La lumière du couloir

la lumière sous la porte

 

La lumière du couloir s’était engouffrée dans ma chambre, une infirmière et un aide-soignant venaient s’enquérir de ma santé.  La femme s’occupa de changer les poches vides de mes perfusions, tandis que son collège nota sur sa tablette tactile les différentes informations que le moniteur cardiaque lui fournissait.

« Est-ce que vous voulez être massé monsieur Gautier ? »

Constamment dans la même position, je ne rechignais plus que l’on soulage mon dos et mes fesses endolories, je répondis donc positivement à la proposition. Je demandai ensuite au personnel médical qui m’entourait de me remonter dans le lit, car j’étais évidement incapable de le faire moi-même.

Cette deuxième nuit était certes moins agitée, mais toujours sans sommeil, ou du moins les rares périodes d’endormissement étaient de piètre qualité, hantées par des personnages de toutes sortes, évoluant dans des univers improbables. Sous surveillance renforcée j’étais de toute façon condamné à un repos haché par la présence régulière des blouses blanches. Dans mes périodes de lucidité, je n’avais de cesse de regarder à travers le store mal fermé, dans l’espoir d’apercevoir enfin la clarté du jour.  

La clarté du jour était pour moi synonyme de renaissance, d’ailleurs lorsque l’on parle d’un nouveau né, on dit souvent qu’il  a vu le jour dans tel lieu, et à telle heure.

En dehors du fait que je n’étais pas à même de prendre un petit déjeuner, cette matinée de jeudi ne différait pas des nombreuses autres passées dans les hôpitaux. J’avais cru comprendre que la morphine à haute dose paralysait les intestins, et qu’il fallait donc attendre la fin du traitement, pour parler à nouveau de nourriture. Cette fin du traitement n’était pas pour tout de suite, car toujours en fonction de mon accord, un anesthésiste était venu m’injecter une nouvelle dose d’analgésique par le cathéter péridural. Le résultat était à la hauteur des espérances, car le degré de souffrance était presque réduit à néant.

Aussitôt l’anesthésiste sorti de ma chambre, une femme tenant une valisette à la main, prit sa place, pour me faire une nouvelle prise de sang. Puis ce fut le tour de l’angiologue de me rendre visite. Il ne se souvenait pas de notre rencontre récente, je dus lui rafraîchir la mémoire.   Enfin accompagné de l’infirmière, l’urologue de service ferma la marche, en me promettant de donner l’ordre de retirer sous vingt quatre heures ma sonde gastrique, si les choses continuaient à évoluer dans le bon sens.

Pendant tout ce temps, les aiguilles du petit réveil posé à portée de ma vue défilaient, retardant d’autant l’instant où je me retrouverai seul.

Justement lorsque tout ce petit monde m’eut quitté, l’envie de m’intéresser à l’actualité me vint subitement, sachant que plusieurs chaînes d’infos étaient à ma disposition pour me satisfaire à tout moment. Finalement j’étais vraiment trop faible pour me concentrer longtemps, et bien vite je ne vis plus les images qui défilaient sous mes yeux. L’arrivée de l’équipe des soins mit un terme à ce contretemps.

L’organisation et la répartition des tâches étaient les mêmes que la veille au matin. Surveillance du drain thoracique, enregistrement sur tablette tactile des éléments fournis par le moniteur cardiaque, transfert de mes urines dans un flacon prévu à cet effet, et contrôle quantitatif de celles-ci, prise de ma température corporelle, toilette de mon corps, et enfin changement de mes  différents pansements.  

« La plupart des malades restent impassibles au moment des soins. Vous vous observez d’un œil attentif le moindre de mes gestes, et votre regard semble rempli de bienveillance. »

L’infirmière venait brusquement de sortir du cadre dans lequel se tient habituellement  la conversation, entre les patients, et le personnel médical.

« Dans ma situation actuelle, je suis complètement dépendant de vous, cela me rappelle les rapports entre une maman et son enfant. Vous êtes là pour soulager mes souffrances, vous m’apportez un peu de compassion et de douceur, bref je me sens protégé. Vous savez j’ai perdu ma mère alors que je n’avais pas encore atteint l’âge de sept ans, c’est moi qui en rentrant de l’école fit la découverte macabre. Imaginez mon traumatisme, et à l’époque il était de bon ton pour l’adulte de vouloir protéger l’enfant que j’étais, en m’enfermant complètement dans mon malheur, c’est-à-dire en ne me parlant jamais de ce qui s’était passé. De plus j’étais fils unique, je n’avais donc ni frère ni sœur qui puisse me comprendre. N’ayant jamais fait réellement mon deuil de cette mort prématurée,  j’ai eu, j’ai, et j’aurai bien des raisons de me souvenir que gamin, le destin m’a injustement privé de l’amour d’une  mère,  et l’expérience que je vis  présentement dans cet univers hospitalier, en est une. »

 la lumière sous la porte 2



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie