L’amertume dans ma voix

 

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J’étais reçu par l’oncologue comme lors de la plupart de mes visites, avec un léger sourire, et le regard droit dans mes yeux. Le temps de prendre place, chacun dans notre siège, et ce fut moi qui entamai la conversation.

« J’ai été hospitalisé la semaine dernière pour recommencer la biopsie, cette fois le professeur à effectué trois prélèvements, tout en étant sûr d’avoir à faire à une masse fibromateuse bénigne, n’ayant rien à voir avec le cancer primaire. »

« Figurez vous que depuis notre dernier entretien, je n’ai réussi à contacter le professeur D qu’hier, et c’est ainsi que j’ai appris votre nouvelle hospitalisation. »

Cette phrase me fit l’effet d’une bassine d’eau froide que l’on venait de me verser sur la tête.

« Comment ça ! La dernière fois vous m’aviez demandé si j’étais d’accord pour recommencer un examen que vous jugiez peu crédible, et j’avais donné mon accord, mais j’avais pensé que mon retour à la case départ avait été programmé sous votre autorité. »

« Absolument pas, les choses se sont faites sans moi. »

« Ainsi donc monsieur D continue de faire cavalier seul. Franchement je n’arrive pas à comprendre comment se monsieur travaille. Qu’il agisse sans vous en parler, je trouve cela plutôt curieux, et à la limite incorrecte vis-à-vis de vous, car je suis quand même votre patient, mais qu’il mène à bien son plan d’action en éludant en plus toute communication avec moi qui suis quand même concerné en premier chef, alors là je trouve que la ligne rouge est largement franchie. »

Évidement comme la première fois que l’incident s’était produit, j’avais en face de moi un interlocuteur impassible. Il poursuivait invariablement sa politique de neutralité, et ce comportement ne m’aidait guère à maîtriser mes nerfs. 

« Du coup après cette conversation je suis allé bien vite sur mon ordinateur pour constater si j’avais reçu les résultats de votre examen, mais ils ne s’affichaient pas, nous allons vérifier de nouveau aujourd’hui. »

La douche froide commençait à agir très défavorablement sur mon corps et sur mon état d’esprit, et je n’osais pas regarder Chantal qui ne devait sauter de joie non plus.

« Ah ! Cette fois ils y sont. »

En moins de temps qu’il faut pour le dire mon sort fut de nouveau scellé.

« Bon il s’agit bien d’une métastase du cancer initial du rein. »

Cette petite phrase discréditait violemment le professeur D, et remettait sur les rails le docteur R qui me soignait depuis trois ans au Sutent, en s’étant engagé de le faire à bon escient.

Une seconde bassine, cette fois d’eau glaciale, s’abattit encore une fois sur ma tête.

L’apparente indifférence de mon interlocuteur, masquait en fait sa gêne de devoir affronter une situation dont il n’était pas responsable, mais pour laquelle il récoltait quand même les pots cassés. Bien qu’il soit pressé de passer à autre chose, il devait, à défaut de prendre ma défense, faire preuve quand même de retenue,  pour au moins laisser ma colère s’exprimer, avant d’avancer enfin dans la conversation.

« Vous avez de la chance d’avoir à faire à moi, car j’ai appris sinon à m’endurcir, à du moins ne jamais désespérer. Bon nombre de malades tomberaient raides par terre, à force de se jouer d’eux. Je ne comprends pas que l’on puisse s’avancer autant auprès d’un malade, pour commettre finalement une si grave erreur d’appréciations ! »

« Moi je ne dis jamais rien, avant d’en avoir la preuve formelle. »

Et voilà mon interlocuteur s’était dédouané, que je sois dégouté ce n’était pas son problème, il fallait que je me démerde à digérer en famille la vilaine et décevante nouvelle, en nous passant d’excuses, d’explications et de compassions.

« Avec tout ça, je n’ai pas pensé à vous demander comment ce cycle de traitement s’était passé ! »

« Comme d’habitude, avec un épisode diarrhéique très important qui m’a obligé à garder la chambre quelques jours, sans que cette crise fut à imputer aux effets secondaires, ou la gastro proprement dite. »

Je n’eus pas de commentaire.

« Bon après ce parcours pour le moins chaotique, nous allons pouvoir rentrer directement dans le vif du sujet, et donc passé à la phase active de notre projet ? »

« Oui bien sûr, c’est ce que j’ai toujours demandé. »

Il y avait beaucoup d’amertume dans ma voix. Le destin ne me faisait décidément pas de cadeaux, et quand il m’en faisait, s’était pour me les reprendre aussitôt, ou m’en faire payer le prix fort. 

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