Préparatifs peu festifs

 

Préparatifs peu festifs  dans Cancer du rein festifs

Tout ce petit monde me quitta, et la chambre plongea de nouveau dans le silence. Un hélicoptère décolla de sa base, je pus apercevoir longuement ‘’l’oiseau’’ s’envoler dans le ciel, avant de me replonger dans mon petit carnet de notes, que j’avais provisoirement délaissé pendant la visite des blouses blanches.

Mon voisin commençait à s’agiter, il n’avait de cesse de vouloir se relever de son fauteuil, pour aller se coucher. Une fois parvenu à ses fins, il redoublait d’effort, mais en vain, pour allonger également ses jambes qui pendait le long du lit. Je lui proposai d’appeler le service pour qu’on lui vienne en aide, il refusa. Je n’étais pas très à l’aise de le laisser sans assistance, je réitérai ma proposition, et il refusa de nouveau. Il y avait bien au moins cinq minutes qu’il se débattait comme un diable, lorsque ma patience ayant des limites, je lui pris les jambes, et tout en les soulevant, les fis pivoter sur son lit.

« Merci monsieur vous êtes gentil ! »

« Pourquoi ne vouliez vous pas de mon aide ? »

« Je ne voulais pas vous déranger. »

La position allongée favorisa son endormissement. L’homme devait être drogué à mort, pour passer la plupart de son temps entre les bras de Morphée !

Je profitai de me retrouver de nouveau ‘’seul’’, pour téléphoner à ma famille. Cette fois j’avais emmené dans mon sac  un portable, pour ne dépendre de personne.

Finalement le temps passait assez vite, ou du moins je me persuadais qu’il passait assez vite. Je n’avais toujours pas changé d’activité, mon stylo continuait de griffonner les pages vierges de mon carnet, cette énième séjour en milieu hospitalier m’apportait une nouvelle et grande source d’inspiration.  

Malgré un début de printemps affligeant, nous étions passés depuis peu en horaires d’été, et j’appréciais de pouvoir profiter beaucoup plus longuement de la luminosité naturelle, qui rendait ma ‘’captivité ‘’, plus supportable. J’étais justement en train de réfléchir à ça, lorsque la porte s’ouvrit une nouvelle fois. C’était une aide-soignante qui venait s’enquérir de la santé de mon coéquipier. Visiblement elle n’appréciait pas du tout qu’il soit couché. Elle s’arrangea pour le réveiller sans la moindre délicatesse, et appela une collègue pour l’aider à le rasseoir. J’appris par la même occasion qu’il avait besoin d’être changé, car il portait une protection urinaire. J’appris également qu’il souffrait de troubles psychiatriques, car un rendez-vous avait été pris pour lui le 11 avril. Le contenu de la petite coupelle de médicaments qu’il avait à avaler, n’avait rien à envier à mon propre traitement, bien au contraire. Il me demanda de l’aider à ouvrir un sachet d’une poudre, qu’il devait diluer dans l’eau, car mes tremblements pourtant parfois bien gênants, n’étaient rien à côté des siens.

Dans le couloir, le personnel de faction s’affairait à servir le diner, j’entendais le bruit du chariot qui transportait les plateaux. Il était dix huit heures à ma montre, nous allions avoir le temps de digérer avant de débuter notre nuit de sommeil.

« Bonsoir messieurs voici votre repas ! »

La femme s’approcha de moi et me sentant plus respectif que mon voisin, elle m’adressa la parole.

« On mange de bonheur monsieur Gautier dans les hôpitaux ! »

Elle ignorait à quel point je connaissais le fonctionnement de ce genre d’établissement,  j’acquiesçais simplement en souriant,  car elle n’avait pas de temps à perdre, à écouter mon histoire.

Mon voisin n’était pas habile de ses mains, et il mangeait salement. J’eus le besoin impératif de tirer le rideau, pour ne pas me sentir totalement impatient de quitter les lieux. Il fallait résister à la pression,  demain après-midi je serais libéré en espérant oublier ensuite très vite l’épreuve.

‘‘L’exilé’’ me demanda si je n’avais pas une cigarette. Je lui répondis que je ne fumais pas, et qu’il était d’ailleurs interdit de fumer ici. Il me rétorqua qu’à la fenêtre ça ne posait pas de problème. Il ignorait sans doute que la fenêtre ne pouvait pas être ouverte autrement que par l’intervention du personnel, mais ce n’était pas étonnant car depuis mon arrivée, il avait terriblement de mal à se connecter avec le monde de la réalité. Heureusement pour moi, il n’insista pas, et se contenta de ma réponse. D’ailleurs en moi de temps qu’il fallait pour le dire, il retomba dans une somnolence contre laquelle il n’avait pas la capacité de résister.

La nourriture industrielle, aseptisée et sans âme avait fini quand même par remplir mon estomac, et mon plateau desservi,  je n’attendais plus qu’une seule visite, celle de l’infirmière de garde, pour qu’elle effectue ma prise de sang.

Contrairement à mon premier séjour, nous n’avions pas la télévision, mais je n’en trouvais nullement le manque, puisque des grilles de mots fléchés n’attendaient plus que moi dans mon sac, pour être remplies. Se concentrer sur des définitions de mots avait l’avantage de faire disparaître une certaine forme de mélancolie.

Personne ne pouvant arrêter les aiguilles du temps, l’équipe de nuit vint coucher mon voisin, et je compris le motif pour lequel il n’avait pas voulu de leur aide dans l’après-midi. Elles n’étaient effectivement pas tendre avec lui, et sans doute avaient-elles leurs raisons. L’homme n’avait aucune volonté, et se laissait porter tel un poids mort, la tâche devait sûrement pas être facile à accomplir pour les deux femmes, qui tentaient de le convaincre à réagir enfin.

J’en profitai pour leur demander si l’infirmière allait bientôt venir faire mon prélèvement sanguin. Elles me répondirent qu’elles allaient se renseigner. En fait je n’avais pas du tout saisi  la conversation entre l’interne et l’infirmière, car cette fameuse prise de sang n’était prévue que pour demain à six heures, juste avant ma seconde douche, la pose du cathéter aurait lieu en même temps.

L’interne qui m’avait ausculté n’était pas réapparu pour m’informer  de l’entretien qui avait eu lieu entre le docteur R et le professeur D, à moins qu’il soit à mon chevet à demain matin, j’étais maintenant à peu près sûr que mes interrogations resteraient sans réponse.

Fort de cela, je ne voyais plus aucune raison de différer ma première désinfection à la Bétadine,  aussi je rejoignis le couloir pour me diriger vers la douche, en faisant appel à ma mémoire pour repérer les lieux.

A mon retour dans la chambre, mon voisin ronflait toute gorge déployée, j’avais bien eu raison de prévoir les boules quies. J’avais eu chaud, beaucoup trop chaud car le radiateur brulait comme en pleine hiver. L’eau tiède et le désinfectant m’avaient débarrassé de la sueur et de toutes les impuretés accumulées durant la journée. Le pyjama étant relativement léger, mon corps retrouvait progressivement une température plus supportable. M’allonger me fit du bien, j’étais beaucoup plus fatigué que je pouvais l’imaginer. Je n’avais pas l’intention de dormir aussitôt, mon MP3 m’aiderait à me détendre et à préparer ma période de sommeil. C’était durant mes séjours en milieux hospitaliers le moment de la journée où je me sentais le plus seul. J’appréhendais la nuit, car une crise d’angoisse était toujours prête à se manifester, si je n’y prenais pas garde.

Le patient d’à côté ne ronflait plus mais il toussait, une quinte qui devait l’épuiser en même temps qu’elle m’énervait, malgré mes écouteurs. Je n’avais pas très envie d’abandonner Mozart ou tout autre virtuose, car je sentais déjà la colère me monter aux joues, rien qu’à l’idée de devoir affronter l’inconfort d’une chambre à deux lits. 

Mes boules quies avaient remplacé mes écouteurs, et au bénéfice d’une période d’accalmie, j’avais fini non pas par m’endormir, mais par somnoler un peu. Ce fut l’intrusion soudaine dans la chambre de l’équipe de nuit, et l’éblouissement agressif provoqué par la lumière, qui mirent un terme définitif à cet assoupissement pourtant chèrement gagné.  

J’étais un peu en colère, et je ne manquai pas de le faire savoir dans l’intonation de ma voix.

« C’est nouveau de venir prendre les constantes à minuit ? »

« Nous avons pris du retard sur nos visites. »

Un sacré retard pensai-je car habituellement leur passage avait lieu aux alentours de 22 heures. C’était manquer de respect envers le malade que de venir le troubler dans son repos à minuit, c’est du moins ce que je pensais sincèrement. Je n’étais pas à bout de mes surprises.

« Bonjour monsieur Gautier je viens faire votre prise de sang. »

« Ah bon on m’avait dit qu’elle ne serait faite que demain matin à 6 heures ! »

L’élève infirmière écarquilla les yeux, visiblement sa responsable hiérarchique n’avait pas reçu le message.

« Vous êtes étudiante ? »

« Oui monsieur, ça ne vous dérange pas ? »

« Il faut bien que vous appreniez votre métier ! »

Je n’avais pas ressenti la moindre douleur, la jeune fille avait réalisé son travail à la perfection. A présent après avoir serré le garrot, elle cherchait à l’intérieur du poignet une veine saillante, pour poser un cathéter. Elle semblait davantage hésiter avant de se lancer à introduire l’aiguille. Elle fit appel à son infirmière instructrice, qui l’encouragea à poursuivre le travail qu’elle avait commencé.

« Bon c’est ok, tu es dans la veine maintenant, file jusqu’au bout. »

 A l’inverse de la première piqûre, celle-ci je la sentis douloureusement passer, mais les professionnelles paraissaient contentes de leur travail, aussi je me tus. Tout ce remue ménage n’avait quasiment pas affecté le sommeil du voisin, je n’étais même pas sûr qu’il ait eu conscience de ce que les femmes lui avaient fait, et maintenant que nous étions de nouveau seul, je n’avais pas d’autres choix que de me boucher les oreilles pour essayer d’entendre ni ses toussotements répétitifs, ni ses ronflements intempestifs.

J’en étais à un état d’énervement tel que j’avais en tête des idées de ‘’meurtre’’, lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Mon colocataire avait fait appel aux services car il étouffait, et je voulais bien le croire, car une infirmière s’activait à le soulager, en lui posant un aérosol. Elle nous quitta rapidement, en laissant la lumière principale de la chambre nous éblouir les yeux, car un médecin devait venir établir un diagnostic. Il était 4 heures du matin, de guerre lasse, je finis par abandonner l’espoir de dormir, ne serait-ce qu’un tout petit moment. 

« Qu’est-ce qu’il vous arrive monsieur Champion, vous avez du mal à respirer. Le médecin l’auscultait et apparemment il y avait un problème. Je compris qu’il avait de la fièvre, et que sa protection urinaire était bonne à changer. Deux aides-soignantes vinrent à la rescousse  et au bout d’un quart d’heure notre retour à la pénombre mit  un point final à cette intervention ‘’musclée’’

Les soins prodigués au malade avaient porté leurs fruits, car l’homme s’était considérablement apaisé, ce qui allait me permettre d’attendre l’heure de la douche d’une manière un peu plus sereine. Pourtant la sérénité ne dura pas, car au fur et à mesure que les aiguilles avancèrent,  je sentis l’angoisse naître et grandir au fond de moi.

A six heures j’étais toujours calé au fond de mon lit, et je m’inquiétais que personne ne soit venu me chercher pour la douche. En revanche je n’avais pas envie d’intervenir, ce n’était pas à moi de faire le boulot du personnel, et puis les instructions du départ avaient peut-être changées !

« Monsieur Gautier c’est l’heure ! »

« Il y a du retard sur l’horaire de l’intervention ? Je dois descendre au bloc à 7 heures, et il est 6 h 30. Pour la douche c’est un peu juste ! »

« Vous êtes sûr moi je n’ai pas reçu de directives à ce sujet. En plus il y fait un froid de canard dans la douche. Le ménage a été fait et la fenêtre est restée ouverte. J’ai mis le chauffage à bloc, mais il faudra attendre encore un peu, avant de vous y rendre. »

Je n’aimais pas du tout comment prenait la tournure des choses, et globalement j’avais l’impression que depuis la veille, les choses tournaient un peu n’importe comment, la faute à un manque important de concertation.

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Un brin d’impertinence

 

Un brin d'impertinence  dans Cancer du rein homme-avachi

Je n’étais pas seul dans ma chambre, et en matière de voisinage je n’étais pas mieux loti que lors de mon premier séjour. L’homme était avachi dans son fauteuil, profondément endormi, la bouche ouverte, il bavait sur son pyjama souillé d’une immense tache pas très ragoutante. Ma présence malgré tout un peu dérangeante, avait fini par le réveiller, et à présent il toussait constamment d’une toux très grasse. Il avait voulu m’adresser la parole, mais sa voix n’était pas assurée, aussi avait-il du mal à articuler. Il m’avait demandé la raison de mon passage à l’hôpital, je n’étais pas sûr  qu’il ait capté ma réponse. Depuis que j’étais à ses côtés, personne de son entourage n’était venu le voir, et aucun membre du personnel ne s’était occupé de lui, si bien que je ne savais pas de quoi il souffrait exactement.

Comme la première fois, j’avais décidé de ne pas subir l’ennui, et dans mes bagages se trouvait mon petit carnet de notes, qui serviraient de base à l’écriture de mon blog, aussi je ne perdis pas davantage de temps, pour remplir quelques unes de ses pages blanches. 

Un long silence s’était installé depuis que mon compagnon d’infortune s’était de nouveau assoupi. J’étais installé du côté fenêtre mais je n’avais pas une autre ligne d’horizon que des ensembles d’immeubles, et au loin des panaches de fumée crachés par des cheminées d’usines.

L’aide soignante troubla la quiétude du moment pour m’apporter pyjama et Bétadine.

« Dès que vous aurez diné, vous pourrez prendre au bout du couloir une douche, avant de vous coucher. Demain nous viendrons vous réveiller à 6 heures pour que vous en preniez une seconde. »

Tiens ! La dernière fois je n’étais passé qu’une seule fois à la désinfection, pensai-je.

S’agissait-il de nouvelles consignes d’hygiène, ou la réglementation avait-elle été mal respectée lors de ma visite précédente !  Je n’avais pas envie de mettre le sujet à l’ordre du jour, aussi je me tus en acquiesçant aux recommandations.

Mon interlocutrice partit, le silence n’eut pas le temps de se rétablir, car un étudiant en médecine entra à son tour.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis l’interne de garde, et je viens vous ausculter ainsi que vous poser un certain nombre de questions. En fait j’ai déjà sous les yeux le dossier de votre premier passage dans nos murs, mais je viens me renseigner sur d’éventuelles évolutions de votre situation médicale depuis lors. »

J’avais l’habitude de ces entretiens avec les médecins, aussi avais-je prévu dans mes bagages les photocopies de mes plus récentes ordonnances, ainsi que celle de ma dernière prise de sang. Il accepta de les consulter, et ne conserva que les prescriptions de médicaments, car une nouvelle prise de sang était prévue, pour l’intervention du lendemain matin. 

« Est-ce que vous connaissez très précisément la raison de ma présence ici ? Mon oncologue doutait de la fiabilité de la première biopsie, et devait contacter le professeur D pour en discuter. Si je suis là, c’est qu’ils l’ont sans doute convenu, d’autant que j’avais donné mon accord au docteur R pour recommencer l’examen, mais ni l’un, ni l’autre ne m’a appelé pour me faire part de cette décision. »

Je passai sous silence les différentes mauvaises surprises qui avaient émaillé un parcours chaotique depuis cette fameuse lettre de relance du 7 décembre, car ce n’était pas le problème de mon interlocuteur du moment.

« Je vais essayer de contacter le CAC de l’espoir ou le professeur D, et je vous donnerais ensuite dans la mesure du possible, les explications que vous me demandez. »

Il marqua un temps de silence.

« Pouvez vous retirez vos vêtements du haut, et vous allonger sur le lit, je vais vous ausculter. Avez-vous eu l’occasion d’être examiné par un médecin au moment d’une crise d’arythmie ? »

« Une seule et unique fois, la crise avait été violente en début d’après-midi, et j’avais, hasard du calendrier, un rendez-vous chez mon généraliste ce jour là. Cet opportunité m’avait d’ailleurs conduit tout droit chez un cardiologue immédiatement après, et c’est également à la suite de ces deux interventions de professionnels que je j’avais enfin débuté un traitement. »

Là encore je passais sous silence le fait  qu’à l’époque de mon suivi médical, relatif au protocole d’essai thérapeutique dont j’avais bénéficié entre 2005 et 2007, les différents électrocardiogrammes que l’ont m’avait effectués, avaient révélés une anomalie, mais que la lettre envoyé à mon cardiologue avait été classé sans suite. 

« Je vous confirme que cette fois encore votre cœur bat tout à fait normalement, disons que la crise survenue le jour d’un rendez-vous fut une chance. Il faut dire aussi que vous êtes costaud, car la plupart des gens ignorant la maladie, se rendent immédiatement aux urgences pour se rassurer, et pour pouvoir ensuite se prendre en main, le diagnostic une fois établi. »

La porte qui venait de s’ouvrir de nouveau mit un terme à cette conversation. L’équipe médicale de service réalisait sa tournée quotidienne des chambres, pour vérifier les constantes des malades. Une infirmière s’entretint longuement avec l’interne, ils conclurent ensemble que j’étais capable de me gérer tout seul, ils me firent confiance pour la prise de mes médicaments.

« Vous savez monsieur on a tendance à infantiliser un peu trop les malades ici ! »

Je répondis par un léger sourire.

« Au moins vous, vous maîtrisez très bien votre dossier. Nous savons de quoi vous parlez, et vous comprenez également ce que l’on est en train de vous expliquer. Ce n’est pas toujours le cas avec les anciens. »

L’interne était-il en train de me traiter de vieux ! La phrase m’avait amusé, et il est vrai qu’à l’approche de la soixantaine, mon âge devenait disons respectable, je pardonnai donc l’impertinence.

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Biopsie je ne suis pas ton ami

 

Biopsie je ne suis pas ton ami  dans Cancer du rein retarder-le-temps

Jeudi 4 avril 2013, je n’avais pas le pouvoir de retarder le temps, ni celui d’inverser l’ordre des choses, ainsi les 8 jours étaient passés incontestablement trop vite, et le jour fatidique s’affichait désormais au calendrier. Le temps était gris et froid, une situation climatique qui semblait vouloir perdurer, et qui s’apparentait trait pour trait, à la météo déprimante que nous avions déjà connu en décembre. La matinée ayant été très occupée, je n’avais pas eu le temps de plancher sur ma condition de malade. Assis devant mon ordinateur, j’attendais à présent de voir à travers la baie de ma chambre, le moment où l’ambulance blanche allait se garer devant chez moi.

A l’heure précisément indiquée, ma conductrice sonna à la porte d’entrée, elle s’empara de mon sac, puis m’invita à la suivre jusqu’au véhicule. Nous allions faire le voyage à trois. De l’homme assis à côté de l’ambulancière, je ne voyais que son épaisse chevelure blanche. J’avais eu raison de ne pas me réjouir trop vite des bons résultats de mon premier prélèvement, car ma présence à l’intérieur de ce véhicule était le signal d’une remise des compteurs à zéro, à savoir que ces résultats étaient peu fiables, et qu’il fallait pour plus de sureté, recommencer l’opération. L’incident précédemment relaté dans ce récit, avait fait naître au sein de ma famille, un climat de doute et d’incompréhension, mais que pouvions-nous faire d’autre que de subir ces dysfonctionnements autrement qu’en se taisant, car affronter la maladie n’était pas une tâche facile, je n’avais pas envie de le faire en prime, dans un climat de tension et de méfiance envers le milieu médical, qui faisait malgré tout globalement du bon travail.

Mes coéquipiers de  route étaient très expansifs, L’homme était natif de Dunkerque, notre accompagnatrice l’avait deviné à cause de son accent qu’elle connaissait bien, car elle partageait sa vie avec un compagnon lui même originaire du nord.

« Pourquoi êtes vous arrivé dans les Mauges ? »

La question me paraissait bien indiscrète mais le dunkerquois ne semblait point vouloir rechigner pour y répondre. Il ne se déroba pas non plus face aux autres questions.

Je ne participais guère à leur conversation, mais malgré tout les écouter n’était pas dénué d’intérêts, car leur flot interrompu de paroles, me détournaient indiscutablement de mes pensées négatives.

Nantes étant dans notre ligne de mire, le silence s’était installé dans l’habitacle, car la circulation automobile se faisait plus dense, aussi la conduite devenait logiquement plus dangereuse.

Comme à chaque fois que je traversais une grande ville, je me sentais oppressé par cet univers triste constitué d’asphalte et de béton,  et l’apparition de la façade du CHD  n’apaisa pas mes angoisses.

Le dunkerquois sortit du véhicule, et sans nous attendre, il pénétra dans le hall d’accueil, pour filer ensuite vers son destin. Moi j’étais beaucoup plus prudent, mon bref passage de décembre ne m’avait pas permis de prendre mes repères, aussi je préférai me laisser guider une seconde fois.

Malgré le va et vient incessant des gens dans l’enceinte du bâtiment, la salle d’attente des admissions était vide. Je fus donc rapidement pris en charge par une employée de l’hôpital, avant de rejoindre le 5ème étage, accompagné par mon ambulancière.

Contrairement à ma première expérience en ce lieu, l’équipe médicale ne me laissa pas seul très longtemps. Une aide soignante vint m’expliquer le fonctionnement du lit électrique ainsi que des lumières. Elle m’indiqua le placard où poser mes affaires, puis me demanda de faire l’inventaire de mes effets personnels, et celui de mes objets précieux. Cette précaution ne me concernait pas directement, mais plutôt les malades et blessés admis aux urgences, qui se plaignaient parfois de la disparition de quelque chose leur appartenant. La procédure avait néanmoins été étendue à l’ensemble des patients. Je ne fus ni exempté de porter le bracelet d’identification, afin de ne pas être opéré à la place d’un autre, ni de répondre au questionnaire concernant ma situation matrimoniale.

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Retour à la case départ

 

Retour à la case départ  dans Cancer du rein radoter

« J’avais comme l’impression d’avoir entendu cette phrase déjà pas mal de fois. »

« J’espère que le CHD ne me téléphonera pas par surprise comme la dernière fois ! »

Le professeur R n’avait pas compris le sens de ma phrase, je n’avais pas envie de lui expliquer, je préférai donc mettre un terme à cette conversation.

« Du coup est-ce que je vous prescrits du Sutent, si nous devons rapidement intervenir ? »

La phrase n’était pas dite sur un ton ironique, et pourtant j’avais bien envie de lui demander s’il n’était pas en train de se ficher de moins. C’est Chantal qui réagit en lui disant que compte-tenu de notre expérience, nous étions à peu près sûr que le problème que nous rentrions n’allait pas trouver de solution dans l’immédiat, et qu’il valait donc mieux continuer le traitement. La situation devenait complètement absurde, c’était l’accompagnante du malade qui était en train de dicter à l’oncologue, ce qu’il devait faire.

Nous sortîmes de la consultation complètement abasourdi par ce que nous venions de vivre, une situation presque surréaliste, une première en tout cas depuis que nous fréquentions assidûment les milieux médicaux.  

L’oncologue pris en charge à l’imprimante mon ordonnance, ma prescription médicale, et ma convocation du mois d’avril pour les signer, avant de prendre congé de nous.

N fit le nécessaire pour nous remplir quelques papiers administratifs, tandis que V qui avait été mon accompagnatrice fidèle à l’époque de mon protocole d’essai thérapeutique, en profita pendant qu’elle était là, pour me demander de mes nouvelles. 

Nous avions prévu de nous offrir un petit plaisir à la cafétéria, mais après un entretien aussi calamiteux, nous nous ravisâmes pour rentrer directement chez nous.

Mon 24ème cycle débuta trois jours plus tard, le 4 mars au matin. Je savais que ma volonté d’avancer dans le processus de guérison (on peut toujours rêver), venait de subir un revers de médaille, et que j’étais le seul à devoir en payer la facture. En attendant j’essayais de ne pas trop penser à cette nouvelle convocation au CHD de Nantes, qui allait encore engendrer au détriment de mon organisme, pas mal de stress.

Contrairement à l’accoutumé, dès la seconde semaine de traitement, mes intestins manifestèrent très violemment leur mauvaise humeur. S’agissait-il réellement des effets secondaires du Sutent, ou tout simplement les conséquences d’une épidémie de gastro-entérite qui sévissait depuis quelques temps sur la France, en cet hiver interminable, j’étais bien incapable de répondre. Ce dont j’étais sûr c’est que l’attaque dont je faisais l’objet ne m’épargnait rien, outre les diarrhées, il fallait compter aussi subir les assauts répétés de mon cœur. De fréquentes nausées, et des étourdissements très invalidants, ne laissaient pas non plus leur part aux pauvres. Trente six heures sans manger, et une bonne semaine supplémentaire, pour retrouver ensuite une alimentation à peu-près normale contribuèrent à une perte de poids de quelques kilos. Alité deux jours de suite et gardant le fauteuil les deux jours suivant je n’avais pas mis le nez dehors de la semaine avec les conséquences que je connaissais sur mon moral. J’avais même douté un moment qu’une amélioration puisse se dessiner, tant je me sentais au bout du rouleau. A tout malheur quelque chose est bon, aussi cette mauvaise tempête m’avait permis d’oublier la mauvaise plaisanterie de mon séjour inutile au CHD et l’absurdité de devoir repartir de zéro.

Mars tirait à sa fin, et mon prochain rendez-vous au CAC de l’espoir  était fixé au 12 avril, aussi avais-je le sentiment que d’ici là, je ne  recevrais désormais de nouvelles ni du docteur R ni de son collègue. La sonnerie du téléphone en ce milieu d’après-midi du 28 me démontra que mon intuition m’avait fait défaut. Même si je ne l’avais écouté qu’une seule fois, je reconnaissais la voix de R, secrétaire, du docteur D, qui m’invitait à revenir les voir le 4 et le 5 du mois suivant.  Les dés étaient jetés, j’avais accepté de répondre à la convocation, il ne s’agissait point désormais de se dérober.

L’inconnu fait peur, mais cette fois, je n’allais pas voyager vers des terres inexplorées. Certes je ne sautais pas de joie, car subir une nouvelle biopsie n’allait sûrement pas être une partie de plaisir, mais contrairement à ma première expérience,  la semaine qui précéda mon départ pour l’hôpital, ne fût pas aussi angoissante que prévue.

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Nouvelles déconfitures

 

 

Nouvelles déconfitures  dans Cancer du rein forets

 

 

 

 

 

 

 

Les forêts – et d’autres espaces naturels et verts – sont en mesure de réduire le stress, de
rehausser notre moral, de réduire la colère et l’agressivité et d’améliorer tout simplement le
bonheur de vivre. Les promenades en forêt contribuent au renforcement de notre système
immunitaire tout en augmentant l’activité et le nombre des cellules naturelles tueuses qui
détruisent les cellules cancéreuses. Beaucoup d’études montrent qu’après des situations stressantes et exigeantes, les gens se remettent plus rapidement et mieux dans un environnement vert qu’en ville. La pression sanguine, le battement du cœur, la tension musculaire et le niveau des « hormones du stress » baissent plus vite dans la nature. La dépression, la colère et l’agressivité sont réduites dans des environnements dits verts

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Le secret de la santé physique et mentale, c’est de ne pas se lamenter sur le passé, de ne pas se préoccuper du futur, de ne pas devancer les problèmes, mais de vivre le présent de façon sage et sérieuse.

 

Bouddha

Mon 21ème cycle de chimio débutait le lundi 21 janvier, je voulais bien essayer de me convaincre qu’il serait l’un des derniers avant une réelle embellie, mais l’annonce du docteur V était trop belle pour que je ne sois pas un tantinet dubitatif. Comme dit le proverbe,  je ne voulais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et l’avenir m’apprendrait très vite que j’avais bien eu raison de ne pas m’embrumer l’esprit. 

Pour l’heure, la nouvelle avait soufflé un vent d’optimisme sur la famille, et cela nous faisait beaucoup de bien. Vivre le moment présent était ce que nous avions de mieux à faire, et si le temps de se lamenter devait revenir au devant de l’actualité, ce petit moment de répit marquerait sans nul doute, positivement et pour longtemps, notre mémoire.

 

La marque d’un homme, ce ne sont pas les souffrances qu’il endure, mais ce qu’il apprend de ses souffrances

 

Ce ne sont pas les évènements joyeux ou dramatiques qui nous arrivent qui comptent, mais la façon dont on réagit face à ces évènements, quelques qu’ils soient.

                                                                                                          J Gautier

Il faudra bien qu’on me raconte                

Pourquoi il faut toujours tricher ?            

Que l’on m’explique où est la honte         

Pour un homme de pleurer ?                     

Vivre les profondeurs de l’enfer !          

J’ai eu trop souvent froid sur terre         

La pluie m’a trop mouillé le dos.            

Quand les copains s’cavalent,               

Quand la vie file des coups,                              

Les pensées s’font la malle,

Y’a plus rien  du tout …..

                  D Ilare

Ô Dieu ! Toi qui serais notre Père spirituel

J’ai besoin de ton secours éventuel.

Quelquefois mon cœur esseulé, noyé de doute,

Par peur ou par angoisse a cherché ton écoute.

Je sais je ne suis qu’un homme de peu de foi,

Cependant n’aurais-tu pu répondre une seule fois ?

Ne serait-ce que ta présence me révéler,

Chasser ce flot de pensées les plus échevelées.

Pourquoi donc en ta lumière n’ai-je point d’yeux ?

Je t’en prie, éclaire-moi invisible Dieu….

                D Ilare

Outre mes escapades à Nantes, inscrites dans mon emploi du temps annuel, les rendez-vous chez mon généraliste revenaient eux aussi à un rythme régulier, et justement  ce vendredi 15 février, il fallait impérativement me rendre au cabinet médical pour renouveler les traitements de mes pathologies ‘’annexes’’, hypothyroïdie, hypertension, arythmie cardiaque. J’avais bien l’intention d’éclairer un peu plus ma lanterne, car la dernière visite au CAC de l’espoir ne m’avait pas apporté les explications que j’étais en droit d’attendre au sujet des résultats encourageants de ma biopsie de décembre.   

Malheureusement ce passage devant d’autres professionnels du milieu médical, ne m’avait pas fait avancer d’un pouce dans la recherche de la vérité. Était il possible, comme me l’avait laissé entendre V, qu’une tumeur comporte à la fois des cellules cancéreuses et non cancéreuses, d’où l’incertitude du diagnostic malgré les résultats de l’examen, ou pouvais-je croire à une nécrose  totale de la tumeur, alors que le professeur D m’avait parlé d’une aspérité très vascularisée et sanguinolente lorsqu’il avait piqué dedans. Le docteur C ne connaissant du dossier que l’expertise du laboratoire, ne m’apporta donc pas d’éléments complémentaires à ceux qu’ils étaient en train de me lire, et que je connaissais déjà. Il était confiant quant à l’efficacité du traitement et ne mettait en doute ni les compétences du docteur D, ni celle du biologiste, il fallait que je me contente de cette conclusion.

Mon  23ème cycle de chimio se terminait le dimanche 17 février, et j’étais toujours content d’atteindre enfin cette période de repos qui suivait souvent de nombreuses zones de turbulences. J’avais constaté durant mes 28 jours de Sutent, une augmentation sensible de ma tension que m’avait confirmé mon médecin généraliste, aussi mon pilulier c’était enrichi d’une nouvelle molécule, la Rilménidine qui venait en renfort de sa consœur la Lercanidipine. Il était indéniable qu’au bout de deux ans et demi d’anticancéreux, la machine humaine se détraquait, en  manifestant des signes de fatigues de plus en plus évidents, d’où mon impatience de trouver enfin une solution de substitution à la chimio.  

La prise de sang prescrite par V, comportait une lacune, elle ne mentionnait pas la recherche du taux de créatinine, c’est-à-dire que pour mon 37ème scanner, je n’allais pas pouvoir informer les CA de l’importance ou non, de mon insuffisance rénale du moment.

Justement ce 1 mars, la voiture filait une fois de plus dans la direction de cette grande agglomération nantaise dont le périphérique était devenu pour nous, plus que familier. Il nous fallait encore notre plan pour rejoindre via le pont de Cheviré la clinique qui devenait notre lieu coutumier des examens au scanner. J’étais beaucoup moins stressé que la dernière fois car, outre le fait que ‘’mamie fait de la résistance’’, n’était peut-être pas ou plus cancéreuse, mon hospitalisation au CHU, avait également  confirmé les dires de monsieur R, à savoir que cette fameuse ‘’mamie fait de la résistance’’, n’était finalement pas très virulente. J’avais espoir de pouvoir m’en débarrasser un jour, mais pour l’heure nous n’avions pas d’autres choix que de la surveiller. Le docteur T que j’avais beaucoup apprécié lors de nos premières visites aux CA, était ce jour là aux commandes du service. Il ne manqua pas de me saluer avant de procéder à l’examen. Je lui avais signalé la prescription oubliée de l’oncologue sur ma dernière prise de sang, il m’avait donc fait confiance lorsque je lui avais communiqué le dernier taux de créatinine connu, pour injecter en fonction de ça, la quantité adéquate du produit de contraste dans mes veines. Malgré mon optimisme du départ, l’appréhension d’un bilan contradictoire à mes attentes me titilla l’estomac le temps de voir apparaître le radiologiste dans ma petite cabine de déshabillage avec le sourire aux lèvres.

Chantal m’attendait dans le hall d’accueil, et nous fûmes en moins de dix minutes dans l’enceinte du CAC de l’espoir. Nous prîmes le temps de piqueniquer dans la voiture avant de procéder à l’enregistrement de mon arrivée. Nous avions pas mal de difficultés pour télécharger le CD des données fournis par mon radiologiste, à la borne prévue à cet effet, aussi nous abandonnâmes la partie,  pour rejoindre ensuite au second étage, le secteur des consultations.

N nous reçu avec sa bonne humeur habituelle, et je lui confiai enveloppe et CD pour qu’elle enregistre elle-même le bilan de mon examen.

Cette fois le docteur R était à son poste, et maintenant qu’il avait en sa possession davantage de précision sur la nature de ma tumeur analysée, j’attendais avec impatience de savoir à quelle sauce il allait me manger.

Nous fûmes reçus par un homme au visage légèrement tendu et donc beaucoup moins souriant qu’à l’habitude. Manifestement il était gêné de devoir m’annoncer quelque chose qui n’allait pas me faire plaisir, mais à ce stade de l’entretien j’ignorais encore totalement ce qui m’attendait.

« Il me fixa dans les yeux, et hocha la tête pour m’inviter à lui faire le bilan de ce cycle de chimiothérapie achevé depuis déjà presque deux semaines. Je n’avais rien d’original à lui annoncer sur les effets secondaires qu’il avait fallu une fois de plus supporter, par contre, je voulais évidement aborder au plus vite, l’épisode des deux jours passés au CHD.

Il m’écoutait parler d’un air apparemment détaché, il est vrai que mon ‘’discours’’ avait  un goût de réchauffé, et ne présentait pas d’éléments susceptibles de déclencher un processus de  modification du protocole de soins, dans lequel j’étais engagé. 

« L’expérience de la biopsie à Nantes à été angoissante, j’ai même regretté à un moment donné d’avoir accepté d’y participer, malgré ma volonté d’avancer dans le cheminement de ma maladie. »

J’attendais à ce qu’il me félicite sur mon choix, compte-tenu des résultats positifs que l’on avait pu en tirer. J’attendais des éclaircissements aux questions restés sans réponse malgré les différents médecins que j’avais pu rencontrer entre-temps.  J’attendais également de nouvelles propositions pour en finir avec ces presque trois ans de traitement au Sutent. A l’inverse je ne pus que constater la puissance inquiétante du regard silencieux de mon interlocuteur.

Il chercha par un moyen détourné la façon la moins brutale de m’annoncer une nouvelle qui n’allait pas me faire plaisir, en tapotant sur son écran pour me lire le bilan d’un scanner, dont le professeur T  m’avait déjà donné le résultat.

« Bon la tumeur n’a pas bougé, par contre (il marqua un petit temps de silence) nous ne sommes pas plus avancé concernant les résultats rapportés par le laboratoire ! »

L’oncologue venait de prononcer la phrase qui tue, toutes les misères endurées par mon organisme et mon mental n’avaient été qu’un sacrifice inutile. J’avais conscience que le cancer n’était pas une pathologie facile à soigner, encore moins à guérir, j’avais accepté d’emblée de service de cobaye pour que les générations futures puissent profiter des progrès de la science, mais là j’avais carrément le sentiment d’être considéré comme une simple souris de laboratoire.

En fait mon oncologue en était resté à la lettre de relance datée du 7 décembre, sur laquelle il demandait au professeur D de lui donner sons avis concernant un traitement éventuel de ma tumeur par cryothérapie, et sur laquelle il préconisait également d’effectuer d’abord une biopsie avant de prendre, en concertation, une quelconque décision. Malgré ce second courrier, le professeur D était resté silencieux, par contre, il avait pris l’initiative de me convoquer au CHD pour pratiquer cette biopsie sans en avertir le docteur R. C’est à son retour d’une absence prolongée que le docteur R avait  découvert les résultats de cette biopsie et le compte-rendu de mon entretien avec son suppléant le docteur V, mais le professeur D n’avait pas davantage donné signe de vie,  pour discuter de mon dossier auprès de lui.

« On n’est vraiment pas plus avancer ! »

Mon oncologue avait répété cette petite phrase avec une pointe d’agacement dans la voix.

« Bon j’essaye de me mettre à votre place mais ce n’est pas facile ! Seriez-vous d’accord pour recommencer la biopsie ? »

Il fallait que je sois mentalement solide pour entendre ce genre de propos, mais la maladie m’avait offert bien des rebondissements depuis plus de huit ans, aussi le coup n’était pas aussi dur que ça à encaisser. Je ressentais juste une sorte de colère diffuse, mais il y avait longtemps que j’avais renoncé à me battre contre des moulins à vent. Il ne fallait pas perdre de temps à chercher un coupable à blâmer, encore moins à user sa salive pour se plaindre de cette triste réalité. J’étais au pied du mur. Il fallait que je réponde à la proposition, et je répondis par la positive.

« Une tumeur peut comporter des cellules cancéreuses et non cancéreuses ? »

« Et bien l’opérateur peut avoir prélevé des tissus graisseux et dans ce cas là l’intervention ainsi que l’analyse ne sont pas fiables. »

« Donc si je comprends bien dans le cas d’un résultat négatif (pas de cellules cancéreuses), vous recommencer les prélèvements pour être bien sûr de ce que vous allez annoncer au malade ! »

Je n’eus pas de réponse, et je n’étais même pas sûr qu’il eût entendu ma phrase, tellement il était plongé dans ses pensées.

« Bon je réfléchis ! »

Il n’avait pas besoin de me le dire, je l’avais remarqué. A ce stade de l’entrevue, je n’avais pas encore pris le temps d’observer Chantal pour connaître sa réaction. Elle ne disait rien, elle ne pouvait qu’être désolée  en constatant cette absence totale de communication entre les deux établissements, et dont les conséquences faisaient irrémédiablement de moi, une victime.

L’oncologue n’avait toujours pas fini de réfléchir, et il  avait également beaucoup de mal à dissimuler son embarras.

« Bon les décisions que nous avions prises ne sont toujours pas mises en cause ? »

« A savoir ? »

« Vous êtes toujours d’accord pour un traitement éventuel par cryothérapie, et donc pour subir une nouvelle biopsie ? »

« Oui ! »

« Vous êtes toujours d’accord pour opérer votre épaule afin de vous débarrasser de la tumeur ? »

« Oui ! »

« Bon dans ce cas là, je prends dans un premier temps contact par téléphone avec le professeur D, et je vous tiens au courant ensuite pour tout le reste. »

forets-2 dans Cancer du rein



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