L’impatience grignoteuse de terrain

 

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Personne ne voulait prendre la responsabilité de me débarrasser de ma perfusion, ni celle de m’autoriser à me lever. Je trouvais tout à fait ridicule de réclamer un urinal car je n’avais rien d’un malade, il fallait donc prendre moi-même la décision qui s’imposait pour me rendre aux toilettes, sans impliquer personne dans mon entreprise. La poche à sérum était vide depuis belle lurette, il ne fut donc pas très compliquer de la décrocher de son support, pour me libérer de cette entrave qui me condamnait à l’inaction en attendant mon billet de sortie. Malgré les quelques mouvements de gymnastique obligatoire, je n’avais pas senti le moindre malaise en me lançant dans cette ‘’aventure’’, ce qui me confortait dans mon idée que j’allais bientôt pouvoir quitter les lieux. 

A ce stade de la matinée, je n’avais toujours pas donné de nouvelles à mes proches. Sur ma feuille de convocation, nous avions pu lire que mon intervention débutait à sept heures, nul doute que ma famille devait commencer à s’inquiéter de mon silence. Il fallait que je trouve rapidement un moyen de me manifester. Ce fut l’entrée inopinée d’un aide soignante qui m’en donna l’opportunité. 

« Savez-vous s’il y a une possibilité de passer un coup de téléphone tarifé, sans prendre la location d’une ligne ? Au pire je prendrai cette location car il me faut rassurer ma famille ! »

« Je ne sais pas monsieur, je vais me renseigner. »

Mon voisin enfin  libéré des bras de Morphée, s’immisça dans la conversation. De sa petite voix vacillante, il me proposa ses services. 

« Vous n’allez pas payer une ligne pour un seul appel, alors que vous partez cet après-midi. Servez vous de mon téléphone, ne soyez pas gêné. »

L’aide soignante trouva cette solution la plus simple, trop contente de se débarrasser de cette mission, alors qu’elle avait déjà bien assez à faire.

« Je veux bien accepter, mais à condition de vous payer. »

« C’est hors de question, dans une situation inverse, vous auriez fait la même chose. »

Malgré sa générosité et sa gentillesse, je me sentais fortement redevable, je me promis d’être le plus bref possible. Comme par hasard, personne chez moi ne décrocha, en laissant un message laconique, je ne pus pas faire moins pour ne pas abuser des bontés de mon ‘’sauveur’’.

Plus rien ne me préoccupait, j’avais soulagé ma vessie, j’avais donné des informations rassurantes à ma famille, il fallait donc que je m’adonne à l’exercice principal de mon séjour, la patience. Je manquais de sommeil et de motivation pour me concentrer sur de la lecture ou sur des mots fléchés, je me résolus donc à profiter du téléviseur allumé, pour regarder une fois n’est pas coutume, les informations en continu de BFM .TV.

Il semblait que l’on m’ait totalement oublié, par contre mon voisin ne manquait pas de soins attentifs, et recevait donc souvent la visite du corps médical. Un tableau affiché sur le mur en face de son lit servait à noter jour par jour le type et la quantité d’aliments qu’il avait pu avaler au cours de chaque repas, et le personnel de service s’afférait à remplir consciencieusement les cases prévues à cet effet, car les médecins ne se privaient pas de consulter les précieux renseignements de ce panneau.

Manifestement le nutritionniste que j’avais pu connaître la veille n’avait pas réussi à convaincre son patient, un de ses collègues revenait à l’attaque pour convaincre mon récalcitrant voisin.

« La partie est encore loin d’être gagnée. A force de privation, le corps a fonctionné autrement. Le système digestif n’est plus habitué à recevoir de la nourriture et à la digérer. L’estomac s’est probablement considérablement rétréci, et je suis sûr que vous avez la sensation de ne plus rien pouvoir avaler après quelques bouchées, même si vous faites preuve de volonté pour manger. Paradoxalement je dirais même que votre reprise de poids est trop rapide, et votre organisme risque de très mal réagir à cet apport soudainement régulier en aliments. Pour l’eau c’est la même chose, il faudra limiter votre consommation. »

L’homme s’arrêta un peu pour vérifier que son interlocuteur assimilait bien ses paroles, puis il poursuivit ses explications.

« L’avantage de la sonde gastrique, c’est que nous pourrions vous administrer un liquide nutritif, tout en vous habituant progressivement et très lentement à la nourriture solide, en étant sûr d’un apport calorique journalier suffisant, sans agresser votre système digestif. »

Le médecin usait d’arguments de choc, et plutôt convaincants, mais le patient semblait souffrir d’une sorte de phobie de la sonde gastrique. Il restait tétanisé par la peur, incapable de prendre la moindre décision.

« Il faut savoir parfois surpasser ses appréhensions, lorsqu’il s’agit de s’en sortir.  Vous souhaitez sauver votre vie n’est-ce pas ? »

« Oui bien sûr ! »

« Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire ! »

« Je vais souffrir, lorsque vous allez me poser cette sonde ? »

Seule la crainte et les conséquences du geste technique l’obsédaient, il ne semblait pas avoir compris que cette solution proposé par le médecin était la meilleure, et que les bienfaits qu’il allait en tirer compenserait largement le petit moment désagréable qu’il allait devoir affronter.   

« Vous aurez une petite anesthésie locale avant l’introduction dans la narine, puis l’équipe qui s’occupera de vous, vous demandera de déglutir régulièrement pour faire descendre le tube. »

Le médecin s’arrêta un moment, puis devant le silence persistant de son malade persévéra dans sa tentative de ‘’séduction’’.

Si vous donnez votre autorisation, nous pourrons envisager une hospitalisation à domicile. Vous seriez sûrement mieux chez vous qu’ici, et je pense que vous pourriez vous rétablir plus vite. »

« Et bien s’il faut le faire ! » La réponse était peu enthousiasmante.

« Bon réfléchissez encore jusqu’à demain matin dernier carat, mais de tout façon il faudra trouvez obligatoirement une solution. »

Une fois de plus littéralement assommé par la réalité qui s’imposait à lui, il se réfugia dans le sommeil, en m’abandonnant de nouveau à mes méditations.

J’entendais dans le couloir, le bruit du chariot conçu pour le transport et la distribution des plateaux repas, ainsi que les rires joyeux du personnel de service. Je craignais fortement de devoir attendre jusqu’en milieu d’après midi la visite d’un médecin, avant de pouvoir espérer quitter les lieux, et je sentais l’impatience gagner du terrain.

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