Une petite meute de chiens savants

Une petite meute de chiens savants dans Cancer du rein Bus-de-la-RATP

J’ignorais si j’avais pu me rendormir longtemps, mais ce nouveau réveil était plus que brutal. Comme des coups de poignard, à intervalles réguliers, des coliques s’étaient mises à me transpercer le ventre. J’étais habitué à ces violents spasmes intestinaux et malheureusement je ne savais que trop bien ce qui m’attendrait à l’arrivée. Je n’étais néanmoins pas inquiet de ce nouvel accès de folie de mes entrailles, mais après deux précédentes nuits écourtées et un manque de sommeil évident, ce qui me préoccupait davantage c’était que cette nouvelle nuit allait être également largement hypothéquée. 

Difficile d’être discret dans l’urgence de la crise aussi malgré mes précautions, je n’avais pas pu éviter de réveiller Chantal. Dans un couple la maladie de l’un est inévitablement l’affaire de l’autre, difficile de savoir lequel des deux en souffre le plus. 

Comme toutes les tempêtes, celle-ci avait fini par se calmer, et je crois même que j’avais pu perdre de nouveau connaissance. Mes intestins avaient eu l’élégance de me laisser en paix dans la journée, mais ils venaient amplement de se rattraper.

Ce fut la sonnerie du téléphone portable, qui me ramena à la réalité. Chantal s’était dirigée vers la salle de bain, il fallait que je me lève à mon tour. Renforcer mes défenses contre l’ennemi était nécessaire, et j’avais ma panoplie de médicaments avec moi  pour mener à bien ma mission. J’avalai donc  un Doliprane, à cause d’un mal de tête provenant de mes voix respiratoires supérieures totalement asséchées, trois gélules d’Imodium dans l’espoir d’endormir mes intestins pour la journée, et enfin mes différents traitements habituels.   

A neuf heures comme prévu nous fûmes présents dans le hall de l’hôtel. La fatigue je la ressentais dans les jambes, et dans le bas du dos. Resté debout et immobile me donnait l’impression que j’allais m’écrouler comme un château de cartes. Mes yeux qui produisaient en excès du liquide lacrymal étaient un peu gonflés, et il fallait faire l’effort de les garder ouverts. Je savais d’or et déjà que ce dimanche serait une journée marathon.

Le petit déjeuner devait d’être copieux pour éviter de perdre du temps à midi. Nous avions été chargés de prendre le pain et les croissants. Comme à toutes mes crises de l’envergure de celle de la nuit, je manquais immanquablement d’appétit. Avec des intestins aussi susceptibles et ne voulant donc pas verser dans la provocation, j’évitai de boire du café, et je me contentai d’un simple verre d’eau. Je me forçai néanmoins à manger un morceau de pain avec du beurre et un pain au chocolat, mais mon repas s’arrêtera là.

Notre journée était consacrée à la capitale, et débutions notre périple par une visite dans le quartier de la défense. Pour se faire nous avions décidé de prendre le RER au départ de Cergy. Manque de bol, la RATP avait informé son aimable clientèle que le réseau serait fermé pour cause de maintenance jusqu’à la gare de Sartrouville, et pour toute la durée du week-end. Personne n’était désolé de ce contretemps, prendre le bus semblait être une expérience enrichissante

Gaby l’organisateur et la tête pensante du voyage, et Élisabeth l’organisatrice du séjour s’affairaient devant une borne automatique pour prendre nos billets.

J’étais terriblement impressionné par le nombre d’étrangers ou de français d’origine étrangère, qui vivaient sur Cergy, ils étaient mêmes dans le quartier de la gare en très large majorité à déambuler autour de nous.

Le conducteur du bus nous informa que le voyage jusqu’à Sartrouville était gratuit, nous pensions tous qu’il aurait été judicieux de nous en informer avant que nous prenions nos billets. Au départ le voyage est plutôt sympa, nous fûmes pas mal cahotés, mais tout le monde était assis dans des sièges pour le moins inconfortables.

Au fur et à mesure du trajet les gens s’agglutinaient dans le véhicule et toutes les places assises furent occupés. Puis de gens debout en gens debout nous fûmes noyés dans une marée humaine. En peu de temps nous eûmes un large échantillon de ce que pouvais être la vie des parisiens au quotidien.

 Une femme d’origine maghrébine couverte de la tête au pied se sentait mal à cause de la chaleur. Elle demanda à un jeune homme français d’origine, de lui céder sa place. Il l’envoya balader sans ménagement. J’avais honte pour lui. Nadine finalement céda sa place à côté de moi et alla s’asseoir sur les genoux d’Étienne. La pauvre femme semblait morfler, j’avais envie de lui dire de se débarrasser de son surplus de vêtements, mais je m’abstins, d’autant plus qu’elle refusa également la bouteille d’eau que lui tendait l’une de ses congénères. Chacun pour soi et Dieu pour tous, semblait être le devise des franciliens.

Brassé, balloté dans tous les sens, j’avais du mal à ne pas me sentir moi aussi fortement mal à l’aise, pourtant ma patience finit par payer car nous arrivâmes enfin en gare de Sartrouville, avec comme le jour précédent ,  beaucoup de retard sur le programme.    

Élisabeth connaissait bien le RER en général, et la ligne que l’on devait emprunter en particulier, aussi nous attendîmes sereinement sur le quai, l’arrivée de la rame. Quelques minutes plus tard nous rentrâmes en petit groupe serré dans un wagon comme une petite meute de chiens savants auxquels on aurait donné l’ordre de le faire, et en moins de temps pour le dire nous arrivâmes à la première étape de notre périple parisien. Juste au dessus de nos têtes, en y accédant par des escalators, le quartier moderne des affaires attendait notre arrivée.

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Mes traîtres d’intestins

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Nous avions donc accès que très partiellement au lac, mais à défaut de pouvoir nous approcher de sa rive,  nous pouvions admirer les luxueuses demeures bourgeoises  qui en colonisaient les abords. Au fil de notre balade je songeais à ce nom d’Enghien-les-Bains  qui faisait penser plutôt  à une station de bord de mer, alors que nous étions au cœur d’une ville thermale située non loin de notre capitale.

A force de persévérance nous parvînmes à nous approcher de l’eau grâce à un accès qui donnait sur un petit parc public, aménagé en pelouses et en arbustes d’ornement. En ce lieu il était possible de s’asseoir sur des bancs et d’apercevoir au loin des pédalos, embarcations qui juraient fortement avec le style, belle époque, du décor environnant. Malheureusement il nous fallait revenir sur nos pas car le sentier qui longeait la berge du lac, était sans issue.

Après cette petite pause que nous venions de nous accorder, nous traversâmes un quartier ancien, c’était du moins mon opinion, compte tenu du style de l’habitat que je pouvais y observer. La rue aboutissait sur l’esplanade en nous offrant de nouveau le lac en panorama. Cette esplanade était flanquée d’une balustrade en fer forgé, et ombragé par des platanes. A intervalles réguliers des lampadaires tricéphales témoignait d’une époque aujourd’hui révolue. Le casino qui se trouvait à présent dans notre ligne de mire bouclait la boucle, il ne nous restait plus qu’à rejoindre les véhicules car la position du soleil dans le ciel, nous annonçait que la journée était déjà bien avancée.  

Gaby fut  le premier à se garer sur la place de l’église de Vauréal, et Etienne nous rejoignit  peu après. Il suffisait simplement de traverser la route pour rejoindre notre lieu d’accueil.

Jeannot et Florence dont la voiture était restée à l’hôtel, accompagnaient Elisabeth. Le trio ne semblait pas être encore arrivé.

Cet intermède avant l’heure du dîner, nous donna le temps de boire quelques boissons achetées au petit commerçant du coin. Assis sur le rebord du trottoir,  à l’arrière du véhicule, je savourais ce petit moment de fraîcheur, le premier que nous étions en mesure de ressentir depuis le début de la matinée. Je n’étais pas peu fier de moi d’avoir pu passer cette journée sans encombre. Certes pour en arriver là, il avait fallu faire preuve d’une certaine discipline, mais je n’avais pas été non plus totalement rigoureux dan ma conduite à tenir, en m’accordant quand même quelques moments de menus plaisirs. 

Il n’était pas étonnant que la voiture d’Elisabeth ne soit pas en vue, car un appel sur le portable nous donna l’information que nos compères étaient déjà rendus à l’appartement.

Affalé dans un fauteuil du salon, les joues rougies par la chaleur, la casquette sur les genoux, les cheveux en bataille et trempés de sueur, Jeannot accusait le coup du voyage.

Elisabeth était déjà dans son coin cuisine devant ses fourneaux, tandis que Florence finissait de préparer à l’extérieur la table pour l’apéritif.

Nous étions très à l’étroit sur le balcon qui n’était pas conçu pour accueillir tant de monde, mais à la guerre comme à la guerre, l’essentiel étant de pouvoir profiter un peu de l’air ambiant de cette fin d’après midi.

Le repas se déroula comme à l’accoutumé dans une ambiance conviviale, mais les corps étaient fatigués, et il ne fallait pas abuser de nos forces.

Il était pourtant au-delà de minuit lorsque nous refermâmes la porte de notre chambre. Je n’avais pas le courage de prendre une douche, je me rafraîchis simplement le visage. J’avais l’habitude à cause d’une respiration difficile de me coucher à demi assis. Là il fallait se contenter de l’épaisseur de deux petits oreillers pour me rehausser la tête. 

Il faisait beaucoup trop chaud pour Chantal, mais pas pour moi car depuis que la maladie était devenue ma compagne la plus fidèle, j’avais appris à craindre beaucoup plus le froid que la chaleur.

Comme tous les membres de l’équipe, j’étais exténué mais malgré le manque de sommeil, l’endormissement ne vint pas aussi vite que j’aurais pu le penser.

Parmi les nombreux agréments liés au traitement du cancer, il y en avait un qui me rendait mes nuits pénibles, c’était la sécheresse excessive de mes fausses nasales. A coup sûr en période de crise j’étais réveillé plusieurs fois dans la nuit par mes difficultés à respirer.

Le taux insuffisant d’humidité dans l’air n’arrangeait rien à l’affaire, et comme c’était plutôt le cas en ce week-end de la pentecôte, je me réveillai le nez obstrué par des croûtes excessivement dures, qui écorchaient ma muqueuse à chaque fois que je voulais les extraire en me mouchant. L’opération était très douloureuse mais il me fallait passer par là pour recouvrer ensuite le sommeil. C’était un rituel auquel il avait fallu très vite m’habituer, il faisait partie des nombreuses contraintes que j’avais le devoir d’accepter pour ne pas altérer mon mental, fer de lance du combat que je menais contre la maladie.

Mon corps qui réclamait impérieusement du repos fut le plus fort, et je finis par me rendormir sans aucune appréhension particulière, pourtant c’était sans compter sur mes traitres d’intestins.

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Enghien-les-Bains

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Vauréal n’était qu’à quelques encablures de Cergy, mais il fallait reprendre les véhicules pour nous y rendre. Élisabeth avait projeté de nous faire arrêter sur un petit parking ombragé, à proximité d’un coin pique-nique situé dans une forêt avoisinante de la ville. Elle avait également prévu d’emporter avec elle,  une salade de crudité qui n’avait pas subi les aléas du transport, et qui gardait toute sa fraîcheur. En revanche certaines de nos victuailles médiocrement conditionnées, et stockées depuis le matin dans le coffre des voitures, avaient souffert sensiblement de la chaleur, au cours de notre voyage.

Étienne et Nadine avaient doublement l’occasion de se sentir heureux, d’une part parce que cette petite escapade entre amis leur permettaient de changer d’air, et d’autre part parce que l’une de leur fille avait donné naissance la veille au soir à Ewen, sixième de leurs petits enfants. Ils avaient rajouté dans leurs bagages des bouteilles de pétillant pour arroser l’évènement.

Je m’autorisai le droit d’en boire deux verres. Je savais que c’était de la folie, mais j’espérais pouvoir passer malgré tout à travers les mailles du filet. Et puis j’en avais marre d’être exclu systématiquement des occasions d’ailleurs assez rares, de fêter des épisodes joyeux de l’existence. J’étais bien d’accord de préserver au possible mes capacités physiques à combattre la maladie, mais à force de privation, les capacités mentales risquaient d’en subir les conséquences. Il fallait un juste équilibre des choses et tant pis si je devais en payer la facture.

Jeannot loin des péripéties de son voyage, était à présent égal à lui-même, c’est à dire tout en plaisanteries. Rire est le propre de l’homme dit-on, encore faut-il en avoir l’occasion. Je ne suis pas de ces gens qui se lâchent facilement, pourtant  j’étais très réceptif à son humour et à sa bonne humeur. La présence de Jeannot parmi nous me faisait un bien fou.

Notre pétillante et spontanée Odile n’avait de cesse de nous répéter qu’elle ne trouvait jamais rien dans son trop profond sac made in USA. Patrice s’essayait à la réalisation d’un petit film, quant à moi je prenais des photos souvenirs comme j’avais toujours aimé le faire.

Le soleil en émettant des ronds de lumière à travers les branches des arbres, me faisait cligner des yeux. Une sieste au pied d’un résineux aurait été bien bonne, car mes insomnies répétées commençaient à peser autant que l’alcool et le repas que nous venions d’ingurgiter. Pourtant il n’était pas question de s’attarder davantage en ce lieu, car la journée était bien avancée.

Il était donc déjà relativement tard lorsque nous quittâmes la forêt. Un joli ciel de printemps avec quelques nuages pommelés comme on en n’avait guère en ce mois de mai,  nous accompagna tout au long de notre chemin caillouteux qui nous menait  jusqu’au parking.

Enghien-les-Bains était inscrit à notre programme, Élisabeth avait proposé d’y faire une balade à pied autour du lac. Je ne connaissais cette ville qu’à travers ses célèbres courses de chevaux. L’occasion était donc à ne pas manquer de la découvrir autrement.  

D’emblée je remarquai que nous entrions dans une cité très touristique, sans doute à cause des thermes et du lac, mais aussi à cause du casino. Nous ne tardâmes pas à en faire les frais, car les places de parking semblaient extrêmement rares.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, outre ma veste polaire restée en carafe à mon domicile, je n’avais pas non plus sur moi ma carte d’handicapé, qui nous aurait rendu bien des services. Après moult tournées et virées dans les rues du centre ville, nous parvînmes à trouver enfin des places pour nous garer, mais en rang dispersé.

Sans aucun doute possible, l’endroit était prisé par la haute société, le luxe de l’habitat qui se présentait à nos yeux en témoignait. Contre toute attente il n’était guère possible de faire le tour du lac, la majorité des propriétés qui l’entouraient, avaient un accès direct au plan d’eau. J’étais un peu déçu car j’espérais une belle complicité avec dame nature. L’essentiel restait cependant que nous étions ensemble, et que la marche nous aidait à dégourdir nos jambes sensiblement ankylosées.

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Un large moment de détente

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Jean et Florence s’étaient en effet trompés d’itinéraire, mais nous n’étions pas inquiets pour eux. Le temps de faire demi-tour et de repérer la bonne direction, ils étaient désormais dernière nous, ce qui n’avait d’ailleurs pas beaucoup d’importance, l’essentiel étant d’arriver à bon port à un moment ou à un autre de la journée.  

En quelques kilomètres nous avions rallié la commune de Conflans-Sainte-Honorine, et nous apercevions en contrebas alors que nous franchissions un viaduc au dessus de la Seine, de nombreuses péniches amarrées à quai. Le site paraissait relativement touristique, et il me revenait à la mémoire que cette cité avait été pendant un temps, le fief de Michel Rocard.

Le silence que nous observions depuis un petit moment fut tout à coup brisé par la tonalité du téléphone venant du véhicule qui nous suivait. Durant la conversation qui passait d’un sujet à un autre, Nadine nous fit savoir que l’envie de pipi était une blague qu’elle avait jugée bon de faire, compte-tenu de la densité du trafic routier, et du manque total de lieux de stationnement. Il valait mieux pour elle, car il ne nous restait qu’une quinzaine de kilomètres à parcourir, avant d’atteindre Cergy, et l’impatience d’être enfin arrivé à l’hôtel, avait un peu éclipsé de nos mémoires, son appel empressé.

Le GPS était programmé au 45 rue des Genottes pour que nous y posions nos valises. Six ans plus tôt, lors de notre première escapade dans la région parisienne, nous avions souvenir d’être couché dans ce même hôtel, et l’établissement était situé en périphérie dans une zone commerciale que nous avions du mal à reconnaître. Bien au contraire, nous progressions centre ville vers des quartiers de plus en plus anciens, et nous étions de plus en plus sceptiques, quant à la véracité des renseignements qu’Élisabeth nous avait communiqués.

Nos véhicules étaient à présent stationnés devant une maison d’habitation ancienne et dans une rue étroite, manifestement nous n’étions pas au bon endroit.

La seule solution pour nous en sortir, s’était de rappeler Élisabeth qui ne nous rassura guère, en nous confirmant l’adresse qu’elle nous avait déjà communiquée. Je suis désolé pour vous avait-elle dit, je me propose de vous récupérer à un point que vous m’indiquerez. Gaby ne semblait pas paniquer, je n’aurais sûrement pas eu la même réaction à sa place. Loin de s’avouer vaincu, il lui demanda de patienter jusqu’à notre prochain appel téléphonique.  Il est vrai que nous n’avions pas un horaire précis à tenir, mais il commençait à se faire tard, et les organismes criaient famine.

Un petit coucou à nos amis du troisième véhicule pour les informer de nos déboires, nous apprit dans la foulée,  qu’eux même n’étaient pas sûrs de trouver la bonne adresse.

Il fallait réagir, aussi en reprogrammant le GPS, notre conducteur fut informé qu’il existait sur Cergy, la place, la rue, et l’avenue de Genottes. Essayons de nous diriger vers l’avenue avait proposé Gaby. Nous étions tous forcément d’accord. De rues en rues, de carrefours en carrefours, la voiture circulait maintenant dans un quartier qui ressemblait davantage à ce que nous avions connus en 2006. Du coup, nous aperçûmes très vite notre lieu d’hébergement qui avait néanmoins changé d’enseigne.

Cette fois nous allions pouvoir déposer nos bagages avec pas mal de retard sur le programme, mais bien soulagés de passer enfin à une autre phase de la journée.

Jeannot et Florence étaient toujours à la ramasse. D’après les nouvelles, leur GPS était complètement déprogrammé, et la teneur de la conversation téléphonique laissait supposer une certaine nervosité dans l’habitacle de la voiture. Gaby notre bon samaritain allait leur service de guide, car la coupe était pleine.

En attendant l’arrivée des Berruyers, nous récupérâmes nos clés de chambres et nous  téléphonâmes ensuite à Élisabeth, pour qu’elle vienne nous rejoindre.

L’hôte d’accueil se demanda en apercevant notre délégation si nous étions sur Paris pour un mariage. Il en fit la remarque à Étienne qui lui répondit en souriant que nous arrivions pour enterrer notre belle mère. La plaisanterie fit rire tout le monde, y compris les autres clients présents dans le hall de l’hôtel. 

Jusqu’ici mes intestins avaient exaucé mes prières, et malgré nos péripéties je tenais plutôt le choc. J’avais privé mon organisme de son quota d’eau habituel, il fallait que je me réhydrate mais sans excès, et j’avais aussi besoin de me rafraîchir le visage.

La chambre était confortable mais sans plus. Nous ne reviendrions pas ici avant tard le soir, aussi j’ouvris la valise pour récupérer ma veste polaire. La polaire n’avait pas trouvé sa place dans la valise, et pour cause, je l’avais stupidement oubliée sur mon valet de chambre le matin même en partant. Les soirées avaient intérêt à ne pas être trop fraîches car je risquais d’attraper la crève, et je n’avais vraiment pas besoin de cela. J’étais sensiblement contrarié, pourtant il ne fallait m’en prendre qu’à moi.

Pour l’heure il n’était pas d’actualité d’avoir froid, car la température était d’un bon niveau, et le soleil n’avait pas encore dit son dernier mot. Élisabeth était arrivée en se confondant en excuses pour les renseignements très légèrement erronés. Personne ne lui en voulait, nous étions en vacances, et il n’y avait pas mort d’homme. En même temps je trouvais de la part de la municipalité de Cergy, l’idée de baptiser plusieurs points de la ville du même nom, un peu farfelue.

Gaby avait été un très bon guide pour Florence et Jeannot. Nos amis avaient déposé leurs bagages en bons derniers de la classe, et  la tension semblait être apaisée. Les péripéties du matin n’étaient plus qu’une anecdote de voyage, il fallait maintenant laisser la place à un large moment de détente.

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Mauvaises nouvelles des Berruyers

Notre première halte dans les environs du Mans me ramena définitivement en France. Les affres d’avant départ étaient totalement oubliées. L’entrain et la bonne humeur de mon entourage y contribuaient largement. Je m’autorisai même à boire un second café et à manger un pain au chocolat tout en priant mon ventre d’être conciliant. Gaby m’avait dit de me sentir à l’aise, car le trajet serait rythmé en fonction de mes nécessités, mais je rejetais l’idée  d’être une charge. Ne pas m’écouter, tout en restant vigilant, tel était le sport qu’il me faudrait pratiquer tout au long de ce séjour, pour que ma présence ne soit pas trop une gêne pour le reste de l’équipe.

L’aire de repos offrait tout le confort sanitaire dont j’aurais pu avoir l’usage, pourtant mes intestins semblaient vouloir m’écouter et me faire l’immense faveur de me laisser en paix. En outre malgré une nuit de sommeil écourtée je me sentais plutôt d’attaque à poursuivre le périple sans trop de fatigue.

Et puis finalement je n’étais pas plus à plaindre que les autres, Odile commençait à se frotter un genou perclus d’arthrose, Nadine grimaçait à cause d’un mal de dos naissant, et Patrice s’était engouffré dans la voiture à cause d’un petit vent frisquet qui lui donnait des frissons. La cinquantaine bien passée nous étions sans contestation possible  la future génération des tamalous. Bon esprit, bonne équipe, il était impératif de rire de nos petits malheurs.

Le temps de repos s’achevait, il fallait songer à reprendre la route. Nelly avait laissé le volant à son mari, Étienne restait au pilotage de son véhicule, et nous repartîmes pour l’ultime étape de notre voyage.

Les discussions allaient bon train dans la voiture, la petite collation que nous venions de prendre, avait réchauffé les corps, et comme de la craie sur un tableau, les engourdissements de la nuit étaient à présent totalement effacés.

Le GPS était resté silencieux une bonne partie du trajet, mais il nous invitait maintenant à prendre la sortie direction Ablis  Rambouillet. Après quelques kilomètres de nationale, nous approchâmes de Trappes. Il était temps de s’inquiéter de la position du 3ème véhicule qui était parti de Bourges et qui devait nous rejoindre incessamment sous peu sur une même fin de trajet.

Jeannot était aux commandes de sa voiture, ce fut donc Florence qui nous répondit. En fait ils étaient légèrement en avance sur nous. Nous pensions pouvoir nous regrouper, mais l’opération semblait difficile à réaliser, car la circulation était dense, et aussi parce que nous ne connaissons pas suffisamment la région pour fixer un rendez-vous précis. Au bout de plusieurs tentatives nous abandonnâmes l’idée. 

Le soleil qui brillait de mille feux, commençait à peser lourd sur les organismes et le pire que nous avions à craindre, arriva. Coincés sur une portion d’autoroute, dans un bouchon qui semblait loin de vouloir se résorber, l’heure d’arrivée indiquée sur l’écran du GPS, semblait largement compromise. 

Ce petit incident de parcours ne ternissait pas l’ambiance, Elisabeth nous attendait certes, mais prévenue de notre retard, elle n’avait plus matière à s’inquiéter. C’était Nadine qui nous préoccupait davantage, car elle nous avait téléphoné qu’elle devait s’arrêter impérativement pour soulager une envie. Je redoutais fortement qu’il m’arrive la même chose, car les conséquences pour moi auraient été autrement plus dramatiques. Il fallait chasser cette pensée de ma tête,  et songer davantage aux petits malheurs des autres. Malgré sa bonne volonté Gaby ne trouvait pas un endroit pour s’arrêter, et prendre le risque de le faire, aurait été beaucoup trop dangereux. Il ne restait plus qu’à prier que Nadine tienne le coup jusqu’à notre arrivée.

Avec un peu de patience, nous avions fini par nous extirper des perturbations du trafic routier, avant de rouler à une allure un peu plus normale. Pour l’heure nous traversions une  ville dont je n’avais pas lu le nom sur le panneau d’entrée. Notre itinéraire nous conduisait dans son centre absolument magnifique au point de vue architectural. Il me semblait que nous contournions l’enceinte d’un château, et en me retournant j’en aperçus à travers la vitre arrière de la voiture, l’entrée principale. Ce fut à cet instant que je découvris avec surprise que nous étions à Saint Germain en Laye.

Je connaissais l’agglomération pour son histoire, je n’avais jamais eu l’occasion d’y venir. Je fis la remarque que ce château avait été le lieu de naissance et la résidence de Louis IV avant sont installation définitive à Versailles. Gaby me répondit qu’il l’ignorait sans plus de commentaires.

Il y avait longtemps que nous n’avions pas eu de nouvelles des Berruyers, mais les informations n’étaient pas bonnes.

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Un air de vacances

Samedi 26 mai 2012, cinq heures du matin, j’étais réveillé un peu plus tôt que prévu, et  convaincu que désormais je ne retrouverai pas le sommeil. Mon anxiété venait du fait que nous partions le matin même en week-end prolongé dans la région parisienne. Je terminais la 3ème semaine de mon 17ème cycle de chimiothérapie, généralement les effets secondaires les plus virulents commençaient à se manifester à partir de ces moments là, aussi privé de mes repères habituels, j’avais peur de ne pas pouvoir tenir le coup. Pourtant mon intention était de remporter le défi, car je ne voulais pas déroger à cette habitude que nous avions de nous réunir entre amis d’enfance, une fois tous les ans, depuis maintenant douze ans.

Chantal s’était levée avant que le réveil ne sonne, j’avais préféré rester encore un peu dans les draps, les écouteurs de mon MP3 sur les oreilles. Plus que n’importe-quelle autre thérapie, je savais qu’un peu de musique baroque m’apaiserait automatiquement l’esprit, en chassant de ma tête, les pensées négatives.

Je m’étais juré de ne pas prendre une boisson chaude à cause de mes intestins particulièrement réactifs, pourtant je cédai à l’envie d’apaiser ma bouche sèche et ma gorge irritée, en buvant un bon bol de café au lait, bien fumant.

Outre mes gélules de Sutent, et mes comprimés habituels, je n’hésitai pas à avaler de l’Imodium pour parer à toutes éventualités.

La douche me décontracta très peu, mais néanmoins je me sentais débarrassé des impuretés de la nuit. Affaibli par des mois et des mois de chimiothérapie, et ayant perdu l’habitude d’être bousculé, j’avais la tête en friche, et beaucoup de mal a rassembler mes idées. L’évènement me déconnectait totalement de mon quotidien. La valise n’était pourtant pas trop compliquée à faire, nous ne partions pas pour une éternité, mais malgré mes efforts pour me concentrer, je patinais dans la choucroute. Cette fois ce n’était pas le cas, mais il m’arrivait aussi parfois de ressentir un grand vide dans ma tête, et de ne plus trouver naturellement les mots pour m’exprimer. Tout ceci était normal  aux dires de la brochure explicative qui m’avait été donné avant que je ne commence en juin 2010 mon traitement.

Heureusement Chantal était là pour parer à mes lacunes, elle paraissait un peu stressée mais c’était normal car je n’étais par pour elle, d’un grand secours. Pour le meilleur ou pour le pire avait dit le prêtre en nous mariant, pour l’heure elle ne connaissait que le pire.

La météo avait annoncé une Pentecôte chaude et ensoleillée, j’avais prévu quand même une veste polaire pour les soirées. Je  l’avais posée sur mon valet de chambre pour la prendre sur moi au moment du départ, en craignant un début du trajet également un peu trop frais. 

Avec un large temps d’avance sur moi, Chantal était au sous sol au côté de la valise et des autres menus bagages en attendant l’arrivée des voitures. J’étais aux toilettes avant même que mes intestins ne se rebellent et qu’ils ne deviennent incontrôlables. La hantise de devoir subir une révolte de mon corps restaient bien ancrée dans mon esprit, et c’était sans doute ce qui faisait partiellement mon malheur. 

Les amis arrivèrent quasiment à l’heure, le coffre de la voiture qui nous emmenait, fut  vite chargé. J’étais vêtu d’un pantalon de toile et d’une chemise légère, la température clémente me dispensant de me couvrir davantage. Nous étions deux véhicules au départ de Cholet, mais un troisième devait rejoindre le convoi en cours de route.

Ma fille Éliane n’étant pas rentrée sur Angers, en profita pour faire une photo de groupe avant que les moteurs ne redémarrent. Cette fois il n’était plus question de reculer, il fallait faire face à mon destin.

Notre domicile était  à moins de cinq minutes de l’autoroute, nous ne tardâmes pas à passer la barrière de péage, et à avaler les premiers kilomètres d’asphalte.

J’avais beaucoup de défauts de santé, mais pas celui d’être malade sur la route, à l’inverse Chantal était obligée de se blinder pour ne pas subir de nausées. Pourtant elle allait plutôt bien et Gaby qui avait laissé le volant à Nelly, nous commentait sur son téléphone moderne les quelques centaines de photos qu’il avait prises durant son voyage d’étude à New-York. J’étais passionné par ce que je voyais, et par ce que j’entendais. Concentrer mon esprit sur le récit de ce périple outre atlantique avait l’avantage de chasser de ma tête toutes les idées noires qui pouvaient s’y loger.

En trente cinq minutes nous avions atteint Angers, quitté l’A87, avant de rejoindre  l’autoroute A11. Nous passions à présent la barrière de péage en direction du Mans. La circulation était plutôt fluide dans notre sens, mais plutôt dense dans l’autre sens. Les parisiens partaient se détendre au bord de mer. Nous fîmes la remarque d’avoir la chance  d’être du bon côté. Après cet intermède de quelques minutes Gaby reprit ses explications là où on  les avait laissées. Enfin je ressentais pour la première fois depuis mon réveil matinal une nette décontraction de mon corps. Progressivement mais sûrement, mon esprit adoptait un air de vacances.   

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Qui sait peut-être qu’un jour!

Les croyances apaisent. Tout notre parcours terrestre est jalonné d’autant de croyances personnelles que de croyances populaires. Nous passons notre vie à nous conditionner de croyances dans le seul but de nous rassurer. La croyance est intimement rattachée au mental qui a besoin de se conforter dans son activité incessante. Et lorsqu’une croyance est adoptée par une population entière, on l’assimile à une vérité absolue, acquise. Mais au fond de chacun, le germe du doute subsiste et ronge l’édifice qui finit tôt ou tard par s’effondrer comme un château de cartes. Ainsi fonctionne notre société qui se plaît à évoluer dans le monde virtuel des croyances.

A l’inverse la foi se vit dans le cœur et n’est en rien rattachée au mental. La foi, même si elle y est fréquemment associée, n’est bien évidemment pas exclusivement religieuse. La foi sommeille en chacun de nous et peut s’exprimer dans des registres spécifiques de nos vies, si nous lui en laissons la place. Elle émane du cœur. Lorsque la foi nous anime, la peur n’existe plus. C’est très simple. La foi naît de l’intérieur, elle est une force, une certitude profonde qui nous habite, sans que jamais personne n’ait eu à nous l’inculquer. La foi est là, depuis notre naissance, et sans doute même depuis bien plus longtemps, nous n’en héritons de personne, elle est intemporelle. Mais nous ne sommes pas habitués à lui laisser une place dans notre vie, puisque depuis notre plus tendre enfance, nous avons été programmés à rechercher toute vérité à l’extérieur. La société et les religions ont étouffé la foi pour imposer leurs croyances.

 

L’évènement aussi grave qu’est l’annonce faite par un médecin de la maladie potentiellement mortelle dont vous êtes affecté, vous fait basculer dans le vide. Tel un bug informatique vous êtes devant un écran noir incapable de reprendre les rênes en main. Se retrouver face à la mort engendre forcément des questions. Les croyances que l’on vous a inculquées dès votre plus tendre enfance reviennent à la surface, vous aimeriez bien vous attacher à cette bouée de sauvetage pour ne pas vous noyer, mais le doute subsiste. Vous mesurez la chance que peuvent avoir les gens de foi, car vous réalisez qu’avoir la foi est un privilège qui n’est pas à la portée de tous. J’ai pu lire que la foi émane de l’essence profonde de l’individu encore faut-il savoir où puiser ces richesses qui font que votre vie peut échapper invariablement à la peur de l’inconnu.

Je me souviens régulièrement d’une conversation que j’avais eue avec ma grand-tante paternelle décédée dans sa centième année, et qui m’avait fait part de sa difficulté à trouver le chemin de la foi. Elle avait essayé durant sa très longue vie d’y parvenir mais en vain. Du coup en atteignant le crépuscule de son existence,  la terreur de devoir quitter ce monde sans autre espoir que de se retrouver dans un grand trou noir, et la ténacité dont elle faisait preuve pour s’accrocher à l’existence,  ne la  quittaient plus du semelle, au point d’en devenir une obsession. Pourtant elle n’échappa pas à son destin, destin qui l’épargna pourtant largement en lui offrant le cadeau bien mérité de mourir sans souffrir durant son sommeil, et donc en toute sérénité.  J’espère très sincèrement qu’elle a trouvé maintenant la paix, ainsi que les réponses, à ses sempiternelles interrogations.

J’admire encore aujourd’hui l’honnêteté de ses propos, et je suis également honoré de la confiance dont elle avait fait preuve à mon égard,  en me dévoilant ce côté intime de sa personnalité.

Plus je vieillis et plus je me retrouve dans le même état d’esprit qu’elle. Quelques fois je me dis que les convictions ne se cultivent pas, car elles sont ou non, profondément ancrées en nous, depuis la naissance. Quelquefois j’espère me tromper en guettant un signe, qui me donnerait l’espoir de voir pousser en moi cette certitude que mon passage sur terre n’est qu’une étape d’un processus mystérieux, mais dont il ne faut pas craindre l’évolution. Quelquefois j’attends depuis tellement longtemps mais vainement une manifestation de je ne sais quel esprit supérieur, que je rejoins la thèse selon laquelle la foi est un don qui ne m’est pas accessible, et qui ne me le sera jamais. Pourtant je me bats depuis huit ans contre un ennemi infiniment cruel,  et si  malicieux,  qu’il emporte dans la tombe chaque jour à travers le monde, des milliers de malades. Je n’étais absolument pas ferré mentalement pour endurer une telle épreuve, les dégâts que le cancer avait provoqués dans mes entrailles avaient nécessité trois lourdes opérations. Bien peu de gens, y compris moi-même, pariaient sur mes chances de survie, et pourtant je suis encore là. Certes les progrès de la médecine ne sont pas étrangers à cet état de fait, mais pourquoi ne pas envisager aussi l’éventualité d’un ange gardien, une force spirituelle qui veillerait sur moi. C’est peut-être là qu’il faut chercher matière à réflexion, et ce n’est pas un hasard si parfois mes supplications s’adressent à mes chers parents disparus. Le temps sera sûrement très long avant que je n’atteigne le chemin que ma grand-tante n’a jamais pu trouver, mais qui sait, peut-être qu’un jour !

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Bonnes perspectives

Pourtant lorsque la porte qui donnait accès au service s’ouvrit de nouveau, un membre de l’équipe médicale apparu sous mes yeux. Sans même me dire bonjour, sans même se présenter, sans même me demander mon nom, il alla droit au but.

« A quel endroit de l’épaule aviez-vous cette grosseur ? »

« A peu prêt par là. »

J’indiquais en décrivant un petit cercle avec l’index de ma main droite le secteur de mon épaule gauche concerné par le problème, mais à vrai dire depuis la découverte de la tumeur, j’avais très vite fait mon possible pour tenter de minimiser cette nouvelle attaque de la maladie. Pour ne pas en faire une obsession, j’avais donc évité soigneusement durant ces deux années écoulées,  de contrôler régulièrement par des palpations, l’état de cette tumeur. Du coup comme au toucher, il n’était plus évident de la localiser, je ne me souvenais pas vraiment de sa position initiale. D’ailleurs je ne voyais pas très bien la raison pour laquelle mon interlocuteur me posais cette question, car avec l’examen hautement technologique que je venais de passer, la réponse devait être évidente. Puisque je ne lui étais pas d’un grand secours, il se résigna à me donner son avis sur la question.

« Bon effectivement comme l’oncologue nous avait demandé de la faire,  nous avons constaté la présence d’une aspérité d’environ 14mm. Je n’ai malheureusement aucun élément de comparaison pour vous préciser s’il y a amélioration ou pas depuis le début de votre prise de traitement. Vous verrez avec le docteur R si la nécessité de faire des rayons ou non s’impose. »

A l’image de la femme présente dans mon rêve du matin, l’homme qui venait de m’adresser la parole, et que supposais être le radiologiste, était sans doute overbooké. Il me quitta de la même manière qu’il était entré, sans sourire, en me faisant un signe de tête en guise d’un au  revoir. A nouveau seul, je pouvais savourer ma victoire, car manifestement la grosseur avait diminué, le résultat de l’IRM venant corroborer notre impression initiale. Je ne m’étonnais nullement  de ne pas lui en avoir fait la remarque, car sa rapidité d’intervention m’avait littéralement scotché sur place, me laissant dans l’incapacité de prolonger la conversation au-delà de l’unique question qu’il m’avait posée.

La manipulatrice que j’attendais depuis un petit moment me détourna des mes pensées, cette fois elle rentrait dans ma cabine pour me libérer définitivement du service.

J’avais été informé par téléphone de ma convocation, huit jours plus tôt. L’ordonnance ainsi que la confirmation du rendez-vous avaient été faxés chez mon pharmacien, le lundi suivant. Nous avions été amenés à rappeler la secrétaire de monsieur R pour lui signaler une erreur administrative. Au cours de la conversation elle nous avait proposé de rejoindre le service consultation après avoir passé mon IRM, malgré que nous n’ayons pas de rendez-vous.

« Peut-être pourra-t-il vous recevoir quand même entre deux patients », nous avait elle dit avant de raccrocher. 

J’étais sceptique, l’oncologue avait bien d’autres chats à fouetter que de nous rencontrer alors que ce n’était pas prévu, mais puisque l’examen était terminé, et que l’invitation avait été lancée quelques jours plus tôt, nous décidâmes de diriger nos pas vers le secteur des consultations.

Le couloir était vide, N conversait au téléphone, mais nous lui avions signalé notre présence par un petit signe de la main. Patienter dans le couloir, c’était une chose que nous avions l’habitude de faire. De toute façon nous n’étions pas pressés car nous avions prévu de passer la matinée sur Nantes. Un groupe de trois personnes venait d’arriver, et nous grilla la priorité. Sans attendre la fin de la conversation téléphonique, ils pénétrèrent dans le bureau. Chantal me regarda,  nous n’eûmes pas eu besoin de nous parler.

L’un des trois personnages était probablement le malade, car la maigreur et le teint blafard de son visage le trahissait.

Nathalie qui avait raccroché plus vite que prévu son combiné, reçu les intrus, puis les invita à rejoindre le couloir en attendant leur rendez-vous.

A notre tour nous pénétrâmes dans son bureau, pour la saluer et pour lui donner le compte-rendu de l’examen.

« Le radiologiste m’a dit que ma tumeur mesurait 14 mm environ, je pense qu’elle a sérieusement diminué. Vous pourrez transmettre l’information à monsieur R, je ne veux pas le déranger. »

« Maintenant que vous êtes là, je vous garde. Ne vous inquiétez pas, dès qu’il sort de consultation je parle avec lui. »

« Nous allons dans la salle d’attente. »

« Ok je viendrai vous chercher, quand ce sera le moment. »

Comme à l’accoutumé nous avions de la lecture et des mots fléchés pour tuer le temps. Le service était plutôt calme, mais progressivement des personnes arrivaient et se dirigeaient vers les différents cabinets d’oncologie. La journée promettait d’être encore bien animée. Nous n’avions pas eu besoin d’attendre bien longtemps pour que N se manifeste de nouveau.

« Monsieur Gautier, le docteur R préfère étudier votre dossier et voir avec ses collègues pour prendre une éventuelle décision. Il vous tiendra au courant dès que possible. »

Je n’étais absolument pas surpris de cette réponse, mon dossier méritait que l’on s’y penche un peu plus longuement qu’entre deux rendez-vous de patients.

J’étais persuadé que le dès que possible attendrait ma prochaine visite fixée au 15 juin, mais ça m’était égal, car j’avais le sentiment de partir avec plutôt de bonnes perspectives concernant mon proche avenir.

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Imagerie à résonance magnétique

« Avez vous déjà passé des scanners ? »

« Trente trois depuis le début de ma maladie. »

« On vous a découvert ce cancer depuis longtemps ? »

« En décembre 2004. »

« Et bien dîtes donc on ne vous a pas laissé souvent tranquille depuis cette date là. Cela représente un scanner tous les deux mois et demi à peu près. »

« Oui tout à fait. »

La femme avait écarquillé les yeux d’étonnement. Je n’avais pas pu m’empêcher d’esquisser un petit sourire.

« Ça mérite bien une médaille. »

« Je ne le pense vraiment pas, car d’autres malades sont bien plus à plaindre que moi. Et cette surveillance constante est finalement assez rassurante pour moi. »

« Bon revenons en à nos moutons. L’IRM ne se pratique pas de la même manière. Vous allez être confiné dans un tunnel, sans en sortir, d’où la question sur la feuille que vous avez reçue, relative à une éventuelle peur de l’enfermement. (Claustrophobie). L’examen est aussi beaucoup plus long, environ 20 minutes. Dans tous les cas, l’équipe médicale se trouve tout près de vous, derrière une vitre et vous parle régulièrement. Si vous voulez l’appeler, vous pourrez utiliser la sonnette qui vous sera donnée lors de votre installation. Si cela est nécessaire, l’équipe peut interrompre l’examen à tout moment. »

Je me demandais si toutes ces explications étaient de nature à me rassurer, ou au contraire à m’inquiéter. Je n’avais pourtant pas le choix, c’était moi qui avait lancé l’idée de cet examen, il fallait y aller.

« L’IRM est un appareil très bruyant, son bruit est similaire à celui d’un marteau-piqueur, c’est pourquoi nous vous mettrons un casque sur les oreilles, diffusant de la musique et permettant de vous parler lorsque nous aurons des informations à vous communiquer. »

La salle abritant la machine ressemblait comme une sœur à celle du scanner.

En deux temps trois mouvements l’opératrice avec l’aide d’un collègue m’avait allongé sur la table d’examen, la tête appuyée sur un coussin, les jambes légèrement surélevées, un petit sac de sable sous l’aisselle, et l’épaule gauche bloquée dans une coquille appelé antenne,  une sorte d’appareillage capable de capter ou de produire le signal radio fréquence.

La petite poire servant à appeler à l’aide bien tenue dans ma main, j’étais à présent complètement isolé du reste du monde. Comme à chaque fois que je me trouvais dans une situation peu habituelle ou carrément nouvelle, je ne pouvais pas m’empêcher de penser, et pas sans émotion, à ma famille actuelle, mais je m’adressais aussi et surtout en guise de prière,  à mes parents qui m’avaient hélas quitté depuis fort longtemps. Mon père et à ma mère devaient sûrement observer de là-haut, ma vie de galère, nul doute que cette pensée allait vers eux, comme un appel au réconfort.

La radio diffusait une émission politique suite à l’élection de François Hollande, mais je n’arrivais pas à me concentrer sur le sujet, car l’angoisse de l’enfermement brouillait les pistes. J’étais tellement confiné dans mon tube, que je finissais par avoir chaud. Il fallait lutter pour ne pas m’agiter car l’opératrice m’avait bien souligné qu’il ne fallait pas bouger d’un pouce. Le temps me paraissait une éternité. La crainte de recevoir par la suite des mauvaises nouvelles, refaisait surface. Il ne fallait pas céder à la panique.

Effectivement que l’émission radiodiffusée était légèrement perturbée par le vacarme de la machine. Comme on me l’avait signalé, un bruit de marteau-piqueur, mais également une sorte de tonalité d’alarme très atténuée, me tambourinaient à tour de rôle, dans la tête, avant que je ne retrouve pour un petit laps de temps le silence. Entre chaque cycle de la machine, j’entendais dans mes écouteurs, l’opératrice qui m’informait le démarrage du cycle suivant.

« Monsieur je vais vous injecter le produit, le reste de l’examen sera ensuite beaucoup plus court. »

En effet, quelques coups de marteau piqueur plus tard, l’équipe médicale était rentrée dans la salle de la machine, et me ramena immédiatement dans le monde des vivants. 

« Voilà monsieur c’est terminé, ça s’est bien passé ? »

J’avais répondu d’un signe de tête que oui. Comme j’avais passé une partie de l’examen relativement tétanisé, je sentis mes muscles un peu raides, en me levant de la table. La manipulatrice qui m’avait assisté depuis le début, me raccompagna dans ma cabine.

« On a quand même beaucoup mal à rester zen »

La femme me répondit d’un sourire.

« Je vous laisse un petit instant, je vais aider mes collègues à préparer l’IRM pour le prochain patient, et ensuite je vous enlève la voie veineuse avant de vous libérer. »

Au CAC de l’espoir les résultats n’étaient jamais transmis au patient, mais communiqués au médecin prescripteur de l’examen, une affiche collée sur la porte informait d’ailleurs les malades de la procédure. Je ne m’attendais donc pas à recevoir dans ma cabine, une autre visite que celle de la femme qui m’avait promis de me débarrassé de mon cathéter au plus vite. 

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La toute première fois

Je rentrais à l’intérieur d’une cour, et au fond de cette cour, je pouvais lire sur un écriteau plaqué sur la façade d’une maison, cherche personnel de ménage. Chantal m’accompagnait, nous franchîmes le seuil de la porte d’entrée qui donnait dans une immense pièce. Mes yeux se fixèrent sur le sol carrelé de cette immense pièce. Nous fûmes invités à nous asseoir à une table, par la tenancière des lieux. La femme était de petite taille, elle avait le regard dans le vide, et ne cessait de répéter.

« Je suis overbookée, je suis overbookée, je suis …… »

La porte de la chambre s’ouvrit brutalement, mon rêve s’éteignit, je me réveillai en sursaut, il était 6 h 15, je partais au CAC de l’espoir ¾ d’heure plus tard, pour passer mon IRM.

Il y avait des nuits que je ne dormais pas aussi profondément, et comme par hasard ce vendredi 11 mai 2012, il ne s’agissait pas de flemmarder. Juste le temps de prendre mon petit déjeuner (je n’avais pas besoin d’être à jeun), de me doucher et de m’habiller, et voilà qu’il fallait monter dans la voiture.

Lorsque Chantal m’avait informé de l’appel téléphonique du CAC de l’espoir, m’avertissant de la date de cet examen, j’avais été extrêmement surpris de la rapidité avec laquelle N avait pu obtenir le rendez-vous, car elle nous avait laissé entendre que le planning du service adéquat était bien chargé. J’étais un peu contrarié de me retrouver à ingurgiter si peu de temps après mon scanner ce fameux produit de contraste qui n’était sûrement pas recommandé pour mon rein. Je n’aimais pas non plus être pris par surprise, et je me sentais déstabilisé dans mes habitudes. Je ne pouvais cependant pas en vouloir à la secrétaire de monsieur R, d’avoir été aussi réactive. J’avais demandé d’approfondir mon cas à l’oncologue, il fallait à présent assumer.

Le ciel était gris comme lors de ma dernière expédition sur Nantes. A cette heure matinale, la circulation était plutôt dense. J’étais  stressé davantage par le trafic routier, que par la perspective d’aller passer un examen. Le traditionnel bouchon de la porte du vignoble nous ralentit, mais le périphérique nantais n’était pas complètement saturé, aussi nous ne fûmes jamais totalement stoppés dans notre progression. Nous arrivâmes au centre, une heure environ après notre départ. Nous avions la majorité des places de parking à notre disposition. Le hall d’accueil était vide, mon ticket d’ordre d’arrivée portait le numéro 2. Je n’attendis pas pour me présenter devant le guichet des enregistrements. Au second étage, l’IRM était dans la même direction que le Scanner. L’accueil était le même, mais les portes d’accès aux deux services étaient à l’opposée les unes des autres. Je n’eus guère le temps de me reposer, car je fus très vite pris en charge.

Une manipulatrice me posa les questions habituelles, je lui donnai le questionnaire que l’on m’avait confié, et que j’avais eu juste le temps de  remplir. Elle se mit à le lire attentivement.

Je n’étais pas diabétique, je n’avais pas de pace maker, pas de pompe à insuline, je n’avais pas d’éclat métallique dans le corps, ni de prothèse de quelque type que ce soit. Par contre mon insuffisance rénale était encore au goût du jour.

« Comment mes collègues du scanner, procèdent t’ils pour le produit à injecter ? »

J’avais trouvé sa question un peu étrange.

« Il ne m’injecte pas la totalité de la dose. »

« De toute façon le Dotarem….. »

Je n’avais pas entendu distinctement la fin de la phrase, mais j’avais cru comprendre que le produit était sans danger.

Je lui confiai la boîte de ce fameux Dotarem, qui devait donc servir  pour l’examen.

« Déshabillez vous, mettez vous en slip et je vous donne une blouse à enfiler pour que vous n’ayez pas froid. Je vais voir si le médecin est arrivé, et je viens vous chercher.  »

Je ne savais pas si on enfilait la blouse par l’avant ou par l’arrière, j’avais deux lacets en guise de fermeture, mais pas d’autres indications. J’optai de l’enfiler par l’arrière, car nouer mes deux lacets dans le dos, me paraissait un peu compliqué.

La femme qui m’avait laissé un petit moment revint me poser mon cathéter. C’était une pro, car je n’avais pas senti l’aiguille pénétrer dans mes veines.

« La blouse était à enfiler de quel côté ? »

J’avais posé la question pour ne pas être ridicule en cas d’erreur de ma part.

« A votre guise »

Effectivement qu’avec ce semblant de vêtement, je n’avais pas froid, et surtout ma pudeur était partiellement préservée.

« Avez-vous déjà passé un IRM ? »

« Non c’est la première fois. »

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