Un grain de sable

Je ne sais pas si Dieu existe mais, depuis toujours, je l’espère avec force. Parce qu’il faudrait qu’existe tout de même ailleurs quelque chose qui ressemble d’un peu plus près que chez nous à une justice et à une vérité que nous ne cessons de rechercher, que nous devons poursuivre et que nous n’atteindrons jamais.
De temps en temps, je l’avoue, le doute l’emporte sur l’espérance. Et, de temps en temps, l’espérance l’emporte sur le doute. Ce cruel état d’incertitude ne durera pas toujours. Grâce à Dieu, je mourrai
.

 

Bonhomme hiver prolongeait son séjour parmi nous, mais les météorologistes avaient prévu son repli progressif sur ses terres de Sibérie, en début de semaine suivante. Avant qu’il nous quitte définitivement j’avais envie de lui dire au revoir. En ce samedi 11 février, l’astre solaire réchauffait tant bien que mal nos campagnes et nos villes, mais un vent venu d’est avait décidé de lui mener la vie dure, et au fil des heures le froid reprenait petit à petit l’avantage.

Pourtant à la faveur d’une température très légèrement positive, la neige tendait à fondre lorsqu’elle n’était pas protégée par des endroits ombragés. Les étangs étant nombreux dans notre région, j’avais prévu d’en arpenter les abords, pour trois d’entre eux. Bien que très proche de la ville, La Godinière était une étendue d’eau dont les rives étaient restés relativement sauvages. Le chemin que j’empruntais n’avait été tracé que par les pas répétés des hommes à travers les siècles. A l’origine le site avait été creusé pour les besoins en eau des cultures et du bétail, et beaucoup d’années plus tard, une blanchisserie s’était établie à proximité, pour les mêmes raisons que celles des fermes environnantes. La blanchisserie jouxtait toujours l’étang mais les bâtiments étaient désormais en ruine et l’extension du tissu urbain avait rendu l’endroit inutilisable pour l’alimentation en eau des exploitations agricoles. Désormais donc le site servait essentiellement aux pêcheurs et aux promeneurs.

Pour l’heure la froidure de l’hiver en avait découragé plus d’un,  je disposais donc de ce théâtre d’eau gelée et de son décor végétal endormi, pour moi tout seul. Je ne me privais point d’un tel privilège.

Les bons résultats du scanner de la veille m’avaient regonflé les batteries, je me sentais de nouveau comme un être  pleinement vivant, et dans mon esprit c’était comme si je découvrais pour la première fois le monde. De plus ces bons résultats ne faisaient que réconforter mon plaisir de goûter d’aussi près les bienfaits et la beauté  des paysages. J’ignore s’il existe un Dieu mais dans l’affirmative c’est dans ces moments là, en contact direct avec dame nature que je me sens  le plus proche de lui.

Que dire des photos que la technique moderne du numérique me donnait l’occasion de prendre en abondance. Le spectacle qui s’offrait devant mes yeux était d’un tel émerveillement que je n’avais de cesse d’imprimer sur ma carte mémoire le souvenir de ces tableaux d’art vivants qui sauf coïncidence, ne se réinviteraient pas de sitôt, dans nos régions des mauges.

Jean d’Ormesson a écrit dans un livre que parfois le doute l’emporte sur l’espérance. Etait-il possible devant ce décor quasi parfait de n’avoir aucune conviction ? Etait-ce le hasard qui faisait que de si belles choses existent ? En tous cas le mystère reste entier et bien malin qui peut prétendre détenir la vérité.

A l’inverse de La Godinière, l’étang municipal de mon village natal ne ressemblait plus à rien de ce que j’avais connu à l’heure des culottes courtes. Son environnement sauvage avait laissé la place à un paysage dompté par l’homme, arbres alignés, pelouse régulièrement tondue, aires de jeux pour les enfants, tables de pique-nique et chemin bien tracé pour les promeneurs du dimanche, et tous les prés des alentours anéantis par l’urbanisme galopant.

Je n’aimais plus guère cet endroit qui ressemblait à une fille de magazine trop bien maquillée, trop bien coiffée, trop bien habillée, trop bien bâtie, une perfection qui n’avait absolument plus rien de naturel. Bonhomme hiver avait ici comme ailleurs la vraie beauté d’une star, mais je ne pouvais pas m’empêcher de  poser un regard nostalgique sur un lieu qui m’était devenu totalement étranger. Des canards qui disposaient d’un assez large trou percé dans la glace par l’heureuse initiative de la main de l’homme, marchaient en se dandinant, à la queue leu-leu sur la surface gelée de l’étang, pour patauger à tour de rôle, dans cette eau brassée par de petites vaguelettes, formées par le vent. Au terme de leurs ablutions, ils partaient ensuite à l’opposé de moi, chercher une improbable nourriture dans cet univers qui leur était décidément trop hostile. La scène m’avait détourné de mes pensées, et le plaisir de faire des photos prit le pas sur les regrets.  

Mon troisième et dernier périple me conduisait au sud est de la ville au bord de l’étang des Noues, situé au cœur d’un immense massif forestier. L’endroit conjuguait espaces sauvages de loin les plus représentatifs, et espaces aménagés (cercle hippique, et centre de loisir).

La journée s’avançait, pourtant je croisais sur les sentiers quelques joggeurs et quelques marcheurs. La seconde précipitation neigeuse était tombée après que le gel eût solidifié l’eau. Des traces de pas sur la surface blanche me donnaient la preuve que des personnes trop peu prudentes  s’étaient aventurées sur une glace qui recouvrait une bonne partie de l’étang certes, mais pas jusqu’en son milieu. 

Des oies sorties de nulle part cherchaient leur pitance sur la rive gelée. Visiblement je n’étais pas le bienvenu  car elles me semblaient bien trop agressives pour que je m’approche avec mon appareil photos.

Il n’y avait aucun doute possible, le soleil était en train de se coucher, et il commençait à faire bien froid. Mes doigts rougissaient et j’étais  moins habile de mes mains. J’avais photographié plus que raisonnablement la star de février, il fallait songer à rentrer. Des gouttes commençaient à perler au bout de nez, ce n’était pas le moment de choper un rhum. Je me sentais infiniment petit, un grain de sable sur cette terre, une poussière microscopique dans l’univers. Comment pouvait-on avoir l’audace de dire que l’homme est un être supérieur, alors que la nature était là pour nous prouver le contraire, et qu’elle était capable de tout anéantir en une fraction de seconde.

Ma voiture m’attendait sur un parking bien moins boueux qu’à mon arrivée. Le passage répété des véhicules, et le soleil, avaient eu raison de la neige tombée à cet endroit, mais la chute des températures commençait à faire durcir la terre.

Cette sortie loin de m’engourdir, m’avait au contraire tonifié et le corps et l’esprit, et j’avais eu raison d’en profiter car au-delà du fait que je débutais mon 15ème cycle de chimio, le lundi suivant, une épreuve pas piquée des vers m’attendaient dans les semaines suivantes.

Un grain de sable dans Cancer du rein branche-enneig%C3%A9e1



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie