Suspicion de phlébite

 

Suspicion de phlébite  dans Cancer du rein force-mentale

La nouvelle ambulancière n’était pas encore arrivée, il fallait donc attendre, en cogitant les paroles que nous venions d’entendre. Je ne voulais être ni trop inquiet, ni trop confiant. Je voulais continuer à exister pour le moment présent, et l’après midi s’annonçait plutôt ensoleillée, ce qui représentait pour moi un joli bouquet de bonheur à cueillir avant que ses fleurs ne soient fanées.   

Après les trois jours d’immobilisation postopératoire, les quelques 14 km que nous avions parcourus en compagnie de nos amis d’enfance, à travers un paysage escarpé,  le samedi précédant ce rendez-vous avec le professeur D, ne m’avaient nullement affecté, malgré une anesthésie générale récente, et malgré une épaule douloureuse que j’avais bien réussi à supporter. Cette ‘’performance’’ m’avait encouragé à reprendre  mes promenades journalières, et je m’exécutais avec délectation. 

Tandis que nous nous apprêtions à passer un week-end tranquille en famille, je rentrais le vendredi soir d’une de ces nombreuses sorties en plein air, avec une question qui me tracassait la tête. Ce mollet droit qui me faisait mal depuis plusieurs jours semblait beaucoup plus dur que l’autre, mais peut-être s’agissait-il des effets de mon imagination. Pendant la marche j’avais quand même pas mal traîné ma jambe, et je ressentais une sensation de chaleur anormale en dessous de la pliure du genou. Assis devant mon ordinateur je ne pouvais rien faire d’autre que de constater  la lourdeur de cette jambe que décidément me donnait bien du souci. L’allonger pour la soulager, ne manqua pas d’alerter mon entourage. L’appel téléphonique au 15  souffla un vent de panique dans la maison, il était question de phlébite et de risque d’embolie pulmonaire. Pourtant je ne voyais pas l’urgence car la douleur était plus que largement soutenable, je voulais me donner un délai de réflexion, au pire je prendrais un rendez-vous chez mon généraliste le lendemain.

Mon fils ainé pompier de profession, avait donné  à sa mère les mêmes conseils avisés que le médecin urgentiste, mais connaissant bien son père, il arriva à la rescousse pour me forcer à prendre la décision qui s’imposait. Il était évident que de dénier la réalité  encore plus longtemps, ne servirait pas ma cause. Risquer un accident majeur, alors que je luttais de toutes mes forces contre le cancer depuis si longtemps, était la chose la plus stupide à faire. J’en avais marre, j’en avais ras le bol, j’avais envie de crier, j’avais envie de me révolter, mais de toute façon je n’avais pas d’autres choix que de filer une nouvelle fois vers un destin, que personne ne m’envierait jamais.

Le sas d’accueil des urgences ne souffrait pas d’un afflux important de personnes, une secrétaire prit le temps de faire mon admission, puis une infirmière nous reposa les mêmes questions que sa collègue. Je fus placé à l’écart de ma famille dans une autre salle d’attente, mais là encore je n’eus pas le temps de me retourner que l’on vint me chercher, pour me conduire sur un chariot roulant vers  un box des premiers soins.

En trois coups de cuillère à pot mes vêtements furent enfournés dans un sac en nylon, étiqueté d’un code barre, ensuite j’enfilai la tenue traditionnelle qui m’allait si bien.

Une équipe médicale s’occupa de vérifier mes constantes, et ensuite je n’échappai pas à l’interrogatoire rituel concernant mes antécédents médicaux. On me demanda enfin précisément les raisons qui m’avaient amené aux urgences.

Le conseil téléphonique du 15 semblait déjà une bonne raison, puis les symptômes que j’avais pu constater ainsi que mon entourage, finirent pas satisfaire la curiosité de l’interne de garde. Une auscultation rapide amena à un diagnostic facile, elle indiqua sur son écran d’ordinateur : suspicion de phlébite. 

« A partir de maintenant vous ne mettez sous aucun prétexte les pieds parterre. »

Elle ne quitta pas mon réduit sans me faire une réflexion plus que surprenante, bien qu’elle traduise parfaitement ce que la maladie avait fait de moi.

« Vous parlez de votre cancer avec une telle force, et une telle joie de vivre ! »

Je ne restai pas longtemps tout seul, car un infirmier entra pour appliquer les consignes qu’il venait de recevoir de sa supérieure hiérarchique.

« Je vais vous faire une prise de sang monsieur, pour vérifier entre autres choses, votre temps de coagulation, et lorsque l’on aura les résultats, nous vous ferons une première piqure de prévention. De toute manière on vous garde en observation cette nuit, et demain vous subirez un écho doppler pour confirmer ou infirmer la phlébite. »

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Tentatives de réconfort

 

Tentatives de réconfort  dans Cancer du rein douleur-a-lepaule

Les deux nuits suivantes n’avaient pas été très folichonnes, la douleur était bien présente, et violemment réactive au moindre faux mouvement. Dans la journée je concentrais mon esprit sur les gestes à éviter pour ne pas provoquer la colère de mon épaule. Le chirurgien m’avait dit que le temps serait mon allié, et il est vrai que globalement l’épreuve devenait au fil du jour de plus en plus supportable. L’infirmière à domicile ne constatait pas d’anomalie, aussi après cette période d’immobilisation forcée, je repris mes escapades en forêts, bien que conduire mon véhicule pour me rendre en ces lieux, ne soit pas de la plus grande prudence.

Chacun sait que pendant une période de guerre, les trêves sont peu nombreuses, et le plus souvent de courtes durées, aussi le mercredi 29 mai, il fallut de nouveau se mobiliser pour espérer peut-être un jour mériter la victoire.

Le CHD nous recevait cette fois non pas par la barrière centrale qui dirigeait les véhicules vers l’entrée principale, mais par celle qui leur donnait  accès vers la partie gauche de l’établissement. Là encore il fallut garer l’ambulance à l’arrache, mais notre conductrice ne semblait pas déstabilisée par l’énorme désordre qui régnait sur un parking occupé bien au-delà de la saturation. La porte vitrée automatique s’ouvrait directement en face des deux hôtesses d’accueil chargées de l’admission des patients. La fille d’attente n’était pas très importante, mais je laissai le soin à Chantal et à l’ambulancière qui ne nous avait pas encore quittés, de faire les démarches administratives à ma place, en préférant plutôt m’asseoir  à l’écart.

Il fallait patienter au même endroit avant d’être reçu par le praticien, et j’avais l’intuition que je serais son prochain patient. Nous avions passé l’heure de mon rendez-vous mais il n’y avait rien de bien dramatique.

Le professeur D que j’avais clairement identifié pénétra dans son bureau. En fait je devais être le premier patient de la journée. Avant de fermer la porte derrière lui, il me fit signe qu’il serait bientôt à moi, le temps de se remette en mémoire mon dossier. Entre temps notre accompagnatrice nous annonça qu’elle devait partir, et que l’une de ses collègues viendrait nous chercher le plus vite possible. Chantal s’était également absentée pour rejoindre l’hôpital de jour, à cause de problèmes administratifs à régler, consécutifs à mon intervention chirurgicale du 21 mai. J’étais un peu nerveux, car cet entretien était de grande importance pour moi, j’avais besoin d’explications, car je naviguais un peu dans le brouillard depuis les différents incidents qui avaient émaillé mon parcours entre décembre 2012 et avril 2013, ce manque de total de communication entre médecin et médecin, mais aussi entre médecin et malade, me restait encore à travers la gorge.

Chantal était de retour, et nous attendions depuis environ dix minutes, lorsque le professeur nous invita à le rejoindre. Deux grands écrans informatiques posés sur un plan de travail perpendiculaire à son bureau, ainsi que trois chaises nous attendaient. Le professeur se plaça entre nous deux, et nous fûmes donc invités à nous asseoir Chantal et moi, chacun devant notre écran, qui affichait l’image de la partie de mon thorax où  apparaissait  l’objet de toute notre attention.  L’homme en imposait par sa prestance, et par sa facilité d’élocution. Je sentais qu’il était passionné de travailler dans ce domaine appartenant aux techniques de pointe de la chirurgie. Passion un peu trop débordante, car il semblait ignorer qu’il était en présence des principaux intéressés, le malade et sa compagne, deux êtres humains à part entière, capables d’éprouver des sentiments, la peur étant probablement celui majoritairement ressenti à ce moment de la discussion.

« Sous anesthésie générale et après un long et minutieux repérage sous scanner, avec simulation du trajet, les aiguilles seront enfoncées doucement à travers la peau. » Il joignit le geste à la parole en prenant les aiguilles qu’il conservait pour ses démonstrations, en les appliquant devant l’image informatique, afin que nous pussions mieux comprendre ses explications.

«  Elles vont être placées au cœur de la tumeur. Et là, une série de cycles de refroidissements extrêmes suivis de réchauffement grâce à l’hélium cette fois, va amener progressivement les cellules cancéreuses vers leur destruction. »

Il continua à nous verser un flot de paroles plus ou moins compréhensibles pour des novices comme nous, mais finit tout de même par entreprendre de nous rassurer en me promettant que tout ce passerait bien. Je me sentais vraiment petit, timide comme un enfant devant son maître d’école, et toutes ces questions que je m’étais promis de lui poser, s’étaient  petit à petit effacées de mes pensées. Je sortis de son bureau avec la certitude que l’épisode ombrageux des biopsies ratées, puis recommencées, resterait définitivement pour moi un mystère.

Nous sortîmes de son bureau éberlués par tant d’assurance, comme dit l’expression populaire, il nous en avait mis plein la vue, mais ses tentatives de réconfort ne nous avaient pas totalement convaincus.

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Chronique d’un exérèse annoncée épisode 3

 

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Mon anesthésiste était venue s’intéresser à moi, mais dut presque aussitôt  courir vers une urgence. Il y avait urgence également sous mes draps, je ne pus éviter de demander un urinal pour soulager mes envies. Décidément je ne comprenais pas cette réaction de mon corps, car pour avoir arrêté de boire de l’eau avant minuit, j’en étais à mon sixième passage aux toilettes depuis mon arrivée. Je voulais croire que je n’allais pas m’oublier une fois anesthésié. Comme une misère n’arrive jamais seul le chirurgien était venu me prévenir d’un retard à cause de l’opéré précédant. Deux autres malades étaient venus me tenir compagnie, avant que l’anesthésiste s’occupe enfin de moi. Elle n’avait pas été délicate à poser le cathéter, et j’avais senti une désagréable douleur quand l’aiguille avait pénétré la veine.

La salle d’opération était glaciale, pour éviter la propagation des microbes m’avait-on dit. J’étais bien couvert, seul mon bras gauche pendait dans le vide. L’anesthésiste qui cette fois sans que je sache pourquoi était un homme plutôt jeune, m’indiqua qu’il commençait à injecter, que j’allais sentir un peu de chaleur, et puis mon esprit s’envola vers des horizons totalement inconnus.

Je repris conscience dans la salle de réveil, et je compris tout de suite ce qui m’était arrivé, car mon épaule me fit grimacer de douleur. 

« Je vais vous donner un calmant sur un sucre que vous laisserez fondre sous votre langue. »

Je n’étais pas en mesure de distinguer les traits de la femme qui venait de m’adresse la parole, mais j’obéis sans broncher à ses ordres.

Il était aux environs de 14 heures 30 lorsqu’on me ramena à la chambre, et le hasard voulu que Chantal arrive en même temps que moi. Elle ne s’était guère ennuyée car elle avait rencontré des amis venus pour des contrôles médicaux. Avant de me rejoindre elle avait aussi pris le temps de pique-niquer, et de lire un peu, dans le coin salon du grand hall d’accueil, animé d’une intense activité humaine.

Je n’étais ni nauséeux, ni fatigué,  aussi on me proposa immédiatement  de déjeuner. Par prudence, j’optai plutôt de me contenter d’un café au lait avec du pain et de la confiture.

Je me sentais soulagé et libéré de cette première étape d’une décision mûrement réfléchie, La mise au point de cette nouvelle technique de combat n’avait pas été sans rencontrer des difficultés, mais à présent le processus était enclenché, et je n’avais pas l’intention d’abandonner en si bon chemin.

Pourtant la douleur que je ressentais au niveau de l’épaule était intense, et ne s’atténua que lorsque l’infirmière m’apporta le nécessaire pour mettre mon bras en écharpe, tout en m’administrant un calmant.

L’infirmière passa pour contrôler si le drain remplissait bien sa fonction, puis décida un peu plus tard de m’en débarrasser. La plaie suturée sur une longueur de dix centimètres était propre et ne montrait pas de signes d’inquiétudes. Il ne restait plus qu’à vérifier les constantes et d’attendre ensuite le passage du chirurgien pour me laisser m’échapper. L’infirmière avait également averti l’ambulancier de venir nous chercher aux environs de dix sept heures trente, elle nous le fit savoir. Il fallait qu’elle soit bien sûr de l’horaire de passage du chirurgien, ainsi que de son diagnostic pour faire une telle démarche, et je trouvais ça plutôt rassurant pour nous. 

Le professeur G ne traîna pas en effet à me rendre visite. Il m’exposa son travail en trois coups de cuillère à pot. La lésion retirée faisait 1 cm de large, sur 2 cm de profondeur, ce qui correspondait mais de manière plus précise à ce que le radiologue avait détecté sur mon IRM. Les tissus autours de cette lésion étaient sains, le chirurgien me confirma qu’une radiothérapie n’était pas à envisager. Il fallait garder mon bras en écharpe pendant plusieurs jours, et une infirmière passerait régulièrement pour entretenir la plaie. L’homme ne s’attarda pas davantage et pris congé de nous. 

Les différentes étapes de cette hospitalisation de jour s’étaient enchainées sans mauvaise surprise, mais également sans retard excessif.  L’ambulancier pénétra dans la chambre alors que le praticien venait juste de nous quitter confirmant ainsi la bonne organisation de ce passage éclair au CHD. 

Le voyage de retour allait être un peu serré, car le véhicule accueillait également un autre couple. J’avais là une nouvelle occasion de relativiser ma situation, car le patient assis à côté du chauffeur était un vieil homme aveugle, diabétique et soigné également pour une leucémie.

Face à ce mauvais coup du sort, sa réaction avait été fortement négative, car il était plongé dans un mutisme total, auquel sa femme devait faire face tant bien que mal. Parents et amis les avaient abandonnés, et ils avaient perdu toute illusion de retrouver un jour un petit coin de ciel bleu. Ma conversation avec l’épouse n’avait pas été très concluante, car j’avais été incapable de trouver les arguments nécessaires, pour leur redonner une petite étincelle de vie.

Quant à nous, il était temps de retrouver notre univers familier, et de nous sentir pleinement satisfait d’avoir franchi le premier stade de cette nouvelle stratégie de bataille contre le cancer.  

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Chronique d’une exérèse annoncée épisode 2

 

Chronique d'une exérèse annoncée épisode 2 dans Cancer du rein epaule

Je n’avais pas trop bien saisi toutes les explications fournies par l’infirmière, concernant la première phase de l’intervention, mais je savais désormais que j’allais supporter bien plus qu’une simple échographie.

L’attente n’avait pas été trop ennuyeuse lorsque le brancardier ouvrit la porte. Chantal était bien décidée d’occuper cette période de solitude ailleurs que dans les ‘’ catacombes’’ du CHD, elle suivit mon lit à roulette qui me transportait vers le service échographie, puis demanda à notre accompagnateur de lui indiquer la direction du grand hall d’accueil. Elle me fit un petit au-revoir de la main, puis disparu de mon champ de vision.

Le brancardier signala mon arrivée puis me confia à ma solitude et à mes angoisses en me plantant au beau milieu du vestibule. 

Il n’y avait pas foule autour de moi, à part une secrétaire hôtesse qui s’apprêtait à recevoir les premiers patients de la journée.

L’attente fut une nouvelle fois supportable, et il fallait car mes problèmes de vessie ne s’arrangeaient pas, je voulais en finir au plus vite. Assisté d’une infirmière, l’homme qui allait s’occuper de moi était plutôt jeune, et d’un abord fortement sympathique. Il poussa mon lit dans la salle d’examen, de manière à ce que je puisse voir l’écran de contrôle de sa machine.

« Bonjour monsieur, on vous a expliqué ce que j’allais vous faire ? »

« Brièvement et je n’ai pas forcément prêté très attention à ce que l’infirmière m’a dit. »

« Bon, nous allons visionner la lésion à l’aide de l’échographe, puis je vais vous faire une petite anesthésie locale au niveau de l’épaule, et enfin je vais introduire à travers vos muscles, une petite tige métallique appelée harpon, dans notre jargon médical, qui servira de repérage, et donc en quelque sorte de fil d’Ariane pour le chirurgien afin de réduire au maximum l’exérèse. »  

Le patricien avait bien du mal à détecter la petite tache suspecte sur son écran, et me demanda où la métastase était située exactement. Je ne pouvais pas répondre, car il y avait belle lurette qu’elle n’était plus palpable.

« J’ai passé un IRM le 16 avril, sans doute vous est-il possible de consulter les images sur internet ! »

Il me répondit sans doute par un oui, mais je n’avais pas entendu. En tout cas il quitta un petit moment la salle d’examen, avant de reprendre le travail,  là où il l’avait laissé.

Cette fois il n’hésita pas à se placer au bon endroit et obtint le résultat escompté.

« Voilà je pique, vous allez sentir une petite douleur désagréable, et ensuite plus rien. »

J’étais au premier plan pour regarder le harpon pénétrer ma chair, mais il est vrai que j’étais au paradis comparé à la terrible épreuve que j’avais subi lors de mes biopsies de décembre et d’avril, car je ne percevais absolument rien des misères qu’endurait mon corps. Le patricien se plaça devant moi pour terminer sa petite intervention, aussi je ne vis rien de ce qui se passa ensuite. A présent j’étais affublé d’un joli pansement, et je me trouvais de nouveau dans le vestibule avant de regagner l’hôpital de jour. Le brancardier n’était pas le même qu’à l’aller et lorsqu’il me réinstalla dans ma chambre, il prit le temps ainsi que l’infirmière présente de m’écouter raconter mes ressentis de malade. 

« Je vais vous donner un petit comprimé d’Atarax monsieur pour que vous soyez moins nerveux. En principe on revient vous chercher dans une demi-heure. »

J’étais tout seul dans mon réduit, et je fixais le plafond car je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. Sans doute avais-je dû somnoler, car lorsque le brancardier apparût dans l’encadrement de la porte, je ne savais plus très bien où j’étais.

« Vous êtes prêt monsieur Gautier ? Je vous emmène au bloc. »

J’avais à faire à un troisième brancardier, un grand costaud celui-là, il avait l’habitude du silence quand il s’agissait de conduire le malade à ‘’l’échafaud’’.

Le sas d’accueil des patients était en effervescence, le personnel s’agitait dans tous les sens, il n’y avait pas lieu de s’ennuyer en observant ‘’ cette fourmilière en activité’’. 

Une femme était venue consulter mon dossier déposé au pied de mon lit, elle m’avait posé un certain nombre de questions, puis s’était évaporée. A présent personne ne me donnait l’impression de se soucier de mon existence, et je sentais ma vessie semer de nouveau la zizanie.

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Chronique d’une exérèse annoncée 1

 

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La semaine qui précédait l’intervention s’écoula sans trop d’appréhension. De plus nous avions en tête quelque chose de plus réjouissant, car nous étions organisateurs le samedi suivant l’opération, d’une petite réunion entre amis qui avait lieu tous les ans depuis treize ans, réunion identique à celle que nous avions assistée dans la région parisienne en mai 2012, et au sujet de laquelle j’avais relaté mes péripéties dans mes écrits. Nous avions eu à cœur de bien préparer ce nouveau rendez-vous, aussi avais-je la motivation nécessaire pour être bien rétabli le jour j. 

A minuit la pendule de la cuisine avait affiché la date du 21 mai, et cinq heures plus tard Chantal s’était levée pour prendre son petit déjeuner. Je n’avais pas eu besoin que l’on me réveille. Je n’avais pas l’obligation de prendre du temps pour manger, car il fallait que je sois à-jeun, mais il n’était pas question de lambiner pour autant. Ce qui ne me réjouissait guère, était de passer sous la douche, à une heure aussi matinale, alors que mes membres étaient encore tout engourdis par cette nuit de sommeil, somme toute assez correcte, malgré le stress qu’engendrait l’approche de l’intervention. Je n’avais pas du tout aimé les deux ou trois gouttes d’eau froide qui s’étaient répandues sur mon corps, lorsque j’avais saisi la pomme de douche, mais à présent que l’eau chaude coulait sur moi, j’appréciais ce bon moment de détente. Les frictions à la Bétadine importaient dans ma maison des odeurs d’hôpital génératrices de souvenirs désagréables, et donc de peur et d’angoisse, embuant mon cerveau d’idées négatives qu’il fallait coute que coute chasser de mon esprit. 

Par expérience je savais que je vivais le moment le plus difficile, car une fois dans l’ambulance, je me laisserais guider jusqu’au soir, m’abandonnant totalement à mon sort.

Nous faisions une partie du trajet de nuit, de plus la pluie s’était invitée à la fête. La conductrice qui prétendait m’avoir déjà emmené, ne semblait pas gênée par ces conditions de circulation, car elle entretenait une conversation soutenue, ce qui me faisait oublier que j’étais en train de voyager une fois de plus vers des horizons incertains.

Chantal bien calée dans son siège derrière l’ambulancière, luttait pour ne pas être victime du mal des transports, l’un de ses points faibles.

A la faveur d’un nombre infime d’usagers de la route, et d’échanges verbaux fructueux, je n’avais quasiment pas pris conscience que nous étions déjà en train de pénétrer dans le centre de Nantes. L’aurore se levait sur une agglomération  où l’activité économique était encore toute balbutiante, c’était le meilleur moment pour circuler et pour se garer.

Nous n’avions pas fait l’erreur de notre première convocation dans le service du professeur G, et nous contournâmes les bâtiments en laissant l’entrée principale du CHD pour nous rendre directement à l’endroit indiqué sur notre courrier. A cette heure matinale, le parking n’attendait que nous, ainsi que celui qui allait être le patient de la chambre voisine à la mienne.

Je n’avais pas eu besoin de procéder à mon admission, je ne comprenais pas bien pourquoi, mais je n’avais pas non plus l’intention de chercher à comprendre. L’hôpital de jour était un lieu austère, couloirs  et chambres étaient éclairés par des néons. Ni le personnel, ni les malades ne voyaient la lumière naturelle du soleil. Pourtant nous fûmes accueillis par une infirmière de garde souriante qui plaisanta sur ces conditions de travail en s’excusant presque de ne pouvoir nous proposer mieux. Le transfert dans de meilleurs locaux était programmé pour bientôt, mais dans l’immédiat les malades devaient se contenter de ce qu’on leur proposait. 

Dans cet espace restreint qui ressemblait davantage à une cellule qu’à une chambre, Chantal avait pris place dans le fauteuil à la droite de mon lit, quant à moi, allongé sur les draps et affublé de ma blouse réglementaire, j’attendais patiemment que l’on vienne me chercher. L’équipe de service était venue vérifier mes constantes, m’avait rasé l’aisselle gauche, et m’avait ensuite précisé le programme des réjouissances.

Je n’allais pas subir l’opération du siècle, et pourtant j’étais nerveux au point de gagner régulièrement les toilettes pour vider ma vessie, une situation nouvelle, malgré ma solide expérience de patient confronté régulièrement aux univers médicaux et chirurgicaux.

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Chez l’anesthésiste épisode 2

 

Chez l'anesthésiste épisode 2 dans Cancer du rein en-retard-2

Je ne comptais pas moins d’une trentaine de personnes en train de poiroter aux alentours de moi, et d’autres personnes arrivaient régulièrement, alors que très peu d’entre elles étaient appelées par des médecins. Je ne me voyais pas sorti de l’auberge, d’autant que l’homme assis à ma gauche avait été convoqué une demi-heure avant moi, et qu’il n’avait pas encore vu le moindre professionnel médical.

Soudain contre toute attente j’entendis prononcer mon nom, l’anesthésiste m’invitait à l’accompagner,  aux yeux et à la barbe des nombreux patients arrivés bien avant moi. Ils y avaient plusieurs infirmières et médecins employés dans ce service, j’imaginais bien que nous n’avions pas tous à faire au même, simplement je constatais que pour une fois,  la chance était de mon côté.

Ma dynamique et souriante interlocutrice devait approcher de la soixantaine, son visage et sa chevelure épaisse tirant sur le blanc en témoignaient.  

Je connaissais parfaitement mon dossier médical, et j’étais habitué aux genres de questions qu’on allait me poser. Je n’avais pas oublié non plus d’emporter prescriptions médicales, dernière prise de sang, et carte de groupe sanguin. En revanche j’ignorais si lors de mes trois lourdes opérations de 2004 et 2005, j’avais subi des transfusions sanguines.

« De toute façon il est trop tard pour s’en inquiéter ».M’avait-elle rétorqué.

Mon cœur était très rarement indiscipliné lorsque je me trouvais en présence d’un médecin, cette fois je ressentais à l’intérieur de ma cage thoracique un tout début de rébellion, que l’anesthésiste ne manqua pas de détecter avec son stéthoscope.   

« Ah effectivement l’arythmie chez vous est bien présente. Est-ce que vous ressentez les battements anarchiques de votre cœur ? »

« Oui et ce n’est même pas très agréable. »

« Certains patients ne s’en rendent pas compte du tout. Bon ça m’ennuie, j’aimerais bien en savoir plus, je vais vous faire passer un électrocardiogramme, ainsi qu’une prise de sang, en même temps on fera une nouvelle détermination de votre groupe sanguin. »

La praticienne me ramena jusqu’à la rotonde où le nombre de patients n’avaient pas diminué, puis pénétra dans un bureau environnant avant de venir me préciser qu’une fois les examens pratiqués, il faudrait revenir la voir, pour qu’elle puisse établir un diagnostic.

Mon ambulancière m’attendait, je devais la prévenir que mon passage au CHD serait plus long que prévu.

« Dans ce cas il faut que je prévienne ma direction, pour qu’un nouveau véhicule vienne chercher l’autre  personne que nous devions ramener. »

Nous avions convenu comme la fois précédente de nous attendre mutuellement dans la rotonde, et comme la première fois je fus appelé rapidement par l’infirmière chargée de me faire passer les examens. 

«  Bonjour monsieur, je dois vous faire une prise de sang et un électrocardiogramme ? »

« Oui c’est bien ça ! »

« Rappelez moi votre nom, prénom et date de naissance ! »

La procédure habituelle était respectée à la lettre, et ce n’était pas un luxe quand on sait le nombre d’erreurs plus ou moins graves pouvant être commises en milieux hospitaliers. J’appris par ailleurs que si transfusion il y avait-eu, j’aurais forcément reçu les informations nécessaires, car une surveillance était mise en place ensuite.

L’infirmière s’occupa de moi avec soin et avec une compétence indéniable, et ne se contenta pas de faire son travail, mais s’intéressa à mon parcours de malade en m’interrogeant sur le sujet.

Graphique de mes battements cardiaques en main, je rejoignis la rotonde où m’attendait ma conductrice.

« Avant de partir il faut que nous repassions par le cabinet de l’anesthésiste pour qu’elle vérifie certains points. »

« Ok, de toute façon j’ai tout mon temps, car j’ai désormais pour mission de vous ramener à domicile, sans me préoccuper d’autres patients. »

Nous ne souffrîmes pas d’une attente prolongée, car la praticienne se libéra très vite de son client, et nous reçu ensuite brièvement dans le couloir. Je lui tendis le petit graphique de l’examen qu’elle avait demandé.

« Bon il s’agit d’extrasystoles, ça ne me pose pas de problèmes majeurs pour l’anesthésie. »

Elle me sourit en me rendant rendez-vous au 21 mai. Il n’était pas loin de 17 heures 30 et nous étions sur le point d’affronter le trafic routier des périodes de pointe. 

Je n’avais pas trouvé utile d’emporter un téléphone portable, aussi ma famille n’étant pas informé, commençait à s’inquiéter de ne pas me voir arriver, car je franchis le seuil de la maison très peu de temps avant le moment du diner, alors que nous avions pensé que mon escapade à Nantes ne serait l’affaire que de deux heures tout au plus.

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Chez l’anesthésiste épisode 1

 

Chez l'anesthésiste épisode 1 dans Cancer du rein seringue

Chantal avait décidé de ne pas m’accompagner. Il est vrai que ce voyage n’avait qu’un seul but, aborder les aspects techniques et sécuritaires avant opération, mais ne devait rien nous apprendre de nouveau, sinon que j’allais pouvoir mettre un visage sur la personne entre les mains de laquelle,  je remettais mon destin.

Une fois n’est pas coutume, le soleil nous accompagnait sur le trajet qui nous conduisait  aux CHD.

Cachée derrière ses lunettes de soleil, la jeune brunette qui me servait de chauffeur, était du genre loquace. Elle portait grand intérêt à tout ce que je lui disais, et alimentait sans arrêt la conversation, par de très nombreuses questions auxquelles j’avais plaisir à répondre. Il faut dire que nous avions des points communs, son compagnon était pompier, et sa maman souffrait d’un cancer du poumon, j’avais un fils pompier, et j’étais moi-même atteint d’un cancer. 

Je gardais en mémoire les informations fournis par  cette hôtesse  à la limite de l’antipathie,  qui nous avait accueillis la dernière fois, et je savais donc que je pouvais me rendre directement au bureau des consultations externes, qui se chargerait d’enregistrer mon arrivée au sein du service.

Dans le grand hall de l’entrée principale du CHD, les deux ascenseurs étaient pris d’assaut, et le nombre de personnes à attendre qu’ils redescendent, était également impressionnant. Mon accompagnatrice connaissant les lieux, me proposa de passer par un autre chemin. C’était la quatrième fois que je mettais les pieds dans cet établissement hospitalier, mais je n’arrivais toujours pas à me repérer, et je me laissais guider sans comprendre réellement par où nous étions en train de passer. Pourtant en moins de temps qu’il faut pour le dire, nous atteignîmes une autre série d’ascenseurs nettement moins encombrés ceux-là.

Parvenus au troisième étage, il nous fallait gagner l’aile nord, ce que nous fîmes assez rapidement. Ceux qui avaient eu la patience d’attendre sortaient des ascenseurs directement en face du bureau d’accueil des deux secrétaires du service, nous étions arrivés par un autre chemin, mais le résultat était le même. 

Il n’y avait pas de distributeur de tickets, aussi fallait-il être vigilant pour ne pas se faire voler son tour. Deux chaises étaient mises à dispositions des gens, ce qui était peu au regard des quatre personnes âgées, et des autres malades présents, pour lesquels la position  debout prolongée était pénible. Je ne comprenais pas cette affluence, à moins que les patients aient été convoqués tous à la même heure, ce qui me paraissait un peu ridicule. Personne ne se plaignait, mais tout le monde devait n’en penser pas moins.  Un homme qui venait de faire son apparition par l’ouverture des portes de l’ascenseur, exprima tout haut ce que les autres pensaient tout bas. 

« Pas de ticket de file d’attente, et pas de chaises pour s’asseoir,  c’est la dèche. En tout cas moi j’ai mal au dos, ça ne va pas le faire. »  Il exprimait sa colère devant des secrétaires qui feignirent de ne pas l’entendre. IL s’introduisit dans leur bureau, et ramena une chaise devant les guichets, sans que personne n’ose lui faire la moindre remarque.

J’avais réussi à me procurer un siège, et j’attendais de pied ferme quelqu’un qui se serait avisé de me faire une remarque, mais il n’en fut rien.

La femme en face de moi avait coché mon nom sur sa liste ‘’d’invités’’, puis en me rendant ma carte vitale, elle m’indiqua de suivre le couloir sur ma droite pour rejoindre la rotonde où les gens s’assoyaient sur des banquettes en périmètre de cercle ou autour d’un énorme poteau cylindrique formant l’axe central.

L’ambulancière m’avait provisoirement quitté pour prendre connaissance des instructions de son patron.

« Si je ne suis pas présent à votre retour c’est que je serais chez l’anesthésiste, sinon je ne bouge pas de là. »

« OK » M’avait-elle dit. 

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Gaspillage de temps, ou d’argent

 

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En fait ce qui clochait s’était toujours et encore la manière dont les bons de transports étaient remplis, et l’ambulancier devait batailler ferme pour obtenir un document rédigé dans les règles de l’art. Pas facile d’importuner le chirurgien qui n’était pas un administratif et qui donc avait mal fait le boulot. Impossible non plus de demander à la secrétaire de prendre la responsabilité de signer à la place de son boss. Toutes les conditions étaient réunies pour énerver un maximum de gens, ces messieurs de la sécurité sociale étaient fortiches  pour provoquer ce genre de situation. Au bout du compte nous avions passé plus de temps à démêler les embrouilles avec la secrétaire, qu’en entretien avec le professeur G, qui était d’ailleurs venu nous confirmer l’échographie pour le matin de l’intervention, avant de prendre ensuite congé de nous.    

Pour autant, la visite n’était pas terminée, car une collègue de la secrétaire assistante nous invita à nous rendre dans un autre bureau. Une infirmière nous y attendait, afin de me donner les dernières consignes, et pour s’informer sur mes différents antécédents médicaux, ainsi que sur mes éventuelles allergies à certains produits, tout ceci afin de boucler définitivement mon dossier. Restait à Chantal à prendre la décision de m’accompagner ou non à la date de l’intervention, car le chirurgien l’avait prévenue, la journée risquerait d’être longue et ennuyeuse pour elle.    

Pour ne pas avoir lu consciencieusement la lettre de convocation, nous nous étions fortement compliqués la vie, car maintenant que la voiture était garée au bon endroit, nous n’avions qu’un couloir et un petit hall d’entrée à traverser, pour rejoindre le parking situé effectivement à l’opposé de notre lieu d’arrivée. 

La traversée de Nantes n’était pas plus problématique qu’à l’aller. Olivier continuait d’aligner les phrases les unes à la suite des autres, et lorsqu’il se taisait, il toussait.

« Vous voyez bien monsieur Gautier, quand je ne parle pas, je tousse. »

Cette amusante remarque nous fit tous sourire, mais cette fois la quinte semblait beaucoup plus importante, elle nous empêcha de discourir un bon moment, ce qui me donna l’occasion de regarder la ville à travers la vitre de la portière, comme un cinéaste dans un travelling

Habituellement très encombré l’itinéraire qui nous ramenait vers le périphérique fut parcouru en un temps record, nous pouvions espérer rentrer à la maison bien avant l’heure du déjeuner. 

Ce vendredi 10 mai correspondait également au jour que m’avait indiqué l’oncologue pour stopper cette fois définitivement le traitement au Sutent. Comme le coup précédent, il faut bien le dire, je ne me sentais pas rassurer d’abandonner ce qui m’avait maintenu en vie jusqu’à présent. Ma décision n’était pas sans risque, je ne le savais que trop bien, et je n’arrivais malheureusement pas à m’ôter cette obsession de la tête. Il faut parfois se faire violence, mais il faut aussi beaucoup de volonté et de caractère, pour que le moteur n’ait pas des ratés, et dans ce domaine là j’avais encore beaucoup à apprendre.

Je voulais bien croire qu’il n’était pas facile de coordonner les rendez-vous chez différents médecins, mais pour ceux exerçant au sein  même de son établissement le CHD aurait pu faire des efforts, les dépenses publiques y auraient eu tout à gagner.

Les années fastes de la période dite des trente glorieuses, où l’argent coulait à flot était terminée, nous étions désormais condamnés à la rigueur, que ça nous plaise ou non.

Y avait-il une prise de conscience collective ? Peut-être assistions nous à quelques débuts d’interrogations chez les plus raisonnables, mais la plupart des gens n’étaient pas encore convaincus que l’état providence pouvait connaître un jour une situation de cessation de paiement, aussi les économies n’étaient pas à la hauteur des importants enjeux pour l’avenir. C’est ainsi qu’après avoir effectué pas loin de 140 km aller retour, pour un entretien avec le professeur G, qui n’avait duré guère plus d’un quart d’heure, il fallait réitérer l’opération en ce mardi 14 mai, afin de rencontrer cette fois l’anesthésiste, pour un échange d’informations qui ne durerait pas plus longtemps. 

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