Un coeur sans pitié

Un coeur sans pitié dans Cancer du rein crise-cardiaque-6

crise-cardiaque-5 dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cancer, les traitements, ainsi que les effets secondaires associés, sont comme une loterie où à tous les coups l’on gagne, sauf que l’on aimerait être perdant, ou du moins espéré à défaut récolter le plus petit des lots. Donc en ce jeudi 15 novembre, je considérais que le cancer et ses conséquences m’accordaient pour cette fois un tout petit lot, et ce petit lot c’était des maux de ventre qui étaient apparus je ne sais trop ni comment ni à quel moment, mais qui avaient baissé d’intensité, et donc qui ne m’entravait pas dans mes activités quotidiennes. Je ne voulais pas faire le moindre pronostic, sur le déroulement de ce 21ème cycle de chimio malgré mon assez bonne forme, car j’avais encore en souvenir, le pénible épisode de la fin de traitement du mois précédant. Attendre d’avoir avaler les trois dernières gélules de Sutent, me paraissait plus prudent avant de dresser un bilan définitif. Et c’était d’autant plus vrai qu’en même temps que je me faisais cette réflexion, il me revenait à la mémoire un épisode passé jusqu’alors à la trappe. Pourtant l’incident même s’il avait été bref, en n’avait pas été moins violent, et m’avait également bien fait flipper.

Comme je l’ai exprimé maintes et maintes fois sur ce journal, mon cœur n’en fait qu’à sa tête, et c’est souvent qu’en je m’y attends le moins que je dois subir ses sautes d’humeur. 

Même si j’étais incapable d’en situer le jour et l’heure, cet imprévu s’était produit alors que je me faisais un devoir d’accomplir comme chaque matin le trajet à pied des quelques deux kilomètres aller retour qui me séparaient de la boulangerie. D’un seul coup l’étau s’était resserré dans ma poitrine, les images devant moi s’étaient mises à vaciller, et mes battements cardiaques résonnèrent ensuite dans mon thorax de manière anarchique. Je connaissais parfaitement ces symptômes, sauf que jusqu’à présent, lorsqu’ils étaient d’une telle violence, j’avais toujours eu la chance de me trouver chez moi. Cette fois la donne était changée.  

Beaucoup plus près de la zone commerciale que de mon domicile, je ne pouvais pas faire machine arrière. De toute façon il devenait urgent que je puisse trouver quelque chose pour m’asseoir, et je savais que là où j’allais, j’en aurais la possibilité. La frontière entre rester conscient, et perdre connaissance était mince comme une feuille de papier à cigarette, et je sentais la panique me gagner. Les fesses posées sur un petit banc en ciment, haletant comme un vieillard épuisé, les mains appuyées sur ma canne à hauteur des yeux, je regardais les gens rentrer ou sortir du magasin, et je me trouvais plus que pitoyable. Lorsque la maladie voulait attaquer fort, elle faisait de moi un zombie, et j’avais honte de ce que j’étais devenu. Restaurer l’estime de moi était la meilleure solution pour continuer d’avancer face à l’adversité, mais pour l’heure la fatigue extrême favorisant mon découragement, faisait ressortir le côté mister  Hyde de ma personnalité.

Je n’avais pas l’intention de resté planté là indéfiniment, mais je craignais aussi de faire le malaise de trop. La journée était trop belle pour être allongé sur un brancard, le personnel du Samu autour de moi, sur  le point de m’expédier pour un nouveau séjour à l’hôpital. 

Tenir debout était une gageure, pourtant je voulais surtout ne rien laisser paraître. La clientèle formait une file de taille modeste, mais beaucoup trop importante à mon goût, car je doutais sérieusement de pouvoir tenir le choc. Gérer une telle situation était une source d’angoisse qui ne faisait qu’aggraver la situation, pourtant le tour de me servir arriva enfin, me libérant d’un poids qui devenait quasi intenable.

Mon pain bien calé au fond de mon sac, je n’avais qu’une hâte, m’extirper de cette masse de gens pour me mettre à l’abri des regards. Très peu de piétons empruntaient le trottoir, que je parcourais à présent en sens inverse. Je pouvais donc sans témoin me laisser aller à exprimer cette douleur que j’avais voulu contenir aussi longtemps que nécessaire, sans craindre de perdre ma fierté.  Je ne me sentais pas bien, pas bien du tout même, et j’avais un besoin urgent de retrouver la sécurité de mon environnement familial. En faiblissant un peu, la crise semblait vouloir cependant me donner un peu de souffle, pour me permettre d’aller jusqu’au bout de mon périple.

Il fallait me cramponner au pilier d’un réverbère quand les étoiles se faisaient plus brillantes, arrêter de temps en temps de marcher pour reprendre mon souffle, traverser la route en me disant que de l’autre côté j’allais enfin atteindre mon quartier, et puis un bout de la toiture de ma maison apparut au détour du chemin, je sentis que la partie était quasiment gagnée.

Une fois le portail du garage refermé derrière moi, je sentis fondre la glace qui emprisonnait ma peur. L’alerte avait été chaude, je n’avais pas voulu m’abandonner au public, ma pudeur ne me l’aurait pas pardonné. Avec pas mal d’énergie dépensée, j’avais donc trouvé la force de dompter le mal. Je décidai de passer sous silence l’incident, ma famille aurait malheureusement l’occasion de s’inquiéter bien d’autres fois à mon sujet. De toute façon, mon visage livide et mes traits tirés comme je supposais qu’ils l’étaient, trahiraient à coup sûr mon secret. 

 

crise-cardiaque-4

crise-cardiaque-2



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie