Une oreille bienveillante

Manifestement ma remarque était un sujet qui prêtait à réflexion, car je voyais mon interlocuteur longuement plonger dans ses pensées. Il avait saisi le clavier de son ordinateur et consultait à présent mon imposant dossier.

« Vous souvenez vous à quel moment nous avions effectué l’échographie de votre épaule ? »

C’était facile de s’en souvenir car Chantal avait eu la bonne idée de tenir un carnet de bord, dès les débuts de ma maladie.

« Oui la biopsie de ma tumeur à été faite en juin 2010. »

L’oncologue de nouveau s’était tu, et à présent il gardait les yeux constamment fixé sur l’écran de son ordinateur, tout en faisant fonctionner la molette de sa souris.

Dans le cabinet régnait un silence monastique, je n’osais pas bouger d’un pouce de peur de le briser. Brusquement l’oncologue redressa la tête et m’adressa un regard souriant.

« Je suis en train de m’user les yeux. »

Je commençais à regretter d’avoir soulevé un lièvre, car finalement le diagnostique du radiologiste  me convenait parfaitement, pourquoi vouloir soudainement  en demander plus ! 

« Bon voilà ce que nous allons faire. Je vais vous faire passer un IRM, pour connaître exactement l’état de la tumeur. Suivant les résultats, je m’entretiendrai avec différents collègues pour confronter leurs opinions, et nous déciderons ensuite de la procédure à suivre. »

Les médecins disent aux malades ce qu’ils veulent entendre, et se plient le plus souvent à leurs volontés, par contre ils sont partie prenante quand ces malades font preuve de maturité en ne voulant pas demeurer dans l’ignorance. Du coup le combat du patient est aussi celui des médecins, et la lutte n’en devient que plus efficace. 

J’avais remué la boue, maintenant que nous naviguions dans les eaux troubles, il fallait assumer. D’un autre côté il était intéressant de se faire violence pour avancer dans les connaissances et le bilan précis de la maladie. Plutôt que de faire du sur place, il fallait faire preuve d’ambition, et se dire qu’en prenant l’initiative d’attaquer, je verrais peut-être un jour   définitivement le bout du tunnel.

Je sortais de son bureau avec en poche l’ordonnance de mon 17ème cycle de Sutent. Rendez-vous était fixé le 15 juin pour notre prochaine rencontre. N n’avait pas pu me préciser la date de mon examen d’IRM, mais je serai informé rapidement par téléphone.

Une femme poirotait patiemment dans la salle d’attente, et comme elle nous fixait du regard, j’eus l’impression qu’elle voulait nous dire quelque chose.

« Vous êtes monsieur et madame Gautier ? »

« Oui »

« Je suis l’ambulancière. »

Une journée aussi bien coordonnée avec des résultats aussi encourageants, il ne m’en fallait pas davantage pour voir la vie en rose.

A l’inverse de notre conductrice du début de l’après-midi, celle-ci était plutôt bavarde. Un panneau indicateur nous avait informé de la présence d’un bouchon dans la direction de Poitiers, aussi avait elle décidé de nous mener par des détours qu’elle connaissait parfaitement pour être née dans la région. En trois quart d’heure de route nous avions tout su de sa vie, son divorce, sa fille à la maison avec ses petits enfants, son gendre et ses rapports difficiles avec la société, rien ne nous avait été épargné. Ce n’était pas le patient qui avait besoin de vider son sac, mais c’était sa conductrice. Vivre la maladie engendre des situations qui dans un autre contexte n’aurait pas lieu d’être, vivre la maladie enrichie sans conteste les rapports que l’on peut avoir avec les autres. L’ambulancière avait compris à la teneur de notre conversation qu’elle pouvait compter sur des oreilles bienveillantes pour alléger le temps d’un parcours, le poids de ses soucis.

Le vendredi 4 mai j’étais avisé de la date de mon IRM et le lundi suivant j’avalais les trois premières gélules de mon nouveau cycle de chimio.

Une oreille bienveillante dans Cancer du rein Oreille-bienveillante-300x200



Mon bouclier de protection

L’attente n’avait pas été aussi longue, ni aussi ennuyeuse que j’aurais pu l’imaginer. De plus le docteur T m’avait libéré d’un poids que je ne trainerais pas jusqu’au centre anticancéreux.

« Monsieur Gautier ? »

La secrétaire m’avait tendu mon dossier, et comme je m’apprêtais à me rasseoir, j’aperçus à travers les baies vitrées, l’ambulancière qui garait sa voiture à hauteur de la porte d’entrée principale.

Les résultats du scanner étaient encourageants, et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ma conductrice avait aussi changé de physionomie. Le visage beaucoup plus lumineux qu’à notre arrivée, elle semblait également disposée à parler. Sa passagère dont je ne connaissais pas le parcours médical, se maintenait dans son isolement, sans doute par timidité ou peut-être aussi du fait que ce voyage à Nantes n’était pas une partie de plaisir.

Les deux établissements médicaux n’étant pas tellement éloignés l’un de l’autre, et le trafic routier  restant fluide, j’accusais pas mal d’avance à mon arrivée au CAC de l’espoir.

L’ambulancière avait tenu à nous accompagner jusqu’à l’enregistrement de ma présence au centre, cela faisait partie de son travail. Je n’avais surtout pas besoin d’être chaperonné mais j’avais le souvenir de mes toutes premières visites en ce lieu, et de l’aide précieuse que le personnel de transport sanitaire m’avait fourni dans ces moments là.

Son autre passagère patientait sagement dans la voiture, il était hors de question qu’elle attende la fin de mon entretien avec le docteur R pour rentrer dans notre région. Nous montâmes donc au second étage pour rejoindre le service consultation. N prit en charge mon scanner, et évalua mon heure de passage dans le cabinet du cancérologue. Notre accompagnatrice téléphona  ainsi à sa direction pour prévoir une autre ambulance. Il n’était pas envisageable de patienter une heure dans la salle d’attente sans avoir mangé un peu. Nous prîmes donc l’ascenseur pour gagner la cafétéria. Nous étions à présent seul, Chantal devant une tasse de café, moi un sandwich à la main et un peu plus tard devant mon chocolat fumant.   

Les prévisions de la secrétaire médicale s’avéraient exactes, les candidats à une consultation ne se bousculaient guère devant le cabinet de l’oncologue, j’espérais donc pouvoir passer rapidement, d’ailleurs je n’avais même pas besoin de m’installer dans la salle d’attente, le couloir était quasiment vide, et les chaises mises à la disposition des gens nous tendaient les bras.

Le malade qui me précédait avait quitté les lieux, je savais que le cancérologue était en train de lire le rapport du docteur T. Je n’étais pas pleinement rassuré mais les explications du radiologiste m’avaient mis en confiance.

« Monsieur Gautier ? »

Ce monsieur Gautier ne résonnait pas comme un coup de tonnerre dans ma tête, car je ne partais pas du tout vers l’inconnu.

Avec son sourire habituel le docteur R m’avait posé sa question rituelle.

« Je suis en pleine forme et je crois même que je n’avais jamais passé un cycle de Sutent dans d’aussi bonnes conditions. »

« Bon je peux vous confirmer que votre surrénale a repris quasiment sa dimension normale, que la petite trace restante est insignifiante et n’indique pas forcément la présence d’une tumeur. Votre ganglion à l’aorte n’a pas bougé d’un pouce, peut-être n’est-il plus non plus à baptiser du nom de cancer. Malheureusement la technique à ses limites, et je ne peux pas vous l’affirmer officiellement. Nous avions fait ce même type de constatation en 2007, nous avions fait le pari d’interrompre le Néxavar, mais le résultat n’avait pas été concluant. Je pense que cette fois nous n’allons pas prendre de risque. »

Poursuivre les cycles réguliers de Sutent, restait l’objectif prioritaire de l’oncologue, et je n’y voyais rien à redire, car psychologiquement je me voyais mal naviguer à l’aveuglette.   

« Au fait il y a longtemps que je n’ai pas examiné votre bras, faîtes moi donc voir ça ! »

En moi de deux, j’avais quitté mon gilet et mon t-shirt et à présent le praticien me palpait consciencieusement l’épaule.

« Au toucher la grosseur n’est pas flagrante à percevoir. »

Monsieur R tâta l’autre épaule à titre comparatif.

« Vous aviez remarqué que la tumeur avait diminué ? »

J’étais incapable de lui répondre, car dans le mesure du possible, j’avais fait en sorte d’oublier la présence de la maladie à cet endroit.

« Je n’ai jamais eu de traitement spécifique pour cette tumeur, pensez-vous que des rayons en viendraient à bout ? »

« Je n’en suis pas convaincu car les rayons n’ont jamais été d’une grande efficacité sur le cancer du rein et comme il s’agit là de l’une de ses métastases. »

« Tant pis, je disais simplement cela dans le but de faire avancer le problème. »

« De toute façon je ne prends pas votre question à la légère, simplement il faut savoir que si nous faisons des rayons, nous abandonnerons la chimio. »

Je ne comprenais pas pourquoi les deux thérapies n’étaient pas compatible, mais une chose était sûre, je n’étais pas très chaud pour me passer de mon bouclier de protection qu’était ma chimiothérapie.

Mon bouclier de protection  dans Cancer du rein bouclier

 

 



12

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie