Le livre de vie

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Justement ce départ vers l’agglomération nantaise visait non seulement à faire le bilan de mes quatre semaines d’un traitement qui s’était donc achevé le trois juin, mais également à discuter de la politique à suivre, conséquemment aux résultats de mon IRM datant du début du mois de mai, car comme je l’avais prédit le docteur R ne m’avait pas téléphoné depuis ce moment là, pour préciser sa position.

J’étais convoqué très tôt, ce qui avait l’avantage de ne pas nous bloquer pour la journée entière, mais l’inconvénient majeur de ce départ au chant du coq c’était que nous allions grossir le trafic routier avec le risque de nous retrouver bloqué à l’abord du périphérique nantais, par un flot ininterrompu d’automobilistes, gagnant pour la plupart,  leur lieu de travail.

L’apparition au lointain de l’émetteur de Haute-Goulaine m’indiquait que nous approchions du goulot d’étranglement tant redouté, et un panneau lumineux nous confirma un fort ralentissement. Finalement c’est bien quand on se prépare au pire, que le pire n’arrive pas. Manifestement les informations routières n’étaient pas fraîches, car nous franchîmes un obstacle fantôme,  pour notre plus grand plaisir.

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Le parc du CAC de l’espoir nous accueillait avec une forte odeur d’herbe coupée, à cette époque de l’année les pelouses qui auraient dû commencer à jaunir, arborait fièrement une belle couleur verte, signe évident de ce printemps pluvieux. Les places de parking encore très nombreuses, étaient un autre avantage de cette convocation matinale.

Contre toute attente, le fait de poser les pieds dans l’enceinte du bâtiment déclencha en moins un peu d’angoisse. Je ne passais pas de scanner, et les résultats de l’IRM semblaient être à la hauteur de mes espérances, pourtant le doute, et donc la peur d’entendre une autre vérité que celle profondément ancrée dans mon esprit, dominait mes pensées.

Je n’oubliais pas que c’était moi qui avais déclenché ces nouvelles hostilités contre la maladie, et maintenant que la machine était lancée j’angoissais d’avoir bousculé la petite tranquillité dans laquelle je m’étais installé au fil du temps.

Qu’allait-il me proposer pour éradiquer cette tumeur ? Toutes mes expériences médicales et chirurgicales, n’avaient pas été subies sans traumatisme, n’étais-je pas en train de me mettre de nouveau dans une situation déstabilisante, au risque de perdre tout contrôle de moi-même ? 

L’enregistrement de mon arrivée n’avait été qu’une formalité, mais il avait fallu rejoindre rapidement les toilettes pour contenter mes intestins, qui avaient vivement réagi à mon état d’esprit du moment. Pour l’heure N avait constaté  notre présence, il ne nous restait plus qu’à espérer rapidement notre tour.

La salle d’attente et le couloir étaient vides, nous pûmes nous asseoir directement près de la porte d’entrée du praticien. Mes yeux restaient rivés sur un poster accroché sur le mur qui me faisait face, représentant un petit coin très bucolique de la vallée du Lison, ce qui me permettait de concentrer mon esprit sur un autre sujet que celui qui me préoccupait, et qui faisait justement l’objet partiel de ma visite en ce lieu.

Le doute est une situation très inconfortable, car elle engendre des questions génératrices de stress, stress qui engendre lui-même un mal être très préjudiciable pour l’avenir du malade. Malheureusement même les patients les plus zens ne peuvent guère éviter de passer sans encombre, par cette épouvantable épreuve avant que le voile ne se déchire, sur une vérité quelquefois pleine de soulagement, quelquefois proche de l’anéantissement.

Ce genre de situation, je le vivais régulièrement sans réel perspective de voir un jour, le bout du tunnel, ce vendredi de juin, n’était qu’une fois de plus à rajouter sur la liste d’une grande série.

L’attente ennuyeuse, inquiétante, angoissante, destructrice, finit toujours malgré tout par s’achever.

« Monsieur Gautier ? »

Ce monsieur Gautier que j’avais déjà entendu prononcer maintes et maintes fois dans la bouche de mon oncologue, allait enfin me délivrer d’un fardeau.

A chaque fois je me disais que j’étais arrivé à un point de non retour, que désormais je ne serais plus capable de supporter cette terrible pression, et à chaque fois ‘’l’aventure’’ continuait, parce que personne ne pouvait me suppléer, parce que l’histoire de ma vie devait se dérouler de cette manière, et que ni des cris, ni des larmes, ni des crises de nerfs, ni rien de tout le reste, ne pouvait changer l’ordre des choses.   

 

Le livre de la vie est le livre suprême,

Qu’on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;

Le passage attachant ne s’y lit pas deux fois,

Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ;

On voudrait revenir à la page où l’on aime,

Et la page où l’on meurt est déjà sous vos doigts…

 

                                   Alphonse de Lamartine

 

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