Tentatives de réconfort

 

Tentatives de réconfort  dans Cancer du rein douleur-a-lepaule

Les deux nuits suivantes n’avaient pas été très folichonnes, la douleur était bien présente, et violemment réactive au moindre faux mouvement. Dans la journée je concentrais mon esprit sur les gestes à éviter pour ne pas provoquer la colère de mon épaule. Le chirurgien m’avait dit que le temps serait mon allié, et il est vrai que globalement l’épreuve devenait au fil du jour de plus en plus supportable. L’infirmière à domicile ne constatait pas d’anomalie, aussi après cette période d’immobilisation forcée, je repris mes escapades en forêts, bien que conduire mon véhicule pour me rendre en ces lieux, ne soit pas de la plus grande prudence.

Chacun sait que pendant une période de guerre, les trêves sont peu nombreuses, et le plus souvent de courtes durées, aussi le mercredi 29 mai, il fallut de nouveau se mobiliser pour espérer peut-être un jour mériter la victoire.

Le CHD nous recevait cette fois non pas par la barrière centrale qui dirigeait les véhicules vers l’entrée principale, mais par celle qui leur donnait  accès vers la partie gauche de l’établissement. Là encore il fallut garer l’ambulance à l’arrache, mais notre conductrice ne semblait pas déstabilisée par l’énorme désordre qui régnait sur un parking occupé bien au-delà de la saturation. La porte vitrée automatique s’ouvrait directement en face des deux hôtesses d’accueil chargées de l’admission des patients. La fille d’attente n’était pas très importante, mais je laissai le soin à Chantal et à l’ambulancière qui ne nous avait pas encore quittés, de faire les démarches administratives à ma place, en préférant plutôt m’asseoir  à l’écart.

Il fallait patienter au même endroit avant d’être reçu par le praticien, et j’avais l’intuition que je serais son prochain patient. Nous avions passé l’heure de mon rendez-vous mais il n’y avait rien de bien dramatique.

Le professeur D que j’avais clairement identifié pénétra dans son bureau. En fait je devais être le premier patient de la journée. Avant de fermer la porte derrière lui, il me fit signe qu’il serait bientôt à moi, le temps de se remette en mémoire mon dossier. Entre temps notre accompagnatrice nous annonça qu’elle devait partir, et que l’une de ses collègues viendrait nous chercher le plus vite possible. Chantal s’était également absentée pour rejoindre l’hôpital de jour, à cause de problèmes administratifs à régler, consécutifs à mon intervention chirurgicale du 21 mai. J’étais un peu nerveux, car cet entretien était de grande importance pour moi, j’avais besoin d’explications, car je naviguais un peu dans le brouillard depuis les différents incidents qui avaient émaillé mon parcours entre décembre 2012 et avril 2013, ce manque de total de communication entre médecin et médecin, mais aussi entre médecin et malade, me restait encore à travers la gorge.

Chantal était de retour, et nous attendions depuis environ dix minutes, lorsque le professeur nous invita à le rejoindre. Deux grands écrans informatiques posés sur un plan de travail perpendiculaire à son bureau, ainsi que trois chaises nous attendaient. Le professeur se plaça entre nous deux, et nous fûmes donc invités à nous asseoir Chantal et moi, chacun devant notre écran, qui affichait l’image de la partie de mon thorax où  apparaissait  l’objet de toute notre attention.  L’homme en imposait par sa prestance, et par sa facilité d’élocution. Je sentais qu’il était passionné de travailler dans ce domaine appartenant aux techniques de pointe de la chirurgie. Passion un peu trop débordante, car il semblait ignorer qu’il était en présence des principaux intéressés, le malade et sa compagne, deux êtres humains à part entière, capables d’éprouver des sentiments, la peur étant probablement celui majoritairement ressenti à ce moment de la discussion.

« Sous anesthésie générale et après un long et minutieux repérage sous scanner, avec simulation du trajet, les aiguilles seront enfoncées doucement à travers la peau. » Il joignit le geste à la parole en prenant les aiguilles qu’il conservait pour ses démonstrations, en les appliquant devant l’image informatique, afin que nous pussions mieux comprendre ses explications.

«  Elles vont être placées au cœur de la tumeur. Et là, une série de cycles de refroidissements extrêmes suivis de réchauffement grâce à l’hélium cette fois, va amener progressivement les cellules cancéreuses vers leur destruction. »

Il continua à nous verser un flot de paroles plus ou moins compréhensibles pour des novices comme nous, mais finit tout de même par entreprendre de nous rassurer en me promettant que tout ce passerait bien. Je me sentais vraiment petit, timide comme un enfant devant son maître d’école, et toutes ces questions que je m’étais promis de lui poser, s’étaient  petit à petit effacées de mes pensées. Je sortis de son bureau avec la certitude que l’épisode ombrageux des biopsies ratées, puis recommencées, resterait définitivement pour moi un mystère.

Nous sortîmes de son bureau éberlués par tant d’assurance, comme dit l’expression populaire, il nous en avait mis plein la vue, mais ses tentatives de réconfort ne nous avaient pas totalement convaincus.

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