Couloir no 7

Le médecin avait juré qu’on ne l’y prendrait plus. Je repartais donc de son cabinet avec une prise de sang à faire très vite pour contrôler le taux de Digoxine et une autre dans les 2 mois pour vérifier Calcémie et 25 OH Vitamine D. J’avais également entre les mains la prescription d’une cure de six mois de vitamine D.

Mon rendez-vous au CAC de l’espoir était fixé le lendemain de ma visite au cabinet du docteur C. Il fallait se lever tôt ce vendredi 16 mars. J’avais depuis longtemps oublié la cadence des journées de travail, et donc perdu l’habitude de me réveiller par obligation. L’exercice était contraignant pour une personne comme moi fragilisé par la maladie, et donc difficile à encaisser nerveusement. Il n’en fallait pas plus pour accélérer mon rythme cardiaque.

A 7h 45 pétante la C4 reculait de la descente du sous sol pour une nouvelle expédition sur Nantes. Le brouillard qui recouvrait la région était à l’image du trafic routier très dense. Comme dit la chanson de Charles Aznavour, nous partions le cœur léger et le bagage mince, car il n’était ni question de passer un scanner, ni celle de passer tout autre examen. 

Contrairement à mes craintes, la circulation sur le périphérique nantais était fluide, nous étions donc arrivés au centre anticancéreux en avance. 

En deux temps trois mouvements l’enregistrement de ma présence fut fait et deux étages plus hauts, nous nous dirigeâmes vers le couloir no 7.

A l’image du hall d’accueil le couloir no 7 était vide, aussi bien du côté de mon oncologue que de celui de sa collègue, madame B. N était pourtant bien présente, souriante comme à l’habitude.

« Il y a bien longtemps que je ne vous avais pas vu ? »

« Le hasard a voulu, que vos deux derniers rendez-vous correspondent à mes périodes de vacances, mais aujourd’hui je suis là,  fidèle au poste. »

Chantal s’était assise sur une chaise qui jouxtait la porte d’entrée du cabinet du docteur R, je la rejoignis. L’oncologue était en consultation avec le premier de ses patients de la journée, je serais le second.

Je fis remarquer à la secrétaire qui était sortie de son bureau pour aller se servir un café au distributeur et qui était de retour, que je n’avais pas l’habitude de voir les lieux totalement déserts. Sur le ton de la plaisanterie j’avais rajouté que tous ses malades devaient être sûrement guéris.

« Ce serait formidable »

« Oui mais vous seriez au chômage »

« On ferait autres choses »

« Malheureusement je pense que loin d’avoir moins de travail, vous en avez au contraire de plus en plus »

« Oui mais par forcément à cause d’un développement exponentiel du cancer. On fait de plus en plus de prévention, donc on détecte la maladie de plus en plus tôt.  La guérison désormais possible d’affections autrefois mortelles, et donc l’augmentation croissante de l’espérance de vie, donnent largement le temps à la population de faire connaissance à un moment ou à un autre de leur existence, avec le cancer, alors que nos ancêtres n’avaient pas le temps de le contracter, pour cause de mort prématurée. »

La conversation s’était engagée ensuite toujours dans la bonne humeur, sur le travail des femmes, par conséquent sur leur indépendance financière, qui n’était pas étrangère au fait que les couples divorçaient de plus en plus.

« Et puis tout à l’heure on parlait de l’augmentation de l’espérance de vie, le mariage dure beaucoup trop longtemps. »

Nous avions tous souri de cet aparté dans la conversation, puis N nous avait quittés pour décrocher son téléphone qui venait de lui rappeler qu’elle était toujours en service.  

La porte située entre le cabinet de monsieur  R et le bureau de sa secrétaire s’était ouverte, il fallait se tenir prêt à le rencontrer.

Couloir no 7  dans Cancer du rein couloir-7



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