Un brin d’impertinence

 

Un brin d'impertinence  dans Cancer du rein homme-avachi

Je n’étais pas seul dans ma chambre, et en matière de voisinage je n’étais pas mieux loti que lors de mon premier séjour. L’homme était avachi dans son fauteuil, profondément endormi, la bouche ouverte, il bavait sur son pyjama souillé d’une immense tache pas très ragoutante. Ma présence malgré tout un peu dérangeante, avait fini par le réveiller, et à présent il toussait constamment d’une toux très grasse. Il avait voulu m’adresser la parole, mais sa voix n’était pas assurée, aussi avait-il du mal à articuler. Il m’avait demandé la raison de mon passage à l’hôpital, je n’étais pas sûr  qu’il ait capté ma réponse. Depuis que j’étais à ses côtés, personne de son entourage n’était venu le voir, et aucun membre du personnel ne s’était occupé de lui, si bien que je ne savais pas de quoi il souffrait exactement.

Comme la première fois, j’avais décidé de ne pas subir l’ennui, et dans mes bagages se trouvait mon petit carnet de notes, qui serviraient de base à l’écriture de mon blog, aussi je ne perdis pas davantage de temps, pour remplir quelques unes de ses pages blanches. 

Un long silence s’était installé depuis que mon compagnon d’infortune s’était de nouveau assoupi. J’étais installé du côté fenêtre mais je n’avais pas une autre ligne d’horizon que des ensembles d’immeubles, et au loin des panaches de fumée crachés par des cheminées d’usines.

L’aide soignante troubla la quiétude du moment pour m’apporter pyjama et Bétadine.

« Dès que vous aurez diné, vous pourrez prendre au bout du couloir une douche, avant de vous coucher. Demain nous viendrons vous réveiller à 6 heures pour que vous en preniez une seconde. »

Tiens ! La dernière fois je n’étais passé qu’une seule fois à la désinfection, pensai-je.

S’agissait-il de nouvelles consignes d’hygiène, ou la réglementation avait-elle été mal respectée lors de ma visite précédente !  Je n’avais pas envie de mettre le sujet à l’ordre du jour, aussi je me tus en acquiesçant aux recommandations.

Mon interlocutrice partit, le silence n’eut pas le temps de se rétablir, car un étudiant en médecine entra à son tour.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis l’interne de garde, et je viens vous ausculter ainsi que vous poser un certain nombre de questions. En fait j’ai déjà sous les yeux le dossier de votre premier passage dans nos murs, mais je viens me renseigner sur d’éventuelles évolutions de votre situation médicale depuis lors. »

J’avais l’habitude de ces entretiens avec les médecins, aussi avais-je prévu dans mes bagages les photocopies de mes plus récentes ordonnances, ainsi que celle de ma dernière prise de sang. Il accepta de les consulter, et ne conserva que les prescriptions de médicaments, car une nouvelle prise de sang était prévue, pour l’intervention du lendemain matin. 

« Est-ce que vous connaissez très précisément la raison de ma présence ici ? Mon oncologue doutait de la fiabilité de la première biopsie, et devait contacter le professeur D pour en discuter. Si je suis là, c’est qu’ils l’ont sans doute convenu, d’autant que j’avais donné mon accord au docteur R pour recommencer l’examen, mais ni l’un, ni l’autre ne m’a appelé pour me faire part de cette décision. »

Je passai sous silence les différentes mauvaises surprises qui avaient émaillé un parcours chaotique depuis cette fameuse lettre de relance du 7 décembre, car ce n’était pas le problème de mon interlocuteur du moment.

« Je vais essayer de contacter le CAC de l’espoir ou le professeur D, et je vous donnerais ensuite dans la mesure du possible, les explications que vous me demandez. »

Il marqua un temps de silence.

« Pouvez vous retirez vos vêtements du haut, et vous allonger sur le lit, je vais vous ausculter. Avez-vous eu l’occasion d’être examiné par un médecin au moment d’une crise d’arythmie ? »

« Une seule et unique fois, la crise avait été violente en début d’après-midi, et j’avais, hasard du calendrier, un rendez-vous chez mon généraliste ce jour là. Cet opportunité m’avait d’ailleurs conduit tout droit chez un cardiologue immédiatement après, et c’est également à la suite de ces deux interventions de professionnels que je j’avais enfin débuté un traitement. »

Là encore je passais sous silence le fait  qu’à l’époque de mon suivi médical, relatif au protocole d’essai thérapeutique dont j’avais bénéficié entre 2005 et 2007, les différents électrocardiogrammes que l’ont m’avait effectués, avaient révélés une anomalie, mais que la lettre envoyé à mon cardiologue avait été classé sans suite. 

« Je vous confirme que cette fois encore votre cœur bat tout à fait normalement, disons que la crise survenue le jour d’un rendez-vous fut une chance. Il faut dire aussi que vous êtes costaud, car la plupart des gens ignorant la maladie, se rendent immédiatement aux urgences pour se rassurer, et pour pouvoir ensuite se prendre en main, le diagnostic une fois établi. »

La porte qui venait de s’ouvrir de nouveau mit un terme à cette conversation. L’équipe médicale de service réalisait sa tournée quotidienne des chambres, pour vérifier les constantes des malades. Une infirmière s’entretint longuement avec l’interne, ils conclurent ensemble que j’étais capable de me gérer tout seul, ils me firent confiance pour la prise de mes médicaments.

« Vous savez monsieur on a tendance à infantiliser un peu trop les malades ici ! »

Je répondis par un léger sourire.

« Au moins vous, vous maîtrisez très bien votre dossier. Nous savons de quoi vous parlez, et vous comprenez également ce que l’on est en train de vous expliquer. Ce n’est pas toujours le cas avec les anciens. »

L’interne était-il en train de me traiter de vieux ! La phrase m’avait amusé, et il est vrai qu’à l’approche de la soixantaine, mon âge devenait disons respectable, je pardonnai donc l’impertinence.

 homme-avachi-1 dans Cancer du rein



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie