espoir, le triste spectacle des ambulanciers, infirmiers ou autres qui fumaient devant la porte d’entrée, ne m’avait pas échappé. L’agressivité particulièrement virulente de bonhomme hiver ne les arrêtaient pas le moins du monde. Je trouvais qu’il y avait une forme d’indécence  de s’exhiber la cigarette à la main surtout lorsque l’on faisait partie d’un personnel médical en contact permanent avec la déchéance physique et morale des individus, et que l’on était  censé, de par la profession que l’on représentait,  montrer l’exemple. Comment ces accros au tabac ne pouvaient-ils pas éprouver de la gêne, à s’évertuer à gaspiller leur capital le plus précieux,  devant leurs patients qui l’avaient justement perdu eux, ce fameux capital, et qui luttaient désormais durement pour leur simple survie. Malgré le coût financier, malgré les très nombreuses mises en garde des médecins, au nom de la sacro-sainte liberté, tout ce petit monde continuait donc à en griller une, sans le moindre état d’âme. Êtres le témoin n’était pas être la victime, pourtant si ces fumeurs invétérés avaient eu juste une petite idée de ce que les malades vivaient au quotidien, croyez-moi que leur paquet de tabac serait sûrement resté,  chez le buraliste.

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