Une idée banale

l'effervescence

 

Le lundi débuta dans l’effervescence, d’abord je reçus la visite de la dame à la valisette, qui venait prélever quelques tubes de mon sang. Puis une manipulatrice entra à son tour avec son appareil mobile pour prendre une radiographie de mes poumons. J’étais allongé, et j’allais le rester, aussi demanda t’elle de l’aide auprès de l’infirmière de garde pour me soulever, afin de placer sa plaque radiologique dans mon dos. Comme j’allais l’apprendre un peu plus tard, cet examen censé vérifier l’emplacement du drain thoracique, allait surtout être utile au pneumologue. Celui-ci redoutait, l’aggravation de mon pneumothorax, et l’inefficacité du drain, le cliché appuierait son raisonnement. 

L’équipe de soins constatait des progrès dans ma quête d’autonomie. L’exercice n’était pas facile à réaliser, car avec tous mes branchements, faire en sorte que je puisse m’asseoir au fauteuil, maximum un quart d’heure, relevait d’un véritable défi.

Une fois recouché il ne fallait plus rien me demander, car j’avais été jusqu’au bout de mes efforts, mais j’étais plutôt satisfait  ne serait-ce que d’avoir pu me laver les dents tout seul.

Le docteur F s’introduisit à son tour dans ma chambre, pour y pratiquer un second examen angiologique depuis mon hospitalisation. Il confirma que ma phlébite datant de la fin mai était guéri, il fallait cependant continuer les piqûres préventives pendant encore un bon laps de temps.

Il était prévu que l’on me retire en début d’après-midi mon drain thoracique, je considérais ça comme une bonne nouvelle. J’ignorais cependant, et on se gardait bien de me le dire, que j’allais en fait avancer ce jour, pour mieux reculer le lendemain.

En début de l’après-midi, sans que j’en sache réellement l’utilité, et sans que je m’en inquiète le moins du monde, il fallu que je passe une nouvelle radiographie pulmonaire. Je n’avais plus de drain thoracique, et l’on m’avait débarrassé également  du cathéter péridural. L’exigence du pneumologue était grimpée d’un ton  car l’examen devait se pratiquer debout. L’équipe médicale commença à me placer dans mon fauteuil, avec toutes les difficultés déjà relatées dans ce récit, puis on me demanda de me tenir debout devant ce même fauteuil, pour que le cliché soit extrêmement précis.

Après avoir retrouvé mon lit, il ne me resta plus qu’à reprendre mes esprits et  attendre l’arrivée de ma famille, seul véritable moment récréatif de la journée.

Outre la souffrance physique et psychologique, le manque récurrent d’une longue période de  sommeil de qualité m’affaiblissait à tel point que j’avais les nerfs à fleur de peau. Moi qui depuis l’enfance emprisonnait mes peines à l’intérieur de moi, en leur donnant rarement la chance de s’exprimer, j’apprenais avec l’âge à me relâcher un peu, et cette terrible et nouvelle épreuve que m’imposait la maladie, me faisait verser plus aisément encore les larmes que j’avais beaucoup trop longtemps retenues. Ce n’était pas de la désespérance comme aurait pu le penser ma famille, non j’étais simplement au bout du bout du rouleau.

On dit que l’être humain est capable de trouver au plus profond de soi la force qui lui manque lorsqu’il est contraint d’affronter les plus mauvais moments de sa vie, je veux bien le croire, mais même si l’esprit résiste, lorsque le corps ne répond plus, je pense que le moment de déposer les armes fini par se produire. Alors que je n’étais pas loin de passer à côté de la catastrophe, une idée banale du personnel médical me sauva inespérément des eaux. Me basculer sur le côté gauche, puis me caler le dos et les fesses avec trois gros édredons, voilà qui me permit après sept jours couché sur le dos,  de me changer de position. Sachant aussi que cette posture était celle que je préférais pour trouver le sommeil, l’effet psychologique fut quasi immédiat. Certes j’avais vaguement entendu l’infirmière et sa collègue venir me rendre visite dans la nuit, et j’avais ouvert les yeux alors que le soleil n’était pas encore tout à fait levé, mais je ressentis pour la première fois depuis mon opération, les bienfaits d’un vrai sommeil réparateur.

l'effervescence 2



L’arrivée d’un nouveau jour

bateau rentrant au port

 

 

Encore une fois c’était l’arrivée d’un nouveau jour qui ramenait mon bateau parti à la dérive. Le ciel bleu et les premiers rayons de soleil avaient quelque chose de rassurant qui me faisaient penser à la vie, la nuit symbolisant quant à elle davantage la mort. De plus cette nouvelle journée commençait par une note optimiste, car le premier travail de l’infirmière avait été de me retirer ce tube gastrique qui me donnait bien trop souvent l’envie de vomir. Certes j’avais la voix, et la gorge irritée,  voir même légèrement enflée, à cause de mon intubation préopératoire. J’avais également du mal à respirer sans ronfler, mais psychologiquement, ne plus ressentir ce corps étranger à l’intérieur de moi  me faisait oublier tous ces inconvénients. 

Je n’avais pas du tout su appréhender la douleur nocturne, aussi l’infirmière devait avertir l’anesthésiste, pour qu’il procède à une nouvelle injection de morphine.

J’étais un petit peu moins raide, surtout je commençais à faire véritablement confiance au personnel de service, lorsque celui-ci m’indiquait la meilleure posture à prendre pour ne pas avoir mal, au moment des soins. Ainsi grâce à l’assistance d’une aide-soignante, je pus me lever au bord du lit, tandis que deux de ses collègues changèrent les draps, un véritable progrès qui me donna  de bonnes raisons d’espérer. 

Le trio laissa sa place au kinésithérapeute, qui je l’appris de sa bouche, viendrait me rendre régulièrement visite les jours suivants. Je ne connaissais toujours pas la raison de son intérêt pour moi, car au niveau respiratoire je n’avais pas la sensation d’être gêné, en plus j’étais toujours sous oxygène, et mes lunettes nasales me seyaient comme un gant, je ne risquais donc guère l’étouffement. Je ne lui posai pas la question pour autant. 

Puis ce fut au tour de l’urologue, remplaçant du docteur C, de pénétrer dans la chambre afin d’évaluer mes progrès. Enfin comme j’en avais été informé par l’infirmière, un anesthésiste termina la procession des blouses blanches, en m’injectant la dose de morphine qui m’avait défaut la nuit précédente.

Pour l’heure je n’avais plus qu’une seule chose à faire, apprécier les effets positifs du médicament sur mon corps, car la douleur s’effaçait peu à peu, laissant place à une longue période de détente, de repos, de légèreté, et de flottement

Je vivais cette expérience de l’hospitalisation dans une soumission la plus totale, je ne me posais aucune question sur mon avenir, et me laissait ‘’gouverné’’ par le corps médical sans m’intéresser aux méthodes qu’il employait pour parvenir à ses fins. J’étais présent d’esprit, sans l’être vraiment, je naviguais entre deux eaux. En me faisant entrer à la clinique le destin qui composait le texte de ma vie avait ouvert une parenthèse, et j’ignorais totalement quand ce même destin allait la fermer.  

La seule perception que j’avais du monde extérieur, c’était l’arrivée de ma famille, mon rayon de lumière dans une météo bien grise. En ce vendredi 30 août le temps de visite que le service lui accordait s’était écoulé, et maintenant je ressentais cette impression désagréable de me sentir pris otage, un sursaut de révolte qui serait bien vite étouffé par le poids d’une incontournable réalité.

Les jours défilaient et se ressemblaient à quelques variantes près. La fin du week-end marquait aussi la fin des vacances pour beaucoup de gens, tandis que la rentrée scolaire se profilait également sur le calendrier. A présent la douleur était plutôt bien maîtrisée, et je n’avais plus besoin de faire appel à l’anesthésiste pour renforcer l’efficacité des antalgiques. Tout aurait pu donc être bien dans le meilleur des mondes, mais l’infirmière qui était en charge de ma petite personne, ne semblait pas satisfaite de l’efficacité du drain thoracique. J’ignorais totalement quelles pouvaient être les conséquences de ce dysfonctionnement, et comme je l’ai déjà exprimé à ce sujet, je m’en fichais pas mal. Je n’allais pas tarder à changer radicalement d’attitude.

 bateau rentrant au port 2



Tache d’encre

 

tache d'encre

 

 

Cet échange verbal avait fait tache d’encre, et à présent l’ensemble du personnel en charge de mes soins participait à la conversation, car le malade que j’étais s’était un peu délesté d’une charge émotionnelle exacerbée par les évènements du moment. Beaucoup d’humanité se dégageait des conversations, et je savais que d’ores et déjà, mes rapports avec infirmières et aides-soignantes seraient beaucoup plus riches de tendresse et de compassion durant le reste de mon séjour.

La prochaine visite, était celle que j’espérais le plus, en attendant que la porte s’ouvre sur des visages familiers, il fallait patienter. J’étais incapable de m’occuper l’esprit, encore moins de pratiquer une quelconque activité, heureusement les drogues tuaient dans l’œuf le sentiment d’ennui qu’aurait pu provoquer l’inertie dans laquelle j’étais plongé.

J’avais tendance à toussoter par intermittence, et je rejetais quelques glaires à chaque fois. Je ne m’en inquiétais pas plus que ça. Je ne m’étonnais pas non plus de la présence régulière d’un kinésithérapeute, qui me faisait faire des exercices de respiration, en m’appuyant fortement sur la cage thoracique en même temps qu’il me donnait le signal d’expirer.  Sa présence bien au contraire était une distraction, qui rompait ma solitude, et le silence parfois pesant des lieux. 

Cette fois, la totalité de ma famille avait fait le déplacement. En deux équipes, chacune à leur tour, elles étaient venues à mon chevet. Comme sa mère, et le reste de la fratrie, mon fils cadet qui n’était donc pas venu la veille,  ne montra rien des ses émotions,  lorsqu’il me découvrit branché ‘’des pieds à la tête’’. Je redoutais le moment de leur départ, car je savais qu’ensuite une fois les soins terminés, il faudrait amorcer une nouvelle soirée, puis une nouvelle nuit d’incertitude et de vive anxiété. Ce qui j’ignorais alors, c’était que l’équipe médicale avait cerné ma personnalité, et que depuis peu du Tranxène  injectable coulait dans mes veines.

Avant que l’équipe de nuit ne prenne le relais, j’eus une dernière visite, celle de mon urologue qui s’inquiéta de ma santé, tout en me promettant de faire ôter ma sonde gastrique le lendemain matin. Il me précisa ensuite qu’il serait absent quelques jours, mais que l’un de ses collègues suivrait l’évolution de mon état.  

Ce que je trouvais d’assez insupportable c’était la position allongée sur le dos, et lorsque je commençais à y penser trop fort, je devenais agité, malgré ‘’la potion magique maison’’ que l’on m’administrait à un rythme régulier. A ce moment là j’appelais régulièrement le personnel, pour qu’il me remonte dans mon lit, condition évidement exécrable pour espérer rapidement gagner le sommeil. Et puis il y avait cette sonde gastrique, que j’avais envie d’arracher tellement elle me causait de désagréments.

J’entamais donc ma troisième nuit peuplée parfois de chimères. Elles apparaissaient dans les courtes phases de somnolence que mes conditions de malade, et les interventions fréquentes du personnel, m’accordaient malgré tout.

En début de soirée, j’avais refusé que l’on me fasse une injection péridurale de morphine, car la douleur était tombée à presque zéro. Je commençais à le regretter amèrement. Mon regard se fixait sur le tableau suspendu au mur, sur la caméra de surveillance pointée dans ma direction, puis sur le téléviseur, et enfin sur la petite lumière qui éclairaient à la tête de mon lit, du bas vers le haut. Je devinais plus que je distinguais les choses, mais observer ‘’ce décor’’  m’occupait l’esprit. Pendant ce temps là, j’oubliais la souffrance, et la tension baissait d’un cran. Difficile de penser à des choses positives quand tous les éléments semblent contre vous, je bataillais ferme pour que mon mental ne suivent pas une courbe descendante.

La nuit le personnel n’était pas moins aimable que le jour. Il restait à l’écoute des malades, mais évidement, ce n’était pas l’heure d’entretenir des conversations, comme je pouvais en avoir dans la journée, aussi nous échangions des petites phrases chuchotées, pour respecter le droit au silence des autres patients. Il n’empêche que l’infirmière de garde ou les aides soignantes, avaient la vertu de trouver les gestes et les mots capables de m’apaiser l’espace d’un moment.

tache d'encre 2

 



La lumière du couloir

la lumière sous la porte

 

La lumière du couloir s’était engouffrée dans ma chambre, une infirmière et un aide-soignant venaient s’enquérir de ma santé.  La femme s’occupa de changer les poches vides de mes perfusions, tandis que son collège nota sur sa tablette tactile les différentes informations que le moniteur cardiaque lui fournissait.

« Est-ce que vous voulez être massé monsieur Gautier ? »

Constamment dans la même position, je ne rechignais plus que l’on soulage mon dos et mes fesses endolories, je répondis donc positivement à la proposition. Je demandai ensuite au personnel médical qui m’entourait de me remonter dans le lit, car j’étais évidement incapable de le faire moi-même.

Cette deuxième nuit était certes moins agitée, mais toujours sans sommeil, ou du moins les rares périodes d’endormissement étaient de piètre qualité, hantées par des personnages de toutes sortes, évoluant dans des univers improbables. Sous surveillance renforcée j’étais de toute façon condamné à un repos haché par la présence régulière des blouses blanches. Dans mes périodes de lucidité, je n’avais de cesse de regarder à travers le store mal fermé, dans l’espoir d’apercevoir enfin la clarté du jour.  

La clarté du jour était pour moi synonyme de renaissance, d’ailleurs lorsque l’on parle d’un nouveau né, on dit souvent qu’il  a vu le jour dans tel lieu, et à telle heure.

En dehors du fait que je n’étais pas à même de prendre un petit déjeuner, cette matinée de jeudi ne différait pas des nombreuses autres passées dans les hôpitaux. J’avais cru comprendre que la morphine à haute dose paralysait les intestins, et qu’il fallait donc attendre la fin du traitement, pour parler à nouveau de nourriture. Cette fin du traitement n’était pas pour tout de suite, car toujours en fonction de mon accord, un anesthésiste était venu m’injecter une nouvelle dose d’analgésique par le cathéter péridural. Le résultat était à la hauteur des espérances, car le degré de souffrance était presque réduit à néant.

Aussitôt l’anesthésiste sorti de ma chambre, une femme tenant une valisette à la main, prit sa place, pour me faire une nouvelle prise de sang. Puis ce fut le tour de l’angiologue de me rendre visite. Il ne se souvenait pas de notre rencontre récente, je dus lui rafraîchir la mémoire.   Enfin accompagné de l’infirmière, l’urologue de service ferma la marche, en me promettant de donner l’ordre de retirer sous vingt quatre heures ma sonde gastrique, si les choses continuaient à évoluer dans le bon sens.

Pendant tout ce temps, les aiguilles du petit réveil posé à portée de ma vue défilaient, retardant d’autant l’instant où je me retrouverai seul.

Justement lorsque tout ce petit monde m’eut quitté, l’envie de m’intéresser à l’actualité me vint subitement, sachant que plusieurs chaînes d’infos étaient à ma disposition pour me satisfaire à tout moment. Finalement j’étais vraiment trop faible pour me concentrer longtemps, et bien vite je ne vis plus les images qui défilaient sous mes yeux. L’arrivée de l’équipe des soins mit un terme à ce contretemps.

L’organisation et la répartition des tâches étaient les mêmes que la veille au matin. Surveillance du drain thoracique, enregistrement sur tablette tactile des éléments fournis par le moniteur cardiaque, transfert de mes urines dans un flacon prévu à cet effet, et contrôle quantitatif de celles-ci, prise de ma température corporelle, toilette de mon corps, et enfin changement de mes  différents pansements.  

« La plupart des malades restent impassibles au moment des soins. Vous vous observez d’un œil attentif le moindre de mes gestes, et votre regard semble rempli de bienveillance. »

L’infirmière venait brusquement de sortir du cadre dans lequel se tient habituellement  la conversation, entre les patients, et le personnel médical.

« Dans ma situation actuelle, je suis complètement dépendant de vous, cela me rappelle les rapports entre une maman et son enfant. Vous êtes là pour soulager mes souffrances, vous m’apportez un peu de compassion et de douceur, bref je me sens protégé. Vous savez j’ai perdu ma mère alors que je n’avais pas encore atteint l’âge de sept ans, c’est moi qui en rentrant de l’école fit la découverte macabre. Imaginez mon traumatisme, et à l’époque il était de bon ton pour l’adulte de vouloir protéger l’enfant que j’étais, en m’enfermant complètement dans mon malheur, c’est-à-dire en ne me parlant jamais de ce qui s’était passé. De plus j’étais fils unique, je n’avais donc ni frère ni sœur qui puisse me comprendre. N’ayant jamais fait réellement mon deuil de cette mort prématurée,  j’ai eu, j’ai, et j’aurai bien des raisons de me souvenir que gamin, le destin m’a injustement privé de l’amour d’une  mère,  et l’expérience que je vis  présentement dans cet univers hospitalier, en est une. »

 la lumière sous la porte 2



Réglé comme du papier à musique

 

rêves hallucinatoires 1

J’appris que les visites étaient très réduites, 14h 30 jusqu’à 16 h, aussi fallu-il que mon fils aîné parte, pour que sa sœur le remplace, Eliane devant enfiler à son tour la blouse obligatoire, avant de se désinfecter les mains.

Revoir des visages connus m’avait fait du bien, mais arriva bien vite le moment de nous quitter, le départ de mes proches me ramenant très vite à ma condition.

Les rythmes de soins hospitaliers étaient réglés comme du papier à musique. Ma famille venait à peine de me quitter, que l’équipe médicale déjà présente le matin, arriva pour s’occuper de moi. 

Point de toilette cette fois, mais il fallait quand même pivoter sur le côté gauche, pour vérifier les pansements, et procéder à des massages anti-escarres. Puis vint le moment de changer les poches vides de mes perfusions, de contrôler le drainage thoracique, ainsi que la quantité d’urine récupérée dans son ‘’emballage’’, enfin  de dresser le bilan de cette première journée. L’équipe était satisfaite de ma réactivité, car le matin je n’avais guère prononcé de paroles. Je lui confiai qu’en aucune façon je refusais le dialogue, c’était uniquement la douleur qui me tétanisait.

« C’est bien déjà de nous révéler cela, car nous allons en parler à un anesthésiste, peut-être décidera t’il d’augmenter la dose de morphine. Il ne faut surtout pas hésiter à nous questionner, et à nous faire part de vos problèmes. Il y a des solutions pour améliorer votre confort. »

La journée s’avançait, mon corps continuait de me manifester ses peines, sans doute ses peines auraient-elles étaient encore plus grandes sans les antalgiques qui coulaient dans mes veines. La journée s’avançait donc, et avec elle la menace grandissante d’une prochaine nuit de solitude et de silence effrayant.

Impossible de savoir si j’arrivais ne serait-ce qu’à somnoler, ma tête bouillonnait comme une marmite, et lorsque je fermais les yeux, l’obscurité se peuplait tout à coup de personnages et de situations étranges, qui m’interdisaient tout repos. 

« Comment allez-vous monsieur Gautier ? »

L’urologue m’expliqua l’échec de la célioscopie, la décision d’ouvrir sur la cicatrice déjà existante, et passa sous silence le fait que son intervention avait provoqué un pneumothorax, comme ma famille le savait déjà et comme j’allais l’apprendre à mes dépens, quelques jours  plus tard. Puis après m’avoir tapoté gentiment la jambe, en signe de compassion, il me quitta comme il était arrivé, en coup de vent.

La porte s’ouvrit de nouveau, cette fois j’aperçus le visage bien connu de l’infirmière, et celui totalement inconnu d’un anesthésiste de l’établissement. En matière de gestion de la douleur, il s’agissait de passer à la vitesse supérieure, et en fonction de mon consentement le praticien était disposé à m’injecter une dose de morphine, directement dans le cathéter péridural. Ayant donné mon accord, celui-ci passa à l’action, et j’eus la perception immédiate d’un liquide froid qui se rependait dans mon corps.

Cette fois c’était sûr, l’équipe de nuit allait remplacer celle de jour, et je ne verrais plus personne avant les dix heures du soir.   

La morphine m’entraînait dans une espèce d’état de somnolence. A chaque fois que je reprenais conscience, il fallait que je réfléchisse pour me repositionner dans la réalité. Mes yeux se fixaient sur le tableau suspendu à droite de la télévision, puis ils parcouraient la pièce de long en large. Un temps de réflexion plus tard, je savais que j’étais hospitalisé, et je rabaissais mes paupières.

rêves hallucinatoires

 



Mon lit de tortures 2

 

Mon lit de tortures 2 dans Cancer du rein torture-physique

L’infirmière et les deux aides-soignantes formaient à présent un trio qui ne me lâchait pas d’une semelle. Un à un les petits pansements disséminés sur mon ventre furent changer, puis vint le moment que je redoutais le plus.

« Il va falloir vous tourner sur le côté gauche monsieur Gautier, nous allons vous aider. »

Je fis non de la tête, comme pour les supplier d’abandonner cette idée.

« Ah si ! Vous n’avez pas le choix. Nous allons vous maintenir le dos, puis vous allez vous cramponner à la barrière du lit, ce qui vous aidera à pivoter, puis à vous maintenir en position. »

S’il existe, comment le Seigneur peut-il laisser la douleur physique s’exprimer à un si haut degré ? J’avais l’impression de me ‘’déchirer’’ de tous les côtés, comme un vieux rideau complètement brûlé par les rayons du soleil.

Le personnel qui m’entourait avait bien conscience de mes efforts, et m’encourageait par les mots appropriés. 

Finalement la toilette de mes fesses et de mon dos, suivie par des massages à base de crème anti-escarres, furent un vrai réconfort qui valait la peine d’obéir aux directives.

Il fallait encore patienter pour que l’on me refasse le pansement dorsal, mais à force de patience,  je sentais mes bras se tétaniser.

De plus il était également indispensable que les aides-soignantes changent le linge de lit, tout en me maintenant allongé. Retirer puis remplacer le drap du dessous ainsi que l’alèse, était une opération délicate, qui s’opérait en deux temps. Heureusement elles étaient habituées à accomplir de telles manœuvres, et en m’indiquant précisément le rôle que j’avais à jouer, elles purent rapidement m’autoriser à me recoucher délicatement sur le dos. Je fus soulager de retrouver un peu de  repos.

L’extrême détresse dans laquelle j’avais été plongé depuis mon réveil postopératoire, ne m’avait pas donné le temps de penser à ma famille. A présent j’étais propre, et mes agitations nocturnes étaient derrière moi, aussi je retrouvais un peu de sagesse et par conséquent une faculté de raisonnement plus proche de mon quotidien, et donc de la réalité. Je pouvais me fixer à l’esprit l’idée que Chantal viendrait me voir dans l’après-midi, apportant avec elle un souffle de vie du monde extérieur, souffle de vie dont j’avais bien besoin de sentir les bienfaits, dans cet enfer ‘’carcéral’’.

Il m’était impossible de dormir, j’étais beaucoup trop enchaîné à tout ce matériel médical, et puis j’avais toujours en tête de demander au médecin de me retirer cette sonde gastrique, qui continuait à me faire tirer du cœur. Les douleurs étaient elles aussi  nombreuses, pourtant j’avais l’impression que les infirmières passaient régulièrement pour me faire bénéficier d’antalgiques puissants. La télévision continuait de diffuser image après image des émissions que je ne regardais pas, mais elle remplissait bien le rôle que je lui avais attribué, rompre le silence qui régnait, entre mes quatre murs.

Les drogues qui s’écoulaient des différentes perfusions m’empêchaient parfois d’être totalement lucide, elles avaient surtout la faculté d’effacer de mon cerveau, toutes notions de temps. Dans le cas contraire l’ennui aurait été mortel. J’appuyais souvent sur la sonnette d’alarme, car j’avais besoin que l’on me remonte dans mon lit, je ne trouvais guère de position qui me satisfasse.

Dans ces conditions d’incommodités excessives, les motifs à réjouissances étaient peu nombreux. Seule l’arrivée de Chantal et de mon fils ainé furent pour moi un petit coin de ciel bleu, dans un univers bien gris. J’ignorais si j’étais choquant à voir, en tout cas si ce fut le cas, leurs visages ne trahissaient pas leurs impressions. Je n’avais rien vécu de mon opération, mais à partir de mon réveil, je n’avais connu que de grands moments de souffrance et de nervosité, aussi je ne pouvais pas tenir un grand discours. A l’inverse mes proches n’avaient pas été témoins de ma souffrance et de ma nervosité de la nuit, mais la journée de la veille, ils avaient subi de plein fouet, ces longues heures d’attente angoissante qu’avaient été mon passage au bloc, et il n’était pas question pour eux de me parler de leur traumatisme. A présent le plus dur était passé, les sourires échangés, les petites phrases banales, et le plaisir de se retrouver, contribuaient à faire baisser la tension véhiculée par la peur que tout le monde avait ressentie durant  l’épreuve, chacun gardant encore une  fois pour lui, ses émotions.

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Mon lit de tortures

 

Mon lit de tortures dans Cancer du rein lit-de-souffrance

La nuit était longue, trop longue, et pareil à de la mauvaise herbe,  la peur de ne pas pouvoir tenir le coup prenait de plus en plus racine dans mon esprit, sa croissance étant favorisée comme l’eau d’un arrosoir,  par des supplices physiques fréquents.

Est-ce l’effet des anesthésiants, des antalgiques, ou autres drogues légales, mais la nuit était passée sans que je ressente la notion du temps. J’étais constamment surveillé, stimulé, et forcément quelque-part un peu dérangé par le personnel, mais je préférais cela à la solitude. Les angoisses descendaient forcément d’un cran lorsque infirmières ou aides-soignantes, rompaient mon isolement. A présent que les stores étaient remontés et que la lumière du jour envahissait ma chambre, je me sentais comme un enfant, apaisé de constater que la nuit fût enfin terminée.  J’étais même presque content que l’on vienne me faire une ixième prise de sang.

En soulevant le drap je pus apercevoir que j’étais porteur d’une sonde urinaire, et comme j’étais quasiment nu dans mon lit, je constatai également que mon abdomen était parsemé de petits pansements, et qu’un drain thoracique ajoutait de la douleur, à la douleur.

Totalement à la diète, et privé également d’eau, je n’avais rien d’autre à faire que de regarder le plafond. J’étais trop épuisé pour m’apitoyer sur mon triste sort, et comme je devais me passer totalement de liberté, je n’avais également rien d’autre à faire que de me soumettre aux décisions du personnel médical. Le retrait du masque à oxygène pour le remplacement de lunettes nasales avait été possible, mais il ne fallait pas compter sur la collaboration de l’infirmière pour me retirer la sonde gastrique. Il s’agit d’une prescription médicale m’avait-elle dit, je n’ai pas le pouvoir de outrepasser les ordres de la hiérarchie.

Soudainement je réalisai que l’écran de télévision suspendu sur le mur d’en face était probablement à ma disposition. On me confirma que la télécommande était posée sur ma table de nuit, et joignant le geste à la parole l’aide soignante me mit le boîtier entre les mains. Je n’avais pas la force d’ouvrir les yeux pour suivre une quelconque  émission, mais le son remplissait le silence de ma solitude, et c’était déjà ça.

Enchevêtré dans ma tuyauterie je ressemblais davantage à un grand prématuré qu’à un ‘’papy fait de la résistance’’.

« Monsieur Gautier nous arrivons pour faire votre toilette, et pour refaire vos pansements. »

La phrase ne me faisait par rire du tout, j’avais déjà connu ces moments là en 2004 et 2005, et je savais que l’exercice ne serait pas une partie de plaisirs.

Doucement avec l’application d’une mère, la femme me nettoyait le visage avec un gant imbibé d’eau chaude et de savon. Même si j’avais l’habitude de me débarrasser un peu plus énergiquement, des impuretés de la nuit, le geste me faisait néanmoins du bien. Elle me sécha le visage,  s’empara ensuite de mon rasoir puis s’employa à me débarrasser de cette barbe disgracieuse.

Sa collègue avait trouvé ma paire de chaussettes de contention dans mon sac, et après avoir retiré mes bandes, nettoyé jambes et pieds, puis frictionner mes talons avec une crème anti-escarre, elle faisait à présent le geste de me les enfiler. 

Pour le torse il fallait slalomer entre les pansements, la toilette de ce côté-là fut donc assez succincte. Restait le plus délicat les parties génitales. Ces dames appelaient cela, la petite toilette. Il fallait que le travail soit bien fait, car le risque d’infection urinaire était grand.

Déjà abattu par la maladie, par les opérations et leurs complications, cette épreuve rajoutait de l’inconfort, car elle représentait pour moi, un test difficile, humiliant, honteux, et je subissais ce moment réellement sous la contrainte,  avec le puissant sentiment d’une incursion violente dans mon intimité.   

Le personnel soignant tentait de dialoguer avec moi, mais mon corps tout entier exprimait ses douleurs, aussi ma crispation était telle, qu’aucun mot ne sortait de ma bouche.

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