La joie le bonheur se partagent, la souffrance répugne

La joie le bonheur se partagent, la souffrance répugne  dans Cancer du rein sagesse-bouddhiste-3

sagesse-bouddhiste dans Cancer du rein

 

 

 

 

 

 

 

On naît dans la douleur, on vit une enfance parquée, l’adolescence est une crise, l’adulte travaille pour vivre, la vieillesse est une dégénérescence, et il faut de surcroît se taper des maladies, des accidents et drames divers -sans compter le pire des maux : l’homme lui-même, cruel, se dévalorisant, se faisant la guerre… tout cela en vaut-il bien la peine ?

François Housset

 

Sans doute que oui, car sinon pourquoi tous ces malades mettraient-ils autant de force dans la bataille pour s’accrocher à la vie.

J Gautier

 

“Vivre, ce n’est pas respirer, c’est agir; c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes, qui nous donnent le sentiment de notre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie.”

Émile Rousseau

 

Je m’étonnais moi-même, lorsque sous la douche je ne ressentis ni douleurs musculaires, ni fatigues particulières. Je mesurais le chemin parcouru, et je ne pensais pas à celui des 14 km que je venais d’achever, mais à celui de ces 8 années de maladie qui justement comme le grand huit, manège à sensations fortes de la foire, m’avaient balloté dans tous les sens tantôt en m’entraînant dans des chutes vertigineuses proches de l’anéantissement, tantôt en m’offrant des périodes d’accalmie comme  celle que j’étais en train de vivre. Je n’étais pas naïf au point de penser que cette trêve pourrait aboutir à des accords de paix durable, mais sans conteste je ressentais une certaine fierté devant les résultats de cet acharnement que j’avais pu avoir à m’accrocher à la vie.

 

« On ne perçoit que des bribes de l’angoisse subie par l’autre, de la douleur d’un malade, on ne pressent que la présence. Si la joie, le bonheur, se partagent aisément, la souffrance répugne, elle fait honte et isole. S’y greffe dès lors une autre torture: être jugé, incompris, porter seul un poids trop lourd quand plus que jamais une écoute amicale allégerait le tourment. Se mettre à a place du souffrant, voilà un exercice ardu. On peut au moins être là, tenter de réconforter, et surtout s’abstenir de juger. Dans la souffrance, une présence, aussi discrète soit-elle, surclasse -et de loin – les discours qui prétendent tout maîtriser. Un regard, un sourire, un mot, voilà ma part d’action, voilà votre par d’action. Tâche difficile que celle d’assister impuissant à la ruine d’un être aimé, de tenter de trouver le geste qui réconforte, tandis que le désespoir l’emporte ! Le sourire fragile, la parole indécise, et le soutien, arrachés au prix de mille efforts paraissent vains, mais s’ils manquent, c’est que manque l’essentiel.

 

Vendredi 7 décembre 2012, était le jour de ma 64ème ‘’confrontation’’ avec un oncologue CAC de l’espoir, et le début de ma 9ème année de combat. La nuit avait été fraîche, mais sans gelée blanche contrairement à la précédente. Heureusement car notre projet de changer nos ouvertures en bois par du PVC s’était concrétisé et les ouvriers arrivés bien avant que je me lève, (la nuit ayant encore été difficile) s’attelaient à la tâche. Il fallait toutefois être bien courageux pour prendre mon petit-déjeuner à tous les vents. Je n’avais rendez vous qu’à midi quinze, mais ma journée était bien chargée et je n’avais guère le temps de lézarder, l’atmosphère glaciale de la cuisine m’en aurait de tout façon dissuadé.

Cette escapade à Nantes n’était qu’une pure formalité, car ma prise de sang était plutôt bonne compte-tenu du contexte médical dans lequel je baignais, et je n’avais pas non plus à me soucier des résultats d’un scanner car il ne serait programmé qu’en début d’année 2013. Cependant j’attendais quand même une réponse précise concernant l’éradication  de mes deux ‘’mamies font de la résistance’’ suite aux différentes propositions que l’oncologue m’avaient faites, et pour lesquelles il attendait des précisions du docteur D.

Les presque soixante dix kilomètres qui nous séparaient du centre, avaient été parcourus en à peine trois quart d’heure, la circulation automobile étant à ce moment de la journée, à son créneau horaire le plus favorable.  Du coup nous eûmes largement le temps de piqueniquer à l’intérieur de la voiture, avant de nous présenter dans le hall d’accueil pour l’enregistrement de ma présence au rendez-vous. Au second étage et en fonction des douze coups de midi qui venaient de sonner, des odeurs de cuisine émanant du couloir des hospitalisations me titillèrent les narines, réveillant dans mon esprit de très mauvais souvenirs du patient alité que j’avais été, il n’y avait pas si longtemps. L’incident avait eu sur moi l’effet de l’escargot qui rentre dans sa coquille pour se protéger de ses prédateurs. Brusquement je me sentis comme un prisonnier en milieu hostile  et donc plutôt  surpris par cette réaction épidermique qui confirmait que la maîtrise de mes sentiments était plutôt fragile, et très aléatoire, et qu’il était nécessaire de ne jamais relâcher la vigilance dans le domaine du mental, en faisant sans cesse le nécessaire pour le maintenir en état de force.

« Ça va monsieur Gautier ? »

N n’avait pas manqué de me poser la question rituelle, et je ne pus m’empêcher de laisser paraître ma faiblesse du moment, en lui répondant.

« Oui je sais, des maladies qui s’éternisent comme celle-ci, et qui entraînent l’administration de traitements lourds, finissent incontestablement par lasser les patients.  Vous êtes vraiment découragé à ce point ? »

« Non c’est juste une petite défaillance passagère, comme ils m’en arrivent parfois, mais rien de grave. Aussitôt que j’aurais quitté le centre, je n’y penserai plus, je le sais d’instinct »

« Vous ne nous aimez plus ? »

« Il ne s’agit pas de vous. L’idée de remettre en cause la compétence et le soutien de votre service navigue à des années lumières de mes pensées. »

N sourit, elle savait bien que l’humeur de ses malades pouvait changer, et que leurs réactions étaient parfaitement humaines. Peut-être était-elle quand même un chouia surprise de la mienne, car elle n’avait pas coutume de me voir complètement dépourvu  de mon sens de l’humour.

Installé dans la salle d’attente, à l’extrême droite de la banquette, je pouvais apercevoir dans le couloir, un malade assis à côté du bureau du praticien.  Lorsque sa chaise serait vide, nous aurions la possibilité de nous rapprocher. En attendant lecture et mots fléchés composaient notre menu, car pour ce qui était de patienter, nous étions devenus des experts en la matière.

Comme une mécanique bien huilée, nous nous apprêtions à quitter notre poste d’observation pour prendre la place de mon prédécesseur en face du tableau désormais familier de la vallée du Lison, lorsque le docteur R vint au devant de nous.

« Vous avez l’air bien emmitouflé vous avez froid ? »

Il est vrai que malgré le chauffage, j’avais gardé mon manteau, mais je n’avais pas chaud, mon corps était juste à bonne température.

« Comment allez-vous depuis notre dernière rencontre ? »

« Globalement plutôt bien, je ne passe jamais mes quatre semaines de traitement sans rencontrer le moindre problème, mais mes ennuis sont habituels, ni pires, ni meilleurs et je n’ai donc pas d’inquiétudes particulières. Dimanche dernier alors que je terminais ma première semaine de repos, j’ai même effectué 14km à pied à marche régulière. »

« C’est bien tout ça, vous m’en voyez ravi ! »

« Il y a huit ans jour pour jour je passais mon 1er scanner, et d’après les résultats j’étais loin de penser qu’en décembre 2012, je serais encore sur cette terre. »

Mon interlocuteur émit un léger sourire, mais resta silencieux, et je ne compris pas son attitude de neutralité. Je n’attendais pas à ce qu’il m’accorde une médaille, mais j’aurais aimé une phrase encourageante, j’aurais aimé aussi qu’il éprouve une certaine forme de satisfaction pour le travail accompli aussi bien par les laboratoires de recherche, que par sa propre équipe. Et bien en fait il était blasé autant de la mort que de la survie de ses malades, c’était du moins l’impression qu’il pouvait me donner, mais je pouvais également largement me tromper, le mystère resterait entier.

 

sagesse-bouddhiste-2

sagesse-bouddhiste-4



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie