La nature du regard

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Entre temps un vieillard à la peau décharnée était arrivé poussé dans un fauteuil roulant par un ambulancier. N avait prévenu  qu’il y avait une petite demi-heure d’attente. Discrètement et diplomatiquement en nous regardant d’abord brièvement dans les yeux, elle avait confirmé au couple de ‘’retraités indisciplinés’’ que le médecin recevrait ses patients strictement dans l’ordre stipulé à l’avance sur la liste. Je n’avais pas décelé dans leur regard le moindre signe de mauvaise humeur. Sans doute avaient-ils enfin compris qu’ils n’étaient pas seuls au monde.

Depuis notre arrivée j’avais eu le temps de remplir deux grilles de mots fléchés, je m’apprêtais à en entamer une autre lorsque nous fûmes appelés.

Nous étions accueillis toujours avec le même sourire, puis le médecin comme à l’habitude me regarda droit dans les yeux. Entre-temps le livre que mon interlocuteur m’avait prêté la fois précédente pour me donner des idées de nourritures adaptées à ma pathologie, et que Chantal venait de poser sur son bureau, nous fit dévier de ce qui aurait dû être notre conversation.

« Est-ce qu’il vous a été utile ? »

« Je m’attendais à des propositions de menus étalées sur plusieurs jours, mais en fait à part deux ou trois recettes avec des ingrédients que l’on a pas forcément l’habitude d’acheter, j’ai été un peu déçu. »

Le médecin feuilletait l’ouvrage sans dire un mot.

« En plus en fonction des différents effets secondaires, il faut supprimer tel ou tel apports de la recette, ce qui finit par ne plus rimer à rien. »

« Le gingembre par exemple lorsque l’on a des infections buccales ! » Le médecin sourit au terme de sa lecture.

« A remiser au placard »

Nous étions tous d’accord pour ne plus accorder davantage d’intérêts à ce livre. 

« Bon alors comment c’est passé ce cycle de traitement ? »

« Si en matière de cancer et de ses traitements ont peut parler de routine, comme à l’habitude. Je suis relativement tranquille pendant les deux premières semaines, et ensuite les ennuis commencent. »

« Toujours vos problèmes intestinaux ? »

« Les intestins, les brûlures d’estomac, la déglutition, et souvent le cœur qui s’associe à mes problèmes digestifs, rien de bien agréable à vivre. »

« J’imagine ! »

« Est-ce vous avez contacté vos collègues pour une éventuelle intervention par radiofréquences  sur la tumeur qui nous pose le plus de problèmes ? »

« Je vais être franc avec vous, je ne m’en suis pas occupé. Avec les vacances et l’absence à tour de rôle de mes confrères, j’attendais que l’équipe soit au complet pour en débattre. »

« Oui je comprends, j’attendrais encore un peu pour savoir. »

« Ne vous inquiétez pas c’est noté dans un coin de mon carnet, et je n’oublierai pas de soulever la question lors de notre prochain colloque. »

« Ma prise de sang ne me semble pas trop mauvaise, mais je m’inquiète pour le nombre de mes  plaquettes qui ne cessent de chuter. »

Mon interlocuteur tapota sur son ordinateur pour consulter mon dossier.

« Non, il n’y a rien d’alarmant, ne vous faîtes pas de soucis. »

Je n’osai pas lui dire que sa réponse ne me satisfaisait pas, car au rythme de la chute des ces plaquettes, j’étais persuadé qu’un jour il faudrait agir pour rétablir l’équilibre, et je voulais justement savoir de quel manière il opérerait pour y parvenir.

« Bon on continue ? »

« Je crains de ne pas avoir le choix ! »

« Je le crains également. »

En dehors du Sutent, je n’avais pas besoin qu’il m’établisse une longue liste de médicaments, car je n’avais pas utilisé la totalité de mon stock.

« Nous avons anticipés la date de votre rendez-vous pour le scanner, ce sera le 19 octobre en début d’après midi, suivra ensuite la consultation. »

N était entièrement vouée à notre cause, elle remplit le document de transport pour la sécurité sociale, et me remis la convocation aux CA pour l’examen, et celle au CAC de l’espoir pour mon entretien auprès du docteur R.

Il était temps pour nous de quitter les lieux. Le couple de ‘’retraités indisciplinés’’ était toujours assis au même endroit. L’homme me fixa dans les yeux sans que je sache vraiment la nature de ce regard.

L’atmosphère était lourde et à l’orage, les parkings n’avaient toujours pas désemplis, je quittais le CAC de l’espoir en essayant d’oublier que le 19 octobre, le cauchemar allait de nouveau recommencer. 

 

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