L’audiance à huit clos

L'audiance à huit clos dans Cancer du rein la-pudeurla-pudeur-2-300x110 dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me sentais tellement dégradé, tellement humilié. Ce genre de préoccupations qui germaient parfois dans ma tête, avait bien peu d’importance compte-tenu de l’enjeu qui m’amenait ici, je vous l’accorde bien volontiers, j’avais le mérite d’en prendre conscience, mais les pertes de liberté et d’intimité rencontrées mainte et mainte fois dans les milieux médicaux, étaient des éléments qui perturbaient énormément ma nature d’homme pudique, et je ne pouvais rien y changer.   

Tout ceci avait au moins l’avantage de détourner provisoirement mes peurs, m’aidant ainsi à canaliser plus facilement ma tension nerveuse.

Mes mouvements étaient un peu malhabiles à cause de la gêne provoquée par l’aiguille et le tuyau du cathéter, mais j’avais réussi à m’allonger sur la table d’examen sans aide extérieure.

« Mettez vos mains au dessus de votre tête et descendez un peu vos fesses, surélevés vos jambes en les posant sur le coussin. »

De par mon orientation, je pouvais voir à travers la vitre, le radiologiste qui planchait devant son écran d’ordinateur sur un dossier qui était probablement celui du grand homme sec et barbu qui m’avait précédé. Je sentis mes intestins se contracter en pensant que très vite il passerait à l’étude de mon propre dossier.

Les petits repères lumineux qui reflétaient sur mon corps m’indiquaient que j’allais être bientôt tout seul dans la pièce et que l’examen allait débuter. La table se déplaça dans le large anneau, en y faisant passer mon corps des pieds jusqu’à la tête, puis marqua un temps d’arrêt.

J’entendis les premières consignes qui m’invitèrent à gonfler mes poumons et à stopper ma respiration. La table se remit en mouvement en sens inverse, puis on m’invita à reprendre ma respiration. L’opération fut répéter une seconde fois de la même manière, et la machine marqua un autre temps d’arrêt.

« Je vais vous injecter le produit de contraste, c’est presque terminé. »

Je connaissais la procédure sur le bout des doigts, je savais par exemple qu’après l’injection une impression de chaleur allait naître au niveau du coxis, en se diffusant ensuite à l’ensemble de mon organisme et que la machine allait reprendre son travail. Le tube à rayons X  et le détecteur associé allaient tourner autour de moi à toute vitesse découpant pour la 35ème fois mon anatomie en des dizaines de clichés qui allaient une fois de plus parler, interdisant ainsi au vilain lutin, de cacher  ses éventuelles nouvelles mauvaises  intentions.

« Ça va  monsieur Gautier ? »

« Oui impeccable. »

« Je vais vous libérer »

Elle fit descendre lentement la table d’examen pour que je puisse poser les pieds par terre. Elle dut m’aider à me redresser, car j’étais complètement ankylosé. 

« Il faudra boire abondamment monsieur Gautier, pour bien éliminer le produit. »

Mon interlocutrice faisait bien de me le rappeler, car lorsque je n’avais pas soif, comme c’était d’ailleurs le cas au moment où elle me parlait, j’avais tendance à oublier d’avaler régulièrement un grand verre d’eau.

De toute cette chienlit que la maladie avait provoqué dans mon existence, c’était l’épreuve de ‘’ l’audience à huit clos’’ que je redoutais le plus, et j’étais sur le point de la vivre.

« Allez-y. Je vous raccompagne jusqu’à votre cabine, si vous le voulez bien. Je vais vous débarrasser de cet encombrant matériel. »

L’assistante technique médicale  de radiologie, tel était son grade, je venais l’apprendre en lisant la petite étiquette épinglée sur se blouse, retira ma perfusion en un clin d’œil, sans que je ressente la moindre douleur.

« Vous pouvez vous rhabiller, ensuite vous patienterez un peu, le médecin viendra vous communiquer les résultats. »

Je sentis le rouge me monter au visage, aux oreilles et dans le cou, comme si une poche d’eau s’était rompue laissant se répandre le liquide chaud à l’intérieur de ma tête. A l’inverse le reste de mon corps était plutôt transi.

Gérer un surplus de stress, sans se laisser déborder, voilà à quelle épreuve il fallait se confronter. J’étais loin d’être un seigneur dans l’art de la maîtrise de soi, et huit ans d’expérience n’y changeaient rien.   

Nous étions en octobre, j’avais donc un peu plus de vêtements à revêtir qu’en été. Je prenais bien mon temps à les enfiler. Adepte des sabots ou des chaussures sans lacets, je pestais de devoir porter mes ‘Caterpillar’ qu’il fallait délacer, enfiler avec un chausse-pied, relacer, avant de pouvoir débuter ma journée. Cette fois ‘’la manipulation’’ habituellement tant décriée, me rendait un bien grand service, car je voulais rester le moins longtemps possible à ne rien faire d’autre qu’à attendre.

 

habiller

lacer-mes-caterpillars



L’environnement est-il beau ou laid ?

L'environnement est-il beau ou laid ? dans Cancer du rein beaute-du-monde-1beaute-du-monde dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré qu’elle soit également éclairée par des néons, la petite cabine dans laquelle j’allais être perfusé,  semblait à mes yeux beaucoup plus clair que celle de la dernière fois, et par conséquent beaucoup moins lugubre.  S’agissait-il simplement une interprétation par rapport à l’état d’esprit du moment ? L’environnement  serait-il beau quand on aurait l’humeur de l’estimer beau, et serait-il  laid quand on aurait celle de l’estimer laid.

« Je suis très ennuyé car j’ai oublié à mon domicile, les résultats de ma prise de sang. Néanmoins je connais exactement le  taux de créatinine dans mon sang,  il est de 16 mg/l, pour un poids de 87 kg. »

Mon interlocutrice paraissait carrément ennuyée de devoir me croire sur parole.

« C’est vraiment très embêtant, comment procède t’on habituellement, est ce que l’on fait l’examen avec ou sans le produit ? »

Le service IRM du CAC de l’espoir m’avait déjà posé cette étrange question en mai dernier, je ne comprenais pas très bien que des personnes que je considérais comme compétentes puissent se sentir déroutées devant un cas comme le mien, qui pourtant ne devait  pas être exceptionnel. Je concevais encore moins le fait qu’elles s’en remettent à moi pour trouver une solution. Et puis j’avais envie de lui dire que sa question était idiote compte-tenu du fait que le radiologiste m’avait prescrit ce fameux produit de contraste en toute connaissance de cause.

J’allais lui répondre, quand elle me précisa qu’elle allait demander au médecin les instructions à suivre. Je ne fis rien pour l’en dissuader, j’avais bien compris que finalement elle ne souhaitait pas prendre  une responsabilité qui n’était pas la sienne. Quelques minutes plus tard le radiologiste apparut dans l’encadrement de la porte. Je connaissais l’homme pour avoir eu à faire à lui en juillet dernier, son accent était toujours aussi prononcé. Il n’était donc pas simplement remplaçant du docteur T, mais bel et bien son coéquipier. Il me serra la main.

« Bon monsieur Gautier, le produit de contraste permet d’obtenir de meilleurs clichés, mais compte-tenu de votre insuffisance rénale, nous n’allons pas vous injecter la totalité de la seringue. Surtout dès la fin de l’examen, songer à boire en abondance pour éliminer le plus rapidement possible les effets toxiques. »

De nouveau en ‘’tête à tête’’ l’assistante du médecin commença à me désinfecter la pliure intérieur du coude pour me poser une perfusion. L’aiguille pénétra dans ma veine, sans que je sente la moindre douleur. L’opération avait été menée promptement et de manière professionnelle.

« Nous vous avons déjà eu en examen il y a environ deux mois de ça, et nous n’avions pas remarqué d’évolution, pourquoi votre oncologue vous prescrit-il de nouveau un scanner ? »

« Je ne lui ai jamais posé la question, mais je pense qu’il suit scrupuleusement un protocole qui a débuté à 2005, et depuis cette époque, le rythme des scanners à quasiment toujours été de un tous les deux mois. Je ne peux rien vous dire de plus. »

Mon interlocutrice n’avait pas insisté, et elle m’avait invité ensuite à rejoindre la salle d’examens

Je n’avais rien laissé paraître de mes pensées, mais j’étais moi-même intrigué par cette fréquence aussi rapprochée des rendez-vous, car en lisant les articles rédigés par des malades dans différents forums sur internet, je voyais bien que la très grosse majorité d’entre eux n’étaient pas aussi souvent suivis que moi. Je n’allais certes pas m’en plaindre, et surtout je n’avais nul envie d’aborder le sujet avec le docteur R, qui avait sûrement ses raisons d’agir ainsi. De connaître la vérité ne m’avancerait pas à grand-chose, sinon qu’à me faire du mal, en cas de mauvaise réponse.

Je me baladais en slip et en chaussettes, je n’avais pas coutume de franchir le seuil de la salle d’examens dans une telle tenue, et je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir tout à fait ridicule. Habituellement mon accompagnateur s’assurait que je ne porte pas une médaille sous mon t-shirt, et il me demandait ensuite de baisser mon pantalon avant que je ne  m’allonge sur la table, pour que ma boucle de ma ceinture ne fasse pas obstacle à la qualité des clichés. S’agissait-il de nouvelles consignes émanant de la direction ?

 

ridiculeslip-chaussette



Ondes positives

Ondes positives dans Cancer du rein cheveux-longs-grisonnants

ca-menerve dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

« Je vous donne ce petit questionnaire à remplir, vous pouvez vous mettre au bout du bar, il y a un stylo à votre disposition. »

C’était au moins la quatrième fois que je venais ici, je ne comprenais pas pourquoi au me demandait de répéter toujours les mêmes choses. Je ne doutais pas un seul instant que mon dossier informatique comporte déjà tous  ces renseignements, et par  conséquent je voyais ici une perte inutile de temps et d’énergie. Je m’exécutai sans rien laisser paraître de mon agacement.

J’étais cependant consolé de constater que  l’attente n’allait pas être bien longue, car nous étions absolument seul à patienter dans notre coin, j’allais donc logiquement être le premier à passer, et nous nous approchions de l’heure. Chantal avait l’état d’esprit de lire, moi celui de ne rien faire. En fait je ne souhaitais qu’une seule chose, appuyer sur la touche rapide en avant, pour m’éloigner au plus vite de cet environnement.

Un homme grand, sec, aux cheveux longs, et affublé d’une barbe grisonnante datant de quelques jours, était entré avec à ses côtés une ambulancière qui donnait davantage l’impression de suivre que d’accompagner le malade. Il s’était présenté à l’accueil, avant de pénétrer dans l’espace réservé aux patients, où il s’était assis en face de nous, alors que sa coéquipière s’installait à son tour, deux chaises à l’écart de lui.

Il n’était calme qu’en apparence, car il ne resta pas bien longtemps assis. Les allers et retours qu’il effectuait sans cesse d’un bout à l’autre de la pièce me distrayaient quelque peu de cette attente qui commençait à devenir plus que pesante. Lacé de faire les cent pas, il avait fini par regagner son siège, pour tenter d’engager la conversation avec l’ambulancière qui ne répondait que par des signes de tête. Visiblement si l’homme ressentait le besoin psychologique d’être soutenu, sa conductrice n’avait certainement pas les compétences requises, pour lui apporter l’aide escomptée.

D’entrée de jeux, le premier appel pour les examens de ce tout début d’après midi, accusait déjà un quart d’heure de retard, du coup la salle d’attente se remplissait de plus en plus. Le nom du monsieur grand et sec fut prononcé avant le mien, ce qui m’étonna fort du fait de l’horaire déjà précoce de ma convocation. Je craignais fortement que le retard soit beaucoup plus important encore que j’avais pu l’imaginer. Je n’arrêtais pas de secouer ma jambe droite, pour exorciser mes nerfs à vif.

Chantal qui levait de temps en temps les yeux de son livre, avait remarqué la présence de l’une des assistantes radiologiste

« Cette fois ça va être à ton tour. »

Elle ne s’était pas trompée, j’entendis mon nom à l’appel, et la femme m’invita à la suivre vers le secteur protégé.

Nous avions oublié les résultats de ma prise de sang. Le taux de créatinine lorsqu’il est élevé signifie que la filtration des reins est insuffisante, c’était mon cas depuis que j’avais subi l’ablation de mon rein gauche et une imputation partielle du droit. Dans le cas présent, le taux avait encore augmenté, et j’en connaissais parfaitement le chiffre. Sachant que le produit de contraste que l’on allait m’injecter est toxique pour l’organe en question, je savais par expérience que le radiologiste allait devoir s’adapter.

Lors de mon précédant passage dans ce service, la froideur  avec laquelle le manipulateur m’avait accueilli, et celle avec laquelle il s’était ensuite occupé de moi, n’avait été que les prémices de moments encore plus angoissants, angoisse qui n’avait fait  que de monter, en crescendo. Cette fois la femme qui venait de m’aborder, arborait un joli sourire, et semblait vouloir communiquer généreusement avec moi. D’emblée elle émettait des ondes positives, qui m’aidaient à me décontracter quelque peu.

 

 

ondes-positivesondes-positives-2

 



Je ne suis pas comme tout le monde

Je ne suis pas comme tout le monde dans Cancer du rein pere-noel

pere-noel-2 dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

En attendant d’appliquer cette bonne résolution, il s’agissait en premier lieu  d’encaisser cette ‘’folle’’ journée, pour retrouver ensuite, du moins je l’espérais intensément,  une bonne stabilité émotionnelle, fondement essentiel d’une solide stratégie de défense contre le malin. En la faveur de vacances plutôt réussies, j’avais eu l’étourderie de baisser ma vigilance. J’avais été tenté de croire au père-noël, et en succombant à cette tentation mon mental s’en était retrouvé affaibli. Je n’étais pas et je ne serais plus jamais comme ceux qui n’avaient pas franchi la barrière, et maintenant que la dure réalité me rouvrait les yeux, je n’avais pas d’autres choix que de payer mes erreurs.

L’injonction de se présenter à l’examen à jeun, stipulait néanmoins qu’un léger repas pouvait être pris quatre heures avant. J’avais rendez-vous à midi trente. Il fallait que je me décide à me lever, car après il serait trop tard pour prendre un petit déjeuner.

Depuis longtemps nous avions choisi de nous rendre sur Nantes par nos propres moyens, sauf lorsque le trajet se compliquait un peu. Lors de notre dernière escapade en transport sanitaire,  Chantal avait noté précisément le parcours qui nous posait problème dans le but d’acquérir notre totale indépendance. Cette fois nous avions franchi le pas en décidant de nous passer des services d’une ambulance, et il était trop tard pour faire machine arrière. Néanmoins j’avais confiance en nous, et il le fallait, car il était hors de question de rajouter du stress, au stress. 

Beaucoup des différentes étapes subies par un malade dans le cadre du protocole thérapeutique que le corps médical lui a proposé de suivre, peuvent au fil du temps devenir de la routine, mais hormis la souffrance corporelle ou mentale qui est en mesure de s’installer et de devenir très difficile à vivre, l’angoisse de mauvais résultats reste pour le cancéreux, la partie la plus insupportable de son parcours médical.

En montant dans la voiture j’étais à bout de nerfs, alors que d’habitude, c’était dans les minutes qui suivaient l’examen, que je me retrouvais dans un tel état d’esprit. Le voyage débutait donc dans de très mauvaises conditions. De plus on dit assez facilement que le temps joue un rôle important sur l’humeur des gens, de ce côté-là, l’oncologue n’aurait pas pu choisir pire que cette journée, pour me convoquer.

J’avais froid, je sentais l’humidité me pénétrer les os. Je n’osais pas réclamer le chauffage car à l’inverse,  Chantal avait tendance à avoir plutôt chaud. A l’extérieur de notre habitacle, la pluie cinglait sur le pare-brise, balayée par les essuie-glaces à la vitesse grand V. Le trafic toujours aussi dense, rajoutait aux difficultés de conduire dans de telles conditions météorologiques. 

Je n’avais ni envie de fermer les yeux, ni envie de parler, ni envie de penser. J’étais hors du temps, au milieu de nulle part. Je me connaissais que trop bien, et ce type de comportement me pourrissait la vie. Je haïssais de devoir constater le retour de son emprise sur moi. Je finis par mettre un peu de chauffage dans l’espoir de me redonner un peu de vigueur.

A part l’impressionnant franchissement du pont de Cheviré qui m’avait fait réagir un peu, le trajet s’était déroulé comme nous l’avions espéré, c’est-à-dire sans erreur, et sans la moindre hésitation. 

Le parking du service d’imagerie médical, était très peu occupé. Il était presque midi, ceci expliquait sans doute cela. Nous avions une demi-heure d’avance sur l’horaire, nous décidâmes de passer une partie de ce moment de battement, à patienter dans la voiture. De toute façon que je sois à un endroit ou à un autre, ni rien ni personne ne pouvait m’empêcher de me sentir mal dans ma peau, et aussi de cogiter. Chantal avait téléphoné à notre fille pour lui signaler que la première étape du ‘’voyage’’ c’était bien passée, mais comme nous avions vraiment pas grand-chose à faire, aussitôt après la fin de la conversation nous rejoignîmes le hall d’accueil de la clinique.

L’hôtesse était efficace, compétente et de surcroît gentille. Le laps de temps que j’avais passé à attendre qu’elle s’occupe des démarches administratives habituelles, m’avait permis largement de constater que la grande porte d’entrée à fermeture automatique était restée bloquée, et un petit courant d’air frais avait fini d’anéantir sur moi, les bienfaits procuré par le chauffage de la voiture. Je fis gentiment  la remarque à mon interlocutrice que la porte restée grande ouverte laissait rentrer le froid, mais qu’il s’agissait sans doute d’un problème technique. Elle me répondit que c’était volontaire, car il faisait horriblement chaud à l’intérieur du bâtiment. Je voulais bien la croire, mais moi je ne devais sûrement pas être comme tout le monde.

 

different

different-2



La reconstruction de l’édifice

La reconstruction de l'édifice dans Cancer du rein edifice-effondreedifice-effondre2 dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A présent j’étais en mesure de faire le bilan de ce période qui avait débuté par mon problème de genou et qui s’était terminée par ma crise d’arythmie, et le constat était amer, car mon état d’esprit avait été mis à dure épreuve. Il fallait reconstruire pierre par pierre une partie de l’édifice qui venait de s’effondrer.      

En temps de guerre, le moral des troupes est une composante primordiale, pour ne pas se laisser dominer par l’ennemi. En ce qui concerne la maladie c’est la même chose. L’adversaire est plutôt considéré comme le favori, sans doute il sera le plus fort, mais il faut faire en sorte qu’il nous batte le plus tard possible. Aussi il faut apprendre à se défendre, voir même parfois à attaquer. C’est ainsi que votre expérience vous fait découvrir que la moindre faille dans le système de protection du psychisme offre une porte d’entrée aux pensées négatives, et votre esprit envahie par trop de noirceur fini par vous détourner de votre chemin initial, pire il risque également de vous faire déposer les armes. Et puis à force de réfléchir à tout et à n’importe quoi, à force d’analyser et de se forger ses propres opinions sur votre état de santé du moment, vous vous imaginez des choses fausses et sans fondements qui vous inhibent complètement, en faisant de vous une proie facile pour ce vilain petit lutin. Vous apportez du crédit à ce corps qui est le votre mais qui est en train de s’autodétruire. Certes vous n’y pouvez pas grand-chose, mais en vous laissant aller, vous ne faîtes qu’accélérer ce processus d’autodestruction, alors qu’avec un esprit fort, vous le freinez. Il fallait donc réagir, j’en avais conscience, mais l’approche d’un nouvel examen au scanner ne facilitait pas les choses car pour l’heure l’angoisse dominait tout mon être et je ne me sentais pas la force de stopper l’hémorragie qui noyait mon cerveau de spéculations cauchemardesques.

La pluie incessante de ces derniers jours berçait ma nuit sans sommeil. Le flip flop des gouttes d’eau qui s’éclataient sur le toit formait une sorte de musique harmonieuse et apaisante. Je concentrais mon attention sur ce concert sans partition que le silence de la nuit ne perturbait pas. Tout à l’écoute de dame nature dans l’une de ses prestations, mon esprit tentait de s’isoler des mauvaises pensées qui voulaient le pénétrer. Finalement cette pluie ne m’avait pas éloigné bien longtemps de mes préoccupations Mon réveil affichait quatre heures du matin, il me restait peu de temps avant de retrouver l’asphalte de la nationale, qui devait me conduire vers mon 35ème passage dans le ‘’tunnel’’. Une fois de plus mon corps allait être passé au crible, une fois de plus la peur allait monter d’un cran, une fois de plus il allait falloir se comporter comme un grand garçon courageux.

Von Goethe a écrit : D’habitude, nous pensons que les gens courageux n’ont peur de rien. En fait ce sont des intimes de la peur. Comme cette phrase me collait à la peau en ce petit matin du 19 octobre, et comme j’aurais aimé qu’elle ne représente rien pour moi. 

J’étais fatigué, j’avais envie de le crier haut et fort. Sûr que tout le monde entendrait mes suppliques, mais personne ne pourrait faire quelque chose pour moi. Je ne le savais que trop bien, et ça me rendait d’autant plus nerveux. La sensation d’injustice s’immisçait en moi, me donnant la rage et le besoin de la manifester. Mais de la manifester contre qui ? De toute façon chacun c’est que la colère n’est pas une bonne conseillère, il fallait donc pardonner pour ce vilain sort qui s’acharnait contre moi. Seul le pardon apaise, seul le pardon permet de retrouver un sens à cette  ‘’drôle’’ de vie que j’étais en train de subir. Mais à qui fallait-il pardonner? Il naissait en moi comme une espèce de folie à force de trop réfléchir au comportement à adopter face à un problème finalement impossible à résoudre autrement que par l’acceptation pleine et entière de mon destin.

L’acceptation sans la résignation qu’est ce j’avais fait de cette philosophie qui était mienne, et qui m’avait si bien réussi, jusqu’à présent. Devant une situation aussi absurde, il fallait revenir à plus de sagesse d’esprit, l’acceptation sans la résignation, l’acceptation sans la résignation, il fallait que ces mots réintègrent ma tête.   

 

acceptation-de-soiacceptation-de-soi-2-300x65



Tourner la langue dans sa bouche

Tourner la langue dans sa bouche dans Cancer du rein sa-langue-dans-sa-bouche-2sa-langue-dans-sa-bouche dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme dit le proverbe, il faut tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler. J’étais plutôt satisfait de la manière dont les choses s’étaient passées durant ces quatre semaines de mon 20ème cycle de traitement qui était sur le point de s’achever. Outre l’épisode peu palpitant de mon cœur en révolte, je n’avais rencontré quasiment aucun obstacle à un déroulement normal de ma vie. J’en avais fait part à un couple d’amis, avant de le regretter amèrement,  le jour suivant.

Etait-ce cette oreille droite que je sentais bouché depuis plusieurs jours qui me jouait ce vilain tour ? J’étais assis sur la chaise jouxtant le bac à douche, dans l’incapacité de faire le moindre mouvement, au risque de perdre connaissance. Tout vacillait autour de moi, il m’arrivait bien souvent d’avoir des vertiges mais ceux-là étaient particulièrement virulents.  Bien calé dans mon siège je sentais quand même le sol se dérober, et le stress grandissait au fur et à mesure que je me rapprochais de l’évanouissement. A la faveur d’une accalmie j’avais réussi à atteindre un fauteuil du salon. Chantal m’avait rejoint pour s’inquiéter de ma santé, tandis que la crise reprenait de plus belle. J’avais beaucoup de mal conserver mon calme car j’ignorais totalement ce qui m’arrivait. J’étais sûr d’une seule chose, c’était qu’il fallait impérativement que je rallie ma chambre avant qu’une catastrophe n’ait lieu. Cependant une fois couché mon lit ne se révéla pas être la panacée.

Il fallait que je reste figé, car des sensations bizarres accentuaient cet espèce de mal de mer qui me donnait l’envie de vomir. Je me demandais si la position allongée n’aggravait pas ma condition, et si je fermais les yeux, c’était encore pire.  Au bout de quelques minutes cette seconde crise finit pas s’estomper, en laissant cependant des traces. D’abord j’étais excessivement nerveux, d’autre part des  sueurs froides perlaient sur mon front, et des tremblements me parcouraient le corps. Instinctivement je sentais que je n’en avais pas encore fini avec ce phénomène brutal, qui m’avait anéanti en un instant. 

Les symptômes de tête vide qui se remplit soudainement de je ne sais quelle ‘’substance’’, bouchant ainsi l’oreille incriminée en se propageant ensuite à l’autre oreille, se déclenchèrent de nouveau. Les meubles autour de moi tanguaient et la situation était très inconfortable, voir même, angoissante. Des petits sifflements au niveau des tympans, me gênaient considérablement et les bruits extérieurs résonnaient tandis qu’ils me semblaient amplifiés. Ces messages de détresse auditive étaient probablement la cause de tous mes maux. De tout façon je n’avais pas l’intention de consulter, je me contentais donc de cette explication possible

En attendant il fallait s’accrocher, car je vivais quelque chose de tout à fait déroutant et j’assumais le mieux que je pouvais les conséquences de ma décision.

Je passai donc le reste de la journée très tendu, et aux aguets, en espérant ne pas devoir subir une autre de ces crises qui avaient anéanti mes espoirs de terminer mes quatre semaines de traitement sans encombre.

La période critique avait duré deux jours durant lesquels je n’avais guère décollé de mon lit. Je n’étais pas très tranquille et la fatigue physique que j’étais en train de subir, ne m’aidait pas à lever mes sentiments. A la faveur d’une ‘’éclaircie’’ j’avais pu le dimanche suivant assister au repas de famille que nous avions organisé en présence de ma belle-mère et de nos enfants. La nuit n’avait pas été folichonne et le lendemain je marchais un peu château branlant, mais la tête ne me tournait plus. J’avais pu me rendre à ma séance de kiné, ce qui était plutôt un vrai progrès. Pourtant la trêve avait été de courte durée, car le mardi mon cœur avec ses fréquentes poussées d’arythmie avait pris le relais, en me clouant de nouveau au lit. Le mercredi l’accalmie était enfin au rendez-vous, mais j’étais comme une zone côtière après le tsunami, complètement dévasté. J’avais fait l’effort de me rendre l’après-midi chez mon cousin, car je me sentais en train de m’engluer dans la déprime, et je refusais catégoriquement de laisser le piège se refermer sur moi. A l’approche de mon scanner et pour éviter de ruminer dans mon fauteuil, je m’étais même payé le luxe de m’aérer les bronches, en effectuant une petite et très raisonnable balade,  le jeudi après-midi.

 

 

sengluerhomme-englouti-300x164



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie