Tout vient à point nommé, à qui sait attendre

 

Tout vient à point nommé, à qui sait attendre dans Cancer du rein tout-vient-a-point

Ma montre gousset que je tenais à proximité de moi indiquait qu’il était quatre heures, les ronflements de mon voisin avaient fini pas s’estomper, et l’orage perdurait mais de façon plus discrète. J’essayais de me détendre un maximum pour ne pas descendre au bloc opératoire complètement épuisé, mais le contexte ne m’aidait guère à m’évader par l’esprit. Pourtant cultiver ma patience, trouver le moyen de réguler mes émotions négatives, je connaissais déjà l’exercice pour avoir déjà eu bien des occasions de m’y confronter.

Le temps me paraissait bien long, il finit tout de même par passer, et n’y tenant plus, je pris l’initiative de me rendre à la douche avant même que l’on m’en donne la consigne. Cette fois j’y allais mollo, et me frictionner à la Bétadine ne fut que pure convenance, j’étais beaucoup trop crispé, pour ne pas grimacer au moindre geste.

Paré de ma blouse de patient, je regagnai mon lit en prenant bien soin de ne pas malmener mon cou. J’approchais du but, et je savais que le plus dur de l’attente était derrière moi.    

« Bonjour messieurs, c’est l’heure de surveiller vos constantes. »

Peu à peu le centre hospitalier se métamorphosait de cette longue nuit d’impatience, et je n’étais pas mécontent de renouer avec ‘’la vie’’.

Personne ne s’occupait de savoir si j’avais bien été me désinfecter, et d’ailleurs personne ne savait non plus à quelle heure j’allais descendre au bloc, je savais simplement qu’un jour ou l’autre cette énième épreuve serait derrière moi. 

Tout vient à point nommé à qui sait attendre, c’est la devise que j’aurais pu m’appliquer au cours de ces dernières heures, car le brancardier vint enfin frapper à ma porte, le moment de rejoindre l’équipe du professeur D avait sonné.

En fait l’homme m’avait laissé dans le vestibule d’entrée, mais le patient précédent n’était pas encore sorti de la salle du scanner, car la lumière était encore rouge. Il fallait donc gérer encore un petit moment ma solitude, ainsi que mon stress qui ne cessait pas de me harceler. Ma vessie avait besoin d’être soulagée, ce qui me causait un embarras supplémentaire, il fallait que j’intercepte la première personne venue pour qu’elle me vienne en aide.

La première personne venue fut une aide soignante, ce qui facilita ma démarche, je ne pus m’empêcher cependant de me confondre en excuses pour l’avoir dérangée.

Cette fois la porte s’était ouverte, la lumière s’était éteinte et deux personnes roulèrent le lit du malade pour le placer parallèlement à moi, avant de nous séparer par un paravent.

« Bonjour monsieur, vous êtes bien monsieur Gautier ? »

« Oui ! »

« Je pense que vous êtes à jeun ? »

« Absolument ! »

« Avez-vous des allergies connues ? »

« Non ! »

« Rappelez moi votre date de naissance et votre adresse ? »  

Ces précautions étant prises, il se présenta comme étant l’assistant de l’anesthésiste.

« Votre canule a été placée quand ? »

« Hier soir par l’infirmière de service. »

« Ok ça marche, je vais pouvoir poser ma perfusion. »

Je ne manquai pas tout en observant son travail, de lui signaler mes problèmes de cou, et surtout j’insistai sur la souffrance que j’avais dû endurer une partie de la nuit. Il me promit qu’ils allaient prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas aggraver la situation. Je savais bien que c’était de la foutaise, car une fois endormi, ils feraient bien ce qu’ils voudraient de moi.

Il fallut se morfondre encore un long moment avant que la pièce ne soit prête pour m’accueillir.

Il y avait dans la salle de scanner pas mal de monde, mais surtout  beaucoup de matériel encombrant, un électro cardiogramme, un moniteur de pression artérielle, un moniteur de fréquence respiratoire, un saturomètre et bien d’autres choses encore.

« Bonjour monsieur je suis l’anesthésiste. » Une fois de plus ce n’était pas celui qui m’avait reçu quelques jours plus tôt, qui allait s’occuper de moi.

Son assistant me plaça un masque à oxygène sous le nez, il me donna encore une ou deux explications que je ne saisis pas pleinement, puis mon esprit s’envola dans un autre monde. J’avais quand même eu le temps de reconnaître avant mon grand voyage, l’équipe du professeur D.

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Nuit d’orage

 

Nuit d'orage  dans Cancer du rein nuit-dorage

Par expérience je savais qu’une entrée à 15 heures me réservait bien des moments d’attentes et d’ennuis, aussi comme à toutes les fois,  j’avais prévu livre, MP3, et mots fléchés. Mon voisin de chambre était beaucoup plus en forme que ses deux prédécesseurs, j’avais compris que son départ était fixé pour le lendemain matin. Il ne tenait pas en place, et comme c’était un fumeur il descendait régulièrement dans le hall d’entrée pour assouvir son addiction.

Je n’étais pas serein, loin s’en faut, une certaine forme de lassitude s’était installée en moi, et j’avais surtout l’envie de m’enfuir loin de cet univers, à défaut d’être capable de me raisonner. Pourquoi fallait-il que tout cela arrive à moi, et comment trouver la force de résister à l’angoisse qui trouvait matière à se renforcer au fur et à mesure que les heures passaient. Je m’accrochais à mes mots fléchés pour m’occuper l’esprit, mais je n’avais nul désir de prendre des notes dans mon carnet de bord afin de mémoriser mon état d’esprit du moment pour le retranscrire plus tard, en guise de témoignage. Loin des miens au beau milieu de ma solitude intérieure, j’avais bien du mal à ne pas sombrer, et ce n’était pas mon voisin qui m’aidait à rompre la monotonie des lieux, car il fallait lui arracher les mots de la bouche, je compris d’ailleurs très vite qu’il ne fallait pas insister, et je m’employai très vite à chercher du réconfort autrement. 

Rien de ce que je pus vivre durant cette fin de journée ne différa des autres séjours. Visite de médecin, prise de sang, pose de cathéter, conseils en tout genre, et repas du soir furent les ‘’ingrédients‘’  principaux de mon emploi du temps.  

Je redoutais le moment du coucher et de ses tourments nocturnes, car jusqu’à présent je n’avais guère trouvé en ce lieu un sommeil réparateur, je voulais espérer que cette fois serait l’exception. De toute façon il fallait bien à un moment donné prendre la décision qui s’imposait à moi, arpenter le couloir jusqu’à la salle de douche, pour revenir ensuite affronter la solitude de la nuit.

Une aide soignante avait bien préparé mon arrivée, serviettes, gant, flacon de Bétadine n’attendaient plus que moi. Comme je l’ai toujours dit, notre destin est programmé, et le mien à ce moment précis prévoyait que mon séjour allait profondément se compliquer. Il ne fallut que quelques secondes, pour que ce dérapage accidentel dans le bac à douche ne se transforme en cauchemar. Certes je n’étais pas tombé, mais en voulant me rattraper un peu n’importe comment, mon cou qui avait déjà subi le traumatisme déjà relaté dans ce récit, encaissa très mal ce nouvel incident, et la contracture musculaire se raviva intensément, en même temps qu’elle me fit grimacer et  crier de douleur.   

Je n’avais certainement pas besoin de ça, mais je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, car j’étais totalement tétanisé par la souffrance, et ma situation très inconfortable me faisait oublier les raisons pour laquelle j’étais ici. Il fallait parer à l’urgence en prévenant l’infirmière de mon infortune.

« Vous avez de la chance qu’il ne soit pas encore minuit car je ne pourrais rien vous donner. Je vais aller vous chercher un antalgique et je vais demander à l’aide soignante de vous préparer une bouillote chaude pour mettre autour de votre cou. »

J’avais trouvé une position sur le dos à peu près convenable, mais j’étais condamné à ne pas bouger de la nuit. La chaleur que me prodiguait le collier cervical, passé au four à micro-onde m’apaisait un peu, mais pour l’endormissement, ce n’était pas gagné d’avance.

Notre volet n’avait pas été baissé, et je n’avais pas le courage de faire le moindre mouvement pour avertir que l’on vienne faire le nécessaire, aussi j’apercevais au loin les réverbérations des lumières de la ville, mais aussi les éclairs d’un orage qui s’approchait de nous. Les yeux fermés j’attendais de pouvoir bénéficier des effets de l’antalgique, mais il faudrait ensuite me calmer suffisamment pour m’attirer les faveurs de Morphée. Les grondements du tonnerre se faisaient plus distinctement et je ne résistai pas à l’envie de regarder le ciel s’embraser. Je refermai de nouveaux les yeux, puis ce fut une pluie diluvienne qui s’abattît sur l’agglomération nantaise. J’ai toujours aimé le bruit de la pluie, le son des gouttes d’eau qui s’écrasent sur le sol, ou sur le toit d’une maison m’apaise, et je ne sais pas très bien pourquoi. Aussi cette météo capricieuse était la bienvenue car elle modérait quelque peu mes tensions exacerbées depuis l’incident de la douche.

Drôle d’heure pour le repos du malade, mais j’avais compris fort de mes expériences précédentes, qu’au CHD, la vérification des constantes se faisaient à minuit. L’orage s’était un peu calmé, mais je ne dormais toujours pas. Cette intrusion du personnel médical, me fit néanmoins bénéficier d’une nouvelle attention pour soulager par la chaleur,  mon cou toujours autant endolori.

« Il ne faudra pas hésiter à nous appeler autant de fois que vous en aurez besoin, nous sommes de garde justement dans le but de satisfaire les malades. Sur une échelle de un à dix, vous situez votre souffrance à combien ? »

Je prononçai le chiffre sept, je ne mentais pas à mon interlocutrice. 

Mon voisin de chambre à l’image de ce que j’avais déjà connu l’après-midi ne réagissait guère à l’agitation qui régnait dans la chambre. Il prêta son bras sans mot dire pour un prélèvement sanguin, puis referma les yeux comme si rien ne s’était passé. Avait-il réussi à dormir, je ne saurais le dire, mais pour l’instant c’était plutôt moi qui dérangeais sa tranquillité

L’orage qui s’était un peu calmé, se réactiva. Mon compagnon d’infortune, qui ne s’était toujours pas manifesté, se mit à ronfler, gâchant la tonalité harmonieuse de la pluie qui tombait certes beaucoup moins forte, mais de manière continue. Maintenant j’en étais convaincu, il fallait que je fasse une croix sur une quelconque possibilité de sommeil.     

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Quatrième séjour au CHD

 

Quatrième séjour au CHD dans Cancer du rein anesthesie-generale

« J’ai bien l’impression que nous avons fait un tour perdu, car avec une phlébite, l’anesthésie et la cryoablation ne seront pas possibles ! »

L’homme qui continuait à lire le rapport de son collègue, me répondit du tac au tac.

« L’angiologue fait son boulot, moi je fais le mien. » Sans doute pensait-il que je tenais cette évidence, de la bouche du docteur F, alors qu’il s’agissait bien mon opinion personnelle que j’exprimais là.

Il saisit sur la table une enveloppe qui contenait un certain nombre de documents me concernant, en élimina d’autres qui n’avaient rien à voir avec moi. Un imbroglio administratif qui n’avait rien de bien rassurant, et qui écornait la bonne image de marque de l’établissement. Il tapota sur son écran pour faire apparaitre mon dossier, et me posa ensuite quelques questions complémentaires au formulaire que j’avais au préalablement rempli, pour compléter informatiquement  les renseignements à mon sujet.

Chantal se tenait à côté de moi sans mot dire, nos regards se croisèrent brièvement, se pourrait-il qu’un ‘’miracle’ ait lieu.  

« Il est vrai que dans l’état actuelle des choses, vous opérer, avec de l’Arixtra comme anticoagulants, serait mission impossible, je vais donc vous prescrire un autre traitement que vous débuterez quelques jours avant l’intervention. »  

Le nouveau traitement était du Lovenox 4000 que je devais pendre en raison de deux piqures par jour. La  surprise était très bonne et mon état d’esprit était trop chamboulé, pour que les explications que me donnait le médecin, ne soient pas confuses dans mon esprit. Heureusement Chantal était là pour veiller au grain. 

Mon interlocuteur avait suffisamment d’éléments en sa possession, et n’avait donc nul besoin de prolonger notre entrevu,  il prit donc congé de nous. 

Comme il n’avait envisagé de faire ni prise de sang, ni électrocardiogramme, nous n’avions rien d’autre à faire que de rejoindre l’ambulancière, afin de rentrer chez nous.

Le retour fut pour notre conductrice,  l’occasion d’animer une fois de plus  une conversation en tout genre, à telle point que lors de notre arrivée, Chantal sortit du véhicule la tête un peu farcie par trop de blabla.

Malgré tout, et contre toute attente, nous avions obtenu de ce rendez-vous l’essentiel, mon hospitalisation du 16 juin était maintenue, et ce verdict valait pour moi tout l’or du monde.

Comme chez moi rien n’est simple, je ressentais depuis quelques temps une légère douleur au niveau du cou, côté gauche, douleur sûrement due à un petit coup de froid, attrapé quelques jours plus tôt, en roulant imprudemment  avec les vitres ouvertes de ma voiture.

Nous avions eu à cœur d’organiser une petite réunion de famille l’occasion de l’anniversaire de mon fils cadet, et cette petite fête avait lieu  le lendemain de cette escapade à Nantes,   Pour une fois le printemps jouait le rôle que la nature lui avait théoriquement attribué, il faisait beau et notre projet de faire des grillades n’était donc pas mis en cause.

L’arrivée de mes petits enfants pour l’évènement marqua le début de mes nouveaux ennuis, plus précisément lorsqu’il me prit l’idée de soulever le plus jeune d’entre eux pour l’embrasser. L’effort physique provoqua le claquement d’un nerf, d’un muscle ou de son tendon, je n’étais pas capable de le déterminer. Ce que je déterminais fort bien en revanche c’était la localisation du mal, à l’endroit même où il s’était déjà manifesté la semaine précédente, et cette fois je savais que les conséquences ne seraient pas les mêmes, car je restais bloqué avec en prime une souffrance démultipliée. Je voulais croire à un torticolis qui passerait au bout d’un peu de patience, et il est vrai qu’avec une minerve qui n’était pourtant pas à ma taille, et quelques cachets de Doliprane,  j’avais pu rétablir la situation sans toutefois me débarrasser définitivement d’une gêne qui perdurait au fur et à mesure que se précisait mon hospitalisation.  

Mon départ pour le CHD  eut lieu le jour de la fête des pères, et en ce beau soleil orageux de dimanche, il n’y avait pas grand monde sur la nationale, la rentrée massive des automobilistes n’étant prévisible que tard dans la soirée. Mon ambulancière de garde ce week-end, était pressée de faire l’aller et retour pour rentrer auprès de sa famille, nous trouvâmes cependant de quoi entretenir la conversation, et elle me fut ensuite de précieux secours pour effectuer mon admission, tandis que je m’installais dans la chambre 523, pour un quatrième séjour dans cet établissement.

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Nouvelles entraves

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La maladie m’assénait un rude coup au moral, car ce qui me sauvait de bien des périls jusqu’à ce jour, c’était le fait que mon autonomie n’avait pas été encore trop menacée. Je savais que le malin était le plus fort, mais j’avais eu jusque là, suffisamment de forces physiques pour aider mon mental à remporter bien des parties contre ce malin, et lui résister autant que je pouvais, me procurait beaucoup de satisfaction, en me donnant la sensation de ne pas être totalement soumis à son emprise.

Cette fois je ne gagnais pas la manche, un palier venait d’être franchi, et j’espérais de tout cœur que cette vilaine phlébite n’allait pas avoir de répercussions à long terme, sur mon état de santé, l’idée même du contraire me faisait frissonner.

L’autre sujet d’inquiétude, c’était cette nouvelle stratégie de combat que nous avions minutieusement programmée, risquant d’être mise à mal par ce grain de sable qui venait brusquement de se nicher dans les rouages de la machine. Pour moi ça ne faisait pas de doute, l’anesthésiste allait déprogrammer la cryoablation de ma tumeur prévue pour le 17 juin.

En attendant je recevais tous les matins la visite de l’infirmière qui venait s’occuper de mon pansement à l’épaule, et finissait par me piquer le ventre tantôt à droite, tantôt à gauche pour éviter d’éventuelles ecchymoses.

Le mauvais temps n’aidait guère à m’éclaircir les idées, et j’avais eu la curiosité malsaine de regarder sur internet les facteurs favorisants l’apparition d’une phlébite, les explications ne m’avaient pas rassuré. Et puis je n’étais plus traité sous Sutent, autant dire que j’avais l’impression d’être assis sur une bombe atomique, prête à exploser.

Les conséquences de ce passage éclair au centre hospitalier , exercèrent donc les jours suivants,  une influence plutôt négative sur mon état d’esprit. Je ne voyais pas vraiment de quoi mon avenir proche allait être fait. A cette époque de l’année où chacun rêvait de vacances et de grand air, je pataugeais en entraînant ma famille avec moi dans la mélasse d’un parcours médical qui n’apportait pas autres choses qu’une grande source de stress et d’épuisement. Je n’avais pas les ressources nécessaires pour m’échapper de ces sentiments d’enfermement progressif et inéluctable, que provoquait en moi la perspective de moins en moins probable d’apercevoir enfin la lumière au bout du tunnel.

Le 5 juin l’ambulancière qui m’avait accompagné,   lors de mon transfert de l’hôpital à la clinique eut la charge de me transporter de nouveau, cette fois ci de mon domicile vers le CHD, où m’attendait le docteur R D anesthésiste, pour l’entretien préopératoire de l’intervention prévu 12 jours plus tard. Nul doute dans mon esprit,  le programme concocté par les différents protagonistes allait subir un chamboulement important et largement imprévisible compte-tenu de la lettre du docteur F qui m’avait diagnostiqué cette vilaine et inopportune phlébite.

Ma conductrice n’avait pas arrêté de jacter durant tout le trajet, et je n’avais pas fait grand-chose pour freiner ce flot continu de paroles, car je voulais apaiser mes craintes d’un rendez-vous peu fructueux.

Je commençais à être habitué à ces difficultés récurrentes que les voitures avaient de se stationner à proximité du centre, mais au bénéfice de ma carte de handicapé, nous réussîmes très vite à trouver une solution. Je connaissais le service des anesthésistes, et nous nous présentâmes donc au même endroit qu’à mon rendez-vous précédent. Il n’y avait pas davantage de sièges que la dernière fois devant les comptoirs des hôtesses d’accueil, mais comme les patients étaient peu nombreux, il ne fut pas difficile de trouver matière à me reposer. 

La salle d’attente en forme de rotonde était également assez peu occupée. Chantal s’installa à côté de moi et notre accompagnatrice s’éloigna un moment pour prendre des instructions téléphoniques auprès de sa hiérarchie.

Plusieurs malades avaient été appelés par différents praticiens, l’un de ces médecins (le docteur D), m’aborda peu après, pour nous inviter à le rejoindre dans son bureau. Il me serra la main, puis nous prîmes place en face de lui. Chantal lui tendit le courrier de l’angiologue qui lui était destiné avant même que nous commencions l’entretien. Je ne pus m’empêcher d’apporter mon commentaire.

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Phlébite et la suite

 

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Il demanda à sa collègue d’aller chercher les membres de ma famille qui attendaient dans la salle  réservée à cet effet, et leur répéta devant moi ce que je venais d’entendre, aussi je me retrouvai rapidement tout seul.

Finalement tout se déroulait à un rythme régulier, sans doute parce que l’équipe en place n’était pas débordée par l’arrivée de nouveaux patients.

Le service des urgences tenait à la disposition des malades sous surveillance, huit lits dans un couloir, un peu plus loin de là où j’étais. On me fit remarquer que j’allais passer la nuit dans l’une de ces chambres.

« Bonsoir monsieur Gautier, c’est moi qui vais m’occuper de vous. »

Avec l’aide de l’une de ses collègues, nous fîmes le trajet qui me conduisit dans mon lieu de résidence, et elles m’aidèrent ensuite à basculer de mon brancard à mon lit.

Une fois installé, on m’apporta eau et urinal, on m’indiqua la lumière et la commande du lit, avant de me souhaiter bon sommeil.

Morphée me faisait des infidélités depuis longtemps, et placer dans ce contexte, certainement qu’il serait envers moi encore moins conciliant. J’avais l’avantage d’être seul, mais l’inconvénient de devoir supporter une veilleuse à proximité de mon lit, ce qui me privait d’une obscurité propice à l’endormissement.

Privé d’un moyen quelconque de connaître l’heure, je n’avais donc aucune notion du temps. A travers le store vénitien de ma fenêtre vitrée qui donnait sur un couloir éclairé au néon, mais désespérément vide, je n’apercevais qu’une petite table roulante provisoirement délaissée par son utilisatrice. J’avais été averti qu’en cas d’appel de ma part, l’attente risquait d’être un peu plus longue, car les deux patients présents dans cette unité (j’étais l’un d’entre eux), ne justifiaient pas la présence immédiate d’une infirmière à leur chevet. 

Chacun sait à quel point le malade éprouve de la difficulté à gérer sa solitude la nuit, j’en n’étais pas à me première expérience, mais j’estimais tout de même que mon quota de mise à l’épreuve, était déjà largement dépassé.

Je n’avais pas commencé à dormir, lorsque l’infirmière qui était en charge de moi, pénétra dans la chambre pour me faire cette première piqure d’Arixtra dans le ventre, comme le protocole établi l’avait prévu. J’allais savoir enfin l’heure. Il était minuit, et je n’étais donc pas sur le point d’apercevoir la lumière naturelle du soleil.

A force de résignation, de patience, de fatigue, ou peut-être pour une autre raison, je finis tout de même par m’endormir un peu.

Ce fut la lumière qui filtrait à travers les volets peu hermétiques, des fenêtres extérieures de ma chambre, qui m’indiqua cette fois que le jour était enfin levé. La perspective d’observer très vite le retour d’une certaine activité humaine autour de moi, me remplit de satisfaction. 

L’infirmière de garde vint me rendre une dernière visite, avant de céder sa place à l’équipe de jour, il me restait à peu près   1h 30 à patienter avant de prendre le petit-déjeuner, et j’employai ce temps à redormir un peu.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis un peu matinal, mais c’est le moment de vérifier vos constantes. »

C’était un homme cette fois qui avait mission de s’occuper de moi.

« Je vais prendre les mesures de vos jambes, pour dénicher une paire de bas de contention à votre taille. »

Il joignit le geste à la parole.

«  Qu’est ce vous prenez pour le petit déjeuner, thé, café, chocolat ? »

« Café au lait. »

« Biscottes, pain, beurre, confiture ? »

« Pain beurre et confiture. »

Si on peut parler malgré tout de certains petits moments de plaisir à l’hôpital, celui-ci faisait partie de ceux-là. »

L’estomac suffisamment rempli, je n’avais rien d’autre à faire que d’attendre que l’on vienne s’occuper une nouvelle fois de moi, il fallait cependant que je lutte farouchement contre l’ennui. 

« Monsieur Gautier, je pense que vous allez apprécier de faire un petit brin de toilette. Voici une petite bassine d’eau chaude, et tout le nécessaire pour que vous puissiez vous sentir bien. Je viendrais dans un petit moment vous aider à enfiler vos bas. »

Se laver dans un lit n’était pas un exercice des plus pratiques, ni des plus efficaces, cependant se débarrasser des impuretés accumulés durant la nuit, m’aidât à retrouver un peu de vigueur.

Affublé de mes bas blancs et de ma chemise d’hôpital, je n’étais pas paré pour participer au concours de l’homme le plus sexy de l’année. Le mal être de l’homme commence par l’image négative qu’il se projette de lui-même, il fallait donc rire de mon look, plutôt que de m’en affliger.    

La matinée s’avançait au rythme des aiguilles du temps. Nous approchions des onze heures, lorsque le médecin de garde pénétra dans la chambre. En fait il ne pouvait pas faire grand-chose pour moi, car il n’y avait aucun angiologue de disponible en ce lieu, pour me passer l’écho-doppler  nécessaire à l’établissement d’un diagnostic viable. 

« J’ai téléphoné à la clinique pour discuter de votre cas. J’ai prévenu une ambulance pour qu’elle vous transfert dans le service du docteur F. C’est lui qui procédera à l’examen de vos jambes, et qui décidera de vous prescrire ou non un traitement. Vous pourrez ensuite rentrer chez vous. »

Pour me rendre aux urgences, j’avais prévu la veille de porter un survêtement, aussi je ne mis pas beaucoup de temps à l’enfiler.

Ce fut la société d’ambulances  à laquelle j’avais habituellement recours, qui vint me chercher. Le transport devait s’effectuer allonger, aussi mon conducteur était secondée par l’une de ses collègues, qui me distrayait aussi bien par sa présence, que par ses bavardages. Le voyage ne fut pas bien long, les deux établissements n’étaient pas séparés de plus d’un kilomètre.

Dans les couloirs du service des consultations, je sentais bien que nous étions un samedi, car peu de monde circulait autour de moi. Je ne pouvais pas pénétrer dans la salle d’attente du praticien, aussi après m’avoir transféré de leur brancard,  vers celui récupéré dans un coin de la polyclinique, les ambulanciers prirent le temps de me placer le long du bureau de la secrétaire, avant de me quitter. Le médecin circula plusieurs fois devant moi sans me jeter le moindre des regards, et pris le temps de passer prioritairement les deux clients prévus sur son agenda de rendez-vous, avant de s’occuper de moi. Ma solitude était réelle, et bien pesante, j’avais la fâcheuse impression d’avoir été largué là, pour être considéré en prime par ceux qui m’accueillaient, comme un trouble fête.  

J’avais compris que la personne qui parlait au bout du fil à la secrétaire, était Chantal qui avait reçu un message depuis l’hôpital pour l’inviter à me rejoindre ici.

« Bon c’est à nous ! »

Le médecin s’abstint de m’appeler par mon nom, et poussa mon brancard avec un visage peu commode, ce qui en disait long sur sa manière de penser. Il descendit mes bas, sans m’adresser davantage la parole, et commença son travail. J’avais déjà eu l’occasion de passer ce type d’examens, je n’étais donc pas surpris par les bruits étranges que produisait la machine. 

« Bon vous avez une phlébite profonde de la cheville jusqu’à la pliure du genou de cette jambe. Heureusement pour vous, la gauche n’est pas touchée. »

Il me donna plusieurs feuilles de papier ouate pour essuyer le gel qu’il avait étalé sur mes deux membres, puis m’invita à remonter mes bas. La plaie de mon épaule gauche n’était pas encore totalement indolore, aussi j’étais malhabile de mon bras, de plus l’homme par son comportement peu avenant, m’avait rendu nerveux, l’exercice fut donc difficile à réaliser. Le résultat fut peu brillant, et très inconfortable.  

Quelqu’un venait de frapper à la porte, il autorisa la personne à entrer, et cette personne n’était autre que Chantal qu’il invita à s’asseoir, avant de se diriger vers son bureau, où il s’installa en nous tournant le dos.

Afféré à écrire ses différents courriers, il nous laissait dans le silence, tandis que Chantal me demandait par un geste de la tête si je connaissais le diagnostic. Je fus incapable de répondre autrement qu’en faisant une moue dépitée. Elle posa donc la question au professionnel.

« Nous avons à faire à une thrombose veineuse profonde de la jambe gauche qui s’étend de la base du mollet jusqu’à hauteur de genou. Il va falloir envisager un traitement de longue haleine,  trois mois au moins, et je vais est également lui prescrire des bas de contention beaucoup plus efficaces que ceux de  l’hôpital. »

« Il n’ont pas le matériel pour effectuer ce genre d’examen dans leurs locaux ? »

Chantal venait d’aborder le point sensible de la discussion.

« Oh si, ils ont du beau matériel ultramoderne, mais personne pour le faire fonctionner. »

Cette phrase confirmait son incontestable mauvaise humeur manifestée au début de ce rendez-vous, mais en présence de Chantal,  la colère semblait vouloir s’atténuer quelque peu.

« Savez-vous précisément à quoi est dû cette phlébite ?  A l’anesthésie générale du 21 mai, aux traitements anticancéreux, à la maladie elle-même, à une faiblesse des défenses immunitaires ? »

« Sans doute un peu de tout ça, et il va falloir rajouter cette nouvelle pathologie à tous vos autres nombreux problèmes, mon pauvre monsieur. »

L’homme versait un tantinet dans la compassion, je n’en croyais pas mes yeux.

« J’ai eu une première piqure à minuit, qui est-ce qui va faire celle d’aujourd’hui ? »

« Moi monsieur. »

Il joignit le geste à la parole, en fouillant dans sa pharmacie personnelle, il trouva le médicament adéquat, et me fit l’injection sans plus tarder.

« Pour la suite j’ai fait le nécessaire pour qu’une infirmière passe à votre domicile tous les matins. Maintenant vous allez pouvoir marcher un peu et vous asseoir. »

J’étais plutôt soulagé de descendre de mon brancard, pour user enfin de ma liberté, et je prenais plaisir à l’idée de penser que ce nouveau passage en milieu hospitalier prenait fin. 

Il nous restait une dernière chose à accomplir avant de retrouver le foyer familial, se rendre à la pharmacie, dans le but de récupérer mes injections, mais également  pour me procurer les bas qui remplaceraient avantageusement ceux que je portais, et qui me gênaient considérablement.

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