Prisonnier

 

Prisonnier  dans Cancer du rein prisonnier-22

Je n’apercevais de l’extérieur que le sommet de trois tours d’habitation, sur fond de ciel irrémédiablement gris. La chaleur émanant d’un long radiateur en fonte m’incommodait un peu. Je manquais d’air frais, et j’avais la désagréable sensation de me sentir privé de ma liberté.

Mon compagnon de chambre venait d’ouvrir la porte, une femme se tenait à ses côtés. D’après sa voix rauque, et son visage terni, la femme devait être une grande fumeuse. L’homme n’était plus que l’ombre de lui-même. La pensée qui me vint aussitôt à l’esprit, fut que ces gens devaient sûrement appartenir à un milieu de marginaux, car leur physique trahissait sans conteste un certain style de vie. La visiteuse prit rapidement congé, et le malade regagna lentement son lit, puis s’allongea laborieusement, en prenant soin de ne pas s’emmêler avec le tuyau de sa perfusion.  J’étais incapable de lui donner un âge, tant son corps extrêmement décharné, interdisait toutes supputations sur ce sujet. A ce stade de notre rencontre, à part la politesse du bonjour, nous n’avions échangé aucun mot. Un kiné qui venait d’entrer, brisa enfin la tranquillité des lieux. Le professionnel de santé avait du pain sur la planche, pour tenter de dérouiller le corps aussi malmené d’un être qui n’avait plus la force d’effectuer le moindre mouvement sans grimacer de douleurs. La séance fut d’ailleurs interrompue par un nutritionniste qui pénétra à son tour dans la chambre.    

Même si je ne voulais pas écouter, j’étais obligé d’entendre, et j’appris que mon voisin avait été hospitalisé quatre jours plus tôt alors qu’il ne pesait plus que 32kg 9 pour une taille de 1m72. Le médecin s’étonnait qu’il puisse encore raisonner et suivre la totalité de la conversation. L’équipe médicale allait rechercher la cause de cette perte totale d’appétit, mais n’excluait pas la résurgence d’un cancer jusque là en rémission. Le nutritionniste semblait vouloir expliquer à son interlocuteur réticent, que la pose d’une sonde gastrique était la seule véritable solution pour récupérer rapidement du poids, sans prendre de risque, pour sa vie. 

« Vous devez bien vous imaginer qu’avec un poids pareil, il vous sera impossible de supporter une chimiothérapie, si la nécessité se présentait. Réfléchissez encore jusqu’à demain, je ne vous mets pas le couteau sous la gorge, mais d’emblée je vous confirme que cette solution est la meilleure pour vous. »

Le patient réagissait très négativement au discours de son médecin, et s’il avait beaucoup de difficultés à digérer depuis déjà trop longtemps la nourriture,  les propos que venaient de lui servir son interlocuteur, passaient encore plus mal. Sa réaction me ramenait huit années en arrière, à l’époque de l’annonce de ma descente aux enfers. Le kiné qui s’était éclipsé pour laisser la place à son collègue nutritionniste, en fut pour ses frais.

« Bon on peut reprendre la séance monsieur ? »

« Je ne suis pas sûr de pouvoir suivre, je suis fatigué, et avec ce que je viens d’entendre, j’ai la tête qui tourne. »

Malgré tout, le professionnel tenta de lui faire effectuer quelques mouvements, mais comprit qu’il ne fallait pas insister, il repartit presque aussi vite qu’il était venu.

Notre tranquillité fut de courte durée, car il était aux alentours de seize heures, et l’équipe de l’après-midi passait dans les chambres pour vérifier les constantes des malades, ce qui lui permit d’ailleurs de se souvenir que j’existais. Je remarquai que ma tension était forte, pas étonnant du tout car cette situation inattendue à quelques jours des fêtes de fin d’année, ne me chagrinait pas qu’un peu. 

« Une infirmière va venir vous voir, je vais la prévenir de votre arrivée. »

La phrase n’avait aucun sens, puisque accompagné de mon ambulancier, je m’étais présenté règlementairement dans leur service, et qu’il m’avait été donné à ce moment là, mon numéro de chambre. Je n’eus pas envie de polémiquer, je voulais simplement que les choses prennent enfin un rythme normal de ‘’croisière’’, aussi je me tus.

J’en étais à ma troisième grille de mots fléchés, et à force d’obstination j’étais sur le point de la terminer, bien décidé d’en entamer une quatrième. Mon voisin c’était endormi, mis KO par un médecin qui n’avait peut-être pas employé toute la diplomatie que son patient était en droit d’exiger. L’ambiance n’était pas celle d’un jour de réveillon, pourtant j’avais chaud exactement comme si je venais de danser des heures durant. BFM-TV diffusait en boucle une information concernant les malades en fin de vie, mais je n’avais pas la télécommande pour changer de chaîne, et d’ailleurs c’était mon voisin qui payait pour recevoir cette information. Il fallait que je me convainque qu’il s’agissait de conditions certes désagréables, mais tout à fait provisoires. Un petit coup frappé à la porte, m’aida à réagir dans ce sens. 

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