Aïe mon cou

 

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Bien que le changement d’environnement me semblât moralement bénéfique, cela ne signifiait pas pour autant une amélioration de mon état physique. La souffrance était profondément enracinée, et risquait de durer, j’en avais la conviction.

L’après-midi n’avait été ni meilleur, ni pire que la matinée. Je disposais de l’antalgique, que Chantal s’était procurée à la pharmacie, et j’espérais récupérer bientôt une bouillotte cervicale. Deux nuits sans sommeil et pourtant je restais éveillé, dans un état de nervosité exacerbé par la souffrance, qui s’amplifiait par la crispation figée de mon cou. Je subissais également un étrange phénomène associé à une anxiété excessive, dû je l’appris plus tard aux effets secondaires du Tramadol, ce qui ne favorisa pas non plus l’endormissement. 

La journée suivant fut tout aussi éprouvante que celle de la veille, mais la nuit m’accorda quelques heures de sommeil, ce qui n’était pas suffisant pour que je ne sois pas sur le point de péter les plombs. Nous décidâmes de consulter mon généraliste.

Le praticien à cause de problèmes de santé était absent, j’eus donc à faire à sa remplaçante. Je ressortis de son cabinet avec une ordonnance comprenant du Tétrazépam,  un décontractant musculaire, du Voltarène, une pommade anti-inflammatoire, du Doliprane pour remplacer l’antalgique qui m’avait causé bien des soucis, et enfin une prescription de séances de kinésithérapie. J’avais espoir qu’avec cet arsenal, je viendrais à bout de l’épreuve.      

La période estivale ne favorisait pas les prises de rendez-vous, et je ne pouvais pas espérer, bénéficier de précieux massages avant le lundi suivant.

Il fallait donc faire avec, et faire avec ce n’était pas facile à gérer, car la maladie me clouait littéralement sur un siège de tortures. Parfois les larmes agissaient comme une soupape de décompression, parfois c’était par l’agressivité que j’exprimais mon ras-le-bol.

Le lundi tant attendu arriva, la séance de kinésithérapie n’apporta pas de miracle, mais moralement j’étais mieux,  car un professionnel  s’était occupé de moi, dans le but de me soulager. Il fallait attendre de nouveau une semaine avant de renouveler l’opération, je doutais fortement qu’avec un tel espace temps entre les massages, je puisse constater du positif dans mes conditions difficiles de malade. Il fallait néanmoins s’en contenter.  

Comme prévu, le bien-être que j’avais éprouvé s’estompa au fur et à mesure que la semaine s’écoula, et nous prîmes la décision de consulter à nouveau un généraliste. Nous eûmes à faire à une nouvelle remplaçante, mais comme sa consœur du jeudi précédant, elle était dynamique et très loquasse. Elle compléta le Voltarène en pommade, par du Voltarène en comprimés, me renouvela mes antalgiques, me prescrivit enfin et surtout une minerve qui cette fois serait à ma taille, car celle qui me maintenait jusqu’à présent, appartenait à mon fils, enfin elle m’accorda un nouveau délai de trois jours au-delà duquel elle m’établit une seconde ordonnance pour passer le cas échéant,  à la morphine.

Mes journées étaient toutes établies sur le même modèle. D’abord il fallait me lever, et j’appréhendais à chaque fois l’exercice. Les premiers jours qui avaient suivi mon retour de l’hôpital, à cause de mouvements malhabiles,  je me faisais systématiquement très mal, puis au fur et à mesure que j’acquis de l’expérience, je compris comment éviter de m’infliger de nouveaux traumatismes. Il n’en restait pas moins vrai que le poids de ma tête, sur mon cou tendu musculairement, par la position couchée du lit, était un véritable supplice, que j’essayais de calmer par quelques mouvements légers d’assouplissements. Bien que Chantal eût l’idée de surélever mon bol, le petit déjeuner n’était pas non plus très facile à avaler, du fait d’un manque certain de mobilité. Il fallait attendre le passage de l’infirmière qui venait m’injecter l’Arixtra afin de soigner ma phlébite, pour que le bénéfice de la douche et de son jet d’eau bien chaude m’apporte enfin le répit mérité. Un petit moment assis dans mon fauteuil avec une bouillotte sur la nuque, m’aidait également à recouvrer par la chaleur dégagée, un minimum de mobilité de la tête, et donc un soulagement complémentaire.  

Cette trêve était fragile, et il fallait avoir recours rapidement au Doliprane. Lorsque tous les moyens mis à ma disposition étaient épuisés, je n’avais pas d’autres choix que d’attendre la fin de l’intervalle nécessaire, pour entamer l’application d’une nouvelle phase de traitement curatif. D’ici là, j’essayais de supporter tant bien que mal la douleur qui s’était de nouveau réveillée, étalé comme à l’habitude dans mon fauteuil, en faisant le deuil de toutes formes d’activités.

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Corps en souffrance

 

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La matinée s’avançait lentement, mais je n’avais ni la notion du temps, ni le courage de regarder ma montre pour connaître l’heure. L’apparition de l’interne de garde, celui-là même qui m’avait rencontré la veille, me sortit de mon isolement. Il m’ausculta de nouveau, jugeant que j’étais assez en forme pour me laisser partir. Une ordonnance pour me procurer des antalgiques, ainsi qu’un bon de transport seraient à ma disposition très vite. Ne prononçant aucun mot de réconfort, ni d’encouragement,  il me salua et quitta les lieux sans plus attendre. 

J’avais espoir de rentrer chez moi avant l’heure du déjeuner, c’était du moins la promesse de l’infirmière qui venait de m’apporter un nouveau calmant.

« Avez-vous le numéro de téléphone de votre ambulancier ? »

« Oui ici sur la table. »

J’étais effrayé à l’idée de devoir me lever, pour me laver, et m’habiller. En soulevant la tête de mon lit au maximum, j’avais réussi  à me mettre debout, en prenant garde de ne pas faire de faux mouvements. Je rejoignis ainsi le cabinet de toilette, mais je renonçai très vite à me rafraîchir, car j’avais conscience que me vêtir suffirait amplement à épuiser mes faibles ressources physiques. J’étais d’ailleurs à peine installé dans mon fauteuil, que je ressentis un malaise se manifestant pas des sueurs froides et des spasmes nerveux. Je décidai de rejoindre mon lit, et d’y attendre sans bouger, les évènements à venir.

« Comment allez-vous monsieur Gautier ? »

L’infirmière était rentrée, une petite boîte entre les mains, contenant mes médicaments habituels, auxquels elle avait rajouté le Tramadol.

« J’étais assis dans mon fauteuil, mais j’ai dû me recoucher, car je ne me sentais pas bien. » Je lui décrivis les symptômes ressentis,  dans les moindres détails. 

« Le Tramadol peut être à l’origine de ces troubles, mais pas simplement, la douleur qui persiste depuis plus de 24 heures, votre faiblesse après l’anesthésie peuvent également expliquer les malaises. Prenez soin de vous, je viendrais vous voir avant votre départ. »

Très vite on m’informa que mon chauffeur passerait me chercher aux alentours de 11 heures 30, il me restait donc encore beaucoup trop de temps d’attente, pour ne pas mourir d’ennuis.

Ce méchant contretemps qui pourrissait ce nouveau séjour au CHD, était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Force était de constater que cette période difficile débutée en décembre 2012 était sans cesse contrariée par de désagréables incidents. Malgré les résultats positifs du scanner, et une opération de mon épaule qui s’était plutôt bien passée, la solitude et le silence de ma chambre ne m’aidaient pas à établir un bilan global satisfaisant de ces deux nouvelles expériences vécues. Fallait-il avoir des regrets d’une décision que j’avais pourtant mûrement réfléchie !

L’arrivée inespérée de l’ambulancier effaça, tel un coup de chiffon sur le tableau, les idées négatives qui me parcouraient l’esprit. Le CHD avait commandé un transport allongé, aussi  mon chauffeur était-il secondé par un de ses coéquipiers. Bien que les délais entre deux prises de médicaments ne fussent pas tout à fait respectés, l’infirmière préféra me préserver pour le voyage de retour.

Le malaise m’avait immobilisé le reste de la matinée, et je n’avais pas pris le temps de rassembler mes affaires dans mon sac. Mon cerveau était perturbé par le manque de sommeil, et par tout ce que j’avais subi en moins de 48 heures. En présence de mes accompagnateurs, je m’imposai bien inutilement une pression supplémentaire, aussi notre départ fut plus que laborieux.

Parcourir sur un brancard les 70 km qui me séparaient du CHD à mon domicile ne fut pas parmi mes nombreuses expéditions, la plus confortable. J’avais téléphoné à Chantal, qu’elle me prépare un déjeuner léger, car recouvrer l’appétit n’était pas à l’ordre du jour.   

J’étais satisfait de récupérer ma minerve (même si l’interne avait prétendu le contraire), mon fauteuil, et tous mes autres repères, mais j’étais surtout heureux de retrouver l’ambiance familiale, loin de l’anonymat des grands ensembles hospitaliers.

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L’overdose

 

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Je repris conscience au milieu de nulle part, j’entendais simplement un peu plus loin, la voix d’une personne âgée qui semblait complètement délirer.

« Je vais remplacer votre masque par une lunette à oxygène monsieur, ce sera plus confortable pour vous. »

Un homme venait de m’adresser la parole, mais je ne distinguais pas son visage, car mon esprit était encore embué par les effets de l’anesthésie. 

« Vous allez pouvoir regagner votre chambre, l’opération s’est bien passée. »

Je me sentais largement moins en forme que lors de l’intervention de mon épaule. J’étais immobilisé sur le dos, la tête bien appuyée sur mon oreiller, mais je sentais pourtant que du côté de mon cou, le traumatisme ne s’était guère arrangé. Je découvris que ma chambre était vide, mon très discret voisin avait fait sa valise. Très rapidement le brancardier me laissa seul. En fait j’étais complètement dans les vapes, mon cou me faisait souffrir, et à chaque fois que je m’enfonçais dans le sommeil il me semblait que j’étais en train de m’étouffer. Aussi par réflexe, j’ouvrais les yeux et  j’inspirais d’abord violement,  puis par intervalles réguliers et un peu plus doucement, avant de constater que mon rythme respiratoire s’apaisait de nouveau. Je crois que mon extrême fatigue m’interdisait de considérer cette sensation bizarre comme inquiétante. Lorsque l’interne vint me rendre visite pour une consultation postopératoire, je n’eus pas la vivacité de lui en parler. Je privilégiai ce qui primait dans le degré de mes souffrances, mon cou, et j’implorais le praticien de trouver une solution pour me soulager rapidement. Il diagnostiqua une grosse contracture musculaire, en écartant tout autre risque, puis me fit savoir que l’infirmière aurait l’instruction de me donner des antalgiques.    

Une femme de service était rentrée pour me proposer un déjeuner, mais je refusai toute nourriture, je voulais simplement que mon calvaire puisse cesser enfin.

Avec une nuit blanche, une anesthésie générale, pas mal de stress, et la douleur en prime, mon corps avait encaissé bien trop de choses pour ne pas exprimer une overdose de tout ça. Je sentais qu’il réclamait à cœur et à cri la possibilité de sombrer dans un profond sommeil réparateur, et protecteur à la fois, mais des facteurs indépendants de ma volonté l’empêchaient d’accéder à sa requête.

Je n’avais absolument aucune notion du temps, mais lorsque Chantal et ma fille pénétrèrent dans la chambre pour me rendre visite, je compris que nous devions être encore en tout début d’après-midi. J’avais bien du mal à profiter de leur présence, car mes difficultés à respirer, ainsi que la lutte incessante que je fournissais pour ne pas fermer les yeux, occupaient toute mon énergie. Mais il y avait aussi, et surtout cette perpétuelle douleur dans mon cou qui détruisait toute forme de volonté et d’intérêt à prendre part à une quelconque conversation. Je pris l’initiative de faire appel à une infirmière car la promesse de l’interne de me donner un calmant tardait à se concrétiser. Il fallut atteindre encore un moment, et ce fut finalement un infirmier qui apporta le nécessaire pour me soulager. Le médecin avait bien donné la consigne, mais pas oralement, simplement en l’inscrivant sur mon dossier informatique, que personne n’avait consulté depuis lors. Je regrettais donc amèrement de ne pas avoir réclamé plus tôt cette aide tant attendue.

Cette fois l’équipe avait pris conscience de ma détresse, car à tour de rôle les gens venaient à mon chevet pour me demander comment évoluait mes ennuis.

