Un air de vacances

Samedi 26 mai 2012, cinq heures du matin, j’étais réveillé un peu plus tôt que prévu, et  convaincu que désormais je ne retrouverai pas le sommeil. Mon anxiété venait du fait que nous partions le matin même en week-end prolongé dans la région parisienne. Je terminais la 3ème semaine de mon 17ème cycle de chimiothérapie, généralement les effets secondaires les plus virulents commençaient à se manifester à partir de ces moments là, aussi privé de mes repères habituels, j’avais peur de ne pas pouvoir tenir le coup. Pourtant mon intention était de remporter le défi, car je ne voulais pas déroger à cette habitude que nous avions de nous réunir entre amis d’enfance, une fois tous les ans, depuis maintenant douze ans.

Chantal s’était levée avant que le réveil ne sonne, j’avais préféré rester encore un peu dans les draps, les écouteurs de mon MP3 sur les oreilles. Plus que n’importe-quelle autre thérapie, je savais qu’un peu de musique baroque m’apaiserait automatiquement l’esprit, en chassant de ma tête, les pensées négatives.

Je m’étais juré de ne pas prendre une boisson chaude à cause de mes intestins particulièrement réactifs, pourtant je cédai à l’envie d’apaiser ma bouche sèche et ma gorge irritée, en buvant un bon bol de café au lait, bien fumant.

Outre mes gélules de Sutent, et mes comprimés habituels, je n’hésitai pas à avaler de l’Imodium pour parer à toutes éventualités.

La douche me décontracta très peu, mais néanmoins je me sentais débarrassé des impuretés de la nuit. Affaibli par des mois et des mois de chimiothérapie, et ayant perdu l’habitude d’être bousculé, j’avais la tête en friche, et beaucoup de mal a rassembler mes idées. L’évènement me déconnectait totalement de mon quotidien. La valise n’était pourtant pas trop compliquée à faire, nous ne partions pas pour une éternité, mais malgré mes efforts pour me concentrer, je patinais dans la choucroute. Cette fois ce n’était pas le cas, mais il m’arrivait aussi parfois de ressentir un grand vide dans ma tête, et de ne plus trouver naturellement les mots pour m’exprimer. Tout ceci était normal  aux dires de la brochure explicative qui m’avait été donné avant que je ne commence en juin 2010 mon traitement.

Heureusement Chantal était là pour parer à mes lacunes, elle paraissait un peu stressée mais c’était normal car je n’étais par pour elle, d’un grand secours. Pour le meilleur ou pour le pire avait dit le prêtre en nous mariant, pour l’heure elle ne connaissait que le pire.

La météo avait annoncé une Pentecôte chaude et ensoleillée, j’avais prévu quand même une veste polaire pour les soirées. Je  l’avais posée sur mon valet de chambre pour la prendre sur moi au moment du départ, en craignant un début du trajet également un peu trop frais. 

Avec un large temps d’avance sur moi, Chantal était au sous sol au côté de la valise et des autres menus bagages en attendant l’arrivée des voitures. J’étais aux toilettes avant même que mes intestins ne se rebellent et qu’ils ne deviennent incontrôlables. La hantise de devoir subir une révolte de mon corps restaient bien ancrée dans mon esprit, et c’était sans doute ce qui faisait partiellement mon malheur. 

Les amis arrivèrent quasiment à l’heure, le coffre de la voiture qui nous emmenait, fut  vite chargé. J’étais vêtu d’un pantalon de toile et d’une chemise légère, la température clémente me dispensant de me couvrir davantage. Nous étions deux véhicules au départ de Cholet, mais un troisième devait rejoindre le convoi en cours de route.

Ma fille Éliane n’étant pas rentrée sur Angers, en profita pour faire une photo de groupe avant que les moteurs ne redémarrent. Cette fois il n’était plus question de reculer, il fallait faire face à mon destin.

Notre domicile était  à moins de cinq minutes de l’autoroute, nous ne tardâmes pas à passer la barrière de péage, et à avaler les premiers kilomètres d’asphalte.

J’avais beaucoup de défauts de santé, mais pas celui d’être malade sur la route, à l’inverse Chantal était obligée de se blinder pour ne pas subir de nausées. Pourtant elle allait plutôt bien et Gaby qui avait laissé le volant à Nelly, nous commentait sur son téléphone moderne les quelques centaines de photos qu’il avait prises durant son voyage d’étude à New-York. J’étais passionné par ce que je voyais, et par ce que j’entendais. Concentrer mon esprit sur le récit de ce périple outre atlantique avait l’avantage de chasser de ma tête toutes les idées noires qui pouvaient s’y loger.

En trente cinq minutes nous avions atteint Angers, quitté l’A87, avant de rejoindre  l’autoroute A11. Nous passions à présent la barrière de péage en direction du Mans. La circulation était plutôt fluide dans notre sens, mais plutôt dense dans l’autre sens. Les parisiens partaient se détendre au bord de mer. Nous fîmes la remarque d’avoir la chance  d’être du bon côté. Après cet intermède de quelques minutes Gaby reprit ses explications là où on  les avait laissées. Enfin je ressentais pour la première fois depuis mon réveil matinal une nette décontraction de mon corps. Progressivement mais sûrement, mon esprit adoptait un air de vacances.   

Un air de vacances  dans Cancer du rein autoroute-angers-le-mans

 



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