Biopsie tumorale pas bon pour le moral

 

Biopsie tumorale pas bon pour le moral dans Cancer du rein jolie-roussejolie-rousse-2 dans Cancer du rein

L’une des assistantes du professeur D vint m’accueillir pour m’expliquer le déroulement de l’examen. C’était une jolie rousse au teint de lait, au visage souriant et empreint de douceur. De cette personne émanaient des ondes positives qui m’aidaient à m’apaiser un peu. Son collègue était également calme et rassurant. Ensemble ils positionnèrent mon lit parallèlement à la table d’examen.

« Votre cathéter a été placé quand ? »

« Hier soir lorsque l’infirmière est venu me prélever du sang. »

« Ok nous n’allons donc pas vous faire davantage de misère. Je vais vous poser une perfusion de réhydratation, et par cette même voie, nous vous injecterons le produit de contraste. »

« Je fais de l’insuffisance rénale. »

« Oui j’ai vu le résultat de votre prise de sang, l’insuffisance est légère, toutefois nous allons en tenir compte. »

L’homme brancha la perfusion à l’embout du cathéter, puis m’invita à basculer de mon lit vers la table d’examen. Comme je manquais indiscutablement de souplesse, l’opération s’effectua un peu brutalement, et je retombai assez lourdement sur la table.

« Doucement ne vous faîtes pas de mal, nous avons tout notre temps. »

Je ne savais pas si nous avions tout notre temps, mais ce dont j’étais sûr c’était que si j’avais pu prendre mes jambes à mon cou,  je me serais enfui sans plus tarder.

« Bon l’intervention par elle-même n’est pas trop longue, c’est la préparation qui prend plus de temps. Est-ce que vous avez déjà subi une biopsie ? »

« Oui à l’épaule gauche, il y a environ 2ans 1/2. »

« Le principe est le même. »

Elle avait beau me dire que le principe était le même, je ne partageais pas ce sentiment, surtout que mon oncologue m’avait bien fait comprendre que l’opération risquait d’être délicate.

« Vous allez vous retourner sur le ventre, et poser votre tête sur vos bras croisés au dessus des épaules. Placez vos pied sur le coussin que je vous installe. Surtout n’hésitez pas à nous dire si vous n’êtes pas confortablement allongé, car il va falloir rester immobile pendant vingt bonnes minutes. »

Elle attendit quelques instants que je me conforme à ses recommandations, puis lorsque qu’elle constata que j’étais immobilisé, elle poursuivit son speech.

« Votre coopération est essentielle : elle contribuera à la rapidité du geste de ponction et diminuera les risques de douleur et de complications. Vous devez rester immobile pendant l’ensemble de la procédure et arrêter de respirer quand le radiologue vous le demandera.  Est-ce que vous êtes bien ? Il est encore temps de dire ce qui ne va pas ! »

Elle finissait par me mettre la pression, qu’allait-il donc m’arriver pour qu’elle prenne autant soin de moi. Je répondis à sa question par un hochement de tête.

Les sons que produisait la machine m’étaient familiers. Mon corps pénétra lentement à l’intérieur de l’anneau, mais cette fois dans le sens inverse de l’habitude, c’est-à-dire de la tête aux pieds, et sur le ventre plutôt que sur le dos. Je sentis rapidement une tension s’exercer sur mon bras perfusé, le manipulateur qui avait laissé à sa collègue la mission de m’aider à m’installer s’en aperçu et demanda que l’on suspende un petit moment le déroulement de l’examen pour parer à ce problème. Il plaça la pompe à injection à l’arrière du scanner de manière à ce qu’elle soit et face à moi, puis par une habile  manipulation passa la tubulure à travers l’anneau de ce même scanner,  avant de relier de nouveau mon bras à la pompe.

« Bon nous allons pouvoir reprendre le cours des choses, obéissez aux instructions qui vous seront données par voix-off, et dans quelques instants vous ressentirez de la chaleur traverser votre organisme, c’est parce que l’on vous aura injecté le produit. »

J’étais à présent tout seul dans ma pièce, l’ensemble de l’équipe devait être devant les écrans de contrôle à explorer les images de mes viscères. Celui ou celle qui était aux commandes de la machine, me faisait faire des allers et venus à l’intérieur de l’anneau, sans doute pour de bonnes raisons. Simplement je constatais au fur et à mesure du déroulement de l’opération, que les choses ne se déroulaient pas du tout comme les autres fois. Cette technique permettait en effet de bien repérer la tumeur pour choisir le bon point d’entrée de l’aiguille, je l’appris un peu plus tard, car pour l’heure j’étais relativement dans l’ignorance de ce qui était en train de m’arriver. 

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scanner interventionnel

 

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Cancer

Le putain de mot le plus effrayant qui existe

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C’est un signe du zodiaque, mais plus probablement le cancer dévore les organes internes.

Vous savez pourquoi c’est si effrayant ?

Parce que le mot lui-même est un cancer.

Rien que l’idée peut rendre malade.

Le stress qu’il provoque peut se répandre dans l’esprit.

La peur peut tourner en maladie.

Dans cet ancien hôpital, les chambres étaient petites, et malgré une restauration aux normes actuelles, les malades ne disposaient que d’un petit coin lavabo, dans un espace exigu. L’infirmière de garde m’accompagna donc jusqu’à l’entrée de la douche située à l’autre bout du couloir.

« Bon vous vous laverez normalement, comme si le produit était à la fois un gel douche, et un shampooing, puis vous vous rincerez abondamment. Lorsque vous retournerez à votre chambre, un comprimé d’Atarax vous attendra, avec un petit peu d’eau, au fond d’un verre. Ça va aller ? »

J’acquiesçai de la tête.

« Je vous laisse, à tout à l’heure. »

Je disposais de trois grandes serviettes, du flacon de Bétadine dont je devais me badigeonner le contenu sur le corps, d’une blouse que je devais enfiler à la place de mon pyjama, et d’une paire de protège-pieds en plastique léger. L’opération se fit assez rapidement car je ne prenais guère de plaisir à me laver sous la contrainte, d’autre part je frissonnais, plus par fatigue et anxiété, que par froid. 

Le couloir était totalement vide comme si j’étais le seul maître des lieux. Je ne me souvenais plus du numéro de ma chambre, mais je supposai que la porte restée légèrement entrouverte devait être l’endroit que j’avais quitté une dizaine de minutes plus tôt. Mes yeux essayèrent de percer l’obscurité, mais il fallut me résoudre à allumer pour rejoindre mon lit. J’obéis aux consignes en avalant mon comprimé, avant de me recoucher.

La douche m’avait débarrassé de toutes mes impuretés, et avait contribué à me détendre un peu. Il ne me restait plus qu’à m’abandonner entre les mains expertes du médecin.

Je n’avais pas manqué de réveiller le voisin, qui sans me demander mon avis avait remis son téléviseur en marche. Il m’avait importuné en première partie de nuit, je l’avais importuné dans la seconde, nous étions quittes. Le son du récepteur mis en sourdine comblait le silence que j’avais tant espéré la veille au soir, mais qu’à présent,  je craignais comme la peste.

J’étais incapable de faire autre chose que de guetter les bruits de couloir, qui finiraient bien par être ceux de mon brancardier venant prendre possession de ma personne, afin de me livrer à mon ‘’bourreau’’.  A l’approche de l’instant crucial, je ne pouvais pas m’empêcher non plus de regarder ma montre, et désormais l’heure initialement prévue était dépassée.

Une gerbe de lumière dorée s’engouffra dans l’encadrement de la porte qui venait de s’ouvrir. Cette fois pas de doute possible, on venait bien me chercher. Un grand gaillard s’approcha de moi et me salua.

« Est-ce que je dois vous emmener dans un fauteuil, ou allongé sur votre lit ? »

« Scanner-interventionnel. »

Une aide soignante de garde, avait répondu pour moi.

« C’est donc le lit que je vais déplacer jusqu’au rez-de-chaussée. »

Ce voyage à travers les longs couloirs et les différents étages d’un hôpital, les yeux rivés sur le plafond, je ne connaissais que trop bien. Mon accompagnateur ne disait pas un mot, respectant ainsi ce désir de silence qu’il avait été capable de déceler sur mon visage. Un ascenseur spacieux nous conduisit au niveau du hall d’accueil, celui-là même que j’avais traversé un jour plus tôt avec mon ambulancier. Mon lit slalomait entre les gens déjà nombreux en ce début de matinée, mais j’étais comme l’homme invisible, personne ne prêtait attention à moi. J’avais froid, et je n’avais pas de couverture, car dans la chambre surchauffée je n’en avais pas besoin, et nul  n’avait pensé à m’en fournir une.

Au service de la radiologie et imagerie médicale il était encore trop tôt pour rencontrer le public. Mon lit ne pouvant pas rentrer dans une salle d’attente, j’étais stationné dans un genre de vestibule, une femme s’approcha de moi, suivi de très prêt par un homme.

« Bonjour monsieur, nous venons vous chercher, pour vous diriger vers la salle du scanner. Le panneau accès interdit à toutes personnes étrangères au service passa sous mes yeux

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Morphée m’a oublié

 

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Elle se dirigea ensuite vers mon voisin pour lui donner son traitement médicamenteux du soir, puis m’adressa une dernière fois la parole avant de sortir.

« A minuit on vous retirera votre carafe d’eau, et après l’intervention vous aurez droit à un petit déjeuner léger. Avant de descendre pour le scan-interventionnel, vous prendrez une douche à la Bétadine. »

J’acquiesçai de la tête.

 « Êtes-vous anxieux ? »

« Oui ! »

« On vous donnera un comprimé d’Atarax pour subir l’examen dans les meilleurs conditions possibles. Bonne nuit messieurs. »

Mon compagnon d’infortune, continuait toujours de se battre avec la nourriture, mais de guerre lasse, il finit par abandonner la lutte. Bien qu’il fût physiquement totalement épuisé, il lui restait suffisamment d’énergie pour me parler, et pour prendre plaisir à cette conversation. J’appris donc qu’il était parisien de naissance, qu’il avait fui la capitale pour s’installer à Nantes, qu’il était intermittent du spectacle, et qu’il habitait au 4ème étage sans ascenseur dans un appartement dont il était le propriétaire. Il me révéla également qu’il était toujours en arrêt travail pour un cancer des amygdales en rémission selon les médecins, et son amie aperçue en début d’après midi l’avait contraint à l’hospitalisation après plusieurs semaines de sous-alimentation. Enfin il m’indiqua que sous cette apparence de vieillard, se cachait un homme âgé simplement de 44 ans. 

Notre chambre donnait sur l’héliport. J’avais eu l’occasion à plusieurs reprises d’entendre les appareils décollés ou atterrir dans un vacarme qui risquait profondément d’altérer mon sommeil si d’autres malades ou blessés devaient être acheminés par ce moyen de transport, durant la nuit.

De toute façon je me préparais à une tranquillité souvent contrariée, aussi plutôt que de regarder la télévision, je préférai fermer les yeux afin de me mettre toutes les chances de mon côté, pour un éventuel endormissement.   

Je dépensais donc toutes mes capacités de concentration  pour m’attirer les faveurs de Morphée, mais le bruit continuel d’une ventilation, un nouvel atterrissage d’hélicoptère, comme je l’avais redouté, et le téléphone qui se mit à sonner, me détournèrent de cette première tentative. La brève intrusion d’une infirmière pour piquer mon voisin, ainsi que celle d’une aide soignante, venue débarrasser le plateau de ce même voisin, me compliquèrent encore plus la tâche en m’éloignant carrément de mon objectif initial. Je pris donc la décision de me remettre dans mes mots fléchés. Depuis longtemps que le sommeil était devenu difficile, j’avais appris la patience, et je savais donc qu’à un moment ou un autre, mon corps finirait bien pas s’abandonner.

Il était aux alentours de 10h30 quand le silence et l’obscurité s’installèrent dans la chambre. Je me calai confortablement contre mon oreiller, ne souhaitant plus penser à rien. C’était sans compter sur les perfusions du malade d’à côté qui avaient l’avantage de le réhydrater, mais l’inconvénient de le faire uriner toutes les demi-heures. Au début il tentait lamentablement de se traîner jusqu’aux toilettes, puis lassé de ses efforts à répétition, il finit par adopter l’urinal qui ne le rendit pas plus discret envers moi. Il fallait que je me fasse une raison, la nuit allait être blanche.

« Monsieur Gautier, c’est l’heure de prendre votre douche ! »

Celle là je ne l’avais pas vu venir, Morphée avait finit par avoir pitié de moi, cependant mon temps de repos avait été tellement court que j’avais du mal à penser que l’on était déjà le matin. J’eus la curiosité de regarder l’heure, il était 5h 30, mais je ne m’étonnais pas d’avoir été réveillé avant le chant du coq, car je ne connaissais que trop bien le fonctionnement des hôpitaux.

Cette deuxième étape de l’épreuve que j’avais bien voulu m’imposer s’achevait, la dernière étape  qui concrétisait la raison de ma présence en ce lieu, celle que je redoutais plus que tout,  débutait par une désinfection à la Bétadine.

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L’interne de service et l’infirmière bis

 

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La femme m’examinait aussi soigneusement que l’aurait fait mon généralise, puis m’interrogea sur ma santé, et mes éventuelles allergies. J’ignorais peu de chose de moi, aussi les réponses furent rapides et précises.

« J’ai emporté dans mon sac, la photocopie des résultats de ma dernière prise de sang, ainsi que le double des mes ordonnances. »

« Voilà qui est parfait, et qui va nous rendre un bien grand service »

« Est-ce que je peux me mettre en pyjama. »

« Vous avez le droit de faire, ce que bon vous semble, monsieur Gautier. »

Ces visites à intervalles réguliers du personnel de l’hôpital, nous amena à l’heure du repas. Je sentais les odeurs de cuisine émanant du couloir, je n’avais pas spécialement faim, mais j’avais bien l’intention de faire honneur aux plats qui me seraient servis.

Mon voisin devait se réhabituer progressivement à la nourriture. L’enjeu était de taille vu la conversation que j’avais pu entendre dans l’après-midi, mais malgré les efforts qu’il accomplissait pour avaler ce qu’il mastiquait, la partie était loin d’être gagnée. Il mit une bonne heure à ingurgiter en quantité le quart de ce que j’avais été moi-même capable de manger en dix minutes. 

Entre temps mon plateau avait été desservi, et à présent l’infirmière que j’avais déjà rencontrée, pratiquait sur moi une prise de sang pour déterminer entre autres choses, mon temps de coagulation.

« Vous êtes déjà venu en séjour dans notre unité ? »

« Non jamais, c’est même la première fois que je mets les pieds au CHD de Nantes. »

« C’est curieux car votre visage et votre voix me disent quelque chose. »

Mon interlocutrice jeta un regard sur mes deux livres posés sur la table.

« Vous vous intéressez à l’histoire, moi aussi j’adore ça ! »

« Oui à la grande et à la petite histoire. Ici il s’agit de romans mais placés dans le contexte d’une époque avec des personnages qui ont réellement existé. »

« La petite histoire vous dîtes ? »

« Je fais des recherches généalogiques depuis une bonne quinzaine d’années, et j’ai pus remonter certaines branches familiales jusqu’en 1584. »

« Quelle belles satisfactions vous devez en tirer. »

« Oui celle entre autre de les sortir de l’oubli, et de leur redonner une identité. »

« Magnifique. »

« Nous partageons vraiment les mêmes passions, j’aimerais pouvoir faire la même chose, mais j’ai guère le temps. »

 « Et bien voilà pourquoi je pense vous avoir déjà vu quelque-part. Vous habitez Cholet ! »

« Exactement comme vous venez de le lire sur ma fiche. »

« Je n’arrive toujours pas savoir où je vous ai vu, mais maintenant c’est à peu près certain, mes parents habitent également à Cholet. »

« Peut-être avez-vous fréquenté les mêmes clubs sportifs, ou les mêmes écoles que mes enfants ! »

Malgré notre détermination à trouver où, quand, et comment nous aurions pu déjà nous rencontrer, nous ne parvînmes pas à une solution.

« Vous ne saviez pas la raison pour laquelle vous étiez là. »

« Si comme je vous l’ai déjà stipulé, au téléphone la secrétaire du docteur D, m’avait dit qu’il s’agissait d’une biopsie, mais lorsque vous m’avez parlé de radiofréquence, je n’ai plus su quoi penser. D’ailleurs l’interne qui est venu me voir tout à l’heure a fait mention d’une éventuelle cryothérapie en fonction du résultat de l’examen, mais la radiofréquence n’a pas du tout été citée.

« Dans sa lettre adressée au professeur D, la radiofréquence devait être l’une des deux possibilités évoquées par le docteur R pour traiter votre tumeur. Je n’ai lu de son courrier que les deux trois premières phrases sans poursuivre davantage, persuadé que vous alliez me donner les explications nécessaires. En parlant de radiofréquence je ne faisais que vous poser une question d’où la zizanie que j’ai du provoquer en vous. Milles excuses. »

« C’est moi, j’avais ma convocation dans mon sac, il aurait fallu simplement penser à le sortir, et nous aurions évité d’affoler les troupes. »

« Vous savez nous sommes ici dans un secteur particulier. Nous accueillons toutes sortes de pathologies avant de diriger les patients vers les services spécialisés. Nous dégageons également un certain nombre de lits pour répondre à des besoins ponctuels, comme c’est votre cas aujourd’hui, aussi le jour de leur arrivée, nous ne connaissons pas forcément le dossier des malades en détail. »

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L’infirmière de service

 

 

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« Vous êtes monsieur Gautier ? »

« Oui ! »

« Je suis l’infirmière de service. »

Je poussai un grand ouf de soulagement, en constatant que l’on allait enfin s’occuper de moi.

La jeune femme commença par vérifier point par point mon identité, puis me posa un certain nombre de questions. Elle tenait entre ses mains un courrier, venant probablement du CAC de l’espoir, et le lisait succinctement, sans doute pressée par le temps qu’elle avait à me consacrer.

« Vous êtes ici pour une radiofréquence. »

La phrase me désarçonna totalement. Du coup je n’étais plus du tout sûr d’avoir compris la conversation au téléphone avec R. Au lieu d’en faire la remarque à mon interlocutrice, elle n’eut pour toute réponse qu’un : « Je n’en sais rien. »

« Comment vous n’en savez rien ? »

« Il paraissait clair dans mon esprit que ma présence ici, était occasionnée par la prescription d’une biopsie qui devait être pratiquée par le professeur D, et à présent vous me parlez de radiofréquence, je ne sais plus quoi en penser. »

Il aurait fallu simplement sortir ma lettre de convocation de mon sac, pour dissiper tout malentendu, mais cette période de l’Avant avait été mise trop brutalement entre-parenthèses, et j’étais complètement déstabilisé par ce qui était en train de m’arriver, aussi je n’eus pas la présence d’esprit de le faire.

« Bon je vais essayer d’aller pêcher des renseignements sur vous, car je n’aime pas travailler dans le flou. »

Le soir pointait le bout de son nez, et les néons de la ville commençaient à éclairer le ciel, tandis que je me familiarisais peu à peu avec les lieux. Mon voisin était enfin réveillé, mais il ne supportait pas une lumière trop forte, aussi je tentais de m’habituer à la demi pénombre. J’avais récupéré un fauteuil, car depuis mon arrivée j’avais été assis dans une chaise inconfortable, et j’appréciais de pouvoir enfin me reposer. Un aide soignant m’avait également apporté une carafe d’eau, car je n’avais encore pas bu depuis mon installation, mais il faut dire que je n’avais pas eu non plus l’idée de la réclamer, parce que jusqu’alors je n’avais pas eu soif.

Je pensais être condamné à attendre encore un bon moment, lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Deux internes qui s’étaient présentés comme tels, s’adressèrent à moi. L’homme prit la parole.

« Vous ne savez pas l’objet de votre présence ici ? »

« Si mais lorsque l’infirmière m’a parlé de radiofréquence, j’ai été un peu perdu. »

« Pas de radiofréquence, mais éventuellement un traitement par cryothérapie, qui ne se fera qu’en fonction des résultats de la biopsie que l’on pratiquera sur vous demain matin. »

« Les deux interventions se feront à la file ? »

« Non certainement pas, nous aurons les résultats de votre prélèvement que dans une bonne quinzaine de jours, et un courrier sera envoyé à votre oncologue à ce moment là. Les décisions à prendre viendront après. »

L’homme était jeune et dynamique. Il attendit un bref instant, une éventuelle question de ma part, avant de poursuivre.

« Donc on viendra vous chercher demain matin vers 7h30, l’intervention se réalisera sous anesthésie locale à l’aide d’un scanner interventionnel, et c’est le professeur D en personne  qui aura la responsabilité de l’acte. »

« Je risque quelque chose ? »

« Les risques sont limités et calculés, ne vous inquiétez pas. Je vous laisse entre les mains de ma collègue qui va vous poser quelques questions et également vous ausculter, pour savoir si nous devrons prendre ou non, quelques précautions. »

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Prisonnier

 

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Je n’apercevais de l’extérieur que le sommet de trois tours d’habitation, sur fond de ciel irrémédiablement gris. La chaleur émanant d’un long radiateur en fonte m’incommodait un peu. Je manquais d’air frais, et j’avais la désagréable sensation de me sentir privé de ma liberté.

Mon compagnon de chambre venait d’ouvrir la porte, une femme se tenait à ses côtés. D’après sa voix rauque, et son visage terni, la femme devait être une grande fumeuse. L’homme n’était plus que l’ombre de lui-même. La pensée qui me vint aussitôt à l’esprit, fut que ces gens devaient sûrement appartenir à un milieu de marginaux, car leur physique trahissait sans conteste un certain style de vie. La visiteuse prit rapidement congé, et le malade regagna lentement son lit, puis s’allongea laborieusement, en prenant soin de ne pas s’emmêler avec le tuyau de sa perfusion.  J’étais incapable de lui donner un âge, tant son corps extrêmement décharné, interdisait toutes supputations sur ce sujet. A ce stade de notre rencontre, à part la politesse du bonjour, nous n’avions échangé aucun mot. Un kiné qui venait d’entrer, brisa enfin la tranquillité des lieux. Le professionnel de santé avait du pain sur la planche, pour tenter de dérouiller le corps aussi malmené d’un être qui n’avait plus la force d’effectuer le moindre mouvement sans grimacer de douleurs. La séance fut d’ailleurs interrompue par un nutritionniste qui pénétra à son tour dans la chambre.    

Même si je ne voulais pas écouter, j’étais obligé d’entendre, et j’appris que mon voisin avait été hospitalisé quatre jours plus tôt alors qu’il ne pesait plus que 32kg 9 pour une taille de 1m72. Le médecin s’étonnait qu’il puisse encore raisonner et suivre la totalité de la conversation. L’équipe médicale allait rechercher la cause de cette perte totale d’appétit, mais n’excluait pas la résurgence d’un cancer jusque là en rémission. Le nutritionniste semblait vouloir expliquer à son interlocuteur réticent, que la pose d’une sonde gastrique était la seule véritable solution pour récupérer rapidement du poids, sans prendre de risque, pour sa vie. 

« Vous devez bien vous imaginer qu’avec un poids pareil, il vous sera impossible de supporter une chimiothérapie, si la nécessité se présentait. Réfléchissez encore jusqu’à demain, je ne vous mets pas le couteau sous la gorge, mais d’emblée je vous confirme que cette solution est la meilleure pour vous. »

Le patient réagissait très négativement au discours de son médecin, et s’il avait beaucoup de difficultés à digérer depuis déjà trop longtemps la nourriture,  les propos que venaient de lui servir son interlocuteur, passaient encore plus mal. Sa réaction me ramenait huit années en arrière, à l’époque de l’annonce de ma descente aux enfers. Le kiné qui s’était éclipsé pour laisser la place à son collègue nutritionniste, en fut pour ses frais.

« Bon on peut reprendre la séance monsieur ? »

« Je ne suis pas sûr de pouvoir suivre, je suis fatigué, et avec ce que je viens d’entendre, j’ai la tête qui tourne. »

Malgré tout, le professionnel tenta de lui faire effectuer quelques mouvements, mais comprit qu’il ne fallait pas insister, il repartit presque aussi vite qu’il était venu.

Notre tranquillité fut de courte durée, car il était aux alentours de seize heures, et l’équipe de l’après-midi passait dans les chambres pour vérifier les constantes des malades, ce qui lui permit d’ailleurs de se souvenir que j’existais. Je remarquai que ma tension était forte, pas étonnant du tout car cette situation inattendue à quelques jours des fêtes de fin d’année, ne me chagrinait pas qu’un peu. 

« Une infirmière va venir vous voir, je vais la prévenir de votre arrivée. »

La phrase n’avait aucun sens, puisque accompagné de mon ambulancier, je m’étais présenté règlementairement dans leur service, et qu’il m’avait été donné à ce moment là, mon numéro de chambre. Je n’eus pas envie de polémiquer, je voulais simplement que les choses prennent enfin un rythme normal de ‘’croisière’’, aussi je me tus.

J’en étais à ma troisième grille de mots fléchés, et à force d’obstination j’étais sur le point de la terminer, bien décidé d’en entamer une quatrième. Mon voisin c’était endormi, mis KO par un médecin qui n’avait peut-être pas employé toute la diplomatie que son patient était en droit d’exiger. L’ambiance n’était pas celle d’un jour de réveillon, pourtant j’avais chaud exactement comme si je venais de danser des heures durant. BFM-TV diffusait en boucle une information concernant les malades en fin de vie, mais je n’avais pas la télécommande pour changer de chaîne, et d’ailleurs c’était mon voisin qui payait pour recevoir cette information. Il fallait que je me convainque qu’il s’agissait de conditions certes désagréables, mais tout à fait provisoires. Un petit coup frappé à la porte, m’aida à réagir dans ce sens. 

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La sonnerie du téléphone

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Jusqu’à ce que cette sonnerie du téléphone ne brouille complètement les cartes, j’avais toujours cru que le docteur D appartenait à l’équipe médicale du CAC de l’espoir, mais sa secrétaire R m’avait donné le coup de massue, en me précisant que mon hospitalisation aurait lieu au CHD, loin de tous mes repères. Je ne connaissais cet établissement que de nom, mais je n’y avais jamais mis les pieds. Pour ne pas rajouter du stress au stress, j’avais décidé de faire appel aux services de transports sanitaires, mais comme j’étais hospitalisé durant deux jours, Chantal ne pouvait pas m’accompagner à moins de prendre le train pour le retour. Nous avions donc convenu qu’elle me laisserait partir seul, car pour un délai aussi court j’étais capable de me comporter comme un adulte, ce qui simplifierait considérablement les choses.

L’ambulancier était une nouvelle tête, la société ne comptait pas moins de soixante dix personnes, mais malgré mes très nombreuses escapades en terre nantaise, tous n’avaient pas eu l’occasion de m’accompagner. L’homme était plutôt loquace, et ça tombait bien, car j’avais bien besoin de ne pas sombrer dans le silence. Aussi à la faveur d’une conversation riche, et variée, nous eûmes tôt fait d’atteindre le périphérique et de sortir à la  Porte A, pour rallier le centre de Nantes. L’atmosphère oppressante générée par un trop grand nombre de voitures polluantes, et par l’omniprésence de l’asphalte et du béton ne m’aidait pas à retrouver un mode un peu plus apaisé que ces derniers jours, bien au contraire. Après quelques minutes d’attente à hauteur de la barrière d’entrée, nous pénétrâmes sur un parking étroit en forme de U épousant ainsi la configuration architecturale de l’hôpital. Comme je le redoutais l’endroit était vieux, gris et sinistre. Il fallait se bagarrer pour trouver de la place, car les ambulances arrivaient sans interruption, pour venir chercher, ou déposer les malades ayant fait appel à leurs services. Les visiteurs, ou plutôt le personnel des lieux, disposaient d’un parc de stationnement en sous sol qui ne devait sûrement pas être moins encombré.

Devant le gigantisme des bâtiments, je me laissais guider comme un petit enfant accompagné de ses parents, par un équipier qui en n’était pas à se première entrée de patient. Il me conduisit rapidement et sans hésitation au service des admissions, en m’invitant à prendre un ticket d’attente. Très vite mon numéro s’afficha au tableau malgré le nombre impressionnant de personnes qui occupaient les lieux. Même si le décor n’était pas celui du hall moderne du CAC de l’espoir, je connaissais la procédure par cœur, et il ne manquait rien dans mes papiers qui puissent poser un problème quelconque. Tout le travail de l’hôtesse se fit en silence, après quoi mon guide me demanda de lui indiquer l’adresse du service dans lequel il devait me conduire. Ma convocation stipulait de me présenter en MPU 2, 5ème étage, aile sud, nous y arrivâmes par l’ascenseur prévu à cet effet, et nous nous adressâmes au local des infirmières pour signaler notre présence.  Un homme tapota sur le clavier de l’ordinateur, puis nous indiqua le numéro de ma chambre sans prendre le soin de nous y emmener.

C’était la première fois, alors que j’avais effectué pas mal de séjours dans les hôpitaux, que je me sentais aussi mal accueilli. La chambre était vide, mais le lit d’à côté était défait, aussi je savais d’or et déjà que je ne serais pas seul durant ces deux jours.

Mon accompagnateur avait terminé sa mission, et il n’avait pas la moindre minute supplémentaire à m’accorder, il sortit donc après avoir pris congé, en m’abandonnant avec mon sac, et mes incertitudes. Ce fut à ce moment là que le silence se fit pesant.

Naufragé sur mon radeau au milieu de l’océan, il ne fallait pas que je laisse la moindre chance à mon mental de se consumer davantage, j’avais dans mes bagages suffisamment de jeux et de livres pour parer à cette éventualité. Le principal de mes boulots serait de m’armer de patience, d’emblée je décidai donc d’attaquer une grille de mots fléchés pour contrecarrer l’ennui qui ne manquerait pas de se manifester, si je restais inactif.

 

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Le ciel sur la tête

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Ce fut justement le 12 décembre au cours de l’une de ces invitations que le ciel me tomba sur la tête. Nous étions sur le point de sortir en fin de repas, afin d’arpenter les rues animées de la ville, lorsqu’en décrochant le téléphone, l’information me mis directement au tapis. Il s’agissait pourtant de se ressaisir, car notre convive n’avait rien demandé, elle n’avait donc pas à subir notre humeur brutalement bien malmenée. Je dis nous, car par effet de ricoché, ma famille encaissait également le choc.  

Cet appel résonnait dans ma tête, comme un coup de poing que l’on venait de m’assener. Telle l’Arlésienne, ce projet que l’on m’avait proposé dans le traitement de ma maladie, j’en avais entendu beaucoup parler, mais je n’avais jamais rien vu venir. Et voilà qu’à présent cette lettre qui avait été envoyée au docteur D, et qui était restée, sans écho, venait de faire l’objet d’une relance sans doute efficace, de la part de N,  car elle avait du coup suscité une réaction immédiate auprès du médecin concerné. Tout se déclenchait donc  soudainement au moment où je m’y attendais le moins, aussi j’étais totalement déstabilisé et comme au début de ma maladie, complètement désarmé dans la perspective de cette expérience inquiétante, à laquelle j’allais être très vite confronté.

Avais-je bien fait de provoquer ce qui était en train de m’arriver ? Car si j’étais dans un tel état de stress, je ne pouvais le reprocher qu’à moi-même, c’était moi qui avait demandé à l’oncologue de trouver des solutions pour tenter d’avancer positivement sur le parcours sans fin, de ma maladie. En tous les cas je m’en mordais les doigts, car je réalisais un peu trop tard qu’en ce mercredi 12 décembre je n’étais ni plus fier, ni mieux ferrer devant la malin, que  lorsque les médecins m’avaient annoncé huit ans plus tôt, l’impensable.

Avoir la frousse l’espace d’un instant, parce qu’un bruit vous a surpris, c’est une chose, mais lorsque cette frousse devient la compagne de vos jours et de vos nuits, et qu’elle se fait au fil du temps de plus en plus insistante, s’en est une autre.

Ma force et mon courage que je tentais de laisser transparaître aux yeux des autres, cachaient en fait une réalité beaucoup moins héroïque, je n’étais pas forcément à la hauteur de mes ambitions, mais il me restait ma fierté et je me forçais de ne pas laisser le champ libre, à tout débordement émotionnel. De toute façon il était trop tard pour reculer, il fallait donc tenter de supporter l’incommodité de la situation, car ce n’était qu’un  mauvais moment à passer, et je me consolais d’espérer que ce ‘’sacrifice’’ ne serait peut-être pas inutile. 

En attendant le jour j, je regardais tourné le monde comme un spectateur devant un film, à travers des lunettes 3d qui vous donne l’impression illusoire d’être au cœur de l’action, alors que mon esprit naviguait complètement à côté.

Je n’étais cependant pas totalement privé d’énergie, j’essayais donc de brouiller les ondes négatives, en multipliant le nombre de mes activités, mais malgré tous mes efforts, je me trouvais dans l’impossibilité d’assainir mon cerveau de toutes les pollutions, qui m’empêchaient d’être moi-même.

Cette première étape dans l’épreuve que j’avais bien voulu m’imposer, était longue et difficile, et elle ne m’aidait pas à me préparer, pour traverser le plus sereinement possible, les suivantes. Bien au contraire au fil du temps je m’usais les nerfs, et je m’affaiblissais physiquement et moralement, toujours un peu plus.

J’avais d’abord chiffré le nombre de jours qui me séparaient du ‘’trou noir’’, avant de compter le nombre d’heures. En ce début d’après-midi du 18 décembre, c’était les précieuses minutes qui me restaient à profiter de mon fauteuil, qui défilaient dans ma tête, lorsque Chantal m’annonça que le temps était irrémédiablement écoulé, l’ambulancier m’attendait devant la maison.

 

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