Zones d’ombres

 

Zones d'ombres dans Cancer du rein surprise

« Le courrier nous dit que l’échantillon que l’on vous a retiré ne contient aucune trace de cellules cancéreuses, peut-être que l’examen n’a pas été fructueux et que le professeur D n’a pas piqué au bon endroit, à moins que la tumeur soit nécrosée. »

Ce bilan était tellement inattendu que je restais scotché sur mon siège incapable de prononcer le moindre mot. Pourtant les questions ne manquaient pas, simplement mon cerveau était complètement inhibé. L’évènement était d’une très grande importance pour moi, mais l’oncologue qui ne me connaissait pas, n’attendit pas que je me remette de mes émotions, et ne tenta pas non plus de réveillé mon esprit, en suscitant ma curiosité. Nous passâmes donc à un autre sujet. 

 « En ce qui concerne vos médicaments habituels, en dehors du Sutent, de quoi avez-vous besoin ? »

« Pas autre chose que de l’Eusoméprazole pour mon estomac. »

« Pas de Lévothyrox ? »

« Non je vois bientôt mon généraliste, et c’est lui qui me suit pour la thyroïde. Le docteur R avait été obligé la dernière fois  de me prescrire un nouveau dosage du produit, car les résultats de ma prise de sang le nécessitaient. »

« Votre prochain scanner est fixé au vendredi 1 mars. »

L’oncologue me fixa dans les yeux pour constater une éventuelle réaction de ma part, mais comme je ne fis aucun commentaire, il m’invita à passer dans le bureau de la secrétaire.

Comme d’habitude N était là pour réceptionner ordonnance et convocations sur son imprimante que le médecin signa avant de prendre congé de nous.

« Savez vous si je passe le scanner au CAC de l’espoir? »

« Non malheureusement, il faudra vous rendre une nouvelle fois aux CA. »

La procédure devenait habituelle, il fallait bien que je m’y fasse, et d’ailleurs je commençais également à me familiariser avec le personnel de cette même clinique, aussi la réponse de N ne me contraria guère.

Il n’était pas bien loin de midi quand nous arpentâmes le couloir jusqu’à l’ascenseur pour rejoindre la cafétéria, où nous avions l’intention de prendre un petit encas avant de refaire la route en sens inverse. Le chocolat bien chaud qui fumait, laissant échapper son délicieux arôme, ainsi que les petits gâteaux qui l’accompagnaient, nous récompensaient d’un début de journée, bien tourmentée. A l’extérieure l’esplanade du centre anticancéreux n’était qu’une patinoire, et il continuait toujours à pleuvoir.

Dans ma tête les explications très approximatives du médecin commençaient à décanter. Certes nous étions agréablement surpris de ce que nous avions entendu, mais bien des zones d’ombres restaient encore à éclaircir. Le praticien m’avait parlé d’une tumeur nécrosée, je supposais que le mot nécrose voulait dire cellules asséchées ou mortes, mais j’en étais pas sûr, d’autant que le professeur D m’avait quant à lui laisser entendre que son aiguille avait piqué dans une masse profondément vascularisée, saignante, et donc pour moi forcément active. Tout ceci se mélangeait dans mon esprit et méritait des précisions que je n’avais pas été capable de demander. Pour l’heure j’avais plutôt tendance à vouloir verser dans un optimisme prudent. De toute manière ce que j’avais entendu était bon à prendre, et allait à n’en pas douter contribuer à renforcer mes forces psychologiques, en attendant de passer mon 37ème scanner. 

L’intervention de la direction départementale de l’équipement, avait atteint son but, car la réaction chimique du sel sur la neige avait redonné à l’asphalte sa couleur bleu-gris d’origine. Certes la chaussée était encore très humide, mais l’indescriptible pagaille du matin était déjà à ranger dans la catégorie des souvenirs. De plus l’heure du déjeuner faisait que le trafic routier sur le périphérique était plus que fluide, aussi notre retour à la maison ne dura pas plus longtemps qu’un trajet  habituel.

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Neige, bouchons, et coup de massue

 Neige, bouchons, et coup de massue  dans Cancer du rein bouchons-1

Un petit coup de klaxon m’avait averti qu’il était temps que je regagne notre voiture qui s’était déplacée d’une trentaine de mètres, je m’étais donc exécuté en évitant un peu honteux de regarder les occupants des véhicules que je longeais. En remontant auprès de mon accompagnatrice, je constatai immédiatement que ma tension était baissée d’un cran.

Par contre du côté du trafic, rien ne bougeait réellement, nous étions bien engagés sur la bretelle de sortie, mais les trois ronds points que nous devions franchir étaient saturés, ainsi que tout le reste des infrastructures routières.

Il était clair que le déneigement avait été efficace, mais l’accumulation des bouchons était tel qu’il fallait à présent patienter pour qu’ils se résorbent petit à petit. 

Comme je n’avais pas eu tout à fait le temps satisfaire à ses attentes, ma vessie me donnait de nouveaux signes d’avertissement, mais cette fois psychologiquement j’étais en mesure de dominer la situation car nous n’étions pas bien loin de notre destination finale. 

Les voix de circulation de l’enceinte du centre n’étaient pas aussi bien dégagées que celles que nous venions d’emprunter, il fallait donc faire doublement attention. Nous arrivions avec largement plus d’une heure de retard, et nous n’étions probablement pas les seuls. D’après les discours que nous pouvions entendre, les admissions se faisaient en ordre dispersé, quand les malades, voir même certains médecins, n’étaient pas carrément absents.

Mon passage au service des entrées ne souffrit pas d’un retard supplémentaire, et très vite nous nous retrouvâmes au 2ème étage où les salles d’attente et le couloir no 7 étaient déserts.

« Ah bonjour monsieur et madame Gautier, j’avais vu sur mon écran que vous étiez arrivés. »

N nous accueillait avec son joli sourire, entourant fermement son gobelet de café, avec ses deux mains pour les réchauffer.

« Oui mais avec pas mal de retard! »

« Ce n’est pas grave, vous auriez même pu annuler votre rendez-vous, nous l’aurions simplement reporté. Vous n’aviez pas de scanner ça n’aurait pas posé les problèmes que nous allons avoir avec les patients qui devaient passer des examens. D’ailleurs certains de nos médecins ne sont pas encore arrivés, et beaucoup de malades ont été moins courageux que vous. »

Cette dernière phrase confirmait ce que j’avais cru comprendre dans le hall d’accueil, bonhomme hiver avait semée une belle pagaille autour de lui.

« Vous pourrez rester dans le couloir, car ça va être à vous très vite. »

A l’instant même où nous quittâmes notre interlocutrice, la porte qui séparait le cabinet du médecin du bureau de sa secrétaire s’ouvrit, et le malade qui nous précédait nous remplaça auprès de N.

Il était inutile de sortir de notre sac, livre et mots fléchés pour s’occuper l’esprit, pourtant la période d’attente fut plus longue que prévu, et c’était sans doute la raison pour laquelle l’oncologue qui nous recevait connaissait parfaitement mon dossier. Il avait incontestablement pris le temps de l’étudier, car malgré mes huit années de lutte et mes innombrables examens, il semblait ne rien ignorer de mon parcours médical.

« Vous êtes ici pour renouveler votre traitement au Sutent, c’est bien ça ? »

« Oui ! »

L’homme qui remplaçait le docteur R, était jeune, sans doute occupait-il son premier poste de récent diplômé. On le sentait soucieux de bien faire les choses, il ne se contentait pas de me faire confiance, aussi prenait-il soin de m’examiner pour constater la véracité de chacun de mes commentaires.

« D’après les différents rapports du docteur R j’ai noté que vous supportiez plutôt bien le médicament, à part des ennuis intestinaux ? »

« Oui mes intestins ont toujours été pour moi une source d’ennuis, bien avant même que je me soigne pour mon cancer du rein. »

« Globalement pendant ce cycle comment vous êtes vous senti ? »

 « Plutôt bien, pas de grosses fatigues, mon cœur n’a pas trop souvent jouer le trouble fête, et mes intestins n’ont pas réagi de manière excessive. Je n’ai passé aucune journée contraint et forcé de rester au lit ou dans un fauteuil. »

« Je vois que le docteur R vous prescrit des bains de bouche, à base de bicarbonate de sodium. Vous avez des problèmes de ce côté-là ? »

« Oui périodiquement, surtout quand je suis fatigué, c’est-à-dire plutôt dans la 3ème ou la 4ème semaine du cycle de traitement. »

« Et en ce moment ? »

« Ça va très bien. »

« Ouvrez votre bouche ! »

J’avais la cavité buccale très saine, il constata donc que je n’avais pas menti, il n’approfondit pas davantage son contrôle.

Le dégout alimentaire, ainsi que les odeurs de cuisine qui me donnaient la nausée dans les premiers mois de la chimiothérapie, s’étaient très largement atténués. Durant cette période relativement difficile j’avais perdu beaucoup de poids, mais désormais j’avais rattrapé les kilos en moins, il fallait même à présent que je fasse attention à ne pas grossir davantage « Enlevez vos chaussures et monter sur la balance s’il vous plait. »

L’affichage à cristaux de l’appareil indiquait 89 kilos, en retirant 1 kilo de vêtements, j’étais à peu près d’accord avec ce que le médecin allait noter sur son dossier. Il ne me fit aucun commentaire sur le fait que mon poids ait repris lentement mais sûrement sa progression. 

« Bon nous avons reçu le compte-rendu du laboratoire d’analyse via le professeur D, de votre biopsie pratiqué mi décembre. »

Je n’avais jamais été stressé par l’incertitude et la peur des résultats, puisque dans mon esprit cette tumeur était cancéreuse. Non, j’étais plutôt impatient de savoir si mon séjour au CHD nantais allait être utile à quelque chose, car une intervention par cryothérapie dépendait de la nature exacte des cellules que l’on m’avait prélevées. En fait de cellules malades le médecin était en train de m’annoncer l’inimaginable, et je recevais la nouvelle comme quand on reçoit un coup de massue sur la tête.  

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18 janvier 1981 – 18 janvier 2013 : la suite

 

18 janvier 1981 - 18 janvier 2013 :  la suite  dans Cancer du rein uriner-3-300x161

La clarté naissante de ce début de matinée était mise à mal par un ciel gris et bas. Manifestement il gelait encore, ce qui rendrait les choses un peu plus ardues. La première difficulté du trajet, nous la rencontrâmes avant même d’avoir quitté la maison. La voiture stationnée dans la descente du sous sol patinait refusant obstinément de reculer jusqu’au trottoir. Il fallut rouvrir le portail et faire couler le véhicule dans le garage, pour que les roues retrouvent de l’adhérence et ensuite réenclencher la marche arrière en accélérant ensuite sans s’arrêter jusqu’à hauteur de la chaussée. Comme prévu notre quartier n’avait pas bénéficié des services de la voirie, il fallait donc être extrêmement prudent pour ne pas faire d’embardées. Comme prévu également, les grands axes prioritairement traités offraient la possibilité de circuler un peu mieux, cependant j’avais remarqué en refermant définitivement le portail que de très légers flocons de neige, recommençaient à tomber. Il était encore très tôt et le sel n’avait pas eu l’occasion d’agir totalement, aussi la nationale était souillée d’une espèce de mélange chimique qui formait une bouillasse que les roues des véhicules projetaient en fines gouttelettes d’eau  sur les pare-brises des autres usagers de la route, ne facilitant  pas de ce fait la conduite.    

Le tableau de bord du véhicule indiquait une température extérieure de -3°, et nous roulions à 65 kilomètres à l’heure de moyenne sur un axe limité à 110, deux bonnes raisons de penser que nous allions arriver en retard à mon rendez-vous. Les météorologues avaient annoncé des pluies verglaçantes, et ils ne s’étaient pas trompés, car une fine pellicule de glace se formait sur le pare-brise que les essuie-glaces avaient du mal à balayer, seul le chauffage poussé à son maximum arriva à nous en débarrasser.  

Globalement la DDE avait fait en sorte que bonhomme hiver ne paralyse pas l’économie, ainsi la majorité des travailleurs pouvaient aller gagner leur vie, malgré des conditions climatiques difficiles. Le trafic restait donc dense, dans l’autre sens de circulation un peu plus encore, mais tout le monde réagissait avec prudence et discernement.

A l’approche de la grande agglomération nantaise, nous avions pu lire sur un panneau lumineux que des travaux de salage étaient en cours sur le périphérique, et qu’il fallait donc resté prudent, mais pour l’heure nous affrontions notre toute première grosse difficulté. En effet nous nous étions engouffrés dans le bouchon de la porte du vignoble, et bloqués comme nous l’étions, nous ne risquions pas de faire preuve d’imprudence.

Je me félicitais d’habiter dans une petite ville de campagne, et de ne pas connaître au quotidien cette situation génératrice de stress, car à elle seule, l’expérience de cette journée me suffisait déjà amplement. Contrairement à mes craintes, le ralentissement n’avait pas été aussi terrible que j’aurais pu l’imaginer, ce que je ne savais pas encore, c’était qu’il allait être suivi par nombreux autres, jusqu’à ce que nous connaissions une paralysie quasi-total du trafic.

J’ignorais totalement à quel moment nous allions pouvoir nous extirper de cette entrave, et l’impatience prenait l’avantage sur la très relative sérénité dont globalement nous avions fait preuve jusqu’à présent.

Quoique très fine, la pluie continuait à tomber, et formait sur les rétroviseurs de petites stalactites, preuve que le radoucissement n’était pas pour tout de suite.

Tous les deux cent mètres nous étions arrêtés. Ce n’était pas tant à cause du retard accumulé que je commençais à paniquer, mais plutôt en raison d’une vessie qui ne souffrait plus que je lui résiste. En fait même la porte de sortie de périphérique que nous devions emprunter était bloquée, m’interdisant tout espoir de mettre fin rapidement au conflit qui m’opposait à mon propre corps. La situation devenant dramatique, mes nerfs vacillèrent au point que je ne pouvais plus les contrôler, cela se traduisit par des palpations, des bouffées de chaleur, et l’impression d’être au bord du malaise.

Même s’ils s’apparentent à une certaine forme de dangerosité et d’inconscience, même s’ils doivent égratigner aussi quelque peu votre pudeur, certains gestes ne peuvent être évités, pour vous sauver de circonstances devenues intenables. C’est ainsi que par un jour de conditions hivernales rigoureuses, vous vous retrouvez dans une position peu glorieuse, en train d’uriner sur la bande d’arrêt d’urgence du périphérique nantais, alors  qu’un flot continu d’automobiles  circule dans votre dos  à la vitesse de l’escargot, mais que vous n’y prêtez guère attention, car vous soulager étant devenu essentiel, rien ne peut plus avoir d’importance à vos yeux.

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18 janvier 1981 – 18 janvier 2013

 

18 janvier 1981 - 18 janvier 2013  dans Cancer du rein foret

L’année s’achevait alors qu’aucune amélioration ne se dessinait, du côté de l’emploi des jeunes, que la France s’apprêtait à rentrer en guerre au Mali, et que la plupart des citoyens s’interrogeaient sur la capacité de la gauche à nous sortir du marasme ambiant. Les conseillers psychologiques encourageaient les malades à se protéger contre des infos beaucoup trop souvent négatives, et ils avaient bien raison de nous avertir du danger, car durant mes deux jours d’hospitalisation j’avais eu un large panel, frisant l’overdose, de toutes ces noirceurs, qu’il valait mieux essayer de ne pas écouter, au risque de tomber totalement dans la déprime.

 

L’Etre humain est de plus en plus fermé, replié sur lui-même. Pour trouver l’équilibre, il doit réapprendre à regarder autour de lui et à s’harmoniser avec la nature. En se coupant de la nature, on se coupe de soi-même.  Faire de longues marches pieds nus sur le sable, toucher les arbres, les fleurs et autres merveilles de la nature, permet de reconstituer notre aura qui est notre protection psychique et spirituelle. Si vous ne pouvez le faire physiquement, utilisez la pensée. Vous pouvez vous projeter dans une forêt, et imaginer que vous captez l’énergie des arbres et en imprégnez votre aura et vos cellules.

Si la maladie me maintient prisonnier, la nature m’offre aussi souvent qu’il est possible de la faire, de grands et beaux moments de liberté. A l’époque de ma vie active, je passais le plus clair de mon temps renfermé dans un bureau, le cancer m’a permis de renouer avec cet univers qui constitue les plus belles pages de mes souvenirs d’enfance. Le milieu hospitalier, les opérations, les examens, les traitements, les diagnostics, sont comme une sorte de gaz carbonique qui vous étouffe au risque de vous éteindre comme la flamme d’une bougie. Le soleil, la pluie, le vent, le froid, le chaud, la senteur des bois, le bruit feutré aux abords des  étangs, sont autant d’éléments qui ravivent la flamme, et stimulent les sens, ce qui vous permet alors de vous sentir de nouveau vivant, en vous donnant également en prime la chance d’observer le temps qui passe.  C’est la raison aussi pour laquelle je suis si souvent attaché à décrire dans mon journal de bord, les conditions climatiques qui accompagnent tel ou tel moment de ma maladie,  car elles conditionnent à cent pour cent ma qualité de vie, et participent amplement à ma tactique de combat contre le mal absolu.

Vendredi 18 janvier 2013, jour anniversaire d’un évènement qui compte parmi le plus important de celui de la vie d’un homme. Cette fois les réjouissances n’étaient pas de la même nature, que celles qui s’étaient déroulées 32 ans plus tôt. Mon emploi du temps étant conditionné par le rythme de mes cycles de chimio, mes visites chez les médecins, et mes examens en tous genres, il fallait prendre cette fois non pas la route qui menait à la maternité, mais celle qui allait me conduire au CAC de l’espoir. 

Justement bonhomme hiver, était en train de se faire suffisamment remarqué, pour que les conséquences de ses débordements méritent une bonne place dans mon journal de bord. Il avait neigé quelques heures dans la nuit, sur un sol déjà humide, puis la température avait continué de baisser. Rouler sur des chaussées glissantes n’étant pas notre spécialité, il fallait se demander s’il n’était pas judicieux d’annuler le rendez-vous, ou sinon faire appel à un ambulancier.

Pour le professionnel, je trouvais qu’il était un peu tard, et je n’avais pas très envie non plus de téléphoner au centre anticancéreux pour annuler un rendez-vous qui ne revêtait certes pas un caractère d’urgence, mais qui en n’était pas moins important pour moi, d’une part parce-que le résultat de mon petit séjour au CHD m’attendait, et d’autre part parce que j’étais sensé débuter mon 23ème cycle de chimio, le lundi suivant.

Dans notre quartier nous n’étions pas prioritaires pour le salage des rues, mais j’étais optimiste pour ce qui touchait les grands axes de circulation, aussi nous prîmes la décision de partir. Se sentir vivant lorsqu’il s’agissait comme dans ce cas, de conditions climatiques inhabituelles, c’était aussi prendre conscience du danger que la nature fait parfois courir à l’homme. 

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Retour au bercail

 

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J’avais oublié ma fatigue et ma nuit quasiment blanche, aussi je me sentais d’humeur à reprendre ma grille de mots fléchés, là où je l’avais laissé. J’étais confortablement installé dans mon fauteuil à veiller sur le sommeil de mon voisin lorsque mon chauffeur pénétra dans la chambre. Cette intrusion bien que discrète avait réveillé mon ‘’colocataire’’, je pus donc le remercier de nouveau pour le service qu’il m’avait rendu, et le saluer en espérant pour lui une meilleure santé. J’éprouvais beaucoup de compassion pour l’homme, car je le savais seul, et je n’ignorais pas que les jours à venir n’allaient pas être drôles. J’éprouvais également comme une sorte de culpabilité, de me réjouir pour mon départ alors qu’à l’inverse, il n’avait pour l’heure, absolument aucune raison de croire au soleil. Je n’étais malheureusement pas merlin l’enchanteur pour résoudre la détresse humaine, d’un seul coup de baguette magique.

Mon accompagnateur était venu me chercher, muni d’un fauteuil roulant, ne sachant pas dans quel état il allait me trouver. L’assise servit à porter mon sac, à défaut de me transporter, puis l’ambulancier insista pour soulever la charge jusqu’à la voiture.

Français d’origine étrangère, l’homme avait souffert d’une forme de ségrégation latente, se qui l’avait conduit à renoncer au métier qu’il avait choisi de faire, pour se réorienter vers le transport sanitaire, où il avait trouvé un peu plus de tolérance.  Il ne regrettait pas son choix, car il s’enrichissait tous les jours de nouveaux rapports humains, probablement sans commune mesure avec ceux qu’il aurait pu connaître en informatique, secteur qui avait fait l’objet de ses études initiales.   

Depuis le début de l’automne, nous avions guère connu de journées ensoleillées, celle-ci ne faisait pas exception, la grisaille et l’humidité tenaient le haut de l’affiche, néanmoins notre retour s’effectua sans problème. Un nouveau chapitre du livre sur l’histoire de ma santé, que j’aurais pu intituler, ‘’d’amour et de haine au quotidien’’, s’achevait, avec l’espoir de ne pas avoir vécu cette nouvelle expérience pour rien.

Ma famille guettait mon retour avec impatience, elle s’était rapprochée d’une fenêtre donnant sur la rue, en entendant le moteur d’une voiture, satisfaite de constater que c’était bien mon ambulance qui arrivait. En poussant la porte, je refermais également la parenthèse d’une épreuve que je ne considérais pas comme ayant été anodine, mais qui toutefois ne me laisserait pas un trop mauvais souvenir.  Deux paires d’yeux me fixèrent d’un air dubitatif, oui effectivement le séjour ne s’était pas trop mal passé, mais j’avais quand même pas mal morflé, mes proches comprirent mon attitude de repli en écoutant le récit de mes deux jours. L’essentiel c’était que plus rien ne devait désormais gâcher les préparatifs des fêtes de fin d’année.    

Je reprenais donc au fil de la vie quotidienne, mes habitudes, qui constituaient autant de point de repères nécessaires, pour me sentir en sécurité, en poursuivant notamment mon 22ème cycle de chimiothérapie qui en était à sa deuxième semaine de déroulement.

Mon prochain rendez-vous à Nantes, était fixé au 18 janvier, date à laquelle j’aurais dû passer un scanner. Le professeur R avait préféré reporter cet examen du fait de son absence, non pas parce qu’il considérait son remplaçant comme incompétent, mais parce qu’il savait par expérience que lorsqu’ils attendaient des résultats, les malades préféraient en discuter dans la grande majorité des cas, avec leur oncologue attitré, sauf que pour moi, la donne avait changé. La biopsie effectuée en décembre était passée par là, brouillant ainsi les cartes. D V serait probablement le premier à lire le rapport du professeur D, et il ne manquerait sûrement pas de le commenter avec moi, lors de notre entretien. Prendrait-il alors les décisions qui s’imposent à la place de son collègue ! Il fallait arrêter d’y penser, rien ne se ferait de toute façon sans mon approbation, et je ne déciderai rien sans avoir les conseils avisés de monsieur R.

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Période d’entière plénitude

 

 

 

 

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Finalement au moment où je m’y attendais le moins, trois personnes sans doute encore étudiantes en médecine, pénètrent dans la chambre, pour s’occuper cette fois de mon cas. L’ambulancier qui m’avait accompagné, m’avait parlé d’un complexe hospitalo-universitaire et m’avait montré la faculté à droite de l’entrée principale lors de notre arrivée, je comprenais donc aisément la raison de cette important contingent de jeunes en ce lieu.

« Bonjour monsieur, vous êtes bien monsieur Gautier ? »

« Oui ! »

« Vous êtes la personne qui a subi la biopsie sous la responsabilité du professeur D, ce matin ? »

« C’est exact ! »

Mon bracelet ne suffisait pas, il fallait s’assurer encore et toujours de mon identité. Des erreurs commises dans plusieurs centres hospitaliers et qui avaient été fortement médiatisé, avaient déclenché  cette procédure fastidieuse certes, mais qui servaient avant tout, l’intérêt des malades.

« Comment vous sentez vous ? »

« Bien, très bien même ! »

« Pas de nausées, pas d’étourdissements, pas de faiblesses particulières ? »

Mon cœur avait décidé d’être sage et battait normalement. Ma tension était redevenue quasi normale. Mon pansement ne suintait pas.

« Bon je crois que nous allons pouvoir vous libérer en début d’après midi, il faut juste que nous demandions le feu vert au professeur D. »

Ce qui me confirma que les trois blouses blanches entourant mon lit, n’étaient pas encore tout à fait des professionnels.  

 L’appel téléphonique aboutit au domicile de l’intéressé, sa femme renseigna l’équipe sur le bon numéro à composer, après quoi je sus très vite que j’étais en état de quitter les lieux.

« Est-ce que quelqu’un va pouvoir me libérer de cette perfusion ? »

« Tout à fait nous allons prévenir l’infirmière de garde. »

La femme ne devait sûrement pas être bien loin à déambuler dans le couloir, car son visage apparu à mes yeux, et cette fois c’était bien pour m’extraire cette maudite aiguille qui du reste commençait à endolorir mon bras.  

« Pourrez-vous vous occuper de téléphoner à une ambulance, pour qu’elle vienne me chercher ? »

« Attendez, je m’occupe d’un autre malade, et je suis à vous dès que possible. »

Malgré ma douche à la Bétadine du petit matin, j’appréciai de faire une petite toilette revigorante, et surtout je pris immensément de plaisir à enfiler mes vêtements de ville, car cet acte marquait l’aboutissement final de ces deux jours passés en ce lieu.

Et puis comme je n’avais pas mangé grand-chose depuis la veille, le déjeuner apporta  la petite touche finale à cette période de plénitude et de soulagement qui au sortir de l’examen, s’était d’un seul coup subsisté à une situation d’incertitude et de stress.

J’entamais avec bon appétit le plateau repas qui venait de m’être servi, sans oublier de prendre mon traitement que j’avais pris soin d’emporter avec moi, lorsque l’infirmière réapparut, bousculant le silence qui régnait dans la chambre.  

« Me voilà enfin, avez-vous les coordonnées de votre ambulancier ? »

Je lui tendis la petite carte que je venais de sortir de mon sac, lorsqu’elle se ravisa, préférant aller s’occuper de mon voisin qui n’avait pas encore réagi au fait qu’il était l’heure de manger.

« Occupez vous en donc vous-même. » M’avait-elle dit en me proposant son téléphone. 

Comme à l’accoutumé, j’avais eu le temps de finir mon désert alors que l’occupant du lit d’à côté en était encore qu’à l’entrée. Comme à l’accoutumé il avait abrégé ce moment peu agréable pour lui, afin de regagner ses couvertures au plus vite. Il avait eu la force de regarder les infos qui semblaient être sa principale passion télévisuelle, puis il avait fini par s’endormir de nouveau.

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L’impatience grignoteuse de terrain

 

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Personne ne voulait prendre la responsabilité de me débarrasser de ma perfusion, ni celle de m’autoriser à me lever. Je trouvais tout à fait ridicule de réclamer un urinal car je n’avais rien d’un malade, il fallait donc prendre moi-même la décision qui s’imposait pour me rendre aux toilettes, sans impliquer personne dans mon entreprise. La poche à sérum était vide depuis belle lurette, il ne fut donc pas très compliquer de la décrocher de son support, pour me libérer de cette entrave qui me condamnait à l’inaction en attendant mon billet de sortie. Malgré les quelques mouvements de gymnastique obligatoire, je n’avais pas senti le moindre malaise en me lançant dans cette ‘’aventure’’, ce qui me confortait dans mon idée que j’allais bientôt pouvoir quitter les lieux. 

A ce stade de la matinée, je n’avais toujours pas donné de nouvelles à mes proches. Sur ma feuille de convocation, nous avions pu lire que mon intervention débutait à sept heures, nul doute que ma famille devait commencer à s’inquiéter de mon silence. Il fallait que je trouve rapidement un moyen de me manifester. Ce fut l’entrée inopinée d’un aide soignante qui m’en donna l’opportunité. 

« Savez-vous s’il y a une possibilité de passer un coup de téléphone tarifé, sans prendre la location d’une ligne ? Au pire je prendrai cette location car il me faut rassurer ma famille ! »

« Je ne sais pas monsieur, je vais me renseigner. »

Mon voisin enfin  libéré des bras de Morphée, s’immisça dans la conversation. De sa petite voix vacillante, il me proposa ses services. 

« Vous n’allez pas payer une ligne pour un seul appel, alors que vous partez cet après-midi. Servez vous de mon téléphone, ne soyez pas gêné. »

L’aide soignante trouva cette solution la plus simple, trop contente de se débarrasser de cette mission, alors qu’elle avait déjà bien assez à faire.

« Je veux bien accepter, mais à condition de vous payer. »

« C’est hors de question, dans une situation inverse, vous auriez fait la même chose. »

Malgré sa générosité et sa gentillesse, je me sentais fortement redevable, je me promis d’être le plus bref possible. Comme par hasard, personne chez moi ne décrocha, en laissant un message laconique, je ne pus pas faire moins pour ne pas abuser des bontés de mon ‘’sauveur’’.

Plus rien ne me préoccupait, j’avais soulagé ma vessie, j’avais donné des informations rassurantes à ma famille, il fallait donc que je m’adonne à l’exercice principal de mon séjour, la patience. Je manquais de sommeil et de motivation pour me concentrer sur de la lecture ou sur des mots fléchés, je me résolus donc à profiter du téléviseur allumé, pour regarder une fois n’est pas coutume, les informations en continu de BFM .TV.

Il semblait que l’on m’ait totalement oublié, par contre mon voisin ne manquait pas de soins attentifs, et recevait donc souvent la visite du corps médical. Un tableau affiché sur le mur en face de son lit servait à noter jour par jour le type et la quantité d’aliments qu’il avait pu avaler au cours de chaque repas, et le personnel de service s’afférait à remplir consciencieusement les cases prévues à cet effet, car les médecins ne se privaient pas de consulter les précieux renseignements de ce panneau.

Manifestement le nutritionniste que j’avais pu connaître la veille n’avait pas réussi à convaincre son patient, un de ses collègues revenait à l’attaque pour convaincre mon récalcitrant voisin.

« La partie est encore loin d’être gagnée. A force de privation, le corps a fonctionné autrement. Le système digestif n’est plus habitué à recevoir de la nourriture et à la digérer. L’estomac s’est probablement considérablement rétréci, et je suis sûr que vous avez la sensation de ne plus rien pouvoir avaler après quelques bouchées, même si vous faites preuve de volonté pour manger. Paradoxalement je dirais même que votre reprise de poids est trop rapide, et votre organisme risque de très mal réagir à cet apport soudainement régulier en aliments. Pour l’eau c’est la même chose, il faudra limiter votre consommation. »

L’homme s’arrêta un peu pour vérifier que son interlocuteur assimilait bien ses paroles, puis il poursuivit ses explications.

« L’avantage de la sonde gastrique, c’est que nous pourrions vous administrer un liquide nutritif, tout en vous habituant progressivement et très lentement à la nourriture solide, en étant sûr d’un apport calorique journalier suffisant, sans agresser votre système digestif. »

Le médecin usait d’arguments de choc, et plutôt convaincants, mais le patient semblait souffrir d’une sorte de phobie de la sonde gastrique. Il restait tétanisé par la peur, incapable de prendre la moindre décision.

« Il faut savoir parfois surpasser ses appréhensions, lorsqu’il s’agit de s’en sortir.  Vous souhaitez sauver votre vie n’est-ce pas ? »

« Oui bien sûr ! »

« Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire ! »

« Je vais souffrir, lorsque vous allez me poser cette sonde ? »

Seule la crainte et les conséquences du geste technique l’obsédaient, il ne semblait pas avoir compris que cette solution proposé par le médecin était la meilleure, et que les bienfaits qu’il allait en tirer compenserait largement le petit moment désagréable qu’il allait devoir affronter.   

« Vous aurez une petite anesthésie locale avant l’introduction dans la narine, puis l’équipe qui s’occupera de vous, vous demandera de déglutir régulièrement pour faire descendre le tube. »

Le médecin s’arrêta un moment, puis devant le silence persistant de son malade persévéra dans sa tentative de ‘’séduction’’.

Si vous donnez votre autorisation, nous pourrons envisager une hospitalisation à domicile. Vous seriez sûrement mieux chez vous qu’ici, et je pense que vous pourriez vous rétablir plus vite. »

« Et bien s’il faut le faire ! » La réponse était peu enthousiasmante.

« Bon réfléchissez encore jusqu’à demain matin dernier carat, mais de tout façon il faudra trouvez obligatoirement une solution. »

Une fois de plus littéralement assommé par la réalité qui s’imposait à lui, il se réfugia dans le sommeil, en m’abandonnant de nouveau à mes méditations.

J’entendais dans le couloir, le bruit du chariot conçu pour le transport et la distribution des plateaux repas, ainsi que les rires joyeux du personnel de service. Je craignais fortement de devoir attendre jusqu’en milieu d’après midi la visite d’un médecin, avant de pouvoir espérer quitter les lieux, et je sentais l’impatience gagner du terrain.

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Retour au 5ème étage

 

Retour au 5ème étage  dans Cancer du rein couloir-dhopital-encombre-2-300x127couloir-dhopital-encombre dans Cancer du rein

« Nous allons appeler quelqu’un pour qu’il vous reconduise dans votre chambre, au revoir monsieur. »

Dans le vestibule d’entrée à peine éclairé, j’assistais au va et vient du personnel qui s’était occupé précautionneusement de mon cas, mais qui maintenant ne prêtait plus aucune attention à moi. 

Le stress que je sentais aller en crescendo depuis cet appel téléphonique du 12 décembre, était retombé aussi brutalement qu’il s’était déclenché. Néanmoins je trouvais l’attente un peu longue. En réalité je réagissais en égoïste, comme la plupart des gens dans ma situation,  car le brancardier n’avait certainement pas que d’un seul patient à s’occuper.

Enfin la porte automatique à battant s’ouvrit, et le même homme qu’à l’aller, apparu à mes yeux.

« Alors c’est ok, je vous ramène au 5ème étage ? »

Je répondis par un léger sourire de soulagement.

Faire le trajet dans le sens inverse me paraissait beaucoup plus sympathique, tout à coup l’état d’esprit aidant, je trouvais les lieux beaucoup moins austères.

« Vous ne devez pas avoir besoin de faire du sport le dimanche ? »

Celle-ci je l’avais déjà servie à un autre brancardier, lors de mon séjour prolongé au centre hospitalier de ma ville en 2010. L’homme qui était un fin psychologue, comprit que cette fois j’étais d’humeur à engager la conversation. 

J’appris qu’avant de faire ce métier, il avait été aide soignant, mais que le stress et la charge de travail, l’avaient incité à se réorienter, et qu’à présent il profitait de rapports humains beaucoup plus détendus.

Au 5ème étage, le personnel s’activait davantage qu’au moment de mon transfert. Le couloir était encombré de chariots en tous genres, et mon accompagnateur grommelait entre ses dents. J’avais bien compris que de devoir slalomer entre les obstacles, ou être tout simplement obligé de s’arrêter de manière à libérer le passage, l’énervaient plus que la moyenne. Il considérait qu’il y avait là une mauvaise volonté des gens, voir même un manque de respect pour son métier de brancardier.

« Bon je ronge mon frein tout en faisant des remarques avec le sourire, car l’on n’obtient jamais rien par la colère. Il ne faut pas désespérer de la nature humaine, peut-être qu’un jour les choses s’arrangeront. Qui c’est ? »

 Rien avait changé dans la chambre, mon voisin était dans son lit, et somnolait devant la télévision. A l’extérieur le temps était passé de gris la veille, à pluvieux, et même si la pièce était un peu sombre, je préférais l’éclairage naturel, plutôt que la lumière nettement plus déprimante des néons.

« Voilà monsieur, j’ai tout rebranché, vous êtes installé pour de bon. Je vous souhaite une bonne journée. »

Je ne pouvais pas bouger, car ma poche de perfusion était accrochée sur une tige porte sérum fixée à mon lit. Je n’aimais pas cette sensation d’être tenu en laisse.

« Monsieur un petit déjeuner léger ! »

Léger, le mot était faible, une tasse de café au lait avec deux biscottes,  et une toute petite barquette de confiture, voilà qui n’allait pas me remplir le ventre.

En cette période de Noël, les chaînes de télévision diffusaient des niaiseries, et NT1 ne dérogeait pas à la règle. Je regardais sans grand intérêt le film se dérouler sous mes yeux, mais au moins ça me changeait des informations en continu. Mon voisin n’y voyait que du feu, car il rattrapait les heures agitées de la nuit, et n’avait toujours pas pris conscience de mon retour.

Je continuais à me sentir léger, débarrassé d’un fardeau qui m’avait pesé plusieurs jours durant, aussi le comprimé d’Atarax passait à l’offensive, détectant dans mon calme retrouvé, un terrain favorable pour faire son boulot, malheureusement un peu trop tard, à mon avis.

J’étais remonté du service radiologie aux alentours de 9 heures, à présent il fallait attendre l’avis d’un médecin pour ‘’faire ma valise’’. Hormis l’entrave de ma perfusion, le temps s’écoulait sereinement, et je n’avais besoin ni de lire, ni de faire du sport cérébral, pour tuer l’ennui, j’appréciais simplement de pouvoir me reposer.

Une femme de service vint troubler ma tranquillité pour me débarrasser de mon plateau petit-déjeuner.

« Est-ce que ça va monsieur Gautier, vous avez apprécié le café ? »

« Oui ! »

« Très bien, c’est bon signe. Je vais vous apporter une carafe d’eau dans ce cas. A tout à l’heure ! » 

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Biopsie tumorale pas bon pour le moral bis.

 

Biopsie tumorale pas bon pour le moral bis.  dans Cancer du rein cauchemar-3cauchemar dans Cancer du rein

« Ça va monsieur ? Pour rendre notre geste le plus sûr, nous sommes occupés à cibler très précisément l’endroit de pénétration de l’aiguille, et je crois bien que nous avons trouvé. » Effectivement avec un marqueur, la petite et gentille rouquine traça un cercle sur mon flan droit, un peut au dessus de la hanche.

« Je vais désinfecter la zone, ça va être un peu froid. »

C’était bien froid assurément, car je sursautai au moment de l’application du produit.

Ensuite elle posa un champ opératoire adhésif avant de laisser la place au grand boss.

A ce stade de l’intervention je n’avais pas encore vu le professeur D, il arrivait ‘’en vedette’’  après que son équipe lui ait préparé le terrain. De la manière que j’étais positionné je ne pouvais entendre que sa voix, et comme il ne vint pas me saluer, je me préparai à être manipulé par un parfait inconnu. L’homme se positionna à ma droite, à hauteur de ma hanche, face à son écran de contrôle. A partir de ce moment là, plus personne ne s’intéressa à autres choses qu’à ma récalcitrante métastase. Pourtant j’aurais bien eu besoin de réconfort, et de quelqu’un à mes côtés pour m’expliquer point par point ce qui était en train de m’arriver, car je flippais à mort.   L’ambiance ressemblait  à celle des séries TV hospitalières, sauf que je n’étais pas le spectateur assis confortablement dans son fauteuil, mais l’acteur dans le rôle du malade, de ce qui n’était pas malheureusement de la fiction.

« Vous allez  ressentir une petite douleur due à la piqûre, c’est désagréable, mais l’anesthésie produira ses effets immédiatement. »

C’était la première fois que mon médecin fantôme m’adressait la parole, et malgré une gymnastique des yeux, mon champ de vision était considérablement réduit, et j’étais incapable de le distinguer correctement. De toute façon avec son chapeau de chirurgie et son masque l’homme aurait été totalement in identifiable. 

L’équipe gravitait autour de moi, comme des mécaniciens autour d’un véhicule, je priais pour maîtriser mon angoisse, car si je perdais mon sang froid, je risquais de faire capoter l’examen, on me l’avait expressément fait comprendre. Heureusement il me restait suffisamment de fierté pour ne pas passer pour un poltron, aussi je serais les dents en me persuadant que le plus dur serait bientôt passé.  

Si je n’avais pas senti l’aiguille me pénétrer la chair, à présent je percevais nettement sa trajectoire à l’intérieur de mon corps, c’était une sensation nouvelle qui n’avait rien de très attrayant. Je ne savais pas si j’étais autorisé à dialoguer durant l’intervention, en même temps j’avais peur de déranger l’équipe dans son travail. Professeur et assistants se parlaient entre eux dans des termes qui s’apparentaient pour moi à du chinois, ce qui m’effrayait quelque peu, car ne maîtrisant absolument pas le sujet, j’avais l’impression que l’on me cachait des choses. N’y tenant plus, je finis par prendre la parole, avec de petites contractions dans ma voix.

« Est-ce que tout va bien ? »

« Oui monsieur, j’en suis à mi-parcours. »

La réponse ne me satisfaisait guère, car il devenait psychologiquement difficile à supporter qu’un élément étranger se ballade entre mes viscères. J’essayais tant bien que mal de contenir mon impatience, mais le praticien percevait sans nul doute mon extrême nervosité.

« Je suis en train de traverser la partie la plus délicate de l’intervention entre la veine cave et l’aorte, et la tumeur n’est plus très loin. Ne vous en faites pas ça va bien se passer. »

Je retenais mon souffle et je serrais les dents, je voulais chasser de mon esprit cette impression de contrôler de moins en moins la situation.

« Voilà j’ai atteint la tumeur, je vais pénétrer à l’intérieur. »

Il n’avait pas besoin de me le dire, je sentis un violent picotement qui me fit sursauter, et grimacer de douleur. Crispé de la tête aux pieds, je voyais enfin venir le bout du tunnel, car l’aiguille effectuait le chemin à l’inverse.

« C’est terminé monsieur, nous avons la grosseur d’échantillon nécessaire pour effectuer une analyse fiable. »

Une assistante m’appliqua un pansement sur la petite incision causée par l’aiguille, tandis que le professeur se débarrassait de sa blouse, de son masque et de son chapeau, en les jetant dans le bac prévu à cet effet, puis s’esquiva aussitôt. Je pus distinguer la scène, car je n’avais plus l’obligation d’être immobile.  La même assistante m’invita à me retourner sur le dos, puis à basculer de la table d’examen à mon lit.

« Je ne vais pas vous libérer de votre perfusion, car vous avez besoin de vous réhydrater. »

Elle recouvrit mon corps de l’unique drap que j’avais en ma possession pour me tenir au chaud, puis d’un geste de la main invita son collègue à la rejoindre, pour l’aider à me pousser dans le vestibule. La cinquantaine bien passée, les cheveux grisonnant, le professeur D m’aborda avant que je ne quitte définitivement la pièce.

« Docteur R m’avait parlé d’une aspérité atypique, je suis tombé en effet sur quelque chose d’extrêmement vascularisé, qui a saigné aussitôt lorsque mon aiguille l’a pénétrer.  D’ailleurs vous avez vivement réagi par la douleur provoquée. Vraiment très curieux, je n’arrive pas à me faire une opinion. Bon on verra bien d’après l’analyse à quoi il faut s’attendre. Nous n’aurons les résultats que dans une quinzaine de jours, j’enverrai à ce moment là un courrier au CAC de l’espoir. »

Il me salua par un léger hochement de tête, puis s’éloigna avant même de prendre le temps d’écouter mes remerciements.

 

 

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