Poisson d’avril en octobre

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Le service des consultations au couloir no 7 du second étage, n’était certes pas notre résidence secondaire, mais nous étions désormais plus que familiarisés avec les lieux. Justement ce même couloir était désert, et j’avais remarqué l’absence de patients dans la salle d’attente. Nul doute que nous n’allions pas moisir ici.

N était dans son bureau, nous lui déposâmes le dossier, en lui précisant que le CD avait déjà été téléchargé. En fouillant dans la pochette, elle s’aperçut qu’à l’intérieur se trouvait un courrier.

« C’est celui adressé à mon généraliste, mais je ne lui remets jamais le rapport du radiologiste, car je sais que de votre côté vous lui envoyez systématiquement votre compte-rendu. »

« Ok je vais le prendre, ça m’évitera  d’aller au fax chercher celui destiné à monsieur R »

Assis sur les chaises jouxtant le bureau de l’oncologue, Chantal avait repris son bouquin, tandis que moi j’avais enfin la tête à remplir une grille de mots fléchés.

La photographie encadrée d’un petit coin de la vallée du Lison accrochée en face de nous commençait elle aussi à nous être familière, et je n’avais pas besoin de fixer mon regard sur elle, pour me détourner l’esprit de mauvaises pensées, car j’étais amplement rassuré par les bons résultats de mon examen.   

J’avais déjà placé trois mots sur ma feuille de jeu, lorsque je fus interrompu par N. Elle s’accordait une pause café, et  semblait vouloir nous faire la causette. Elle s’intéressa à la lecture de Chantal, puis jeta un bref regard sur ma ‘’copie’’.

« C’est bien ça de faire travailler ses méninges durant les temps d’attente ! »

Notre conversation s’engagea aussitôt, mais fut très vite interrompue par le bruit de la porte du praticien qui venait de s’ouvrir.

En fait aucun malade ne me précédait, c’était d’ailleurs la raison pour laquelle N était à nos côté. Elle avait transmis mon dossier au médecin alors que nous étions dans le couloir, et nous n’avions pas entendu l’opération se faire.

L’oncologue nous reçu selon le même rituel, face à lui, moi à sa gauche, Chantal à sa droite.

« Comment allez-vous ? »

Avant de lui répondre, je brûlais d’impatience de lui parler de ce que j’avais entendu chez le radiologiste. Je voulais m’assurer qu’il ne s’agissait pas des fruits de mon imagination.

« Paraît-il que je n’ai plus rien ? »

« Vous n’avez plus rien au niveau de la surrénale c’est sûr, mais au niveau de l’aorte le ganglion est toujours bien visible. »

« Qu’est ce que m’a raconté le radiologiste alors ? Comment a t’il pu manquer autant d’appréciations ? »

Évidement mon interlocuteur ne voulait prendre parti ni pour l’un, ni pour l’autre, il préféra donc botter en touche.

« Je ne regard jamais les comptes-rendus qui me sont adressés, sans avoir au préalablement établi moi-même mon diagnostic. »

La réponse était rassurante certes, mais elle n’excusait en aucune façon le radiologiste.

Je restais donc assez contrarié, et j’eus envie d’en rajouter une couche, d’autant plus que l’oncologue traitait le sujet avec assez de désinvolture.

« J’espère qu’il ne fait pas trop souvent des comptes-rendus aussi farfelus. En tous cas je trouve qu’il s’est prononcé d’une manière un peu légère en ce qui me concerne. »

Là encore le médecin ne prit pas ma défense. Il resta au contraire silencieux, voir même embarrassé de ne pas pouvoir ‘’voler à mon secours’’. Il rouvrit l’enveloppe posé à côté de lui, pour se donner une contenance, et relut le courrier, ou du moins donna l’apparence de le relire, leva les yeux d’un air dubitatif.

Ce ganglion était l’un de mes fidèles ennemis, je n’étais pas effondré d’entendre que les informations que j’avais reçu n’était qu’une mauvaise farce. Huit ans d’ancienneté durant lesquels j’avais appris à vivre avec le cancer, y étaient certainement pour quelque chose, j’allais très vite me remettre de cet incident de parcours. Par contre je n’osais imaginer la réaction qui aurait été celle d’un ‘’jeune’’ malade à peine remis d’une annonce apocalyptique, auquel on venait de faire savoir que la rémission à laquelle on lui avait fait croire une demi-heure plus tôt, n’était qu’un ‘’poisson d’avril’’ en octobre.

Toutes ces réflexions je les gardai évidement pour moi, et comme je compris très vite que je n’aurais pas davantage d’explications, c’est moi qui rompis le silence.

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