Phlébite et la suite

 

Phlébite et la suite  dans Cancer du rein phlebite-1

Il demanda à sa collègue d’aller chercher les membres de ma famille qui attendaient dans la salle  réservée à cet effet, et leur répéta devant moi ce que je venais d’entendre, aussi je me retrouvai rapidement tout seul.

Finalement tout se déroulait à un rythme régulier, sans doute parce que l’équipe en place n’était pas débordée par l’arrivée de nouveaux patients.

Le service des urgences tenait à la disposition des malades sous surveillance, huit lits dans un couloir, un peu plus loin de là où j’étais. On me fit remarquer que j’allais passer la nuit dans l’une de ces chambres.

« Bonsoir monsieur Gautier, c’est moi qui vais m’occuper de vous. »

Avec l’aide de l’une de ses collègues, nous fîmes le trajet qui me conduisit dans mon lieu de résidence, et elles m’aidèrent ensuite à basculer de mon brancard à mon lit.

Une fois installé, on m’apporta eau et urinal, on m’indiqua la lumière et la commande du lit, avant de me souhaiter bon sommeil.

Morphée me faisait des infidélités depuis longtemps, et placer dans ce contexte, certainement qu’il serait envers moi encore moins conciliant. J’avais l’avantage d’être seul, mais l’inconvénient de devoir supporter une veilleuse à proximité de mon lit, ce qui me privait d’une obscurité propice à l’endormissement.

Privé d’un moyen quelconque de connaître l’heure, je n’avais donc aucune notion du temps. A travers le store vénitien de ma fenêtre vitrée qui donnait sur un couloir éclairé au néon, mais désespérément vide, je n’apercevais qu’une petite table roulante provisoirement délaissée par son utilisatrice. J’avais été averti qu’en cas d’appel de ma part, l’attente risquait d’être un peu plus longue, car les deux patients présents dans cette unité (j’étais l’un d’entre eux), ne justifiaient pas la présence immédiate d’une infirmière à leur chevet. 

Chacun sait à quel point le malade éprouve de la difficulté à gérer sa solitude la nuit, j’en n’étais pas à me première expérience, mais j’estimais tout de même que mon quota de mise à l’épreuve, était déjà largement dépassé.

Je n’avais pas commencé à dormir, lorsque l’infirmière qui était en charge de moi, pénétra dans la chambre pour me faire cette première piqure d’Arixtra dans le ventre, comme le protocole établi l’avait prévu. J’allais savoir enfin l’heure. Il était minuit, et je n’étais donc pas sur le point d’apercevoir la lumière naturelle du soleil.

A force de résignation, de patience, de fatigue, ou peut-être pour une autre raison, je finis tout de même par m’endormir un peu.

Ce fut la lumière qui filtrait à travers les volets peu hermétiques, des fenêtres extérieures de ma chambre, qui m’indiqua cette fois que le jour était enfin levé. La perspective d’observer très vite le retour d’une certaine activité humaine autour de moi, me remplit de satisfaction. 

L’infirmière de garde vint me rendre une dernière visite, avant de céder sa place à l’équipe de jour, il me restait à peu près   1h 30 à patienter avant de prendre le petit-déjeuner, et j’employai ce temps à redormir un peu.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis un peu matinal, mais c’est le moment de vérifier vos constantes. »

C’était un homme cette fois qui avait mission de s’occuper de moi.

« Je vais prendre les mesures de vos jambes, pour dénicher une paire de bas de contention à votre taille. »

Il joignit le geste à la parole.

«  Qu’est ce vous prenez pour le petit déjeuner, thé, café, chocolat ? »

« Café au lait. »

« Biscottes, pain, beurre, confiture ? »

« Pain beurre et confiture. »

Si on peut parler malgré tout de certains petits moments de plaisir à l’hôpital, celui-ci faisait partie de ceux-là. »

L’estomac suffisamment rempli, je n’avais rien d’autre à faire que d’attendre que l’on vienne s’occuper une nouvelle fois de moi, il fallait cependant que je lutte farouchement contre l’ennui. 

« Monsieur Gautier, je pense que vous allez apprécier de faire un petit brin de toilette. Voici une petite bassine d’eau chaude, et tout le nécessaire pour que vous puissiez vous sentir bien. Je viendrais dans un petit moment vous aider à enfiler vos bas. »

Se laver dans un lit n’était pas un exercice des plus pratiques, ni des plus efficaces, cependant se débarrasser des impuretés accumulés durant la nuit, m’aidât à retrouver un peu de vigueur.

Affublé de mes bas blancs et de ma chemise d’hôpital, je n’étais pas paré pour participer au concours de l’homme le plus sexy de l’année. Le mal être de l’homme commence par l’image négative qu’il se projette de lui-même, il fallait donc rire de mon look, plutôt que de m’en affliger.    

La matinée s’avançait au rythme des aiguilles du temps. Nous approchions des onze heures, lorsque le médecin de garde pénétra dans la chambre. En fait il ne pouvait pas faire grand-chose pour moi, car il n’y avait aucun angiologue de disponible en ce lieu, pour me passer l’écho-doppler  nécessaire à l’établissement d’un diagnostic viable. 

« J’ai téléphoné à la clinique pour discuter de votre cas. J’ai prévenu une ambulance pour qu’elle vous transfert dans le service du docteur F. C’est lui qui procédera à l’examen de vos jambes, et qui décidera de vous prescrire ou non un traitement. Vous pourrez ensuite rentrer chez vous. »

Pour me rendre aux urgences, j’avais prévu la veille de porter un survêtement, aussi je ne mis pas beaucoup de temps à l’enfiler.

Ce fut la société d’ambulances  à laquelle j’avais habituellement recours, qui vint me chercher. Le transport devait s’effectuer allonger, aussi mon conducteur était secondée par l’une de ses collègues, qui me distrayait aussi bien par sa présence, que par ses bavardages. Le voyage ne fut pas bien long, les deux établissements n’étaient pas séparés de plus d’un kilomètre.

Dans les couloirs du service des consultations, je sentais bien que nous étions un samedi, car peu de monde circulait autour de moi. Je ne pouvais pas pénétrer dans la salle d’attente du praticien, aussi après m’avoir transféré de leur brancard,  vers celui récupéré dans un coin de la polyclinique, les ambulanciers prirent le temps de me placer le long du bureau de la secrétaire, avant de me quitter. Le médecin circula plusieurs fois devant moi sans me jeter le moindre des regards, et pris le temps de passer prioritairement les deux clients prévus sur son agenda de rendez-vous, avant de s’occuper de moi. Ma solitude était réelle, et bien pesante, j’avais la fâcheuse impression d’avoir été largué là, pour être considéré en prime par ceux qui m’accueillaient, comme un trouble fête.  

J’avais compris que la personne qui parlait au bout du fil à la secrétaire, était Chantal qui avait reçu un message depuis l’hôpital pour l’inviter à me rejoindre ici.

« Bon c’est à nous ! »

Le médecin s’abstint de m’appeler par mon nom, et poussa mon brancard avec un visage peu commode, ce qui en disait long sur sa manière de penser. Il descendit mes bas, sans m’adresser davantage la parole, et commença son travail. J’avais déjà eu l’occasion de passer ce type d’examens, je n’étais donc pas surpris par les bruits étranges que produisait la machine. 

« Bon vous avez une phlébite profonde de la cheville jusqu’à la pliure du genou de cette jambe. Heureusement pour vous, la gauche n’est pas touchée. »

Il me donna plusieurs feuilles de papier ouate pour essuyer le gel qu’il avait étalé sur mes deux membres, puis m’invita à remonter mes bas. La plaie de mon épaule gauche n’était pas encore totalement indolore, aussi j’étais malhabile de mon bras, de plus l’homme par son comportement peu avenant, m’avait rendu nerveux, l’exercice fut donc difficile à réaliser. Le résultat fut peu brillant, et très inconfortable.  

Quelqu’un venait de frapper à la porte, il autorisa la personne à entrer, et cette personne n’était autre que Chantal qu’il invita à s’asseoir, avant de se diriger vers son bureau, où il s’installa en nous tournant le dos.

Afféré à écrire ses différents courriers, il nous laissait dans le silence, tandis que Chantal me demandait par un geste de la tête si je connaissais le diagnostic. Je fus incapable de répondre autrement qu’en faisant une moue dépitée. Elle posa donc la question au professionnel.

« Nous avons à faire à une thrombose veineuse profonde de la jambe gauche qui s’étend de la base du mollet jusqu’à hauteur de genou. Il va falloir envisager un traitement de longue haleine,  trois mois au moins, et je vais est également lui prescrire des bas de contention beaucoup plus efficaces que ceux de  l’hôpital. »

« Il n’ont pas le matériel pour effectuer ce genre d’examen dans leurs locaux ? »

Chantal venait d’aborder le point sensible de la discussion.

« Oh si, ils ont du beau matériel ultramoderne, mais personne pour le faire fonctionner. »

Cette phrase confirmait son incontestable mauvaise humeur manifestée au début de ce rendez-vous, mais en présence de Chantal,  la colère semblait vouloir s’atténuer quelque peu.

« Savez-vous précisément à quoi est dû cette phlébite ?  A l’anesthésie générale du 21 mai, aux traitements anticancéreux, à la maladie elle-même, à une faiblesse des défenses immunitaires ? »

« Sans doute un peu de tout ça, et il va falloir rajouter cette nouvelle pathologie à tous vos autres nombreux problèmes, mon pauvre monsieur. »

L’homme versait un tantinet dans la compassion, je n’en croyais pas mes yeux.

« J’ai eu une première piqure à minuit, qui est-ce qui va faire celle d’aujourd’hui ? »

« Moi monsieur. »

Il joignit le geste à la parole, en fouillant dans sa pharmacie personnelle, il trouva le médicament adéquat, et me fit l’injection sans plus tarder.

« Pour la suite j’ai fait le nécessaire pour qu’une infirmière passe à votre domicile tous les matins. Maintenant vous allez pouvoir marcher un peu et vous asseoir. »

J’étais plutôt soulagé de descendre de mon brancard, pour user enfin de ma liberté, et je prenais plaisir à l’idée de penser que ce nouveau passage en milieu hospitalier prenait fin. 

Il nous restait une dernière chose à accomplir avant de retrouver le foyer familial, se rendre à la pharmacie, dans le but de récupérer mes injections, mais également  pour me procurer les bas qui remplaceraient avantageusement ceux que je portais, et qui me gênaient considérablement.

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