Nuit d’orage

 

Nuit d'orage  dans Cancer du rein nuit-dorage

Par expérience je savais qu’une entrée à 15 heures me réservait bien des moments d’attentes et d’ennuis, aussi comme à toutes les fois,  j’avais prévu livre, MP3, et mots fléchés. Mon voisin de chambre était beaucoup plus en forme que ses deux prédécesseurs, j’avais compris que son départ était fixé pour le lendemain matin. Il ne tenait pas en place, et comme c’était un fumeur il descendait régulièrement dans le hall d’entrée pour assouvir son addiction.

Je n’étais pas serein, loin s’en faut, une certaine forme de lassitude s’était installée en moi, et j’avais surtout l’envie de m’enfuir loin de cet univers, à défaut d’être capable de me raisonner. Pourquoi fallait-il que tout cela arrive à moi, et comment trouver la force de résister à l’angoisse qui trouvait matière à se renforcer au fur et à mesure que les heures passaient. Je m’accrochais à mes mots fléchés pour m’occuper l’esprit, mais je n’avais nul désir de prendre des notes dans mon carnet de bord afin de mémoriser mon état d’esprit du moment pour le retranscrire plus tard, en guise de témoignage. Loin des miens au beau milieu de ma solitude intérieure, j’avais bien du mal à ne pas sombrer, et ce n’était pas mon voisin qui m’aidait à rompre la monotonie des lieux, car il fallait lui arracher les mots de la bouche, je compris d’ailleurs très vite qu’il ne fallait pas insister, et je m’employai très vite à chercher du réconfort autrement. 

Rien de ce que je pus vivre durant cette fin de journée ne différa des autres séjours. Visite de médecin, prise de sang, pose de cathéter, conseils en tout genre, et repas du soir furent les ‘’ingrédients‘’  principaux de mon emploi du temps.  

Je redoutais le moment du coucher et de ses tourments nocturnes, car jusqu’à présent je n’avais guère trouvé en ce lieu un sommeil réparateur, je voulais espérer que cette fois serait l’exception. De toute façon il fallait bien à un moment donné prendre la décision qui s’imposait à moi, arpenter le couloir jusqu’à la salle de douche, pour revenir ensuite affronter la solitude de la nuit.

Une aide soignante avait bien préparé mon arrivée, serviettes, gant, flacon de Bétadine n’attendaient plus que moi. Comme je l’ai toujours dit, notre destin est programmé, et le mien à ce moment précis prévoyait que mon séjour allait profondément se compliquer. Il ne fallut que quelques secondes, pour que ce dérapage accidentel dans le bac à douche ne se transforme en cauchemar. Certes je n’étais pas tombé, mais en voulant me rattraper un peu n’importe comment, mon cou qui avait déjà subi le traumatisme déjà relaté dans ce récit, encaissa très mal ce nouvel incident, et la contracture musculaire se raviva intensément, en même temps qu’elle me fit grimacer et  crier de douleur.   

Je n’avais certainement pas besoin de ça, mais je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, car j’étais totalement tétanisé par la souffrance, et ma situation très inconfortable me faisait oublier les raisons pour laquelle j’étais ici. Il fallait parer à l’urgence en prévenant l’infirmière de mon infortune.

« Vous avez de la chance qu’il ne soit pas encore minuit car je ne pourrais rien vous donner. Je vais aller vous chercher un antalgique et je vais demander à l’aide soignante de vous préparer une bouillote chaude pour mettre autour de votre cou. »

J’avais trouvé une position sur le dos à peu près convenable, mais j’étais condamné à ne pas bouger de la nuit. La chaleur que me prodiguait le collier cervical, passé au four à micro-onde m’apaisait un peu, mais pour l’endormissement, ce n’était pas gagné d’avance.

Notre volet n’avait pas été baissé, et je n’avais pas le courage de faire le moindre mouvement pour avertir que l’on vienne faire le nécessaire, aussi j’apercevais au loin les réverbérations des lumières de la ville, mais aussi les éclairs d’un orage qui s’approchait de nous. Les yeux fermés j’attendais de pouvoir bénéficier des effets de l’antalgique, mais il faudrait ensuite me calmer suffisamment pour m’attirer les faveurs de Morphée. Les grondements du tonnerre se faisaient plus distinctement et je ne résistai pas à l’envie de regarder le ciel s’embraser. Je refermai de nouveaux les yeux, puis ce fut une pluie diluvienne qui s’abattît sur l’agglomération nantaise. J’ai toujours aimé le bruit de la pluie, le son des gouttes d’eau qui s’écrasent sur le sol, ou sur le toit d’une maison m’apaise, et je ne sais pas très bien pourquoi. Aussi cette météo capricieuse était la bienvenue car elle modérait quelque peu mes tensions exacerbées depuis l’incident de la douche.

Drôle d’heure pour le repos du malade, mais j’avais compris fort de mes expériences précédentes, qu’au CHD, la vérification des constantes se faisaient à minuit. L’orage s’était un peu calmé, mais je ne dormais toujours pas. Cette intrusion du personnel médical, me fit néanmoins bénéficier d’une nouvelle attention pour soulager par la chaleur,  mon cou toujours autant endolori.

« Il ne faudra pas hésiter à nous appeler autant de fois que vous en aurez besoin, nous sommes de garde justement dans le but de satisfaire les malades. Sur une échelle de un à dix, vous situez votre souffrance à combien ? »

Je prononçai le chiffre sept, je ne mentais pas à mon interlocutrice. 

Mon voisin de chambre à l’image de ce que j’avais déjà connu l’après-midi ne réagissait guère à l’agitation qui régnait dans la chambre. Il prêta son bras sans mot dire pour un prélèvement sanguin, puis referma les yeux comme si rien ne s’était passé. Avait-il réussi à dormir, je ne saurais le dire, mais pour l’instant c’était plutôt moi qui dérangeais sa tranquillité

L’orage qui s’était un peu calmé, se réactiva. Mon compagnon d’infortune, qui ne s’était toujours pas manifesté, se mit à ronfler, gâchant la tonalité harmonieuse de la pluie qui tombait certes beaucoup moins forte, mais de manière continue. Maintenant j’en étais convaincu, il fallait que je fasse une croix sur une quelconque possibilité de sommeil.     

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