La mégère non apprivoisée

 

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Notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes, ne tendent qu’à fuir cette solitude.

                                                                                              Maupassant

Les affaires humaines sont parfois le jouet du hasard, et le plus habile des hommes, ne peut envisager les caprices du sort. L’échec de son entreprise est l’un de ces coups que la sagesse humaine ne serait prévoir.

                                                                                              Inconnu

 

Mercredi 14 novembre, de la fenêtre de ma cuisine, enfoui dans un petit brouillard matinal je devinais le sommet de la Tour Nation. Ce  spectacle était sans conteste le reflet de mon état d’esprit, lui aussi embrumé depuis quelques temps. J’en étais à ma troisième semaine de traitement et je commençais à ressentir les premiers signes de rébellion de mes intestins.

Mon petit déjeuner était déjà loin, mes phases de nuits perturbées, semblaient vouloir s’accélérer, et les heures sans sommeil, avaient tendance à se multiplier. Cette nuit d’automne presque hivernal, n’avait pas dérogé à la règle. Entre trois heures et six heures du matin, je n’avais pas fermé l’œil, alors forcément je n’étais guère inspiré en parcourant des yeux mon quotidien, ma fatigue étant bien réelle. Depuis un petit laps de temps, j’avais appris à ne pas insister lorsque Morphée se détournait de moi. Pour éviter de laisser libre cours à mes pensées funestes, je préférais me lever, avaler un bol de café bien chaud, et entamer ou poursuivre la lecture d’un bouquin. Généralement la lassitude finissait toujours par regagner du terrain. Cette fois l’exercice qui d’ordinaire me réussissait si bien, comportaient quelques lacunes, et malgré une nouvelle tentative, j’étais resté désespérément sans sommeil, aussi avais-je décidé de me lever définitivement.

Il faut dire que le terrain ne s’y prêtait guère. Telles des feuilles de papier éparpillées sur un bureau, les images de la sépulture de mon cousin hantaient sans cesse mon cerveau de manière désordonnée. Je ne trouvais cependant pas l’énergie nécessaire pour mettre un terme à cette pagaille, afin d’être une fois pour toute clean dans mes idées. Ce décès m’avait profondément perturbé, il fallait laisser le temps au temps pour qu’il me permette de retrouver un peu de ma sérénité envolée.

Pour l’heure retrouver ma paix intérieure n’était pas d’actualité, j’étais au contraire assailli par le regret de ne pas être intervenu durant la cérémonie d’adieu. J’avais tellement de choses à dire, mais voilà, l’émotion était trop forte, et mon hypersensibilité n’y aurait pas résisté.  Alors le discours que j’aurais aimé tenir, passait en boucle dans ma tête en même temps que les images associées, sans que je puisse faire quelque chose pour les arrêter. 

De même que le sous-sol de notre planète s’épuise, à force d’en extraire nos différentes sources d’énergie, mes capacités à rebondir face aux multiples et féroces agressivités de la vie  devenaient bigrement délicates à dénicher, et même en voulant prospecter jusqu’au plus profond de moi. A force de tirer la ficelle, elle finirait bien par se rompre un jour, et même si j’en étais pas encore là, je sentais l’environnement actuel peut favorable pour accorder à mon esprit chahuté,  un long répit. Des nouvelles inquiétantes sur la santé d’un nouveau malade de ma connaissance me parvenaient régulièrement et la tendance à l’aggravation semblait s’établir, confirmant ainsi que les vents mauvais qui soufflaient dans ma direction, n’auguraient pas l’arrivée prochaine d’un beau ciel bleu.

En huit temps de vie commune j’avais appris à connaître la maladie. La mégère n’était pas apprivoisée, et ne se rassasiait jamais de ses ‘’conquêtes’’. Elle continuait donc sans relâche à élargir sans trop d’efforts sa palette, en s’octroyant un nombre toujours plus grand, de nouvelles proies. Elles existaient sans aucun doute mais pas dans mon entourage immédiat, pourtant j’aurais bien aimé constater quelques unes de ses cinglantes défaites, pour les graver dans ma mémoire afin de stimuler mon propre combat quand le besoin s’en ferait sentir. Malheureusement le tableau de chasse de la mégère se remplissait inexorablement sans que rien ni personne ne puisse réellement lui barrer définitivement la route.  J’en faisais l’amer constat, à chaque fois que je me rendais au CAC de l’espoir et que je ne reconnaissais plus aucun des patients qui avaient partagé la même salle d’attente et la même pathologie que moi durant les premières années de ma descente aux enfers. D’autres les avaient remplacés, et je n’avais pas besoin d’être devin pour comprendre le sort qui leur avait été réservé.  

 

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L’esprit humain

 

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Cet espoir, je le savais bien était vain, mais l’esprit humain est ainsi fait qu’il continue à s’en nourrir, même dans les circonstances les plus insensées, les plus désespérées.

                                                                                              Konsalik

Nous sommes en réalité les pantins d’un théâtre de marionnettes, quelqu’un se charge de tirer sur les ficelles de notre destin. L’auteur du spectacle écrit parfois des scénarios qui ne sont pas des comédies. Nous sommes cantonnés dans le rôle qui nous a été attribué, sans aucuns moyens de s’en échapper. Pourtant on se croit libre, on fait en sorte d’être Pinocchio, a qui une gentille fée à donner la vie. Malgré le poids difficile ou douloureux de notre passé, on essaye d’avancer, en prétendant toujours être en mesure de diriger le bateau. On tente de penser ses blessures, mais est-il aussi facile d’oublier cette croix qui pèse tellement lourd sur nos épaules. Le chat se joue de la souris, la liberté n’est qu’une illusion, dès que l’on pense pouvoir tenir enfin sa destinée en main, un mauvais coup du sort vient anéantir nos illusions.

                                                                                              J Gautier

Je t’avais promis de revenir, le vilain lutin ne m’en a pas laissé le temps. Ce vendredi matin j’ai appris la nouvelle, huit jours seulement après notre visite, le mal absolu t’a vaincu.

Très cher cousin, tu m’avais dit un jour que je ne méritais pas d’être aussi gravement malade, mais que toi le cancer, tu n’avais rien fait pour t’en protéger, laissant sous entendre que tu l’avais mérité. La remarque m’avait surpris, et j’étais resté silencieux. Nous étions passés ensuite à un autre sujet. Maintenant qu’il est trop tard pour réagir, j’ai envie néanmoins de rétorquer que tu n’avais surtout pas besoin de t’auto flageller. On s’imagine que la vie nous est imposé comme un problème à résoudre, mais on ne trouve pas systématiquement la solution, ce qui nous conduit parfois dans de très mauvaises directions, mauvaises directions qui nous font bien souvent perdre la route. Je suis bien la placé pour le savoir, car j’ai moi-même pas mal vogué dans de pénibles galères, et quelques unes de mes chaînes traînent encore à mes pieds. Comme on nous rabâche que tout homme est responsable de ses actes, forcément en ayant pris la mauvaise pente, on ne peut que se culpabiliser. Non tu n’es coupable de rien, et ni plus ni moins qu’un autre, tu méritais une telle sentence, et  surtout dans de telles conditions.  

J’ai été le témoin de quelques unes des vicissitudes de ta vie, sans jamais être à ta place pour en supporter les conséquences. Je ne pouvais que constater les dégâts occasionnés sur ta personnalité. Tu étais un écorché vif, impénétrable, mais derrière toutes ces noirceurs qui t’emprisonnaient l’esprit, je devinais l’être aimant, le personnage attachant.

Depuis trop longtemps tu tentais d’éteindre le fer rouge qui te rongeait le cœur, sans doute tu ne t’y prenais pas de la bonne manière, mais personne n’a la recette du bonheur, tu te contentais de surnager, mais à présent te voilà noyé.

Le tout puissant, puisqu’il faut bien trouver un nom à notre maître, nous met des obstacles sur notre route, sans ne nous apporter aucun secours. La chemin est long, il nous épuise, on essaie de ne pas abandonner, mais qu’il est difficile de ne pas flancher sans trouver la force nécessaire. Alors la force nécessaire on la cherche parfois à travers des ‘’produits dopants’’, et à la fin on est perdant.

Certains naissent pauvres, d’autres riches, certains naissent beau, d’autres laids, on pourrait couvrir des pages entières de ces injustices qui tapissent et déterminent notre monde.

La vie a-t-elle été juste avec toi, il n’y a rien de moins sûr. Tu as cherché les moyens de penser tes blessures, ou du moins tu as tenté de les oublier. Mais les blessures sont profondes, la vie est un combat, et guère sont les soldats qui sortent indemnes de la guerre.

Celui qui depuis ta naissance, rédigeait d’une main experte les différents chapitres du livre de ta vie, vient d’y inscrire de sa plus mauvaise plume,  le mot fin.

 

 

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1 novembre 2012

 

 

 

 

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L’idée de l’enfer au début du 17ème siècle.

Les flammes vacillantes rendaient l’endroit encore plus sinistre. Des diables noirs, parfois ailés, avec des têtes de rats et de cochons, armés de fourches ou de piques, perçaient des hommes et des femmes dans leur sommeil, d’autres transportaient des corps avec leurs griffes, d’autres encore faisaient rôtir ou bouillir dans de grosses marmites de pauvres pécheurs aux yeux exorbitées. Un peu partout des monstres arrachaient des têtes et des bras humains pour les dévorer. C’était une vision d’horreur.

 

                                                                                              J d’Aillon

 

 

 

 

Dans les années cinquante, le catholicisme était encore suffisamment puissant pour marquer les âmes de son empreinte. Quand j’étais jeune gamin, je prenais pour argent comptant tout ce que l’on pouvait me raconter à propos des pêchés que j’avais intérêt à éviter si je ne voulais pas passer mon éternité en enfer. Je me souviens de ces représentations cauchemardesques du démon et de son territoire de feu, qui semait la terreur dans mon esprit. Terrifié à l’idée de pouvoir être confronté au mal absolu, j’essayais d’obéir à un Dieu que l’on vous dépeignait davantage comme un despote intransigeant que comme un être de bonté. 

Cinquante ans plus tard, l’église (je ne parle pas de la foi), n’a plus aucun impact sur moi, par contre dans ma vie d’adulte j’ai l’occasion maintes et maintes fois de m’épouvanter de choses bien concrètes Le cancer un l’un de ces cauchemars, représentant sur terre du mal absolu,  une image vivante et bien réelle cette fois du démon. C’est l’enfer pire encore que ce que j’avais pu me l’imaginer dans mon lointain passé.

En ce jour du 1er  novembre je pouvais en apporter encore un témoignage, comme malheureusement ils en existent  des centaines de milliers, à travers le monde.  

Tout avait commencé par un courriel qui me donnait des nouvelles préoccupantes, mais pas alarmistes. Il était clair néanmoins que la situation avait évolué dans le mauvais sens. Un petit coup de fil pour demander si notre visite pouvait déranger, et comme la réponse était négative, nous prîmes la direction de Nantes, pour mettre à bien notre projet.

Sa femme nous accueillit avec son sourire et sa gentillesse habituel. D’emblée lorsque la porte s’était entrouverte la vision d’un fauteuil roulant me flanqua un coup. Sans doute que son état de santé était bien pire encore que ce que j’avais pu m’imaginer.

Manifestement nous arrivions un peu tôt, car il n’avait pas entendu le bruit de la sonnette, ni celui de l’ouverture de la porte. Il était allongé dans un lit médicalisé, tourné vers la télévision allumée. En fait il était endormi dans une position recroquevillée, enfoui dans ses couvertures, et je ne pouvais voir que l’arrière de sa tête.

« C’est l’infirmière qui nous a proposé de lui installé ce lit, avant il dormait dans le canapé, car il n’avait plus la force de se rendre à la chambre. »

Son discours était neutre, ni pessimiste, ni optimiste. Elle parla longuement sans nous dévoiler le moindre de ses sentiments, en trouvant les mots pour que nous nous fassions la bonne opinion de l’état de santé de son mari.

« Ah je crois qu’il est en train de se réveiller. »

« Bonjour les Gautier » Nous avait-il dit, avant de nous laisser poursuivre la conversation.

Le visage émacié d’un déporté, les yeux perdus dans la nuit d’un univers qui n’était plus tout à fait dans notre galaxie, une peau parcheminée de teinte cireuse, les cheveux ternes et collants, il paraissait vouloir de nouveau se rendormir. De temps en temps, il prononçait en même temps qu’il faisait des soubresauts, des bouts de phrases inaudibles.

« C’est à cause de la morphine, qui l’aide à moins souffrir, mais qui le fait aussi planer un peu dans les nuages. » Nous avait-elle dit.

Les lèvres sèches et crevassées, une toux grasse causée probablement par une inflammation des bronches et qui parfois me donnait l’impression qu’il allait s’étouffer, et toujours ces petits moments de mini sommeil et de délires, entrecoupés par de périodes un peu plus longues de lucidité, me permirent de jauger la situation.

Sa femme remplissait son rôle d’infirmière à la perfection. Elle bichonnait le malade comme Harpagon veillant sur son or. Elle parlait toujours avec beaucoup de diplomatie comme si leur couple vivait une mauvaise plaisanterie, mais que les choses allaient vite rentrer dans l’ordre.  

S’il y a un Dieu, comment pouvait-il rester sans réagir, laisser le cancer priver le patient de ses facultés les plus élémentaires, et confier à ses proches le soin de le préserver dans sa dignité, alors que toutes les difficultés s’accumulaient les unes après les autres.

Au fil de ma conversation j’apprenais comment on en était arrivé là. D’abord la tumeur entre les deux poumons, les métastases au cerveau et en haut de la colonne vertébrale, le bras gauche et la jambe droite à demi-paralysés, puis l’obligation d’utiliser le  fauteuil roulant, et ensuite le lit médicalisé, maintenant les changes de protection, les aliments complémentaires, la paille pour pouvoir absorber des liquides tout s’enchaînait assombrissant chaque jour un peu plus l’horizon.

Planté debout devant son lit, je constatais sa fatigue extrême, ainsi que sa souffrance qui se manifestait à travers le corps tout entier, et qu’il exprimait par des grimaces et des petits cris.

Quel rage de devoir admettre mon terrible sentiment d’impuissance, comme si je regardais quelqu’un se noyer sans pouvoir lui tendre la main, ni même lui jeter une bouée.

Je devais au moins essayer de lui parler, mais je me sentais comme un écolier devant le tableau noir, vaincu par les insurmontables difficultés d’un problème arithmétique. Moi qui avais su m’exprimer en écrivant des dizaines et des dizaines de pages sur ma lutte de tous les jours, contre cet adversaire sans pitié qu’est le vilain petit lutin, je ne trouvais pas les mots pour manifester au malade, ma totale compassion. Comment faire de belles phrases face à une telle évidence, le mensonge serait tellement gros, mais j’avais la certitude que mon silence était encore pire à supporter.

Le jour de la Toussaint était fidèle à sa réputation, à l’extérieur le ciel était extrêmement gris, et une très forte averse détourna mon attention via la baie vitrée en direction du jardin. Le café était servi, et son arôme embaumait le salon.

Par quelques mots sans plus, avec une prononciation difficile comme s’il fallait faire un effort surhumain pour articuler, il avait réclamé d’en boire une tasse. Cette réaction témoignait de ses facultés à suivre ce qui se passait autour de lui, lui redonnant ainsi un peu plus ‘’d’humanité’’. Il fallait tenir le contenant, pour qu’il puisse aspirer le contenu, par petites gorgées, et une fois sur deux il s’engouait, je n’arrivais d’ailleurs pas à savoir pourquoi. De petites éructations régulières venaient s’ajouter aux nombreuses autres gênes qui lui pourrissaient l’existence. Il avait parfois la présence d’esprit de s’excuser, alors que les excuses s’étaient à nous de lui en faire, de nous sentir aussi petits devant un tel désastre.

Son addiction à la cigarette était toujours aussi réelle. Privée de son bras à demi-paralysé, il arrivait quand même à faire les efforts pour atteindre le paquet posé sur une table basse, à côté de lui. Sa femme ne semblait pas le surveiller, sans doute jugeait-elle important de le laisser se débrouiller tout seul, pourtant ses yeux savaient se fixer là où il fallait, et quand il le fallait. Aussi lorsqu’arriva le moment d’allumer la cigarette, elle se déplaça pour lui offrir la flamme du briquet, dont il était incapable de se servir. 

Son visage figé en un masque de douleur blafard ressemblait à une porte derrière laquelle étaient renfermées toutes les expressions qui composaient autrefois les traits de sa personnalité.

Décidément je me sentais complètement nul, incapable d’être à la hauteur de la situation. Pourtant dans le domaine du cancer, j’avais déjà donné quasiment huit ans de mon énergie, et j’en avais vu des vertes et des pas mûres, mais ce cancer c’était le mien, je le gérais et le vivais de l’intérieur en fonction de ma personnalité. Il n’existe pas un cancer, mais des cancers, et il n’y a pas une manière de l’appréhender mes autant de façon qu’il y a de malades,  aussi personne ne peut se mettre à ma place, et en ce jours émotionnellement difficile à supporter, je ne pouvais pas non plus me mettre à la sienne.

Comment ne pas se sentir indulgent alors envers tous ces gens qui se sentent mal à l’aise en ma présence, eux qui non plus ne trouvent pas les mots. Comment ne pas comprendre la réaction de ceux qui me fuient, car ma maladie est pour eux un mystère, et on sait bien que le mystère fait horriblement peur.   

Il était temps pour nous de quitter les lieux, d’autres visiteurs étaient arrivés pour nous remplacer.

« Salut mon petit cousin, je reviendrais te rendre visite bientôt. »

Je m’étais penché pour lui faire une bise sur la joue. Il n’avait réagi ni par le geste, ni par la voix. Se souviendrait-il que nous étions venus le voir ? Rien n’était aussi incertain.

Nous prenions à présent congés de sa femme, ainsi que de ses amis, avant de regagner notre véhicule. La pluie avait cessé mais le ciel était à l’image de cette journée, bien obscure.

Je me sentais défait, sûr que ma belle théorie sur l’acceptation sans la résignation venait d’éclater en morceaux. La réalité était bien trop cruelle voir même scandaleuse, et je la condamnais définitivement, et sans ménagement. Non décidément personne ne pouvait accepter et se satisfaire d’un tel dénouement.

Peut-on mourir étouffé par ses propres pensées ? Sans doute que non, mais l’angoisse qui me tenaillait, et la gorge qui me serait, étaient des manifestations négatives traduisant bien mon état d’esprit du moment. L’image de cette mort annoncée revenait en boucle, comme si au travers d’une boule de cristal, je voyais l’épilogue de ma propre vie. Mes oreilles étaient désormais attentives au moindre coup de téléphone, à moins d’un miracle de dernière minute, je sentais un nouveau malheur planer sur nous.

 

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Les plaquettes sanguines se débinent

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Il me regarda fixement dans les yeux, comme pour me demander si je n’avais rien à rajouter. Je n’avais certes rien à rajouter sur cette question, mais je voulais lui parler de ma prise de sang qui me posait quelques soucis.

 « Avec mes problèmes de genou, mes problèmes cardiaques et mes vertiges importants, sans compter ma fatigue et ma période d’alitement, mon moral en a pris un coup ces derniers temps, et les résultats de ma prise de sang, ne m’ont pas rassuré vraiment ».

Le praticien saisit de nouveau son clavier, et tapota sur les touches pour retrouver mon dossier.

« Voyons dîtes moi tout, qu’est ce qui vous inquiète ? »

« Le résultat de la numération de mes plaquettes ne cessent de baisser, et cette fois je suis passé dans le rouge. »

« En dessous le la barre des 150 000 je suppose ?

L’oncologue supposait bien, et comme il remarqua le oui que je lui faisais d’un signe de tête, il se mit à sourire, sans doute habitué à devoir réconforter ses malades inquiets de constater des anomalies sur leurs prises de sang.

« C’est normal que vos plaquettes soient en baisse, le traitement en est entièrement responsable. Soyez tranquille je commencerais à m’inquiéter que lorsque le seuil des 20 000 sera atteint. Comme vous le voyez nous avons quand même de la marge. »

Si le médecin soulageait mon esprit sur le cours terme, je n’étais pas davantage rassuré sur le long terme, car je ne savais toujours pas, par quel moyen nous allions pouvoir stopper ‘’l’hémorragie’’, lorsque le moment serait arrivé.

Je ne savais pas très bien pourquoi je faisais une fixation particulièrement sur ce problème, car parmi les analyses demandées, bien d’autres résultats suspects méritaient que je m’y attarde également un peu plus. Pour l’heure l’oncologue avait regardé en détail les différents éléments fournis par le laboratoire et sa conclusion était que compte-tenu du contexte médical dans lequel je baignais, tout allait bien, pour le moment.

De peur d’être catalogué dans la catégorie des névrosés, je préférais passer sous silence mes ennuis rénaux, mais de ce côté-là la situation de s’améliorait pas non plus. L’oncologue n’avait de cesse de me convaincre de ne pas m’alarmer, mais à chaque fois que je recevais l’enveloppe du laboratoire, le petit chiffre en noir sur la ligne correspondant à mon taux de créatinine, me procurait une sensation d’inconfort que j’avais bien du mal à balayer de mon esprit.

« Bon alors on continue l’aventure ? »

« On continue »

En trois coups de cuillères à pot, le praticien avait établi mon ordonnance pour que mon 21ème cycle de Sutent  puisse débuter le 29 octobre.

« Avez-vous besoin d’autres choses ? »

Chantal avait gardé en mémoire le nom des médicaments qui nous manquaient, elle lui en fit la liste, et  il les rajouta donc  à la feuille de prescription.

« Avons-nous rien oublié ? »

Devant notre silence insistant, il nous proposa donc de clore l’entretien et de rejoindre le bureau de sa secrétaire.

En une vingtaine de minutes, nous avions fait, comme dit l’expression, le tour de la question. Une question qui n’était pas prête de trouver la plus exacte des réponses possibles.

N avait récupéré à l’imprimante, mon ordonnance ainsi que ma feuille de convocation qui était fixée au 7 décembre.

La date de cette prochaine visite correspondait jour pour jour, huit ans plus tôt, à celle du rendez-vous de mon premier scanner. Le scanner de tous les dangers, celui qui avait confirmé en pire les doutes qu’avait émis le radiologiste en passant l’échographie le deux décembre 2004, date qui devait  marquer le basculement définitif de ma vie d’avant dans le néant.  

 

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Cryothérapie mon amie

 

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Il fallait que je lui raconte les incidents qui avaient émaillé la fin de mon cycle de traitement. Mes crises d’arythmie cardiaque n’étaient pas un élément nouveau pour lui, par contre il prêta intérêt à mon récit relatant mes problèmes de vertiges tels que je les avais vécus quelques jours plus tôt. Je n’avais pas l’intention de m’étendre sur les détails, le pépin n’était plus qu’un mauvais souvenir, et je souhaitais ardemment passer à autre chose. Il me conseilla  cependant de consulter un spécialiste O.R.L, si de nouveaux symptômes venaient à réapparaître.

Le sujet que je voulais aborder plus longuement avait rapport avec ce ganglion mystérieusement réapparu entre les CA et  le CAC de l’espoir. Suite à leur réunion de staff, je voulais connaître la position des médecins. J’espérais bien qu’une proposition concrète me soit suggérée.  J’avais bien réfléchi je ne voulais pas prendre le risque d’une opération, mais je fondais beaucoup d’espoir sur les techniques modernes de destruction ganglionnaire, dont l’oncologue m’avait touché un mot lors des trois entretiens précédents.

A la question que je venais de lui poser, docteur R semblait chercher ses mots. Son enthousiasme, et sa volonté à aller de l’avant semblaient avoir légèrement terni. Son attitude me désarçonnait quelque-peu et je n’arrivais absolument plus à cerner se position. Avait-il bien discuté avec ses collègues ! Rien n’était moins sûr. J’avais en tout cas le sentiment que mon affaire piétinait dans la choucroute, et qu’il ne fallait pas espérer grand-chose de cet entretien.

Pourtant il me donnait l’impression de vouloir chercher une solution. S’agissait-il d’une attitude diplomatique ? Était il en train de préparer le terrain pour m’avouer le moins brutalement possible qu’il n’y avait rien à faire ? Beaucoup de questions auxquelles je n’avais pas la réponse.

Continuant à brouiller les pistes dans mon esprit, il tapotait à présent sur son clavier d’ordinateur, et à n’en pas douter était totalement absorbé dans ses réflexions. Trente cinq scanners lui donnaient du fil à retordre, et le temps paraissait une éternité. Je n’aimais pas ce silence qui traduisait un malaise certain. Tout ce qui semblait facile avant, devenait une chaine de montagne à franchir. Je me tordis les doigts anxieusement, tout en jetant un bref regard vers Chantal qui ne bougeait pas d’un iota. Le silence fut enfin rompu.

« Bon comme je vous l’ai déjà fait remarquer, le ganglion est implanté en profondeur, entre l’aorte et la veine cave. A cet endroit se situe un carrefour veineux important, et proche d’organes vitaux. »

Autrement dit j’étais plutôt mal barré, pour que l’intervention puisse se réaliser.

« Je crois que vous ne teniez pas à l’opération. »

Je ne lui avais pas encore donné ma réponse officielle, je pensais le faire à l’instant même, mais le médecin dès le début, avait bien compris ma réticence, et dans sa tête il avait donc déjà anticipé depuis longtemps l’abandon de cette option.  

« Pour ce qui est de l’autre possibilité, je vais en parler au professeur D, et nous reparlerons de tout cela, la prochaine fois. »

Diplomatiquement parlant, l’oncologue avait assuré, il m’avait fait rentrer délicatement dans le crâne l’idée qu’il ne fallait pas rêver, tout en ouvrant prudemment la porte à une solution éventuelle. Il y avait quand même quelque chose de positif dans son discours, j’avais désormais en tête le nom d’un spécialiste.

Alors que je considérais la discussion complètement close, mon interlocuteur revint sur le sujet. Manifestement sa tête bouillonnait comme une marmite, et dans un sursaut de bonne volonté, il aborda le thème de la cryothérapie, voulant me donner une chance supplémentaire de garder espoir.

« Je pense également à une autre méthode d’élimination, il s’agit de délivrer un froid intense et concentré à l’extrémité  d’aiguilles fines insérer dans la métastase rénale afin de la détruire. Les aiguilles sont refroidies avec du gaz argon pendant quelques minutes. Mais bon n’anticipons pas les choses, nous verrons cela plus tard. »

 

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Poisson d’avril en octobre

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Le service des consultations au couloir no 7 du second étage, n’était certes pas notre résidence secondaire, mais nous étions désormais plus que familiarisés avec les lieux. Justement ce même couloir était désert, et j’avais remarqué l’absence de patients dans la salle d’attente. Nul doute que nous n’allions pas moisir ici.

N était dans son bureau, nous lui déposâmes le dossier, en lui précisant que le CD avait déjà été téléchargé. En fouillant dans la pochette, elle s’aperçut qu’à l’intérieur se trouvait un courrier.

« C’est celui adressé à mon généraliste, mais je ne lui remets jamais le rapport du radiologiste, car je sais que de votre côté vous lui envoyez systématiquement votre compte-rendu. »

« Ok je vais le prendre, ça m’évitera  d’aller au fax chercher celui destiné à monsieur R »

Assis sur les chaises jouxtant le bureau de l’oncologue, Chantal avait repris son bouquin, tandis que moi j’avais enfin la tête à remplir une grille de mots fléchés.

La photographie encadrée d’un petit coin de la vallée du Lison accrochée en face de nous commençait elle aussi à nous être familière, et je n’avais pas besoin de fixer mon regard sur elle, pour me détourner l’esprit de mauvaises pensées, car j’étais amplement rassuré par les bons résultats de mon examen.   

J’avais déjà placé trois mots sur ma feuille de jeu, lorsque je fus interrompu par N. Elle s’accordait une pause café, et  semblait vouloir nous faire la causette. Elle s’intéressa à la lecture de Chantal, puis jeta un bref regard sur ma ‘’copie’’.

« C’est bien ça de faire travailler ses méninges durant les temps d’attente ! »

Notre conversation s’engagea aussitôt, mais fut très vite interrompue par le bruit de la porte du praticien qui venait de s’ouvrir.

En fait aucun malade ne me précédait, c’était d’ailleurs la raison pour laquelle N était à nos côté. Elle avait transmis mon dossier au médecin alors que nous étions dans le couloir, et nous n’avions pas entendu l’opération se faire.

L’oncologue nous reçu selon le même rituel, face à lui, moi à sa gauche, Chantal à sa droite.

« Comment allez-vous ? »

Avant de lui répondre, je brûlais d’impatience de lui parler de ce que j’avais entendu chez le radiologiste. Je voulais m’assurer qu’il ne s’agissait pas des fruits de mon imagination.

« Paraît-il que je n’ai plus rien ? »

« Vous n’avez plus rien au niveau de la surrénale c’est sûr, mais au niveau de l’aorte le ganglion est toujours bien visible. »

« Qu’est ce que m’a raconté le radiologiste alors ? Comment a t’il pu manquer autant d’appréciations ? »

Évidement mon interlocuteur ne voulait prendre parti ni pour l’un, ni pour l’autre, il préféra donc botter en touche.

« Je ne regard jamais les comptes-rendus qui me sont adressés, sans avoir au préalablement établi moi-même mon diagnostic. »

La réponse était rassurante certes, mais elle n’excusait en aucune façon le radiologiste.

Je restais donc assez contrarié, et j’eus envie d’en rajouter une couche, d’autant plus que l’oncologue traitait le sujet avec assez de désinvolture.

« J’espère qu’il ne fait pas trop souvent des comptes-rendus aussi farfelus. En tous cas je trouve qu’il s’est prononcé d’une manière un peu légère en ce qui me concerne. »

Là encore le médecin ne prit pas ma défense. Il resta au contraire silencieux, voir même embarrassé de ne pas pouvoir ‘’voler à mon secours’’. Il rouvrit l’enveloppe posé à côté de lui, pour se donner une contenance, et relut le courrier, ou du moins donna l’apparence de le relire, leva les yeux d’un air dubitatif.

Ce ganglion était l’un de mes fidèles ennemis, je n’étais pas effondré d’entendre que les informations que j’avais reçu n’était qu’une mauvaise farce. Huit ans d’ancienneté durant lesquels j’avais appris à vivre avec le cancer, y étaient certainement pour quelque chose, j’allais très vite me remettre de cet incident de parcours. Par contre je n’osais imaginer la réaction qui aurait été celle d’un ‘’jeune’’ malade à peine remis d’une annonce apocalyptique, auquel on venait de faire savoir que la rémission à laquelle on lui avait fait croire une demi-heure plus tôt, n’était qu’un ‘’poisson d’avril’’ en octobre.

Toutes ces réflexions je les gardai évidement pour moi, et comme je compris très vite que je n’aurais pas davantage d’explications, c’est moi qui rompis le silence.

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Fin du calvaire

 

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La porte qui donnait accès à la salle d’examen s’ouvrit, mettant fin à mon calvaire. L’homme me regarda droit dans les yeux, et commença à me parler, doucement et à voix basse, toujours avec le même accent.

« Bon j’ai comparé vos clichés, avec ceux pratiqués en juillet dernier, je ne retrouve plus l’aspérité dont nous connaissions tous l’existence. Par contre il ne faudra pas vous inquiéter, si un de ces jours vous ressentez des douleurs au bas du dos, j’ai remarqué un début d’arthrose. »

Je voulais être sûr que je n’avais pas rêvé.

« Donc les résultats sont bon ? »

« Ils sont même excellents. »

« Est-ce que je peux partir ? »

« Bien sûr monsieur, mais n’oubliez pas d’attendre un peu, que l’on vous donne votre dossier, la secrétaire est en train de taper le compte-rendu. »

L’homme avait tourné les talons, après m’avoir gratifié d’un sourire, et d’un hochement de tête.

Les examens ne se déroulaient pas toujours de manière identique, celui ci c’était plutôt bien passé, et dans un temps raisonnable, sans commune mesure avec les souvenirs que j’avais du précédent. Il n’empêche que mon corps n’était pas encore remis totalement de toutes ses émotions, et je tremblotais toujours un peu.

Chantal était aux aguets, elle avait vu la porte qui s’était refermée sur moi une demi-heure plus tôt, s’ouvrir de nouveau. Est-ce qu’à cet instant précis elle jaugeait les traits de mon visage pour se sentir rassuré, ou pour au contraire s’inquiéter. Je ne lui donnai pas le temps d’apporter les conclusions de son investigation. 

« Je n’aurais plus rien d’après le radiologiste ! »

Je n’avais pas sauté au plafond en apprenant la nouvelle, elle ne l’accueillait pas non plus par des manifestations de joie débordante. En fait j’avais surtout été soulagé de ne pas entendre le mot aggravation, le reste ne m’avait pas fait réagir à hauteur de l’enjeu, sans doute que mon subconscient refusais de le croire. 

« J’ai signé  tes feuilles de soins destinées à la sécurité sociale je pense. »

C’étaient les clones de ces fameux documents que j’avais eu mille misères à parapher en juillet, tellement je tremblais. Sûr que l’image du moment resterait bien ancrée dans ma mémoire, et pour un bon bout de temps.

Maintenant que je tenais bien serrée mon encombrante enveloppe bleue pâle entre les mains, nous pouvions poursuivre la route, jusqu’à notre seconde étape. Le ciel était toujours aussi gris, mais la pluie avait cessé de tomber. Je sentais l’humidité me pénétrer tout le corps. Mon kiné m’avait dit que humidité synonyme de douleur n’avait jamais été prouvé scientifiquement, mais moi je savais bien que lorsque j’avais chaud, mes muscles étaient beaucoup plus détendus, et pour l’heure ce n’était pas vraiment le cas. 

Nous n’avions qu’à nous féliciter d’avoir établi une feuille de route nette et précise. Sans la moindre erreur nous avions rallié le CAC de l’espoir en moins de dix minutes, ce qui nous donnait largement de temps pour déjeuner. Notre menu était plutôt frugal, un sandwich et une compote en tube, le tout ingurgité à l’intérieur de notre voiture,  à l’abri de la pluie qui recommençait à tomber. Nous fûmes néanmoins relativement rassasiés.  

La borne d’accès au téléchargement des CD était en service. Nous introduisîmes le disque que nous avait fourni la C A et visiblement le travail était en cours de réalisation. Pendant que Chantal s’occupait de transmettre les clichés numérisés de mon scanner au centre anticancéreux, je pris un ticket pour retrouver la file d’attente aux guichets d’enregistrements des arrivées de patients. Je ne fus pas long à la rejoindre, et nous pouvions désormais accéder aux escaliers pour atteindre la cafétéria, il nous restait en effet suffisamment de temps pour profiter d’une bonne boisson bien chaude. 

 

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