Conflans-Sainte-Honorine

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Nous n’avions pas oublié les instructions d’Élisabeth, qui nous avait commandé d’aller chercher du pain, avant de la rejoindre chez elle. La bonne qualité de notre petit déjeuner, dépendaient de la façon dont notre mission allait être exécutée sur Cergy, car en ce lundi de pentecôte, les magasins étaient fermés sur Vauréal.  

Pour se faire, un petit détour par la gare du RER s’imposait. La boulangère que nous avions interrogée la veille au soir n’avait pas menti, baguettes et croissants croustillants, nous attendaient sur les étals.

Nous avions très peu de kilomètres à parcourir avant de nous installer devant un bol de café bien chaud. Élisabeth avait dressé la table, il ne nous restait plus qu’à nous asseoir pour profiter de la nourriture variée, qui s’offrait à nos yeux.  

Le petit déjeuner de ce lundi était pour moi un copier coller de celui que j’avais pris la veille. Sans éprouver une quelconque frustration, je m’étais psychologiquement adapté aux situations de fin de cycle de chimio, qui me contraignaient souvent à diminuer considérablement mes rations alimentaires, voir même à ne pas manger du tout, pendant un certain laps de temps.

Aussi je savais qu’un verre d’eau, un petit morceau de pain avec de la confiture, et un croissant, devaient me permettre de tenir le choc jusqu’au soir, sans qu’il y ait le moindre souci.

Le programme de la journée n’avait plus rien à voir avec ce qui avait été prévu au départ, mais il en n’était pas moins alléchant. Conflans-Sainte-Honorine et Saint-Germain-en-Laye deux villes que nous avions traversées lors de notre arrivée, et qui avaient particulièrement attisé notre curiosité, étaient désormais sur la liste des visites.

Sans doute que Gaby et Elisabeth étaient pour la bonne cause, à l’origine de ce bouleversement d’emploi du temps, et j’étais plutôt satisfait de cette décision. De plus les deux sites touristiques se situaient sur notre trajet de retour ce qui était pour nous une bonne  manière de gagner du temps.

A 10 heures tapantes nous embarquâmes dans les véhicules, les valises au fond des coffres et déjà avec un peu de nostalgie dans les cœurs. Reposé de mon périple de la veille, j’abordais cette journée avec beaucoup de sérénité, d’ailleurs je n’avais pas trouvé le chemin bien long, et je m’étonnais de constater que nous étions déjà arrivés. 

Nous trouvâmes à nous stationner relativement facilement sur le parking du port Saint-Nicolas, alors que les autres véhicules étaient rangés un peu plus haut, le long du trottoir.

Il nous fallait remonter la rue pour rejoindre le reste des amis qui formaient curieusement un attroupement autour de Florence.  Une mauvaise surprise nous attendait.

Florence s’était tordue la cheville en grimpant sur le trottoir, elle paraissait franchement souffrir, et à voir son visage blême, je me dis que nous étions plutôt mal barrés pour la suite des évènements. Patrice qui avait l’habitude d’observer ce genre de blessure sur les stades de football, lui avait immédiatement appliqué sur le pied,  la brique gelée qu’il avait trouvée dans une glacière, et son intervention rapide semblait vouloir faire de l’effet. Florence reprenait peu à peu des couleurs, et on pouvait lire de nouveau un sourire sur son visage. L’incident était clos, certes la douleur n’était pas totalement disparue, elle boitillait un peu, mais elle était fermement décidée de participer à la promenade.

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Longer la Seine tombait sous le sens, nous débutâmes donc notre parcours en empruntant sur plusieurs centaines de mètres la berge du fleuve.

Flâner au bord de l’eau fait partie de ces moments de petits bonheurs trop rares qui jalonnent le chemin de toute une vie, et qui donnent l’occasion  d’arrêter son regard sur les différents éléments du décor environnant.

Justement je prenais le temps d’observer les nombreuses péniches amarrées le long du quai, certaines devaient même faire office d’habitations à des mariniers à la retraite, compte-tenu de la manière dont elles étaient agencées. L’une d’entre elles avait même transformée en église, et un rassemblement de personnes toutes de blancs vêtu, s’apprêtaient à assister à un office religieux. Un berger allemand dressé sur ses deux pattes avant me fixait des yeux, manifestement il voulait me dissuader de monter sur le bateau de son maître.

Le groupe s’était effiloché, nous approchions d’un passage protégé qui nous donnait accès de l’autre côté de la route, au pied de la vieille ville.  

Il nous fallait ensuite grimper des marches et une ruelle très pentue pour atteindre la place de l’église Saint-Maclou comme j’avais pu lire son nom sur un panneau d’indication. L’effort physique avait sollicité mon cœur susceptible, mais à l’instar de ses collègues intestins, il avait décidé de me faciliter la vie. L’édifice religieux était classé aux monuments historiques mais avait bien besoin de travaux de restauration. Il n’y avait personne autour de nous, les Conflanais s’étaient évanouis de leur paysage urbain. A l’arrière de l’église nous découvrîmes le château du Prieuré dont l’état de délabrement me faisait un peu mal au cœur. Je fis d’ailleurs part de mon sentiment à Gaby, qui ne put qu’acquiescer.

Nous profitâmes d’un petit coin ombragé pour nous reposer, faire une photo de groupe, et faire également des prises de vues de la vallée de la Seine aux abords d’un rempart.

Gaby était à mes petits soins, il portait fermement serré dans sa main, mon petit tabouret en toile pliant, qui m’avait été fort utile le dimanche du carnaval. Il y avait un bout de temps que j’avais pris la difficile décision d’utiliser une canne en aluminium comme point d’appui à la marche, mais cette dernière commençait à être bruyante, en raison des nombreux coups de butoirs qu’elle avait subi , et l’embout en caoutchouc était tellement usé, que je piquais désormais l’asphalte ou la terre, directement sur la partie métallique.

Tout le monde ayant repris son souffle nous redescendîmes vers la Seine en passant devant la tour médiévale Montjoie, témoin du passé riche en histoire de la ville.

Il devait bien être aux alentours de midi quand nous abordâmes la terrasse d’un snack-bar, où quelques clients avaient d’ailleurs déjà commencé à déjeuner. En commun accord nous avions décidé d’y faire une halte, afin de nous désaltérer. Manifestement notre décision n’était pas du goût de la serveuse qui avait été contrainte de débarrasser assiettes et couverts d’une table assez grande pour nous accueillir. Il faisait un peu moins chaud que la veille, mais notre petite grimpette vers la vieille ville, nous avait donné des couleurs.

Mon état de santé n’avait rien à voir avec celui de la veille, la nuit avait bel et bien été réparatrice, et je n’avais pas besoin d’employer une partie de mes forces à combattre l’adversité, aussi je décidai d’arrêter de me restreindre, en me faisant au contraire plaisir.

Comme il était plaisant de se lâcher un peu, cette menthe à l’eau bien fraîche qui passait à travers mon gosier valait tout l’or de monde.

Flemmarder à la terrasse d’un café n’était pas pour nous déplaire, mais comme il nous était impossible d’arrêter les aiguilles, il fallait reprendre notre marche pour rejoindre au plus vite nos voitures. Nous étions dans les temps, la visite des abords du château de Saint-Germain-en-Laye ne serait sûrement pas bâclée.

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Le vilain petit bonhomme

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Comme la nuit précédente, je ne plongeai pas immédiatement dans les bras de Morphée. Le matelas reposait tout entier mon corps fatigué, soutenait convenablement mon dos, et relâchait un à un mes muscles beaucoup trop contractés par l’effort. J’appréciais de sentir peu à peu s’effacer les stigmates de la journée, et je souriais intérieurement à l’idée d’avoir remporté cette belle victoire contre moi-même. Hormis mes petits ennuis, le bref moment que nous venions de passer dans la capitale avait été pour moi un enchantement.
Dans le silence de la nuit, je faisais le bilan de ce que nous avions pu vivre en famille, depuis le début de ma maladie. A l’idée de me retrouver presque huit ans plus tard ici avec femme et amis, je mesurais le chemin parcouru, et je n’étais pas peu fier de ma performance.
Il y avait des périodes comme ça, où j’avais besoin de me flatter moi-même pour me gonfler d’optimisme, et de faire le plein de courage pour poursuivre ensuite ma route.
Je n’avais aucune idée de l’heure qu’il était lorsque mes yeux s’ouvrirent. Manifestement j’avais dormi un bon moment, mais derrière les rideaux de la chambre rien ne m’indiquait que nous approchions du matin, car j’apercevais la lueur de la lune.
J’ignorais également si c’était l’extrême chaleur de mon corps qui m’avait réveillé, mais j’avais néanmoins la conviction d’avoir de la fièvre. Je n’étais pas inquiet car je n’étais pas parcouru de frissons, je mettais sur le compte de la fatigue, cette brutale élévation de ma température
J’avais deux points positifs, pour satisfaire mon bien-être, mes trois oreillers me rehaussaient suffisamment la tête, et mes intestins prolongeaient la trêve qu’ils m’avaient accordée. Fort de cette constatation, je dus me rendormir rapidement.
La fenêtre restait mon seul panneau indicateur du temps, et j’avais l’impression que nous n’allions pas tarder à nous lever, car la lumière du jour commençait à pointer à travers les rideaux qui étaient pourtant censées nous donner de l’obscurité. Chantal commençait à bouger davantage, elle attendait sans doute que la sonnerie de son téléphone portable retentisse pour se mettre debout.
Dans le couloir et les chambres environnantes, les gens commençaient à s’agiter, j’entendais de ci de là des bruits bien familiers. Pourtant je dus perdre légèrement connaissance, car ce fut les clapotis du jet de la douche qui me ramenèrent en ce monde.
Chantal venait d’enfoncer le clou en me confirmant qu’elle avait posé sa main sur mon front dans la nuit et qu’il était brûlant. J’appréhendais fortement de me lever, mais cette fois c’était pire, car je ne me sentais pas psychologiquement d’attaque à affronter une journée aussi difficile que celle de la veille.
Je ne pouvais pas rester définitivement vissé sur place, il fallait agir, et rapidement. Un petit mouvement de balancier de mon corps, et en moins de temps qu’il faut pour le dire, je me retrouvai les pieds à terre, avant de sentir à mon tour les bienfaits d’une douche plus qu’appréciée.
Finalement ma peur n’était pas fondée, certes je n’étais pas en pleine forme, mais à force d’habitude, je me connaissais parfaitement, et donc je considérais à coup sûr pouvoir profiter convenablement des derniers moments de notre séjour parisien.
Il fallait à présent entretenir mes effets secondaires, mais également faire en sorte de prolonger ma vie, l’un n’allant pas sans l’autre. Trois gélules de Sutent, deux comprimés de Lévothyrox, et mon traitement anti-hypertension avalés avec la complicité d’un verre d’eau, j’étais fin prêt pour rejoindre le hall d’accueil.
Nous fûmes les bons derniers à nous présenter devant le comptoir du réceptionniste pour payer nos deux nuits.
Le groupe semblait bien reposé au regard des visages détendus. Mais la constatation devait être encore plus flagrante sur moi, car tous les amis étaient d’accord pour me dire qu’ils me trouvaient une bien meilleure mine que dimanche. Je pus leur rétorquer sans aucune hésitation, qu’il avait raison de me faire cette remarque. Je ne sais quel lutin malintentionné m’avait joué ce mauvais tour la veille, mais ses assauts répétés ne m’avaient pas jeté à terre, et le vilain petit bonhomme avait fini par se lasser.

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Mes pilules de bonheurs

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Par contre je n’avais pratiquement pas pris d’eau depuis le petit déjeuner du matin. La journée était terminée, nous étions dans un endroit où les toilettes ne faisaient pas défaut, je me sentais donc psychologiquement plus à l’aise pour boire sans modération, afin de me réhydrater convenablement. C’était toujours quand il était trop tard, que je me disais qu’il aurait fallu agir autrement, mais lorsque je voulais très rigoureusement faire attention, je ne connaissais pas précisément la limite à ne pas franchir, entre vigilance et privation. Mon entêtement à ne pas vouloir provoquer mes intestins n’était-il pas responsable de ma situation délicate du moment, je n’étais pas en mesure d’étayer la moindre des certitudes.

Sans doute que l’exercice physique, la chaleur, la chimiothérapie, ma faible résistance, mon petit déjeuner trop léger,  s’ajoutaient au reste, en formant un cocktail détonant, qui expliquerait mon état général, mais tout ceci n’était encore une fois qu’une hypothèse parmi tant d’autres.

De part mes différents témoignages oraux et écrits, mes amis étaient informés des épreuves que je pouvais quelquefois endurées. Cette fois ils pouvaient se faire une idée beaucoup plus précise du problème.

J’avais fait de mes pieds et de mes mains pour ne pas être un boulet, mais cette fois il m’était impossible de cacher mon état. Étienne qui m’avait fait remarquer la pâleur de mon visage, fit craquer Chantal qui laissa échapper quelques larmes, l’incident provoqua un peu d’embarras autour de la table. Je n’avais rien remarqué de la scène, car je gardais les yeux fermés pour tenter de me ressaisir. J’appris bien plus tard ce qui c’était passé.

Ma brochette était désormais devant moi, l’odeur qui se dégageait de ce met suffisait à me rassasier. J’essayai cependant d’avaler une ou deux frites, mais j’étais incapable d’en apprécier le goût. J’étais maintenant tout à fait convaincu que j’avais commandé un repas pour rien. Heureusement il y avait autour de moi des gens à l’appétit suffisamment aiguisé pour vider mon assiette, m’évitant ainsi de gaspiller de la nourriture.

Je gardais donc le plus souvent possible les paupières closes, mais j’avais à présent l’impression d’être sur une balançoire tellement ma tête vacillait. Si j’avais eu un médecin à portée de main, il m’aurait sûrement éclairé sur les carences de tous genres qui mettaient mon organisme dans un tel état, mais pour l’heure, il fallait gérer en espérant que le repas ne s’éternise pas au-delà de ce que j’étais capable de supporter.

Chantal qui continuait de se comporter comme mon ange protecteur, aurait bien aimé me voir manger un peu sucré, et sans doute qu’elle avait raison. Tous les deux nous espérions que le dessert passerait davantage, malheureusement les fraises ne s’avalèrent pas mieux que le reste. Il fallait se résigner, demain serait sans doute un jour meilleur.

Je n’avais pas l’impression d’avoir entaillé le groupe de sa bonne humeur. Je ne participais pas à la conversation mais l’atmosphère restait fortement conviviale, cela me rassurait bigrement. Tout le monde avait également l’élégance de ne pas s’apitoyer sur mon sort, et de faire comme si la soirée se déroulait tout à fait normalement pour moi, ce qui me permettait de me sentir moins gêné de leur imposer un tel spectacle.

Malgré mes efforts le temps commençait à me peser terriblement, je redoublais de prières pour que le repas ne dure pas davantage. Le ciel m’avait sans doute entendu car personne n’éprouva le besoin de boire un café. Aussitôt l’addition réglée, nous quittâmes les lieux. Avant de monter dans le véhicule, je reçus une petite tape amicale sur l’épaule pour me réconforter, et cela me fit chaud au cœur. L’auteur de cette marque de compassion se reconnaîtra à la lecture de ces mots. Très vite nous regagnâmes l’hôtel après avoir déposé Élisabeth à son domicile. 

Nelly qui avait appris dans la conversation que l’un des inconforts de mon lit, était le manque de possibilité de surélevé ma tête, me proposa un oreiller supplémentaire. J’avais souffert la nuit précédente de  ma position trop allongée, cette fois j’étais en mesure de retrouver mes petites habitudes.

Je désirais fortement me passer un jet d’eau froide sur mes pieds brûlants et mes jambes lourdes, mais je n’eus la force que de me rafraîchir le visage et de me mettre en pyjama avant de m’écraser littéralement sur le lit.

Mon corps tout entier exprimait de la souffrance, des douleurs dans les jambes et dans le dos me titillaient comme une rage de dent. Heureusement j’avais pris l’initiative d’avaler un Doliprane avant de me coucher, et je savais par expérience que tout ceci passerait avec l’arrivée du sommeil.

Dans ma précipitation j’avais oublié de prendre mes médicaments du soir, je n’avais aucunement envie de me relever. Chantal attendit que je pénètre dans les draps avant de me tendre un verre d’eau avec mes pilules de bonheurs.

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La mine dépitée

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Chantal me surveillait de près, et je savais pourquoi. Nous avions déjà connu à l’époque où j’avais contracté une septicémie, ces soubresauts excessifs de mon corps, qui  naissaient dans toutes les parties de mes muscles, et montaient en intensité jusqu’à ce que je ne puisse plus les contrôler. Nous essayions de faire bonne figure devant les amis, mais la sérénité n’était surtout pas au rendez-vous.

Ma veste étant beaucoup plus utile à Cholet que sur mes épaules, je n’avais rien d’autre pour me couvrir que son petit gilet dont elle n’avait pas besoin dans l’immédiat.

L’incident finit par ne pas passer inaperçu, il fallut donc donner des explications aux membres du groupe. Ce fut Etienne qui me sauva la mise en me prêtant sa polaire qui était pour l’heure la bienvenue. Très vite nous fûmes rassurés car les spasmes cessèrent en même temps que mon corps se réchauffait lentement mais sûrement. Sans aucun doute j’avais subi un choc thermique et la réaction de mon trop fragile organisme avait été virulente.

Nous étions une nouvelles fois apaisés, car il ne s’agissait que d’une fausse alerte. Il fallait que l’on se dise que la septicémie n’était pas censé réapparaitre à chaque fois que des frissons me traversaient le corps, mais bon le traumatisme subit en 2010 était bien  ancré dans nos têtes, et il n’était certainement pas sur le point de disparaître.  

A la descente du bus nous avions repéré une boulangerie. Une délégation était partie se renseigner pour savoir si le magasin serait ouvert pour nous approvisionner en pains et en croissants, le lendemain matin, et la réponse avait été positive, nous pouvions donc quitter les lieux, l’esprit tranquille.

Il ne nous restait plus qu’à trouver un restaurant, car le repas de ce matin était bien loin, pour des estomacs qui venaient d’être soumis à quelques privations. Le choix se porta sur le ‘Buffalo Grill’ de Cergy, celui-là même qui nous avait accueilli en novembre 2006, lors de notre précédente visite dans la région.

A notre départ de Vauréal, Élisabeth nous avait conseillé de prendre le moins de voitures possibles pour nous rendre à la gare de Cergy, car elle craignait des difficultés pour nous garer. Afin de suivre ses conseils nous avions donc enfreint la loi et étions arrivés sans encombre à Cergy. Il fallait maintenant faire le chemin en sens inverse et ce n’était pas avec moins de risques que le matin. Six dans une voiture et cinq dans l’autre nous étions un peu chargés, nous espérions ne pas rencontrer la police mais le destin en voulut autrement. Nous marquions un temps d’arrêt à un feu et la voiture d’en face qui en faisait autant, n’était autre qu’un véhicule de police. Heureusement couchée sur nous à l’arrière du véhicule, et couverte de ma polaire, Élisabeth n’avait pas été repérée et  nous passâmes ainsi que l’autre véhicule comme deux lettres à la poste.

Nous éprouvions quelques difficultés à trouver notre point de chute, le GPS n’était pas activé et Gaby sans doute fatigué ne réagissait pas au quart de tour aux explications fournies par Élisabeth. Finalement à force de persévérance nous arrivâmes à nos fins, et le maître des lieux  nous installa à une table qui venait d’être libérée.

La climatisation nous soufflait un vent frais sur la tête, Odile demanda à ce qu’elle soit coupée, mais peu de temps  après la majorité des clients ayant trop chaud, de l’air frisquet recommença à me provoquer de très désagréables frissons.

Il était trop tard pour moi, il n’y avait vraiment plus rien à espérer, j’étais au bout du rouleau. Je n’avais pas trop de la polaire, ni du petit gilet à Chantal que j’utilisais en écharpe, pour me sentir relativement mieux.

Chacun avait la plaquette des menus entre les mains, j’étais le seul à ne guère me réjouir de passer à table. Voyant ma mine dépitée, Chantal redoubla d’arguments pour me convaincre de manger quelque chose. Mon choix se fixa sans grand enthousiasme sur une brochette de bœuf avec des frites et sur un dessert aux fraises pour terminer.

L’expérience débutait plutôt mal, j’étais incapable d’avaler la petite salade d’entrée offerte en cadeau de bienvenue par la direction.

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Terminus Cergy

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L’escalator qui nous ramenait vers la lumière des néons me semblait encore plus fatigué que son homologue du Trocadéro. Cependant en moins de temps qu’il fallait pour le dire, nous retrouvâmes la fraîcheur des quais souterrains du métro, et en attendant l’arrivée de notre rame, nous profitâmes également de l’aisance d’un banc, pour soulager non jambes lourdes et bien fatiguées.

Les voyageurs ne se bousculaient pas autour de nous, manifestement les franciliens profitaient de ce week-end prolongé pour s’affranchir de leurs difficultés quotidiennes, loin de la capitale.   

Nous savions à quelle sauce nous allions être mangés, car le trajet était identique à celui que nous avions effectué huit heures plus tôt. La rame du RER était loin d’être bondée et nous pûmes tous profiter d’une place assise, ce qui n’était pas pour nous déplaire.  

La maintenance sur les voix ferrées était toujours d’actualité, une annonce par haut-parleur nous l’avait confirmé. Sartrouville et l’incommodité du transport par bus n’attendaient plus que nous. Pour notre soulagement la correspondance se fit immédiatement, il fallait par contre s’engouffrer rapidement dans la navette pour espérer une place assise. L’ambiance à l’intérieur du véhicule était la même que lors de notre arrivée. 

Maisons Lafitte, Achères, Conflans-Sainte-Honorine, Neuville défilèrent sous nos yeux et à chaque fois il fallait s’arrêter en gare pour déposer ou prendre des passagers.

La plupart des voyageurs étaient étrangers, ou français d’origine étrangère, cette  multiplicité de races et de couleurs de peaux en si grande densité, est une chose que l’on ne connaît guère dans nos petites villes de province, et pour être honnête, j’avais bien du mal à me sentir à l’aise  dans cette société multiraciale, qui ne ressemblait plus à rien de ce que j’avais connu dans mon enfance. A cet instant précis je me sentais en minorité dans mon propre pays, et la tentation de considérer ces gens comme des envahisseurs, n’était pas bien loin. Dans le même temps je m’efforçais de corriger mon attitude, car l’intolérance et le racisme étaient des mots que je ne voulais en aucune façon voir un jour caractériser ma personnalité.  

Le voyage n’était pas aussi éprouvant que j’aurais pu l’imaginer, par contre il faisait horriblement chaud dans notre habitacle. Le chauffeur était un peu brutal, les poussettes, les sacs à roulettes et les valises se renversaient à chaque coup de frein.

A l’endroit ou j’étais installé,  il fallait que je me tienne fermement à une barre pour ne pas être désarçonné de mon siège.

Un homme qui avait posé ses pieds sur sa valise pour ne pas qu’elle bascule, se fit réprimander par sa compagne. J’avais envie de rire parce que je m’apercevais à présent qu’il boudait comme un gamin qui vient d’être contrarié. De l’autre côté une femme passait son temps à relever son panier à roulette qui se renversait presque à tous les virages, tandis qu’un peu plus loin une autre femme faisait la même chose avec la poussette de son bambin sensiblement énervé, qu’elle tenait assis sur les genoux.  Bref nous étions tous secoués comme des pruniers, et gare à celui qui se trouvait en phase de digestion, car les nausées risquaient de lui prendre.  

Tout ceci me distrayait de ma solitude, car femme et amis étaient placés à l’autre bout du bus. Je les entendais rire, mais je ne savais pas pourquoi. Je sus plus tard que Jeannot était l’objet de leurs taquineries.

Une petite accalmie dans les péripéties du trajet, ramenèrent mes pensées vers ma petite personne, j’avais en effet oublié pour un temps que mon corps était en souffrance.

Un rayon de soleil me fit cligner des yeux, ce qui provoqua des sécrétions lacrymales abondantes. Cette manifestation provoquée par l’absorption régulière de Sutent, engendrait également des brûlures qui ne faisaient qu’aggraver la chose. En essuyant régulièrement mes yeux avec mon mouchoir, je réussis à faire passer la crise.

Je n’avais guère la notion du temps, mais je commençais à repérer un peu des lieux qui m’étaient un peu plus familier. J’avais bon espoir d’être enfin arrivé, et effectivement le chauffeur ne tarda  pas à stopper son véhicule place des trois gares au terminus de Cergy.

Le contraste de la température entre l’intérieur et l’extérieur de notre habitacle, me fit frissonner. Une petite rafale de vent me cloua sur place, et me provoqua des tremblements de la tête aux pieds. Manifestement j’en n’avais pas encore terminé avec les épreuves de la journée.

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Les Champs alléchants

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Nous fûmes les premiers du groupe à fouler de nouveau la terre ferme. Le quai ne désemplissait pas et les touristes formaient une barrière qui m’obligeait à m’arrêter ou à zigzaguer. Le piétinement étant mon pire ennemi il fallait impérativement que je trouve un endroit pour m’asseoir le temps de récupérer un peu. Un petit coin de trottoir à l’ombre fit l’affaire, jusqu’au moment où un groupe d’africain vint m’obstruer totalement la vue, en m’offrant en spectacle à la place des bords de Seine, leur postérieur (habillé). Heureusement Chantal venait d’apercevoir les amis sortant du bateau, j’étais impatient de pouvoir m’extirper des lieux. 

Il était prévu de poursuivre notre journée par une escapade au jardin des Tuileries, nous allions donc probablement reprendre le métro, le trajet à pied étant trop long par rapport au temps qu’il nous restait à passer dans la capitale.

En fait il n’était pour l’instant pas question de nous rendre à l’endroit prévu par le programme, mais en revanche de trouver un café pour se désaltérer était devenu la priorité des priorités, car tout le monde était assoiffé.  Nous étions dans un quartier huppé de la capitale et il n’allait sûrement pas être facile de repérer un établissement à porté de nos bourses. Du coup l’entrain qui nous avait animés depuis le matin fut stoppé net, et nous passâmes d’un planning bien huilé, au plus total des cafouillages.   

Il était certain que nous n’allions rien trouver à notre convenance, mais comme personne ne voulait imposer sa volonté, notre marche sans cesse interrompue par des concertations qui n’aboutissaient à rien, finirent par démolir complètement ce qui me restait de mes quelques forces. Je voulais bien  essayé de me ressaisir, mais j’invitai vivement le groupe à poursuivre notre balade sans s’arrêter continuellement en espérant toutefois parvenir à nos fins.

La chose étant entendue, nous marchions maintenant d’un pas régulier et la situation me plaisait davantage car elle évacuait le stress consécutif à la peur que j’avais eu de ne plus être capable de poursuivre mon chemin. 

Malgré mon corps qui exprimait sa souffrance et mes forces qui me trahissaient à un bien mauvais moment,  je trouvai l’intérêt et la motivation de prendre un cliché de la façade du relais Plaza dans l’avenue Montaigne.

J’étais un peu à la traine mais je rejoignis la troupe qui avait ralenti le pas rue du Boccador, rue qui croisait celle de la Trémoille. J’eus encore la vivacité d’esprit de faire remarquer à Florence qu’une partie de cette famille de la Trémoille avait vécu dans le château de Serrant près d’Angers, avant de subir un nouveau coup de grisou. Cette fois c’était mon cœur qui m’alertait pour la seconde fois, que tous les clignotants étaient au rouge, et qu’il fallait songer à prendre un peu de repos. Je n’écoutai pas mon corps, je n’écoutai que mon esprit, et comme la décision de rejoindre les Champs Elysées avait été prise, je me sentais fortement capable de tenir bon, maintenant que nous avions un but de fixé.

Il était sûr et certain désormais que nous ne trouverions pas chaussures à nos pieds, car la chique avenue Georges V nous conduisait directement à  celle nommée comme étant la plus belle et l’une des plus chères du monde.

Nous passâmes devant l’hôtel Fouquet’s  et remarquâmes une longue file d’attente de personnes qui espéraient pouvoir pénétrer chez Louis Vuitton.

La mythique avenue était noire de monde, la plupart des promeneurs étaient là pour profiter du soleil un peu vacant depuis le début du printemps, les touristes formant la troupe la plus nombreuse.

Quelques minutes d’effort supplémentaire plus tard nous arrivâmes à hauteur de l’Arc de Triomphe. J’aperçus un petit muret sur lequel je pouvais m’asseoir, je me précipitai pour m’exécuter avec la ferme intention de me reposer longuement avant de poursuivre le chemin.

En fait ma faiblesse arrangeait tout le monde, car personne ne rechigna de se poser un peu. Les abords de la place de l’Etoile et les trottoirs jouxtant l’avenue débordaient d’une activité humaine intense. La circulation automobile soutenue, et les animations en tous genres étaient un spectacle qui me faisait oublier les inconvénients de la maladie. Je ne regrettais rien de ce voyage, j’étais comme je l’ai déjà exprimé parfaitement heureux d’être ici, même si je devais en payer les conséquences.

Gaby et Étienne qui nous avaient provisoirement abandonné revenaient avec des cannettes de bière et une bouteille de Vittel, car l’idée de se désaltérer n’avait pas quitté les esprits.

A part une petite gorgée d’eau avant d’embarquer sur le bateau mouche, je n’avais pas bu depuis notre départ de Vauréal, et le pire c’était que je n’avais même pas soif. Le soleil commençait à baisser d’intensité, signe que la journée était bien avancée, je consentis donc d’avaler de ce précieux liquide pour hydrater ma gorge asséchée, en espérant toujours ne pas rendre de compte à mes intestins, d’ici notre retour à l’hôtel.

Quelqu’un d’entre nous avait indiqué qu’il n’était pas loin de dix huit heures, nous décidâmes en commun accord de renoncer à diner sur Paris. J’espérais simplement ne pas être la cause de cette nouvelle modification dans le programme. Une troupe militaire, ainsi qu’un groupe de jeunes enfants étaient en train de commémorer je ne sais quel anniversaire sur le trottoir d’en face. Il fallait traverser l’avenue pour atteindre une bouche de métro, nous rejoignîmes donc la manifestation tout en nous frayant en chemin parmi les badauds qui s’étaient arrêté pour satisfaire leur curiosité. 

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Bateau Mouche

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Le bateau était conçu pour accueillir des passagers sur deux niveaux. La plateforme supérieure située en plein air, était aménagée comme dans une salle de cinéma, avec des rangées de chaises placées les unes derrière les autres. Dans la partie inférieure les gens étaient installés de la même manière qu’en haut, mais confinés derrière de larges baies vitrées.    

L’avantage de naviguer à l’extérieur c’était sans conteste d’avoir  un champ de vision nettement meilleur qu’en bas,  aussi les touristes tentaient d’être en début de file, pour obtenir ce qu’il considérait comme  la bonne place.

Patrice et Odile nous avaient précisé qu’ils s’assoiraient en dehors. Il était certain que les autres en feraient autant. Nous allions être provisoirement isolés du groupe, mais qu’importe nous préférions nous préserver de l’agressivité de l’astre solaire, en nous installant au-dedans de l’embarcation.

Le signal avait été donné,  une marée humaine s’engouffra sur la passerelle. Néanmoins l’embarquement des passagers était bien organisé, il se fit par flux réguliers, et sans bousculades. Au bout de dix minutes le capitaine du navire put lever l’encre et j’étais enfin assis pour un bon moment, après avoir un peu trop piétiné à mon goût.

Certes prendre des photos n’était pas la panacée car en plus des reflets, il fallait aussi compter sur des rayures et sur une propreté approximative du vitrage, mais nous profitions de deux avantages qui valaient  tout l’or du monde, l’espace était climatisé et les ultraviolets ne pouvaient pas nous atteindre.    

Cependant nous n’avions pas prévu l’indiscipline générale des touristes étrangers. Il était quasi impossible d’entendre les explications données en voix off, bien que ces informations fussent traduites en plusieurs langues. Des magrébines avaient entrepris de se prendre en photo, manifestement l’architecture parisienne ne les intéressait guère. Elles avaient une excuse car l’arabe n’était pas employer dans les commentaires. Par contre les nippons faisaient un bruit d’enfer même lorsque leur langage était à l’honneur. J’avais beaucoup de mal à comprendre pourquoi tous ces gens avaient dépensé de l’argent pour manifester une telle indifférence.

Le circuit était un grand classique du tourisme mondial. Nous passâmes sous le pont des Invalides puis sous celui d’Alexandre III. De notre place il nous était impossible d’apercevoir le dôme doré de la chapelle Saint Louis. Par contre l’assemblée nationale et le musée d’Orsay étaient bien dans notre ligne de mire

Plusieurs touristes s’étaient permis de sortir par l’une des deux portes latérales, l’une était située à l’opposée de l’autre, mais elles donnaient toutes les deux l’accès à un pont sur lequel  je compris qu’il n’était pas interdit d’aller. J’alternai donc les moments de repos à l’intérieur, et d’escapades à l’extérieur pour faire des prises de vues, tout en me félicitant de notre choix, et de notre liberté de mouvements. J’étais persuadé qu’à l’étage les amis devaient être coincés dans leurs chaises sans possibilité de se relever. 

Nous passâmes successivement sous le pont Royal, puis sous le pont du Carrousel avant d’atteindre le pont des Arts. Je fis remarquer à Chantal en lui montrant du doigt, la présence de nombreux cadenas, que ces cadenas étaient accrochés par des couples aux parapets grillagés, pour se jurer fidélité pour la vie. Je connaissais la signification de cette pratique grâce à un reportage diffusé à la télévision sur le sujet.

L’institut de France surplombait notre embarcation, tandis que nous longions toujours la rive gauche de la Seine. Les touristes étrangers semblaient complètement désintéressés par l’historique du pont Neuf, par contre l’île de la Cité, Notre Dame, et l’île Saint Louis suscitèrent leur curiosité, sans doute parce ce quartier de la capitale était mondialement connu. 

A l’avant du bateau une petite brise me fouettait légèrement le visage, et je sentais l’odeur particulière de l’eau du fleuve. J’étais tout seul parmi les japonais qui fidèles à leurs réputation, mitraillaient à tout va, tantôt une mariée sur le quai, tantôt une parisienne qui leur faisaient un signe du haut de son balcon, tantôt un couple d’amoureux en train de prendre un bain de soleil, sur la berge.  

Le bateau venait de ralentir son allure. Il exécuta un demi-cercle et nous contournâmes ensuite l’île Saint Louis avant de naviguer cette fois le long de la rive droite.

De l’hôtel de ville au Louvre je m’étais assis sans bouger, car j’avais ressenti l’arrivée d’un léger malaise, comme j’avais l’habitude d’en avoir régulièrement.

Ce coup de grisou avait sensiblement calmé mes ardeurs, le corps en sueur et le visage rougi,  j’avais attendu  lentement mais surement que l’orage ne passe, avant de reprendre goût à la balade.  

Petit à petit nous repassâmes sous les différents ponts qui avaient jalonné notre circuit de départ, puis nous prolongeâmes notre excursion au-delà du port de la Conférence en passant  sous le pont de l’Alma, puis sous le pont de l’Iéna. Les japonais qui continuaient de jacter autour de nous sortir d’un coup en masse. Ils avaient parcouru des milliers de kilomètres pour photographier la tour Eiffel,  et il ne s’agissait pas de se dérober. Devant ce symbole fort de la France s’achevait notre mini croisière. Le bateau exécuta à nouveau un demi-cercle et nous retournâmes sur nos pas, avant de rejoindre pour de bon notre point de départ.

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Chapeau bas monsieur !

Chapeau bas monsieur ! dans Cancer du rein avenue-de-New-York

Dans l’organisation du programme, Élisabeth avait prévu une excursion en bateau mouche, l’idée me faisait plaisir, car j’avais déjà eu l’occasion de faire cette balade dans le cadre d’une sortie comité d’entreprise, mais il y avait déjà bien longtemps, et l’évènement s’était passé en période d’hiver, donc dans des conditions nettement moins agréables qu’en cette belle journée de mai.

Du parvis des droits de l’homme, il fallait descendre vers les jardins du Trocadéro puis les traverser, avant de  longer les berges de la Seine en direction du pont de l’Alma.

Personne ne se plaignait, mais manifestement les organismes souffraient un peu, car à ce moment de l’après-midi,  le soleil tapait sur nos têtes  à plein régime.

Ma gorge commençait à s’assécher, je me résolus à boire de l’eau. La pollution de l’air parisien n’était certainement étrangère au fait que je commençais sérieusement à manquer d’air. Je respirais par petites saccades et mon cœur semblait vouloir également jouer les troubles fête. Néanmoins je tenais bon. J’étais heureux de narguer la maladie, et pas moins heureux d’avoir pu participer à ce voyage.

Ma présence dans notre capitale en ce week-end de pentecôte était tout bénef pour mon mental. Je gardais constamment  à l’esprit que les épreuves ne pouvait pas être évitées, j’étais donc satisfait de les endurer au côté de mes amis, plutôt que tout seul dans mon fauteuil de salon, à attendre bêtement d’aller mieux avec en prime une sensation de frustration de m’être interdit cette sortie en leur compagnie.

Nous arpentions le trottoir qui bordait d’un côté les quais de la Seine et de l’autre côté l’avenue de New-York. J’essayais de marcher à l’ombre des arbres mais comme je devais mordre sans arrêt la piste cyclable, j’entendais sans cesse la sonnette d’un vélo qui m’invitait à me ranger sur la droite.

L’eau que j’avais bu n’avait pas été suffisante, la gorge commençait à me faire terriblement mal, mais je n’étais pas le seul du groupe à m’en plaindre, sans doute y avait-il une explication à ce phénomène.

L’agitation était grande autour de nous. Outre les vélos qui m’interdisaient le plus souvent de profiter de l’ombre des platanes, beaucoup de promeneurs arpentaient les bords de Seine en familles, ou entre amis. Le trafic routier sur l’avenue de New-York était également fort intense, et les bateaux mouches bondés de touristes, constituaient l’essentiel d’un trafic fluvial pour le moins assez dense. Bon an mal an, nous nous rapprochions de notre destination.

Au pied de la flamme de la liberté, deux petits bouquets de roses fanées, nous rappelaient que sous nos pieds à l’intérieur du tunnel routier du pont de l’Alma, la princesse de Galle avait trouvé la mort dans un accident de voiture en 1997. Chantal me demanda de la prendre en photo sur le site, en souvenir de Diana et de la famille Royale d’Angleterre qui ont toujours exercé sur elle, une sorte de fascination. Le service n’avait pas été bien grand à rendre, et si mes forces s’épuisaient j’étais encore capable d’effectuer quelques clichés.     

Du quartier Eiffel Trocadéro au port de la Conférence, là où se situait la compagnie des bateaux mouches, il nous avait fallu un bon quart d’heure d’une marche pépère.

Le quai était envahi par les cars de touristes. Nous empruntâmes à la queue leu-leu un genre de passerelle couverte et assez longue. Il fallait attendre dans une  foule bruyante, qu’Élisabeth récupère nos billets, mais j’étais à l’ombre et j’avais trouvé un petit coin pour m’assoir. Munis de notre précieux sésame, nous passâmes l’un après l’autre une barrière tourniquet, mais de l’autre côté de cette barrière il fallait patienter cette fois que notre bateau se vide de ses précédents passagers.

Noyé dans la masse, j’avais presque atteint le point de rupture, heureusement un petit escalier métallique n’attendait que moi pour que je pose mes fesses sur la première de ses marches. De ma place j’avais tout le loisir d’observer aux alentours, et justement j’avais la preuve devant mes yeux  qu’il existait des gens encore plus courageux que je ne l’étais, ce qui me permettait de relativiser ma situation du moment.

En effet l’un des membres d’une équipe de nippons qui attendait de pouvoir embarquer au milieu de ses congénères, avait la jambe droite de coupée. Une épingle de sureté retenait sa jambe de pantalon au niveau de la cuisse, et il marchait à l’aide de deux béquilles. Je me demandais bien la raison pour laquelle il n’avait pas de prothèse, mais en tout cas j’avais envie de lui dire chapeau monsieur de venir d’une terre aussi lointaine, dans de telles conditions.   

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Mon organisme en danger

Mon organisme en danger dans Cancer du rein larche-de-la-d%C3%A9fense

En sortant de la bouche de métro mes paupières clignèrent plusieurs fois avant que mes yeux ne s’habituent à l’hyper luminosité des lieux. Dès mes premiers pas, je fus frappé par la chaleur écrasante exacerbée par la réverbération de l’immense dalle qui s’étalait devant moi.  

L’esplanade, c’est quelque chose à voir, à aimer ou à détester. Immense, large, elle sépare les deux rives de la Défense, parsemées de gratte-ciels de verre et d’acier. A l’Ouest, elle est gardée par le Grande Arche, aux arêtes tranchantes, qui vaut le coup d’être vue d’en bas, ou d’en haut pour ceux qui ont la chance d’y accéder. A l’est c’est Neuilly, et dans le prolongement, Paris.

La brise légère qui soufflait par intermittences, me  rafraîchissait à peine le corps. L’esplanade de la Défense accueillait habituellement les cadres pressés, mais en ce dimanche de pentecôte c’étaient plutôt les touristes en vadrouille qui occupaient le terrain. L’arche qui surplombait toute cette agitation, ne m’offrait qu’une maigre part d’ombre, alors que je cherchais à ses pieds sur les marches de son parvis, un peu de repos.

Il fallait en définitive passer sous cette œuvre architecturale éléphantesque pour se protéger définitivement des rayons du soleil, et pour profiter aussi d’un courant d’air beaucoup plus frais. De l’endroit où j’étais assis, j’apercevais au loin l’Arc de Triomphe, et je  constatai que les deux monuments étaient en alignement, probablement parce que par soucis d’esthétique, les architectes de l’Arche l’avaient voulu ainsi.     

Je n’étais pas déçu de cette halte, il fallait impérativement la faire. Au fil du temps ce quartier d’affaires était devenu de plus en plus célèbres, et l’architecture moderne méritait de citer au même titre que les bâtiments les plus anciens de notre histoire.

Nous nous étions un peu éparpillés pour découvrir chacun à son rythme et  à sa convenance le cite, mais pour l’heure nous étions de nouveau regroupés. Après avoir accepté de le faire,  une jeune touriste d’origine étrangère nous prit en photo, marquant ainsi le point final à notre visite en ce lieu.   

Il n’y avait pas foule dans l’espace commercial existant, pourtant l’endroit était climatisé et fort plaisant. Très vite nous trouvâmes ce que nous y cherchions afin de soulager un besoin  naturel, puis nous rejoignîmes la ligne de métro qui devait nous conduire vers la deuxième étape de notre parcours.

Depuis notre départ de Vauréal, mon organisme était resté à peu près sage, mais trois jours d’affilés d’un sommeil irrégulier, et mon repas du matin un peu trop léger, commençaient cependant à peser sur mes capacités de résistance. Flâner plutôt que de marcher d’un bon train, était le pire de mes cauchemars. J’avais bien avec moi ma canne qui me rendait un fieffé service, mais je savais qu’à un moment ou à un autre, j’allais devoir coute que coute supporter les difficiles conséquences de ces piétinements incessants.

Le moment de repos dont je venais de bénéficier, avait été de courte durée. A la station Charles de Gaulle Étoile, il fallait changer de ligne. Comme je l’avais prédit le matin à mon réveil, mon périple dans la capitale devenait un marathon.

L’escalator qui nous hissa vers la lumière du jour  était un peu fatigué, il faisait un bruit bizarre. Nous sortîmes directement sur le parvis des droits de l’homme. Le Trocadéro était noir de monde, nos oreilles étaient assaillies par une cacophonie de langues étrangères et nous fûmes également immédiatement abordés par des marchands ambulants de tours Eiffel et de breloques en tous genres.

Comme sur l’esplanade de la Défense, l’endroit était dépourvu de coins d’ombre et la chaleur y était tout aussi écrasante. A hauteur du muret de protection sur lequel on pouvait s’appuyer, le visiteur découvrait en enfilade, le jardin du Trocadéro, le pont d’Iéna, la tour Eiffel et le Champ de Mars. Le spectacle qui s’offrait à mes yeux était sublime, je connaissais un peu Paris, mais je restais toujours aussi impressionné par la beauté de notre capitale.

J’ignore pourquoi le souvenir de ces images d’archives cinématographiques était venu coloniser mes pensées, mais je fis remarquer à Gaby qu’à une époque sombre de notre histoire, Adolphe Hitler s’était tenu debout à l’endroit même où nous étions situés.

Chantal proposa de prendre une nouvelle photo du groupe. Je m’accroupis alors que je n’aurais pas dû le faire. Brusquement ma tête se mit à tourner, et je fus contraint de me cramponner au mur pour ne pas tomber sur les fesses, comme cela m’était déjà arrivé quelquefois. Les petites étoiles qui scintillaient devant mes yeux disparurent une à une, et je pus ensuite me raccrocher au wagon. A ce moment de la journée et ce depuis mon petit déjeuner du matin, je n’avais pas encore bu une seul goutte d’eau. En agissant ainsi, je voulais me préserver d’une riposte brutale de mes intestins, mais j’avais conscience que je mettais peut-être le reste de mon organisme en danger. Je voulais néanmoins espérer que non.  

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