Les membres de ma famille étaient déjà partis, j’espérais simplement qu’ils ne se soient pas trop ennuyés, car parcourir cent quarante kilomètres aller et retour pour ne voir qu’un zombie, sans avoir eu non plus les explications en détail du déroulement de l’opération, avait dû être pour eux, une expérience plutôt décevante.

Comme la veille au soir j’évaluais ma souffrance à 7 sur une échelle de 10, et comme le Doliprane ne remplissait pas tout à fait ses fonctions, l’infirmier décida (sans doute avec le feu vert du médecin),  de passer à une autre molécule, le Tramadol. Le traitement par le chaud, grâce à des bouillotes passées au four à micro-ondes,  fut également renouvelé.

On m’avait prévenu que le lendemain matin je redescendrai à 8 heures pour passer un scanner de contrôle, et je craignais cette nouvelle manipulation de mon cou, aussi bien que le résultat de l’examen. 

J’étais extrêmement agité. Je ne pouvais pas faire autrement que de me positionner sur le dos, aussi avais-je tendance à ronfler dès que je perdais connaissance, ce qui avait pour effet de me réveiller immédiatement, et ce cercle vicieux dura jusqu’au petit matin. En rajoutant à cela les passages fréquents du personnel et des soins qu’il était sensé m’apporter, au bout du compte je comptabilisais un seconde nuit d’hôpital sans sommeil, ni repos.

La manipulatrice en radiologie s’étonna que personne n’ait eu l’idée de me poser un collier cervical. Je n’osai pas lui dire que lors de sa visite, l’interne de service avait jugé que cela n’aurait qu’un effet de placébo, mais mon opinion personnelle penchait plutôt du côté de la manipulatrice.

« Est-ce que vous allez pouvoir faire l’effort de vous transférer de votre lit, à la table d’examen ? »

J’avais redouté ce moment, non pas sans raison, car j’étais tellement tendu, et donc tellement peu habile, qu’à chaque mouvement  j’avais l’impression de sentir mon cou se déchirer.

« Ça va allez monsieur ? »

Je grimaçais de douleur, mais je n’avais pas le choix, je lui répondis donc par l’affirmative.

« L’opération ne va pas être bien longue. Il n’y aura pas d’injection de produit de contraste, vous obéirez aux instructions de la machine, et très vite nous vous libérerons. »

J’avais bien compris qu’il s’agissait de vérifier si la tumeur avait réagi comme il se devait au traitement par cryoablation, et je ne fus donc pas étonné de constater que je ne me déplaçais guère dans l’anneau du scanner, positionné de manière à explorer simplement mon thorax.  

J’attendais à ce que l’on vienne me libérer, lorsque le professeur D apparut devant mes yeux

« Bon il semble que la tumeur ait bien été détruite, nous vérifierons pour confirmation en juillet. »

« Faudra t’il que je sois à jeun ? »

« Non monsieur ! »

Il donna quelques instructions à sa collaboratrice dont je ne compris pas les termes, puis s’adressa de nouveau à moi.

« Avez-vous ressenti une douleur thoracique dans la nuit ? »

« Non ! »

« J’ai perforé légèrement un poumon durant l’intervention, ce qui a provoqué une très petit pneumothorax. Sinon vous allez pouvoir rentrer chez vous. Soyez vigilant dans les jours à venir. Tachez de ne pas trop forcer, et limiter vos déplacements au strict minimum. »

« Oui monsieur, merci ! »

L’homme quitta les lieux, aussi vite qu’il était entré. Il fallu ensuite que je maltraite de nouveau mon cou, pour regagner mon lit, puis très vite mon brancardier me ramena à ma chambre. De nouveau je refusai de prendre un petit déjeuner complet, car je ne me sentais pas capable de m’asseoir pour l’avaler. J’acceptai cependant de prendre une petite compote, considérant que l’effort physique serait déjà assez pénible à réaliser, mais néanmoins possible. Je ne voulais pas rajouter de la souffrance à la souffrance, sauf que je n’avais pratiquement rien mangé depuis la veille au matin, et il fallait bien réagir à cette insuffisance.

Ce fut sans aucun plaisir que j’ingurgitai cette maigre pitance, trop pressé de retrouver la position la mieux adaptée à ma situation du moment.

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